OBSERVATIONS D’ANESTHÉSIE DU LARYNX A LA SUITE DE LA DIPHTHÉRIE
I- — Le 5 novembre 1876, deux sœurs atteintes d’anesthésie du larynx vinrent me consulter. L’une d’ elles Mm8 W.,âgée de quarantetrois ans était, lorsque je la vis pour la première fois, convalescente d’une diphthérie. Trois de ces enfants avaient eu cette affection, et elle en avait été elle-même atteinte après leur guérison.
A l’examen, son pharynx était légèrement œdématié et rouge. Il existait une sécrétion écumeuse abondante, sans fausse membrane, et elle pouvait avaler avec un peu de difficulté. Le 8 novembre la dysphagie avait beaucoup augmenté, la malade était plus faible et pouvait à peine marcher, elle tomba même une fois en essayant de traverser la chambre. Le 9 novembre, la déglutition devenait impossible , les aliments passaient dans les voies aériennes et occasionnaient des accès de toux. La voix était faible et nasonnèe, mais
ANESTHÉSIE DU LARYNX
bien timbrée. La luette et le voile du palais étaient complètement paralysés et insensibles.
A l’examen laryngo scopique, on voyait l’épiglotte légèrement enflammée et retractée contre la partie postérieure de la langue, de sorte que sa surface inférieure seule était visible. Les cordes vocales semblaient avoir une coloration normale et leur mouvement d’adducduction se faisait bien. L’introduction dans l’organe vocal d’une sonde laryngienne et l'attouchement de l’épiglotte et des cordes vocales ne produisaient aucune réaction, mais les contractions des cordes vocales empêchaient le passage de la sonde dans la région sousglottique. En plaçant le doigt sur le muscle crico-thyroïdien et faisant parler la malade, le muscle semblait se contracter d’une manière normale. On alimenta cette dernière deux fois par jour au moyen de la sonde œsophagienne, et cela pendant quinze jours ; après ce laps de' temps la déglutition était revenue normale. On soumit la malade à des séances quotidiennes de courants galvaniques et continus appliqués pendant un mois sur le pharynx et sur le larynx. On administra également de la strychnine, mais, après en avoir pris un milligramme trois fois par jour, pendant deux jours, il se produisit des effets toxiques, l’on dut cesser son emploi et remplacer ce médicament par la quinine.
Au milieu de décembre, la santé générale était très améliorée, la malade pouvait marcher, mais il survenait à divers intervalles des troubles de la déglutition, des accès de suffocation et de toux pendant les repas.
En me reportant à mon livre de notes, je trouve que l’insensibilité du larynx persista dix jours après que je l’eus constatée. Elle dis parut ensuite graduellement, mais les accès de toux et d’étouffement pendant la déglutition continuèrent quelques semaines après que le larynx eut recouvert la sensibilité aux impressions de la sonde laryngienne, et l’épiglotte son action normale. La voix étaittoujours nasonnée et il existait au premier janvier une paresse du voile du palais. La malade quitta Londres à ce moment, et j’appris que sa voix n’était redevenue normale que vers le milieu de février.
IL — Miss A., âgée de quarante-et-un an qui avait aidé â nourrir les enfants de sa sœur (dont nous venons de donner l’observation), fut également atteinte de diphthérie. Dix jours environ après sa guérison elle éprouva de la gêne à la déglutition.
Les symptômes furent à peu près semblables à ceux que nous avons décrits dans le cas de madame W., sauf que la voix fut complètement perdue et qu’elle eut aussi de la diplopie. Chez cette malade il n’existait pas comme chez la précédente de la paralysie des extrémités inférieures. Le voile dupalais]étaitparalyséetle larynxétait complètement insensible pendant l’introduction de la sonde laryngienne. Les adducteurs de la corde vocale droite étaient également paralysés et la corde gauche né se portait que lentement vers la ligne médiane. On essaya de voir s’il existait une paralysie dumuscle cricothyroïdien, mais le manque d’action des adducteurs empêchait de
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s’assurer au laryngoscope de l’état de tension des cordes et l’examen du muscle à l'extérieur ne donnait que des résultats négatifs.
Cette malade fut également alimentée au moyen de la sonde œsophagienne, mais elle ne put commencer à avaler qu’un mois après, malgré les séances d’électricité appliquée au pharynx et au larynx et l’usage delà strychnine (5 milligrammes) trois fois par jour.
