DIGESTION. — DÉGLUTITION
H. — YOIBS RESPIRATOIRES.
A66. La deuxième série des mouvemeDts constatés pendant la déglutition a pour but d'empêcher le bol alimentaire de passer dans les voies respiratoires, à savoir, dans l'ouverture postérieure des fosses nasales ou dans Forifice supérieur du larynx.
i57. La contraction du muscle constricteur supérieur (A56) crée déjà par la compression du voile du palais un puissant obstacle au passage des aliments dans les ARRIÈRE-NARINES. Toutefois, pour quo ce reflux soit impossible, il faut que ce voile membraneux soit énergiquement tendu horizontalement par ses muscles propres (péristaphylins externes), tandis que la paroi postérieure du pharynx s'avance vers lui et Tembrasse. Aussi la paralysie du voile entraine-t-elle le passage des aliments et des boissons dans les fosses nasales pendant la déglutition. On a pu constater les mouvements décrits sur des malades présentant une plaie béante; mais il est difGcilè^^de les voir sur soi-même, car les dépressions de la langue avec le doigt changent les conditions normales de la déglutition.
Gerdy et Dzondy affirment, en outre, que les piliers postérieurs (muscles pharyngo-staphylins) se contractent, se rapprochent l'un de l'autre, et forment alors un sphincter oblique qui divise le pharynx en une portion supérieure ou nasale, et une portion inférieure ou buccale. La paroi postérieure du pharynx s'avance et complète ainsi le plancher musculo-membraneux, sous lequel glisse le bol alimentaire. Il est facile, suivant ces auteurs, de constater par soi-même dans une glace, en rapprochant des piliers postérieurs pendant que l'on essaye de faire un effort pour avaler. Moura cependant déclare ce mécanisme tout à fait imaginaire.
458. On admet généralement que le passage des aliments dans le larynx est empêché par Tocclusion de la glotte et par l'abaissement de Tépiglotte.
&Ô9. Lorsqu'on simule l'acte de déglutition pendant Tinspection laryngoscopique, on voit Yocclusion de la glotte s'opérer de la manière précédemment décrite (250) ; mais cette expérience, faite dans des circonstances exceptionnelles, car on n'avale jamais ayant la bouche ouverte, ne prouve nullement que ce fsdt se présente dans la déglutition normale.
Longet a pu, sur des chiens et des moutons, écarter les replis de la glotte à l'aide d'une pince introduite par la trachée largement ouverte, et cependant les aliments furent facilement avalés. D'un autre côté, on sait que des ulcérations des replis supérieurs ou des inférieurs ne rendent la déglutition ni difficile, ni impossible. Aussi l'occlusion de la glotte n'est-elle nullement indispensable, d'après Longet, à la régularité de la déglutition; pour lui, l'ascension du larynx en avant, combinée avec le déplacement de la base de la langue en arrière, et la sensibilité acquise de la muqueuse, qui avertit l'animal de la présence d'un corps étranger dans le vestibule, sont les conditions essentielles de protection pour les voies respiratoires. Quelque intéressantes que soient ces expériences, elles ne peuvent, à cause de l'organisation essentiellement différente, s'appliquer à l'homme. La preuve tirée des ulcérations n'est pas non plus probante ; car ces ulcérations n'empêchent pas les replis de se presser Tun contre l'autre et de fermer l'orifice. La trachéoscopie pourrait seule donner des éclaircissements suffisants, si elle était faite sur un sujet dont les replis auraient conservé toute leur mobilité; mais ce n'est pas précisément dans ce cas que l'on fait la trachéotomie. De ce qui précède, on peut donc conclure seulement que la glotte se ferme très-probablement
DIGESTION. — DÉGLOTITION. 353
pendant le second lemps de la déglutition, mais que ce fait n'est pas encore prouvé d'une manière indubitable.
Tout le inonde sait aussi que l'inspiration ne peut s'accomplir en même temps que le second temps de la déglutition, ou plutôt qu'en s'accomplissant, elle fait tomber dans la trachée des bols alimentaires ou des corps étrangers qui se trouvent dans Tarrière-bouche.
Les corps étrangers qui pénètrent de cette manière dans l'orifice glottique et dans la trachée, y excitent la toux, Télranglement et de la suffocation, s'ils sont durs; des corps mous, gluants, comme par exemple les crachats, y peuvent séjourner sans provoquer tous ces symptômes ; leur présence est d'autant moins gênante, que la muqueuse laryngée, par suite d'une aflection, est devenue nJoins sensible. Mais même k Tétat normal, un bol alimentaire, s il se trouve dans les conditions indiquées, peut être supporté par quelques personnes dans la cavité laryngée et dans la trachée. Krishaber (1865), après <ivoir mâché un petit morceau de pain, et l'avoir bien insalivé, le pousse avec le doigt sur la face postérieure de l'épiglotte, puis sur la glotte; il fait alors un profond mouvement d'aspiration, le bol tombe dans la trachée; par un mouvement brusque d'expiration, le bol est ensuite chassé de la trachée dans le larynx, et de là dans la cavité buccale. Guinier avait déjà fait voir antérieurement (1865), à l'aide du laryngoscope, qu'un bol alimentaire fait de mie de pain mâchée et insalivée peut, par des mouvements incomplets de déglutition, consistant principalement en des mouvements de reptation de la langue, sauter par-dessus l'épiglotte, et tomber sur la glotte fermée, sans provoquer aucune sensation pénible, et dispanaître de là, par fragments, dans l'oesophage.
