AFFECTIONS NERVO-MUSCULAIRES ET SENSORIELLES DU LARYNX
Avant d’entrer dans la description détaillée des différentes névroses du larynx, il sera utile de faire quelques remarques sur la classification de ces maladies importantes.
On peut diviser tout d’abord les affections nerveuses du larynx en deux classes : 1° les néoroses de la sensibilité, et 2° les névroses du mouvement.
Nos connaissances sont très limitées en ce qui concerne la première classe, non seulement à cause de la rareté de la lésion, mais aussi parce que le sujet n’a pas encore été bien approfondi par les laryngoscopistes.
Les désordres des mouvements, au contraire, ont été étudiés avec plus de soin, et les observations de Ziemssen (1), de Gerhardt (2), de Riegel (3) et d’autres nous ont fourni des
(1) Cyclopædia of Medicine, vol VII, p. 993.
(2) Virchow’s : Archiv , voj. XXI ; Volkmana’s : Sammlung Klin. Vortrüge, ri» 36, 1872. — Laryngologische Beitràge D. Archiv. /'. Klin. Med., Bd. XI, p. 573, 1873.
(3) Ibid., Bd. VI, p. 371, 869; Bd. VII, p. 204, 1870 jelVolltman’s: Samm, Klin. Vortrüge, n° 95, 1875.
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données assez complètes, mais encore imparfaites, sur leur origine, leur marche et leur terminaison.
11 existe quatre sortes de troubles des fonctions sensorielles de la membrane muqueuse : 1° l’anesthésie, 2° l’hyperesthésie, 3° la paresthésie, et 4° les névralgies ou hypéralgésie.
Les névroses du mouvement peuvent être divisées en deux classes naturelles : 1° la perte du mouvement ou paralysie et 2° la perversion du mouvement ou spasme.
La paralysie comprend :
1" La paralysie par suite de maladie ou de lésion de la por- * tion de la moelle allongée qui constitue le plancher du quatrième ventricule ;
2° La paralysie par maladie ou lésion des nerfs spinaux accessoires ;
’3° La paralysie par maladie ou lésion du nerf pneumogastrique ;
4° La paralysie par maladie ou lésion du nerf laryngé supérieur ; '
5° La paralysie par maladie ou lésion du nerf laryngé inférieur ;
6° Enfin la paralysie isolée d’un seul muscle ou d’un groupe de muscles, bien que cette dernière classe soit habituellement d’origine myopathique, on pourra l’étudier avec fruit danscette subdivision.
Au groupe des perversions du mouvement appartiennent :
1° Le spasme des adducteurs des cordes vocales et les affections de même nature ;
2° Et le spasme des tenseurs des cordes vocales.
ANESTHÉSIE DU LARYNX
ANESTHÉSIE DU LARYNX
Latin Eq. — Anæsthesia iaryngis.
Anglais Eq. — Anæsthesia of the Larynx.
Allemand Eq. — Anæsthesie des Kehlkopfs.
Italien Eq. - Anæstesia délia laringe.
Définition. — On comprend sous cette dénomination la perte de la sensibilité de la membrane muqueuse du larynx, due à une affection périphérique ou centrale du sytème nerveux.
Étiologie. — Cet état ne se montre guère soùs la forme grave, qu’à la suite de la diphthérie et de la paralysie bulbaire. Chairoü (I) fait remarquer que l’anesthésie de l’épiglotte et du larynx accompagne invariablement l’hystérie ; mais je dois dire cependant que s’il existe dans quelques cas une légère dimunition de la sensibilité du pharynx, je n’ai jamais rencontré d’insensibilité complète de la membrane muqueuse du larynx aux impressions directes. Romberg (2) affirme de son côté que dans les cas graves du choléra, il existe un défaut de sensibilité de la membrane muqueuse du larynx.
Symptômes. — Quelquefois la perte de la sensibilité ne s’étend pas jusqu’au-dessous des cordes vocales, tandis que d’autres fois on constate la présence de l’anesthésie sur la plus grande portion de la muqueuse qui recouvre la trachée (3).