Les adducteurs reprirent leur action çt la voix redevint normale quinze jours avant que l’on pul se dispenser du tube œsophagien. Lorsque la voix fut revenue, elle avait le timbre nasonné, qu'elle garda encore pendant tout le temps que la malade resta soumise à mon observation. Le voile du palais ne guérit pas complètement et la malade ne prononçait qu’imparfaitement les mots robe, aide et aiguë qui, lorsqu’elle parlait sans effort, répondait aux sons rome, eun et ingue.
Définition. — On désigne sous ees différentes dénominations l'augmentation la perversion de la sensibilité de la muqueuse du larynx, et une sensation douloureuse régulièrement intermittente localisée à cet organe sans modifications pathologiques graves.
Étiologie. — - L'hyperesthésie s’observe souvent lorsque les portions externes du larynx, telles que l’épiglotte, les replis ary-épiglottiques, ou inter-arytènoïdiens, sont atteints d’inflammation grave ; mais nous nous sommes déjà occupé de ce symptôme en décrivant les laryngites aiguës et chroniques.
La paresthésie semble le plus souvent liée à l’hystérie.
A la suite de l’extraction d’un corps étranger resté pendant quelque temps enclavé dans le larynx, on peut voir survenir pendant quelques heures, et même pendant quelques jours, un état d’hyperesthésie ou de paresthésie de la muqueuse. Les prédicateurs et les personnes qui font un usage immodéré de leur voix sont surtout exposés à éprouver des troubles de la sensibilité du côté du larynx.
Dans ces cas, la névrose localë peut être simplement un symptôme d’irritabilité nerveuse et d’hypochondrie, ou bien être le résultat de modifications pathologiques.
La névralgie vraie du larynx semble être généralement produite par l’impression du froid ou par une affection inflammatoire. Schnitzler (1) a cité un Cas de ce genre chez un homme âgé de trente-six ans convalescent d’une angine aiguë.
Symptômes. — Hyperestiiésie. — Dans l’hyperesthésie, la membrane muqueuse du larynx est d’une sensibilité excessive à la moindre irritation anormale. Ainsi la toux, la déglutition même peuvent occasionner des troubles variés tels que des sensations de brulûre, de picotement, de resserrement, ou de froid. Cet état occasionne parfois une toux pénible, mais la vraie « toux laryngée nerveuse », que nous décrirons plus loin, se montre le plus souvent sans aucune altération de la sensibilité du larynx.
D’après Schnitzler (2), le spasme des muscles du pharynx et du larynx accompagne généralement les troubles de la sensibilité de ces organes et peut même déterminer des convulsions générales, mais ce dernier phénomène est probablement du bien plus à l’état général du système nerveux qu’à l’affection locale.
Paresthésie. — Dans les cas de paresthésie du larynx le malade se plaint ordinairement de la présence d’un corps étranger (donnant la sensation d’un poil, d’une arrête, ou d’un fragment dur) arrêté dans sa gorge. Comme nous l’avons déjà fait observer, cette perversion de la sensation persiste presque toujours pendant quelques instants, après l’extirpation d’un corps étranger, mais elle survient aussi bien souvent d’elle-même, chez les jeunes filles ou les femmes hystériques.
La malade croit alors positivement à la présence de quelque corps étranger dans la gorge et va consulter le chirurgien pour se le faire enlever ; mais l’examen laryngoscopique donne un résultat négatif. D’autres fois ces sortes de paresthésie du larynx coïncident avec une autre trouble de la sensibilité de la muqueuse qui, du moins en ce qui concerne les sensations tactiles, ressemble à une forme d’anesthésie.
NÉvRALGiE. — La névralgie du larynx est apparemment très
(1) Loc cit.
(2) Wienner Med. Press., 1873, pp. 1052 et 1107.
rare, cependant Handfied Jones (1), Clinton Wagner (2), et Schnitzler (3), en ont rapporté des exemples. Je n’en ai observé que treize cas : neuf chez des femmes et quatre chez des hommes. Sept fois la douleur occupait le côté gauche, allant du larynx à l’oreille, quatre fois le côté droit, s’étendant dans la direction correspondante; enfin, deux autres fois elle existait des deux côtés en même temps. La douleur était toujours parfaitement intermittente, et chez trois de mes malades on parvenait à la calmer par la pression. Huit de ces malades guérirent par la quinine et les applications locales de chloroforme et de morphine sur la membrane muqueuse. Trois fois la maladie résista au traitement et deux autres malades ayant cessé de se présenter à mes consultations on ne put pas connaître le résultat définitif. Nous ajouterons que même dans les cas les plus heureux l’affection fut très tenace. Voici l’âge des femmes :
De 15 à 20 ans . 1 cas
De 20 à 25 — . 5 —
De 25 à 30 — . 2 —
L’âge des hommes était 17, 19, 23 et 27 ans.
