DIGESTION. — GARGARISME
dans la bouche : ainsi, lorsque quelques gouttes pénètrent au-dessous du voile, dans le pharynx, si elles ne sont pas avalées, elles peuvent pénétrer par Finspiration dans le larynx et occasionner de la toux, de l'étranglement, etc. (p. 358), c'est-à dire les phénomènes connus sous le nom d'avaler de travers.
Lorsque, pendant le séjour du liquide dans la cavité buccale, on n'expire pas, aucun bruit ne se produit et Ton prend un bain buccal.
4tt7. Lorsque, en renversant la tête, on soulève énergiquement le voile du palais, en simulant par -exemple un vomis- * sèment, le liquide pénètre nécessairement dans le pharynx, puisqu'il n'existe plus aucune séparation entre les cavités buccale et pharyngée. La respiration nasale est suspendue. En agitant le liquide par une expiration, on fait naître le bruit de glouglou^ et l'on prend un gargarisme pharyngé; en laissant séjourner le liquide tranquillement, on emploie un bain pharyngé. Si la quantité du liquide remplit en même temps une portion de Ta cavité buccale, il y aura simultanément gargarisme ou bain buccal.
Si l'on n'est pas parfaitement maître de la disposition décrite, il survient de petites d(''glutitions qui introduisent une partie du gargarisme dans l'œsophage.
468. Guinier a décrit et démontré à l'aide du laryngoscope, pour la première fois, un troisième mode qui constitue le gargarisme et le bain laryngés; le liquide pénètre dans le vestibule glottique et séjourne sur la glotte fermée. Il peut s'exécuter isolément, ou bien, suivant la quantité du liquide, se combiner avec le mode pharyngé. Les dispositions sont les suivantes :
a. On relève légèrement la tête : moins on la relève, mieux on maîtrise le besoin d'avaler; puis, il n'est pas nécessaire de la renverser, parce que le liquide, renfermé dans
les parties profondes du larynx, ne peut s'écouler par la bouche.
b. La bouche est modérément ouverte pour favoriser la disposition suivante.
c. On avance la mâchoire inférieure^ en élevant le menton^ ce qui fait basculer d'arrière en avant l'os hyoïde et le cartilage thyroïde.
d. On émet la diphthongue œ ; ce son, réuni au glouglou^ produit un bruit analogue au râle trachéal des mourants ; il a un timbre caverneux caractéristique. Le bouillonnement est produit immédiatement, par l'air expiré, sur le plancher du vestiUùle glottique constitué par la glotte fermée.
Je trouve que le gargarisme réussit d'autant mieux, que la tonalité de la voyelle émise est plus aiguë : l'épiglotte relevée Hicilite l'accès du vestibule au liquide.
e. L'orifice glottique est fermé, comme dans Teffort (254) ; l'inspiration, par conséquent, est impossible; il n'y a que l'expiration qui puisse s'effectuer. II faut donc, pendant le séjour du liquide dans le larynx, retenir la respiration; on ne se permettra qu'une expiration lente et bien graduée, de manière à éviter la nécessité d'une inspiration immédiate et involontaire. Si l'on inspirait pendant le séjour du liquide dans le vestibule, on produirait, cela va sans dire, tous les phénomènes qui accompagnent la pénétration d'un corps étranger dans la trachée. Le séjour de chaque gorgée ne peut donc dépasser la durée d'une lente expiration ; il faut, chaque fois, remplir préalablement d'air ses poumons.
/. Nous ajouterons à ces préceptes que la quantité de liquide emmagasinée doit être moindre que pour les autres modes de gargarismcs.
469. Si le liquide se trouve dans la cavité laryngée ou dans la pharyngée, et si l'on expire uniquement par les fosses nasales, le voile du palais abaissé sépare la cavité
buccale de la cavité pharyngo-nasale ; on peut alors, par un léger et brusque mouvement de tête d'arrière en avant, combiné avec une secousse expiratoire, analogue à celle de l'aération, faire passer le gargarisme dans les arrière-narines, et par conséquent le faire écoulera l'extérieur. Toutes les personnes qui ont une grande voûte palatine (voûte ogivale de Chomel) exécutent facilement cette ablution d'arrière en avant. C'est un gargarisme par régurgitation ou un gar^ garisme nasal.