Les conclusions que l'on peut tirer de ces expériences ne permettent aucune application directe au mécanisme de la
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déglutition normale, car la présence dn laryngoscope dan l'arrière-bouche modifie nécessairement ce mécanisme. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que l'élévation de l'épiglotte et la béance de l'orifice glottique, c'est-à-dire une disposition analogue à celle de l'inspiration, sont des conditions défavorables à la déglutition ; mais ces observations ne donnent aucun éclaircissement sur l'état de la glotte pendant la d«5glutition normale : les expériences* de Guinier se rapportent, de l'aveu de l'auteur lui-même, à un acte anormal de déglutition.
J'ai pensé que l'acte de la respiration pourrait nous aider à trouver la solution du problème qui nous occupe. En effet, il est remarquable que l'expiration est absolument impossible pendant la déglutition. C'est une expérience que chacun peut facilement faire sur soi même et sans inspection laryngoscopique. Que l'on expire ou que Ton donne un son prolongé, le premier temps de la déglutition n'interrompra pas ces phénomènes. Mais dès que le second temps s'accomplit, quelque court qu'il soit, l'expiration sonore on aphone sera instantanément interrompue et suspendue, jusqu'à ce que le second temps soit terminé ; elle reprend -avec le troisième temps. Pour que l'expiration ne puisse s'accomplir, malgré la volonté de l'expérimentateur, il faut qu'il y existe un obstacle énergique. Celui-ci ne peut être créé que par l'occlusion complète de la glotte.
Il nous parait donc indubitable que la glotte se ferme pendant le second temps de la déglutition.
â(3Q. De tout temps on a regardé Xépiglotte comme destinée à fermer l'accès du larynx aux aliments solides et aux boissons. Czermak, en faisant ses observations sur. l'occlusion de la glotte pendant Teflort, dit que l'épiglotte s'applique avec son bourrelet sur la glotte et ferme plus ou moins complètement l'orifice supérieur. Il a vu le bord libre se renver-
IMGKSTION. DÊGLIÎTITION. 355
ser, de sorte qu'une portion de la surface inférieure devient visible. Ce bord renversé, joint à la paroi postérieure du pharynx, forme une demi-gouttière, dans laquelle la base de la langue refoule les aliments et les boissons. Moura- l'appelle orifice médian pharyngo-épiglottique. Cependant le renversement de Tépiglotte ne s'opère pas constamment, surtout lorsque la forme de Tépiglotte s'y oppose. La gouttière n'est pas par conséquent une configuration nécessaire dans le second temps de la déglutition.
D est impossible d'arriver à des résultats incontestables par l'inspection laryngoscopique, parce que le soulèvement de la langue soustrait le larynx et Tépiglotte à tout examen ultérieur et parce que la disposition de la bouche est anormale. Cependant les mouvements qne nous avons vus s'accomplir pendant le second temps (455) font voir que le larynx s'élève et s'avance, tandis que la base de la langue est énergiquement tirée en arrière. Il est probable que Tépiglotte suit le mouvement que lui imprime la langue et se trouve ainsi passivement appliquée sur l'orifice supérieur du larynx ; elle peut être maintenue ensuite dans sa position par la , contraction de ses muscles.
Guinier a d'abord mâché et insalivé un morceau de pain; puis, au moment de la déglutition, il l'a arrosé sur la langue d'une encre noire particulièrement préparée. La déglutition terminée, le laryngoscope a montré toute la base de la langue, le repli glosso-épiglottique, la face antérieure de l'épiglotte, les gouttières pharyngo-Iaryngées et l'ouverture de Tœsophage également très-noirs; tandis que la face postérieure de l'épiglotte, ainsi que la muqueuse intra-laryngienne, avaient conservé leur coloration normale. Il résulte de cette expérience que l'épiglotte est vraiment penchée vers le larynx dans l'acte de la déglutition normale.
D'un autre côté, des expériences physiologiques et des
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observations pathologiques ont mis hors de doute que l'épiglotte remplit un rôle important dans la déglutition, surtout dans celle des boissons. On a vu chez des blessés et des malades, après la destruction plus ou moins complète de Tépiglotle, la déglutition, principalement des liquides, offrir des difficultés. Cependant Stôrk (1860) et Bruns (18(55, p. 72) ont constaté que des malades dont l'épiglotte était entiërementdétruite, avalaient des liquides sans éprouver la moindre gêne. Bruns a vu; chez sa malade, Tocclusion de la glotte pendant la déglutition.
Nous pouvons conclure de l'ensemble de ces faits que l'épiglotte s'applique, à l'état normal, pendant la déglutition, sur l'orifice supérieur du larynx, pour compléter la fermeture hermétique de la voie respiratoire ; mais qu'en son absence, rocclu3ion de la glotte peut à elle seule remplir cet office. La toux survenant après la destruction partielle de l'épiglotte, pendant la déglutition des liquides, laisse supposer que la glotte est incomplètement fermée.
G. —Troisième temps.
&6i. Le bol alimentaire, arrivé au commencement de l'œsophage, parcourt ce conduit, dans toute sa longueur, en vertu du mouvement péristaltique, favorisé par les mouvements respiratoires. Les fibres longitudinales font remonter, par leurs contractions, la portion inférieure de Tœsophage, tandis que les fibres circulaires poussent en avant les aliments et les compriment.
Article IL — Vomissement.
A6â. ÏjG vomissement est un acte spasmodique qui est précédé de la nausée. Le voile du palais est soulevé et tendu