Pronostic. — On peut généralement porter un pronostic favorable, mais il ne faut pas oublier que les troubles sensoriels de la muqueuse laryngée sont quelquefois très persistants ; et alors même que la névrose est sous la dépendance d’un catarrhe chronique, elle peut durer bien longtemps encore après la disparition de Tétât catarrhal primitif (4).
(1) Med. Times and Gaz., mai 2, 1863.
(2) New-York Med. Record., janv. 20, 1875.
(3) Loc. cit.
(4) Il est bon d’ajouter aussi que dans quelques cas de paresthésie laryngienne très accusée, la malade est tellement convaincue de la présence d’un corps étranger dans son larynx qu’elle y songe constamment et refuse quelquefois de prendre toute nourriture, ou dans [d’autres cas des troubles gastriques le plus souvent d’origine nerveuse venant joindre leurs symptômes à ceux qui existent déjà, déterminent le vomissement des quelques aliments qu’essaye de prendre la malade, On conçoit qu’un amaigrissement rapide soit la conséquence de cette surexcitabilité nerveuse excessive à laquelle on devra opposer une médication anti-spasmodique générale et locale des plus
PARALYSIES LARYNGÉES
Traitement. — Si la névrose laryngée, tout en étant une affection locale per se, est associée à l’hystérie ou à l’hypochondrie, on devra surtout s’efforcer d’améliorer la santé générale. Le changement d’air, les bains de mer, un traitement hydrothérapique, pourront souvent guérir à la fois l’état constitutionnel et les troubles locaux.
Lorsque l’affection estpurement locale, l’application des solutions astringentes concentrées est souvent très utile ; mais j’ai constaté que les applications de morphine et de chloroforme recommandées par Schnitzler sont encore plus efficaces. Le docteur Handfield Jones pense que la plupart de ces troubles laryngés ont une origine rhumatismale, et il recommande l’emploi de l’iodure de potassium. Tobold(l) donne la préférence au bromure de potassium. On devra donner également donner le bromure de potassium à l’intérieur.
PARALYSIE LARYNGÉE DUE A UNE MALADIE OU UNE LÉSION DE LA MOELLE ALLONGÉE
Latin Eq. — Paralysis laryngea ex morbo, vel lesione medullæ oblongatæ.
Anglais Eq. — Laryngeal Paralysis from Disease or Injury ot the Medulla oblongata.
Allemand Eq. — Kehlkopflàhmung in Folge von Krankheit oder Yerletzung der Medulla oblongata.
Italien Eq. — Paralisi laryngea da mallattia o lesione del midollo allungato.
Définition. — Sous cette dénomination on comprend la paralysie de quelques uns des muscles du larynx et ordinairement aussi celle de quelques museles de la tête, de la face, ou des extrémités , par suite d’une affeetion centrale du système nerveux.
énergiques. Nous avons parfois retiré de bons avantages de l’emploi de cautérisations très localisées faites sur un point du pharynx avec le galvano-cautère (Note des Traducteurs).
(1) Laryngoscopie u. Kenlkopfkrankheiten , 1874, p. 343.
PARALYSIES LARYNGÉES
Étiologie. — Pour traiter avec plus de profit l’étiologie de cette affection, il serait nécessaire de remonter aux causes de l’ataxie locomotrice (1), de la sclérose diffuse, et de la paralysie bulbaire progressive. On trouvera ces affections décrites d’une manière complète dans les différents traités, et il suffit de faire remarquer ici que l’hérédité, les émotions dépressives, les excitations mentales excessives, et l’exposition au froid sont généralement regardées comme les causes prédisposantes de cette affection. On verra que dans le plus grand nombre des cas de ce genre que j’ai eu à traiter, le malade avait eu la syphilis et une fois même oh a trouvé une gomme du cerveau.