APPENDICE
i70. Les opinions de la plupart des auteurs qui ont écrit sur la voix, avant l'inspection du larynx sur l'homme vivant, n'offrent presque aujourd'hui qu* un intérêt historique. On peut admirer la perspicacité de quelques-uns qui, théoriquement ou par des expériences physiologiques, ont établi des doctrines qui s'approchent beaucoup de la vérité ; mais la science est bien plus intéressée par la constatation d'un fait vu dans ses conditions normales que par les aperçus les plus ingénieux ou par les recherches les plus patientes, surtout si elles sont faites dans des conditions opposées à l'accomplissement normal de la fonction.
Je me bornerai donc d'autant plus volontiers à la citation abrégée des travaux d'un grand nombre d'auteurs, qui n'ont pas appliqué le laryngoscope, que Ton trouve leurs opinions analysées avec détail dans les traités de physiologie. En ce qui concerne les laryngoscopistes, nous ferons l'analyse his* torique des rexrherches relatives à la production du sou, ayant déjà eu l'occasion de mentionner leurs opinions relatives à quelques autres questions.
A. — Époque anté-laxTngoscopiqae.
A 71. Hippocrate et Aristote n'avaient que des conotts* sances fort imparfaites sur l'appareil vocal ; ce dernier dît que les voyelles sont produites par le larynx et les consonnet par la langue et par les lèvres. Galien, qui avait des connaissances anatomiques beaucoup plus exactes (p. 53) , est le premier qni ait comparé l'organe de la voix à cette série d'instruments qu'on appelle instruments à anctie, et ptrti* culièrement à une espèce de flûte que, de nos jours, nous appelons hautbois; il considère le thorax comme souJBet, les lèvres vocales comme partie sonore, et le pharynx comnie tuyau sonore. Pendant la rétention du souffle, cet orifice se ferme complètement, tandis que pendant l'émission de k voix il est dans une situation moyenne. La rapidité de Tair expiré et l'acuité de la voix augmenteraient avec l'étroilesBe du passage.
Comme Galien, Fabrice d'Acquapendente pense que U glotte est l'organe immédiat de la voix et qu'elle agit comme les lèvres pendant le sifflet. Le grave et l'aigu sont obtenus par la dilatation et le rétrécissement de la glotte, et aussi par la longueur, la brièveté et le diamètre du canal ; sur ce dernier point, i auteur partage Topinion erronée de ses prédécesseurs. Pour lui, l'organe vocal fonctionne à la façon des tuyaux à bouche.
Mersenne émet, comme un fait hypothétique, que la glotte pourrait bien être une anche «qui fait les sons par tremblements, et qu'elle les fait d'autant plus graves ou aigus, qu'elle tremble plus lentement ou plus vite ». Perrault parait aussi favorable à cette opinion.
i72. Pour Dodart, la glotte est une anche particulière. <( Le ton a pour cause les vibrations des lèvres de la glotte,
ibfations dont le nombre dépend non pas de leur dimen- OD, mais de leur tension et de la vitesse de l'air sortant. ... eue modification comprend deux circonstances : l'une est ipitale, c'est que depuis le plus bas jusqu'au plus haut, les !\rres se bandent de plus en plus ; la seconde, c'est que plus les se bandent, plus elles s'approchent. Il résulte de la remière, que les vibrations des lèvres seront d autant plus équentes, qu'elles approcheront de leur ton le plus haut; il isulte de la seconde que plus elles hausseront le ton, plus les s'approcheront, ce qui s'accorde parfaitement avec les siruments à vent gouvernés par des anches. » Cependant glotte diffère de ces auches par ses dimensions ; aussi la impare-t-il au papier entr'ouvert qui joint un châssis mal lUé avec la baie d'une fenêtre, qui est ébranlé par un vent ipérieux, et qu il appelle le châssis bruyant. C'est une este d'anche membraneuse. De là des contradictions dans squelles tombe l'auteur lorsqu'il veut appliquer les lois qui gissent cette dernière à la fonction de la glotte. Dans la nz de tète, la glotte est rétrécie outre mesure et l'air lancé iDS les fosses nasales.