La lésion varie en intensité ; elle est parfois si complète que l’on peut toucher avec une sonde toutes les parties de l’épiglotte ou de la cavité laryngienne sans produire aucune sensation ou aucun mouvement du larynx : d’autres fois elle est incomplète, le malade éprouve une certaine sensation, insuffisante néanmoins pour occasionner une toux réflexe.
(1) Eludes chir. sur l’ hystérie. Paris, 1870.
(2) Hufeland’s: Journal der Pract. Heilkunde, février, 1832.
(3) Voir Sclinilzlor ; Wiener Med. Presse, n05 46 et 48, 1873 ; voir aussi Leube, D. Arch. f. Klin. Med., Bd. VI, p. 266, 1869 ; et Aelcor : Ibid., Bd. XIII, p. 416, 1874.
ANESTHÉSIE DU LARYNX
L’anesthésie peut exister d’un seul côté ou bien être bilatérale. La dysphagie est souvent la conséquence de cet état, et les aliments, les liquides surtout, ont une tendance à tomber dans les voies aériennes. On croyait autrefois que cet accident était dû à ce que l’insensibilité de la membrane muqueuse du larynx permettait aux particules d’aliments de pénétrer dans le larynx, mais il semblerait démontré aujourd’hui que la véritable cause de la pénétration des aliments dans le larynx serait plutôt la paralysie concomittante des muscles dépresseurs de l’épiglotte. Quand aux troubles du mouvement qui accompagnent ordinairement l’anesthésie ils seront décrits dans un autre chapitre.
Pronostic. — L’anesthésie laryngée, sauf dans les cas de paralysie bulbaire, se termine généralement dans l’espace de 4 à 6 semaines, par la guérison. Cependant on ne devra pas oublier, que dans les cas extrêmes, si on ne prend pas des mesures nécessaires pour empêcher le passage des aliments dans les voies aériennes, la mort peut survenir par pneumonie (1).
Diagnostic. — En l’absence de toute obstruction du pharynx ou de l’œsophage, la tendance des aliments à pénétrer dans le larynx pendant l’acte, de la déglutition devra faire songera l’existence de l’anesthésie, mais on ne pourra assurer son diagnostic qu’avec l’aide de la sonde laryngienne.
Anatomie pathologique. — Tous les cas d’anesthésie véritable du larynx sont dus à la paralysie du nerf laryngé supérieur, de quelques-unes des libres du pneunogastrique qui servent à former ce nerf, ou bien encore à l’altération d’une petite portion du ganglion du nerf pneumogastrique dans le plancher du quatrième ventricule. Les modifications pathologiques qui surviennent dans le tissu nerveux pendant la diphthérie ont déjà été décrites à la page 223. Quant à l’anatomie pathologique de la paralysie bulbaire elle est décrite dans tous les traités cliniques de pathologie interne.
Traitement. — L’emploi local de l’électricité est le traite-
(1) Avant la pneumonie la mort peut être la conséquence de l’asphyxiepar la pénétration de parcelles d’aliments solides dans les voies aériennes, ou spasme de la glotte ( Note des Traducteurs.).
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ment qui dans cette classe de maladies, donne le meilleur résultat. Je me servais autrefois d’une manière exclusive des courants faradiques, mais pendant les cinq dernieres années j’ai également fait usage du galvanisme et des courants induits. Le courant devra toujours être assez fort pour produire une sensation désagréable, mais non de la douleur.
Pour remplir ce but, on peut employer, soit le double réophore laryngé (page 353) ou mon électrode unique (page 352), si on se servait de ce dernier instrument, il faudrait mettre au malade le collier qui l’accompagne de manière à ce que le disque métallique repose sur une portion du trajet du nerf laryngé supérieur entre la grande corne de l’os hyoïde et la base du cartilage aryténoïde. On devra dans tous les cas introduire chaque jour l’instrument dans le larynx, six ou huit fois par séance. Tout en continuant le traitement local, il sera également utile de fortifier l’état général du malade par des toniques généraux et surtout par l’emploi de la strychnine, enfin si les aliments pénètrent dans le larynx pendant la déglutition, on fera usage de la sonde oesophagienne. On guidera la sonde avec le doigt le plus loin possible et lorsque cette dernière sera placée, si l’on n’était pas certain qu’elle soit dans la position voulue, on ferait prononcer quelques mots au malade, avant d’introduire les aliments.