Symptômes. — Dans les affections laryngées dues à une maladie du cerveau il existe le plus souvent d’autres symptômes qui révèlent la présence du désordre cérébral (2). C’est ainsi que l’on observe la paralysie de l’un des membres ou celle de certains muscles, la perte de la fonction d’un des organes des sens. Les symptômes généraux varient du reste suivant le point affecté. Il existe quelquefois des convulsions. Les signes laryngoscopiques sont également très variables : quelquefois le noyau de l’un des nerfs récurrents est complètement détruit, et ôn observe alors la paralysie de tous les muscles qui agissent sur une corde vocale, d’autres fois les noyaux des adducteurs ou les filaments abducteurs seuls sont atteints, aussi observe-t-on quelquefois un simple enrouement ou la perte de la voix, et d’au trefois un bruit strident qui se produit pendant l’inspiration (3).
(1) Le professeur Charcot a rapporté un cas dans lequel il existait de l’ataxie locomotrice (Gaz. desHôpit., n° 1, 1879) comme un exemple de crise laryngée, mais l’emploi de cette dénomination ne nous paraît offrir aucun avantage.
(2) Les troubles laryngés liés à l’ataxie locomotrice (spasmes, crises laryngées de Charcot), peuvent apparaître avant les autres manifestations de la maladie et l’on a déjà signalé plusieurs faits probants à cet égard.
Sur les seize cas cités par M. Cherchevsky, (Contribution à l’étude des troubles laryngés tabétiques. Revue de Med. n° 7, juillet 1881), on a pu treize fois préciser le moment d’apparition de symptômes laryngés et neuf fois sur
reize ils ont marqué le début de la maladie. S’ils ne tardent pas en général à s’accompagner d’autres signes, il faut savoir aussi qu’ils restent parfois longtemps isolés [Note des Traducteurs).
(3) Outre les observations qui me sont personnelles je renvoie encore le lecteur à celles qu’à publiées Pentzoldt, D. Archiv. f. Klin. Med., Bd. XIII : 1874, et Beverley Robinson : Amer., Journ. of, Med. Sci., avril 1878.
PARALYSIES LARYNGÉES
Anatomie pathologique. — Les névroses du larynx dépendant de lésions centrales ont leur origine dans une affection organique des racines du nerf pneumogastrique et des nerfs spinaux accessoires au niveau du plancher du quatrième ventricule (1). Ces paralysies se montrent donc comme complication
(1) Depuis longtemps déjà, on s’était aperçu de certains rapports entre les troubles laryngés et cette maladie, et à M. Féréol appartient l’honneur d'avoir le premier nettement insisté sur la subordination de ces troubles à l’ataxie, en les considérant comme symptomatiques de cette affection.
M. Cherchevsky (loc. cit.j encouragé par M. le professeur Charcot, a cru utile de rassembler les faits qui établissent cette subordination, de les rapporter en détail, de les étudier et de les comparer entre eux, afin de démontrer qu’on est parfaitement autorisé à considérer les troubles laryngés comme symptômes (quoique en somme assez peu fréquents) de l’ataxie locomotrice. Ces faits, au nombre de dix-huit, ont d’autant plus de droit à notre créance qu’ils sont dus à l’observation d’hommes tels que Cruveilhier, Féréol, Jean, Boudin, Charcot, etc., dont l’autorité scientifique en cette matière est des mieux établie.
Le caractère général des troubles laryngés tabétiques consiste essentiellement dans une toux spasmodique, analogue à celle de la coqueluche, toux apparaissant par attaques et s’accompagnant parfois de spasme de la glotte, d’étouffements plus ou moins forts, d’asphyxie, parfois même dé convulsions. Mais ces* symptômes, toujours, les mêmes dans tous les cas, présentent des degrés d’intensité assez différents les uns des autres pour que l’auteur ait cru devoir décrire, au point de vue pratique, trois variétés de crises laryngées tabétiques : une légère, une moyenne et une très forte.
Les attaques surviennent, soit subitement pendant un entretien, pendant le sommeil, soit précédées de prodomes, tels que sensations de brûlure, de chatouillement, de picotement, de constriction du larynx ou de corps étrangers.
Les causes occasionnelles sont : le rhume, un excès de phonation, la déglutition, la marche, l’ingestion du vin, le contact d’un objet froid, un courant d’air, une odeur forte ou un brusque changement de température.
La durée des attaques varie, selon leur degré et leur force, de quelques secondes à 22 ou 30 minutes. Elles semblent un peu plus fréquentes pendant le jour et elles ont pu se répéter jusqu’à 50 fois dans les vingt-quatre heures.