47S. Ferrein, qui le premier s'est avisé à faire rendre les •ns au larynx d'un cadavre, considère les lèvres de la glotte »mme des cordes capables de trembler et de sonner comme lies d'une viole ; l'air est l'archet qui les met en jeu ; le trécissement de la glotte et la vitesse de l'air sont les deux oyens pour aller du premier au dernier degré d'intensité; \ D*ont aucune influence sur la hauteur, due uniquement la longueur de la partie vibrante. C'est Ferrein qui donna IX replis inférieurs le nom de cordes vocales. 474. La science est restée partagée entre les théories de odart et de Ferrein, adoptées ou repoussées avec énergie vr les uns ou les autres. Puis, on y a apporté des modifica- Mis : ainsi Dutrochet, qui s'est inspiré des travaux de Fer-
rein ; Cuvier, pour lequel la glotte influe sur le sod, comme Tanche d'un instrument à vent, tandis que le canal agirait comme le porte-vent d'un tuyau à bouche. Les variations dr la glotte sont, pour Liscovius, la cause des variations du ton ; dans la voix de poitrine les cordes sont relâchées, tendues» dans la voix de tête. Magendie, et avec lui Biot, comparent l'appareil de la voix à un instrument à anche, et attribuent aux lèvres la formation de tous lestons. Le premier, Magendie constate par des vivisections les vibrations de ces replis inférieurs ; une partie seulement de ces lèvres vibre dans les sons aigus, la totalité dans les tons les plus graves ; l'épiglotte, qui pour Galien représentait le biseau d'une flûte, et dont Haller avait déjà démontré la nullité par rapport à la phonation, permettrait au larynx de donner des sons d'intensité variable. Geoffroy Saint-Hilaire se rallie volontiers à la théorie de Ferrein pour la production de la voix de poitrine, et à la théorie du son dans les tuyaux à bouche de l'oi^gue, pour la voix de fausset.
475. Une théorie toute nouvelle fut proposée par Savait. 11 considère l'organe vocal comme un tuyau conique, dans lequel l'âir est animé d'un mouvement analogue à celui qu'il affiBCte dans les tuyaux de flûte d'orgue. La seule différence notable qu'il y ait entre un tuyau à bouche membraneux et le tuyau vocal consiste dans le mode d'embouchure qui, pour ce dernier, est analogue à un appeau d'oiseleur à bords supérieurs rentrants. Il est inutile, dans Tétat actuel de la science, de réfuter cette théorie qui a eu ses partisans et parmi lesquels il faut peut-être ranger Gerdy.
Suivant Malgaigne, l'organe vocal est un instrument à anche ; la partie antérieure de la glotte seule convient à la production de la voix, qui est modifiée ensuite dans les cavités pharyngées. La glotte est une anche double flexible, analogue à la pratique de Polichinelle ; les ventricules représen-
lent lin vérilable bocal de cor. La voix de tête résulte de ce que le voile du palais transforme le tuyau résonnant, qui est double dans la voix ordinaire, en un tuyau simple et conique; le larynx remonte, la tête se renverse en arrière, etc.
Bennati est l'auteur d'une théorie des plus fantaisistes : l'intervention du larynx, dont les mouvements intrinsèques sont expliqués d'une manière étramge, ne serait que secondure pour les notes aiguës, qui résultent surtout de l'action des muscles de l'os hyoïde, de la langue et du voile du palais, d'où la dénomination des notes sus -laryngiennes. Cette idée fut adoptée par Colombat (de l'Isère) , qui dit que la glotte n'est pour rien dans la formation des sons de fausser.
476. Lehfeld affirme, le premier, que dans la voix de tête , les bords libres des cordes vocales vibrent seules , tandis que dans la voix de poitrine, ces cordes vibrent dans toute leur étendue. Miilleret beaucoup d'autres observateurs OQt adopté cette opinion.