L’examen laryngoscopique a malheureusement fait défaut dans bon nombre . de cas, mais dans trois observations rapportées, par le docteur Krishaber [Annales des maladies de l’oreille et du larynx, p. 250 et suiv.), l’examen de l’organe révéla, chez l’un des malades, une immobilité complète de la corde vocale gauche pendant les mouvements d’inspiration et de phonation ; chez le deuxième, une parésie des inspirateurs, et chez le troisième aucune lésion.En résumé les symptômes laryngoscopiques sont variables elle spasme seul est un phénomène constant, que Charcot [Gaz. des Hâpit. , n° 1, 1879) attribue à l’hyperesthésie de la muqueuse laryngée et à l’hyperexcitabililé
PARALYSIES LARYNGÉES
des affections cérébrales qui intéressent la moelle allongée et le pont de Varole, et se rencontrent parfois dansles affections dont nous avons déjà parlé à l’article « Étiologie». Dans le seul cas où il m’ait été possible de faire l’autopsie, l’affection était de nature syphilitique. La surface de la moelle allongée était molle et crémeuse, mais son tissu paraissait sain à la coupe. Malheureusementonne put pas faired’examen microscopique. Dansl’observation de Pentzoldt les corps olivaires étaient mal délimités , et les pyramides antérieures , grises et « d’apparence gélatineuse » (1).
Diagnostic, — L’un des signes les plus manifestes de la paralysie des muscles laryngés, est la coexistence de la paralysie d’autres nerfs, surtout de ceux qui animent le voile du palais et la langue ; le nerf facial peut également être atteint.
Pronostic. — Le pronostic est généralement très défavorable ; mais dans les cas d’angine syphilitique on peut cependant enrayer la maladie.
Traitement. — On se bornera à faire le traitement des symptômes.
Si le malade est syphilitique on donnera l’iodure de potassium. Si les abducteurs sont paralysés, il pourra être utile de recourir à la trachéotomie.
OBSERVATIONS DE PARALYSIE A LA SUITE D’AFFECTIONS DE LA MOELLE ALLONGÉE
I. — Paralysie complète de la corde vocale gauche. — Thomas G. âgé de cinquante ans était traité par le docteur Hughlings Jackson,
des centres nerveux. (Voir les cas signalés par Cruveilhier : 32e livre, p. 19 ; Féréol : Mémoirede la Soc. méd. des Hôpital. V, p. 82 et Charcot : Prog. mèd., 1879, n° 17. — Note des Traducteurs).
(1) Deux autopsies seulement ont été faites jusqu’à ce jour : la première (cas de J. Cruveilhier) a révélé outre la dégénérescence grise des cordons postérieurs, la môme dégénérescence des corps restiformes, fait en rapport avec les signes laryngés observés. La deuxième (cas de Jean) est plus complète, on a trouvé un amincissement considérable des origines des nerfs pneumogastrique, spinal et récurrent, une atrophie et une dégénération des pyramides postérieures, un petit foyer de ramolissement dans le corps restiformo gauche et une dégénératien grise des cordons postérieurs (Note des Traducteurs).
PARALYSIES LARYNGÉES
à l’hôpital de Londres, en mars 1864, et je fus prié par mon collègue de faire l’examen du larynx. Le docteur Jackson me fit observer que le malade avaty une paralysie, avec atrophie du côté droit de la langue, du palais, du trapèze droit et paralysie de l’orbiculaire des lèvres du même côté.
A l’examen laryngoscopique, je constatais que la corde gauche gardait la position cadavérique. Il était bien évident qu’une maladie de moelle allongée, siégeant près du noyau du nerf accessoire spinal et hypoglosse, pouvait seule produire ces différentes paralysies.
Le malade fut examiné de nouveau en 1866, mais l’affection n’avait fait encore aucun progrès ( Lond Hosp. Reports, vol. I, p. 361).
IL — Paralysie complète de la corde vocale gauche. — En 1865, Z S., âgé de 43 ans, vint me consulter à l’hôpital de Londres, pour une perte de la sensibilité du côté gauche de la face, la sensation du goût était diminuée de ce côté)de la langue et il existait uue paralysie de la moitié gauche du palais et la voix était faible. A 5 centimètres environ derrière l’oreille, au niveau et un peu au-dessous du méat, on voyait une eschare à bords anfructueux, sur une masse charnue s’étendant en bas, mais se dirigeant obliquement en avant vers l’angle inférieur de la mâchoire. Le sterno-mastoïdien semblait pénétrer en avant dans cette masse : et en arrière de l’eschare et audessous de la masse générale la partie centrale du muscle était dure et saillante. Le bord antérieur du trapèze également induré avait la consistance du liège.
Au laryngoscope on voyait la corde vocale gauche fixe et immobile dans la position cadavérique.
Il existait un iritis de l’œil gauche, et en outre quelques opacités de la partie inférieure de la cornée. Je renvoyai le malade au docteur Hughlings Jackson ; et il ne tarda pas à s’améliorer considérablement sous l’influence de.l’iodure de potassium et d’un régime tonique. La paralysie persista il est vrai, mais la santé générale s’améliora et le gonflement du cou diminua et devintmoinsdur. Le malade mourut cependant quelques mois plus tard des suites d’une hémiplégie. On trouva les membranes de la base du cerveau infiltrées d’une matière sale, comme gluante, surtout le long des sillons. Les parois de l’artère vertébrale étaient augmentées de volume et l’artère cérébrale moyenne pénétrait dans une tumeur de la grosseur d’une noix, qui àla coupe était molle et d’un blanc jaunâtre, c’était évidemment une gomme. On voyait une tumeur semblable s’étendant d e la branche de l’artère cérébrale moyenne. La surface de la moè'lle allonlongée était molle et crémeuse, mais à la coupe son tissu qui ne fut pas étudié au microscope paraissait sain.
A l’examen du larynx fait après la mort par mon cousin, M. Frédérick M. Mackensie, on trouva le crico-aryténoïdien postérieur gauche aminci, décoloré, tandis que son congénère était d’un rouge foncé et deux fois plus épais que lui. Les autres muscles; du larynx n’ont pas été examinés.
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(Pour plus de détails voir : Lond. Hosp. Reports , vol. IV, 1867, page 314 et suivantes).
III. — Paralysie complète de la corde vocale droite. — En décembre 1868, le docteur Hughlings Jacksonme pria devoir J. G., âgé debOans qui était dans son service à l’hôpital de Londres. Plusieurs nerfs étaient paralysés, il souffrait de douleurs intenses dans la tête qui lui laissaient prendre à peine quelque repos. La voix du malade n’était pas complètement éteinte, mais elle était faible et aiguë, la respiration était légèrement striduleuse.
A l’examen laryngoscopique on constatait l’immobilité de la corde vocale droite fixée dans la position cadavérique. Il existait un léger gonflement de la bande ventriculaire droite et le côté droit de l’épiglotte était un peu tuméfié et déjeté vers le côté gauche. « Les autres désordres étaient » comme le docteur Hugglings Jackson le décrivait « tous du côté droit ». La moitié droite de la langue était atrophiée, la moitié du voile du palais était pendante en avant et retirée vers la gauche, lorsque le malade prononçait l’exclamation Oh ! ; il existait en outre une surdité complète de l’oreille droite. J. G., éprouvait une sensation continuelle de douleur et de roideur à la partie postérieure du nez, quoiqu’on ne put rien apercevoir d’anormal avec le rhinoscope. Il avait des épistaxis répétées — environ un demi-litre de sang ou plus en deux fois — le sang coulait alors du nez dans la bouche. On voyait extérieurement une tumeur très dure, un peu plus longue et plus étroite qu’un œuf de poule, s’étendant en bas derrière l’angle de la mâchoire inférieure vers le coté gauche du cou, il existait aussi du côté' droit et â l’opposé une tumeur semblable mais plus petite. On avait remarqué ces tumeurs pour la première fois un an avant que je ne vis le malade, et l’enrouement était survenu trois mois plus tôt. Le malade avait eu la syphilis 14 ans auparavant. Le docteur Hughlings Jackson jugea que les tumeurs étaient de nature syphilitique. Quoique celle du côté droit ait pu comprimer le nerf pneumogastrique, il était évident que les lésions de la moitié de la langue indiquaient l’origine, centrale de cette affection, et il n’est pas douteux que le docteur Jackson eut raison de songer à l’existence d’une altération de la moelle allongée à l’origine du nerf spinal accessoire et à l’existence de lésions de plusieurs autres nerfs crâniens du côté droit.
IV. — Paralysie bilatérale des abducteurs. — J. W., âgé de 44 ans, bouvier de profession, fut reçu à l’hôpital des affections de la gorge le 19 mars 1868. Il se plaignait de gêne de la respiration, mais sa voix était normale. Voici son histoire : Seize mois auparavant, il avait été frappé de paralysie générale des extrémités des deux côtés du corps. Il se rétablit peu à peu, et ne ressentait plus qu’une faiblesse du bras gauche. A l’examen on trouva le cœur et les poumons sains, mais le laryngoscope démontra l’existence d’une paralysie des abducteurs des cordes vocales, et ces dernières ne laissaient entre elles en s’écartant qu’un espace d’environ trois millimètres. Pendant la phonation l’adduction était normale. Ce malade
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resta trois mois en observation, pendant ce temps les symptômes demeurèrent stationnaires.