Cagniard-Latour a eu le premier l'idée de construire des larynx artificiels avec des anches membraneuses; il adopte la théorie des anches. Les lèvres du larynx peuvent, dit-il, faire acquérir à l'air chassé par les poumons un ébranlement particulier propre à favoriser l'ébranlement des lèvres supéritîures ; la voix de poitrine s'explique par la simultanéité de vibration dans les deux paires de rubans.
477, Mûller a fait des expériences nombreuses sur les anches membraneuses et sur les larynx des cadavres. 11 affirme que « l'organe vocal est une anche à deux lèvres membraneuses, dont les vibrations sont la cause principale du son. La hauteur du son dépend de la largeur et de la longueur de l'orifice glottique : l'élargissement rend le son plus grave; le rétrécissement plus aigu, sans changement dans la tension des cordes vocales. La tension des languettes,
369 PHYSIOLOGIB.
le raccourcisseiueut de leur partie vibrantSt la force pliis grande du souflle, font monter le son ; le ]^U8 ou moins # d*étroitesse de l'orifice , à tension égale des cordes vocales, n'exerce pas d'influence notable sqr l'élévatioD du soo; li différeqce essentielle des deux registres consiste en ce qoeks bords des cordes vocales vibrent seuls dans les sons de tèle, tandis que dans ceux de poitrine les cordes entières exécoteiA des vibrations rapides et à grandes excur^ons. » Ces résuluts sont sans doute fort exacts pour les anches membraoeiises, mais il n'est pas permis de les appliquer à la glotte : la force plus grande du souffle ne Tait pas monter le son, et Tétroitesse de l'orifice glottique exerce une notable inOueoce.
A78. Diday et Pétrequin disent que, dans les sons de fausset, le contour de la glotte présente Tembouchure d'une flûte et le son se produit par des vibrations de l'air, opimon analogue à celle de Geofi*roy Saint-Hilaire. Ferchaud adopte les idées de Lehfeldt. Segond admet la voix de poitrine formée par les replis inférieurs, la voix de tète pnr lei 1 replis supérieurs. 1
479. Pour Masson, le larynx est un appeau; le son est produit par l'écoulement périodiquement variable de l'air à travers la glotte : la bouche du siffleur est une représentatioD exacte de l'appareil vocal. La voix de fausset résulte de ce que le tuyau vocal sonne sous l'influence d'un courant d'air qui, sans ce tuyau, donnerait un son plus grave que le «o de fausset. La théorie de Masson n'a pas été acceptée; il n'y a aucune ressemblance entre la glotte et les disques métalliques épais, à arêtes vives, dont se servait cet expérimentateur. Dans la première édition de son ouvrage, Looget, dont les expériences physiologiques sur les mou vements des muscles intrinsèques ont jeté un nouveau jour sur les fonctions du larynx, a professé des idées analogues à cdlesdc Masson. L'air venu des poumons, dit-il, s' échappant en
HlSTOlUOtK. 367
pcirtic \mv la glotte, éprouve dans son t'îcoiilement des variations périodiques qui déleruiinent, dans Tair du tuyau laryngien, des vibrations synchrones à celles qu'il éprouve dès sa sortie... Le nombre des vibrations dépend de la poussée de l'air; son intensité, de la grandeur de l'orifice de sortie et de la variation de pression que fair peut éprouver sans changer de ton. Dans la voix de fausset, il se forme un ventre de vibration au niveau des ligaments supérieurs, de sorte que le son de fausset pouvait être regardé comme un harmonique du son fondamental du tuyau vocal.
A partir de cette époque, une nouvelle phase s'ouvre pour l'étude de la voix par l'inspection du larynx dans l'exercice de ses fonctions.
B. — Époque laryngoscopique.
â80. Garcia décrit le premier les mouvements intrinsèques pendant la phonation. Les replis (inférieurs) engendrent seuls la voix, qui est formée uniquement par les compressions et les dilatations que l'air éprouve lorsque la glotte alternativement l'arrête ou lui livre passage ; ou, en d'autres termes, la voix est due aux explosions successives et régulières que Tair produit à la sortie de la glotte. L'auteur décrit la disposition préalable à l'émission du son. Pour chaque nouveau son (plus haut) est exigé un raccourcissement progressif d'arrière en avant et un rétrécissement correspondant de la partie vibrante de la glotte. Dans le registre de poitrine, les ' ligaments s'agitent en vibrations amples et molles: ils sont tendus et entrent en contact dans toute la profondeur do l'apophyse antérieure de l'aryténoïde, tandis que, sous l'inflaence du rejçistre de fausset-tête, ce sont les bords seuls des ligaments qui se tendent et se touchent. Au fur et à mesure que, dans la voix de poitrine, le son s'élève, les apophyses
se touchent de plus en plus et finissent par se mettre en contact dans toute leur étendue. Dans les deux registres, les bords de la glotte, d'abord formés des apophyses et des ligaments, perdent peu à peu de leur longueur, et finissent par ne consister que dans les ligaments. Le registre de poitrine est divisé en deux portions correspondant à ces deux états de la glotie. Le registre de fausset-tête Test pareillement et d'une manière plus frappante encore.
Dès à présent nous verrons tous les auteurs affirmer que, pendant rémission du son, a lieu affrontement des aryténoides, tension des ligaments vocaux, leur vibration, et occlusion de la glotte. Les différences d'opinions portent sur la production des registres. On sait que cette manière de voir diffère complètement de notre opinion ; il est par conséquent superflu de la critiquer toutes les fois qu'elle se présentera.
681. Gzermak constate en général les résultats donnés par Garcia; dans un paragraphe (supprimé dans l'édition française) sur les bruits de chuchotement, il décrit le rapprochement des apophyses des cartilages, auquel se joint le rétrécissement de l'orifice, lorsque le souffle devient rauque, enroué.
682. Suivant Battaille, dans le registre de poitrine, les ligaments vocaux vibrent à la fois dans les régions sousglottique et ventriculaire et dans leurs bords libres. Pour aller du grave à l'aigu, la glotte se rétrécit d'arrière en avant, tout en restant rectiligne, et les aryténoïdes s'affrontent par le tiers inférieur de leurs faces internes. Dans le registre de fausset, au contraire, la région sous-glottique cesse de vibrer, la glotte devient elliptique, tout en se rétrécissant, les aryténoïdes s'affrontent principalement dans les deux tiers supérieurs de leur face interne. L'occlusion de la glotte en arrière est, relativement au même son, plus considérable
dans le registre de poitrine que dans le registre de fausset. Pour expliquer ces affrontements divers des aryténoïdes, Battaille dit que, grâce à la convexité de haut en bas de leurs faces internes, ces cartilages peuvent rouler Tun sur l'autre et s'affronter, soit par les deux tiers supérieurs, soit par le tiers inférieur seulement de leurs faces internes.
Nous avons quelques remarques à faire au sujet de l'opinion de Battaille. La convexité de la face interne des aryténoïdes est tout hypothétique ; les anatomistes s'accordent à décrire une face plane ou plutôt concave. Ce fait importerait peu, si l'auteur n'y voyait un moyen d'expliquer l'affrontement, par roulement, des aryténoïdes. Or, ce phénomène de roulement est un fait purement pathologique; il se produit toutes les fois que l'un des cartilages aryténoïdes est ankylosé ; l'autre, entraîné par l'action des aryténoïdiens, transverse et oblique, roule alors sur le cartilage immobilisé par une espèce de mouvement de bascule. Les observations de Battaille se rapportent par conséquent à des larynx malades. Au surplus, dans sa théorie, l'occlusion en arrière étant moindre, l'orifice glottique est plus large et plus long dans la voix de fausset que dans la voix de poitrine, ce qui est contraire à toutes les notions.