Y. — Paralysie bilatérale des abducteurs. — William G. F., de West Cowes, île de Wigkt, se présenta à l’hôpital des affections de la gorge le 25 juillet 1868. 11 se plaignait d’une grande gêne de la respiration. Il nous dit que sa santé avait toujours été très bonne jusqu’au moment où il avait pris un bon coup d’air ; depuis cette époque, c’est-à-dire trois ans auparavant, il n’avait jamais été bien portant. Il eut au mois de décembre 1867 une attaque d’épilepsie suivie de plusieurs autres. Après la dernière attaque il resta sans connaissance pendant quelques heures. 11 avait parfois de l’incontinence des matières fécales et de l’urine. Il nous dit que la gêne de la respiration était allée en augmentant, et qu’il faisait tant de bruit pendant son sommeil, que les passants s’arrêtaient sous ses fenêtres et qu’il empêchait de dormir les voisins demeurant en face de chez lui.
État actuel. — La voix est un peu rauque mais il n’y a pas de toux. Sa respiration est profondément striduleuse, elle le devient encore davantage après le moindre exercice. Le larynx est parfaitement sain, mais pendant l’inspiration les cordes vocales s’éloignent à peine de la ligne médiane. Il n’existe aucun signe d’affection thoracique. Ce malade s’en retourna à Gowes où d’après ce que j’appris du docteur Hoffmeister, il mourut bientôt après.
VI. — Paralysie bilatérale des abducteurs. — - James J., âgé de 25 ans fut admis à l’hôpital de Londres le 18 avril 1873. Le malade avait été sujet à des attaques pendant les deux dernières années, il perdait alors l’usage delà parole et de la vue et restait sans mouvement. Cet état était accompagné de nausées, de vomissements et de douleurs dans les jambes. Le malade attribue tous les symptômes précédents à une toux grave, et aux efforts violents qu’il était obligé de faire pour jouer du trombone, 15 mois avant son entrée à l’hôpital. On remarquait une particularité dans sa démarche, il existait évidemment un défaut de coordination musculaire, comme dans l’ataxie locomotrice. Peu de temps après, il perdit la vue d’un côté et l’autre œil ne' tarda pas à être également affecté. Le malade avait ou 5 ans auparavant un chancre induré suivi d’une éruption.
A l’examen on trouva les deux pupilles dilatées et les disques atrophiés. Les mouvements rapidesdes yeux produisaient le vertige, les sens du goût et de l’ouïe étaient altérés. La respiration était striduleuse et l’inspiration croupale pendant la nuit. Le laryngoscope révéla l’existence d’une paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs qui expliquait le cornage. Les mouvements des muscles du palais étaient lents. L’usage de l’iodure de potassium fut suivi d’une amélioration rapide de tous les symptômes.
VII. — Paralysie bilatêrate des abducteurs. — Le 25 septembre 1878, je fus appelé pour voir M. G. J. G., qui se plaignait d’une gêne de la respiration. En le questionnant je m’assurais que la dyspnée avait commencé plusieurs années auparavant, et qu'il avait eu pen-
PARALYSIES LARYNGÉES
dant huit ou neuf années une certaine faiblesse de la jambe droite semblable à une paralysie commençante. La respiration était légèrement gênée pendant qu’il était couché, mais, sur ma demande, il se leva et traversa la chambre avec l’aide d’un bâton en claudicant et à ce moment la respiration devint tout à fait striduleuse. Il me dit qu’il faisait quelquefois tellement de bruit pendant son sommeil qu’il s’éveillait lui-même.
A l’examen je trouvai le cœur et les organes de la circulation normaux, mais on voyait au laryngoscope que les cordes vocales étaient fixées, d’une façon permanente, sur la ligne médiane, n’étant séparées pendant l’inspiration à la partie postérieure de la glotte que par un espace d’environ 3 millimètres. M. G. m’apprit qu’il avait été examiné par le docteur Hughlings Jackson, qui avait reconnu « une paralysie de quelques muscles de la gorge ». Je proposai de faire la trachéotomie, mais le malade voulut différer l’opération. Le 10 octobre il alla visiter un ami près de Maidstone, et se coucha comme d’habitude. On le trouva mort le matin dans son lit. L’autopsie ne fut pas autorisée.