&83. Moura-Bourouillou (1861, p. 83) affirme que les gouttières latérales ont pour but de donner delà gravité à la voix. En rapprochant l'un de l'autre les deux bords postérieurs du cartilage thyroïde pendant le chant, la voix s'élève d'une fraction de seconde ; en déprimant latéralement l'intervalle thyro-hyoïdien , l'élévation par les notes les plus élevées peut dépasser une quinte. Il est impossible d'attribuer aux gouttières le rôle assigné par l'auteur. Les gouttières font partie du tuyau sonore et n'influencent par conséquent en aucune manière la tonalité.
4S4. Merkel cherche à faire concorder (1862) les résultats
HAITDL. — Lirynx. 2&
donnés par le laryngoscope avec sa théorie précédemment établie (1857) et basée sur Tanatomie et la physiologie. Chaque son normal plein, bien résonnant, exige , suivant l'auteur, l'occlusion complète de l'orifice intercartilagineux (1862, p. 78). En émettant crescendo un son de la voix de poitrine, on voit l'orifice glottique s'élargir et s'allonger, sans que les aryténoïdes changent de position; l'épiglotte s'abaisse et les replis supérieurs se rapprochent. Ces différences sont moins sensibles pour la voix de tète. Dans les sons moins intenses, l'orifice serait plus long et plus large que dans les sons intenses ; mais, si j'ai bien compris l'auteur, il entend par son moins intense la voix mixte, et par son intense la voix de tête. Avec l'abaissement du son, les lèvres vocales se raccourcissent d'un quart de leur longueur moyenne, suiVant Merkel; avec l'élévation du son, elles s'allongent en même temps que l'épiglotte se relève. Le registre de poitrine se compose de deux portions d'une étendue à peu près égale, une supérieure et une inférieure (p. 96) : dans la première la glotte cartilagineuse est fermée, dans la seconde elle est béante ; dans le registre de tête, cette glotte est toujours fermée, même dans les sons les plus graves du fausset.
&85. Gibb donne la même théorie de la phonation que Battaille ; la voix inspiratoire ne serait produite que dans le registre du fausset, et la glotte plus ouverte que dans les sons expiratoires de ce registre.
Tobold, qui d'abord (1863) avait suivi les idées de Millier, affirme plus tard (1866) que la glotte cartilagineuse reste toujours fermée lorsque le son'est pur, et que celui-ci devient sombre et couvert dès que la glotte cartilagineuse est ouverte. La voix de poitrine se produit comme les sons dans les tuyaux à anche, la voix de fausset-tête comme les sons de tuyaux à bouche.
A86. Bruns ne fait pas une distinction clairement indiquée «ntre les sons de poitrine, de fausset et de tète, et parle seulement de sons graves et aigus. L'auteur affirme que l'orifice glottique est pour le même ton d'autant plus long et large, que le son est plus fort (p. 104) : que l'on fasse émettre , dit-il , par un chanteur un son pendant lequel i'orifice apparaît sous forme d'une fente très-fine à bords rectilignes, d'abord avec la voix ordinaire, puis avec grande force, on verra l'office s'élargir, s'allonger et les bords devenir courbes. Cette interprétation est erronée ; ce n'est pas l'intensité qui change l'aspect de l'orifice : les sons que Bruns avait fait émettre au chanteur étaient des sons de voix mixte, ainsi qu'il résulte d'une explication ultérieure (p. 106) , donnés d'abord en voix de poitrine, puis en voix de tète.