PARALYSIE LARYNGÉE PAR SUITE DE MALADIE OU DE LÉSION DU NERF SPINAL ACCESSOIRE
Latin Eq. — Paralysis laryngea ex morbo vel lesione nervi accessorii spinalis.
Anglais Eq. — Laryngeal paralysis from Disease or Injury of the spinal accessory Nerve.
Allemand Eq. — Kehlkopflâlimung in Folge von Erkrankung oder Verletzung des accessorius Willisii. Italien Eq. — Paralisi laringea da malattia o lesione del nervo spinale.-
La division précédente comprend la paralysie due à une lésion du noyau du nerf accessoire spinal, mais nous devons mentionner ici la paralysie résultant d’une affection de l’un des nerfs accessoires sur toute la longueur de leur trajet (t).
(1) Tous les cas de ce genre ayant été compliqués de lésions coexistantes d’autres nerfs, il est impossible de traiter cette affection avec la méthode systématique adoptée pour les autres névroses.
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La lésion de ce nerf est généralement le résultat de la compression due à une tumeur maligne qui détermine la désorganisation d’une portion de cerveau. Parmi les cas de ce genre que j’ai eus à observer et qui ne présentaient aucune complication, il ne m’a pas été possible de prouver une seule fois qu’il existait une lésion de la branche accessoire, mais Turck (1) cite un cas de compression bilatérale de ce nerf dans son trajet à travers le trou déchiré (foramen lacerum), par une infiltration cancéreuse de la base du crâne. Dans ce cas qui remonte à une époque antérieure à l’emploi du laryngoscope (1855), l’enrouement persista jusqu’à la mort.
Seeligmüller (2) a rapporté un excellent exemple de cette affection. Schech (3) en a également publié un cas très intéressant dans lequel le nerf accessoire, ainsi que le glosso-pharyngien, le pneumogastique, et l’hypoglosse étaient englobés dans une tumeur sarcomateuse de la base du cerveau.
Les symptômes d’une affection du nerf accessoire sans autre complication, ne sont pas encore connus.
Le traitement devra se borner à l’expectation et à éviter les douleurs de l’agonie.
Voici une observation intéressante de cette maladie :
PARALYSIE DES BRANCHES ACCESSOIRES ET SPINALES DD NERF SPINAL ACCESSOIRE ET D’AUTRES NERFS.
Elisabeth S., âgée de cinquante-et-un an, est admise à l’hôpital de Londres, ennovembre 1 803, pour une gêne de la déglutition, la respiration courte et la perte de la voix. Outre les symptômes déjà décrits la malade était, en outre, complètement sourde de l’oreille droite et plus légèrement de l’oreille gauche. Elle éprouvait une certaine difficulté à tirer la langue, et le côté droit était légèrement atrophié. La luette et la parois du pharynx étaient tout à fait insensibles à l’irritation.
A l’examen laryngoscopique les cordes vocales apparaissaient fixées dans la position cadavérique. La sensibilité du larynx n’était pas altérée. La malade avait perdu complètement l’odorat et ne
(1) Klinikder Keihkopfkrankheiten , p. 437.
(2) Archiv. für Psychiat. u. Nervenkrank, 1872, vol. III.
(3) Dentsches Archiv für Klin. Medicin, vol. XXIII, Hft. 1 el 2.
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pouvait distinguer la valériane de la menthe, mais lorsqu’on lui faisait sentir de l’ammoniaque elle éprouvait cependant le besoin d’éternuer. Elle ne pouvait lever les épaules. Après quelques semaines on vit apparaître une tumeur maligne dans la voûte du pharynx, et on pensa alors que la tumeur avait englobé à leur origine les nerfs glosso-pharyngien, accessoire spinal et hypoglosse.
La tumeur située dans la partie supérieure du pharynx, ne tarda pas à gagner la portion supérieure de la bouche, elle forma une large ulcération constamment recouverte d’une sécrétion fétide.
La malade qui ne pouvait avaler qu’avec la plus grande difficulté s'amaigrit et eut deux jours avant sa mort de légères convulsions. On ne put malheureusement pas obtenir la permission de faire l’autopsie, mais il est hors de doute que cette observation est tout à fait semblable à celle que Schech a récemment publié avec de si remarquables détails.