487. Fournie (1866) constate, sur une anche membraneuse de son invention, construite comme celle du hautbois, que la tension des rubans vocaux (lèvres vocales) et l'occlusion graduelle de l'ouverture qu'ils limitent font monter le son, mais que l'une et l'autre isolées ont peu d'effet. Le son se produit uniquement par les vibrations de la muqueuse, qui se détache de la fibreuse ; le muscle contracté est trop dur pour vibrer. Cependant l'auteur dit, dans un autre passage, qu'il n'est parvenu à enlever la muqueuse qu'à l'aide d'une dissection longue et difficile ; puis, on peut se demander pourquoi les muscles contractés de la lèvre vocale ne vibreraient pas, puisque dans la voix de poitrine on sent avec la main les vibrations de toute la cage thoracique. La voix de poitrine est caractérisée, suivant l'auteur, par l'épadsseur des rubans vocaux, dont les bords peuvent être minces, tranchants ou très-épais, mais présentent toujours une certaine profondeur qui multiplie entre eux les points de contact. Au fur et à mesure que l'on monte dans la gamme,
CD constate une occlusion progressive de la glotte en arrière, qui semble mai'cher plus rapidement dans les demiteeflr notes que dans les premières ; dans les notes les plus élerées de la voix de poitrine» la glotte est fermée d'arrière en aviBl (p. àhO) : cette occlusion ne dépasse jamais la moitié de rétendue des rubans vocaux. La voix de poitrine est formée par l'action simultanée d'une tension en longueur (crioothyroïdiens) et en épaisseur (thyro-aryténoîdiens) , et mie modification de la longueur de la partie vibrante. Lorsque ces deux tensions se font équilibre , et lorsque, par Ydki d'une tension exagérée, les progrès de l'occlusion devieonent impossibles, on ne pourra plus émettre de notes phis aiguës en voix de poitrine; on a recours 'alors au re^stre de fausset, qui s'opère par le rapprochement des lames latérales du thyroïde, par la contraction des puissances musculaires qui diminuent le diaiAètre transversal du larynx, et parle peu d'intensité de la tension lon^tudinale, au commencement du registre de fausset. L'action principale pour h formation des sons consiste dans l'occlusion progressive (p. 462). La voix mixte s'emploie pour remplacer les notes élevées de la voix de poitrine ; la glotte est plus large et plus longue. Les descriptions données par l'auteur de l'aspect de la glotte dans les deux registres de tète et de fausset ne foot pas voir suffisamnient une différence essentielle ; si l'occlusion en arrière, pour les sons élevés de la voix de poitrine, peut aller jusqu'à la moitié de l'orifice glottique, et si Tanche qui donne le fausset mesure autant, à savoir 15 millimètres, il nous est impossible d'y voir un caractère distinctif. L'action supposée des muscles est tout hypothétique, comme le dit l'auteur lui-même (p. ill). D'autre part, il nous est impos^ sible d'accepter le rapprochement des lames' thyroïdes, opéré par la contraction des muscles conslricteurs inférieurs du pharynx qui portent le larynx en haut et en avant (p. 4<51),
comme cause déterminante du registre de fausset, parce que ce déplacement n'est pas indispensable et peut même s'eiïeciuer en sens opposé, parce que le registre de fausset est possible même lorsque la thyroïde est ossifiée et que les lames sont immobiles, enfin parce qu'une pression causée sur les lames ne change pas la tonalité.
A88. C'est à Helmhoitz que nous devons toutes les notions exactes de physique que nous possédons sur la formation de sons dans la glotte et dans les diverses cavités ; nous avons €a précédemment souvent l'occasion de citer ses expériences remarquables, dont la théorie de la voix a largement profité. L'auteur s'est à peine occupé de la question physiologique ; voici l'opinion qu'il se forme sur la production ^e la voix. L'organe vocal se compose d'une anche et d'un résonnateur. La glotte, c'est l'anche; la hauteur est déterminée par la tension des cordes vocales dont l'épaisseur est aussi variable ; ses deux lèvres vibrantes, en s' ouvrant et en se fermant, produisent un CQiu*ant d'air vibrant, qui donne le son, composé d'un son fondamental et d'une longue série d'harmoniques dont les supérieures diminuent graduellement d'iniensité en s'éloignant du son fondamental. Au-dessous des cordes vocales se trouve un tissu non élastique qui vraisemblablement joue un rôle dans la voix de poitrine, en ralentissant les vibrations des cordes vocales. La voix de tète 'prend vraisemblablement naissance lorsque la muqueuse, située entre les cordes vocales, est tirée de côté, ce qui rend plus tranchant le bord et diminue le poids de la partie vibrante. Le résonnateur, c'est la bouche ; ses formes diverses, déterminées par les contractions des parties qui le composent, mettent en évidence ceux des harmoniques qui peuvent s'accorder avec ses dimensions, tandis que les autres sont étouffés.