I. — Inflammation
506. La circulation subit une pei-version complète par l'irritation d'un point donné, et produit alors les phénomènes appelés inflammation. Les caractères cliniques sont la douleur, la chaleur, la rougeur et la tuméfaction. Les deux premiers sont du ressort de la physiologie pathologique; nous n'avons à examiner ici que la rougeur (I), puis la tuméfaction due à des exsudats (II), lesquels subissent des transformations diverses (III). Ces caractères apparaissent successivement l'un après l'autre, dans l'ordre indiqué ; aussi constituent-ils autant de périodes.
a. — Booffear.
507. La rougeur est due, dans les muqueuses pharyûgolaryngées, comme en général dans tous les tissus, à Thypérémie active (A97). Le plus souvent la rougeur est la plus
TROUBLES DES FONCTIONS NUTRITIVES. — CIRCULATION. 88i
oncée au centre du tissu inflammé et pftlit vers la circonférence.
On sait, depuis Kaltenbrunner, que, dans le point irrité, il y a d'abord contraction passagère, puis dilatations de petits vaisseaux, suivies du ralentissement de la circulation, et finalement de la stase sanguine. Suivant Conheim, la dilatation des artères précède celle des veines, dans lesquelles la couche transparente, adhésive aux parois, se remplit de plus en plus de globules blancs. Geux-d, doués de mouvements amiboïdes, ramperaient à travers les stomata ou trous de la couche épithéliale du vaisseau , suivis de quelques globules rouges, et se répandraient dans les tissas voisins.
b, — Bitndau.
508. A la suite de Thypérémie surviennent des exsudais, qui déterminent la tuméfaction. La nature des exsudats, dans les tissus pharyngo-laryngés, est très-variable. Il existe presque toujours simultanément diverses espèces d'exsudats, dont cependant le plus souvent une seule est prédominante.
La quantité dé Texsudat, qui peut être superficiel, interstitiel ou parenchymateux, ne peut jamais atteindre les proportions observées dans d'autres organes : mais, vu les dimensions du larynx, elle peut ëtpe assez considérable pour troubler ou même arrêter complètement ses fonctions.
509. L'e2:5U(/a/5^et/xest un liquide incolore ou légèrement jaunâtre, transparent et d'une réaction alcaline, rarement acide ; il a presque toutes les qualités du sérum sanguin, mais il est plus riche en eau et plus pauvre en albumine. Accumulé dans le tissu cellulaire lâche, il àéiermineY œdème; lorsqu'il se produit au contraire à la surface des muqueuses, comme, par exemple, dans la première période du coryza, on l'appelle flux séreux.
510. \J exsudât muqueux est tantôt du mucus, tantôt il est plus ou moins épais que celui-là ; il constitue le catarrhe muqueux , et doit son origine à une production plus abondante de mucus et de corpuscules muqueux par répithélium des membranes et des glandes muqueuses.
611. U exsudât fibreux ou fibrineux est produit par la transsudation et la coagulation consécutive de la fibrine ou d'une substance analogue dissoute dans le sang ; il constitue la pseudo-membrane.
Cet exsudât renferme quelquefois des quantités plus ou moins abondantes de sérum ou de pus ; il ne peut pas s'organiser en tissu cellulaire, mais subit, en se desséchant, la métamorphose fibrillaire (536) ou une autre dégénérescence (525). Dans le premier cas, il persiste dans l'organisme, en épaississant le tissu ; dans le second, il est résorbé ou rejeté.
512. Le pus se compose, suivant Conheim et un certain nombre d'observateurs, de globules blancs du sang exsudés (507). Anciennement on croyait au développement des globules du pus dans le liquide sanguin exsudé, et, plus récemment, à la production de ces globules par la transformation des cellules propres du tissu.
Quoi qu'il en soit de ces théories différentes, dont la première, très-hypothétique, est incapable d'expliquer les suppurations abondantes, nous n'admettons l'existence de la suppuration que lorsqu'il y a perte de substance, c'est-àdire ulcération, par suite d'une de ces métamorphoses que nous allons examiner (525-537). Tous les tissus des organes qui forment le sujet de nos études spéciales peuvent devenir le siège d'une ulcération ; cependant nous ferons remarquer dès à présent que nous ne •l'avons jamais rencontrée dans la laryngite catarrhale, contrairement à l'opinion d'autres observateurs.
613. V exsudai croupal ressemble beaucoup à de la fibrine coagulée, et est appelé membrane croupale. Cet exsudât se rencontre fréquemment sur les muqueuses pha* ryngo-laryngées, adopte la forme de la surface de son siège, est membraneux ou réticulaire, blanc jaunâtre, peu transparent et élastique ; cependant, par la tension, il se rompt brusquement et ne s'étire pas en filaments. L'acide acétique le gonfle comme la fibrine. Au bout de quelque temps, il devient d'une couleur plus foncée, plus jaunâtre, moins élastique, et peut être détaché de la muqueuse, qui est bypérémique, mais peu tuméfiée.
51 A. V exsudai diphthériiique occupe surtout les espaces interstitiels des tissus afiectés ; de là compression des vaisseaux et gangrène (537) du tissu. L'exsudat, dont la portion la plus petite apparaît à la surface de la muqueuse, serait de la fibrine plus ou moins modifiée ; l'exsudation a lieu audessous de Tépithélium, puisqu'on trouve celui-ci à la surfine libre de l'exsudat, où il finit par se détruire.
Suivant Virchow, il n'y a pas d' exsudât; mais les éléments des tissus, surtout les cellules, se remplissent rapidement d'une substance trouble et subissent la dégénérescence graisseuse. Buhl croit, comme Uhle, que l'infiltration consiste principalement en globules, analogues aux globules blancs, et en noyaux libres, qui déterminent l'anémie et la nécrose. La diphthérite n'est pour lui qu'une nécrose aiguS des tissus. Il n'y a pas d'exsudation de fibrine ; ce que l'on prend pour fausse membngfie n'est qu'un produit de cellules jeunes, peut-être même, d'après Wagner, d'anciennes cellules épitbéliales qui ont subi la dégénérescence vitreuse (Ô3A).
615. V exsudât croupal^diphthéritique est un mélange des deux exsudats précédemment décrits, dans des proportions diverses ; il y a tantôt des pseudo-membranes cohérentes,
384 PATHOLOGIE 6ÉHÉRALE.
tantôt des Ilots isolés. La muqueuse est infiltrée de globules de pus, de noyaux libres et parfois de sang.
516. U exsudât hémorrhagique se compose de globules sanguins, de sérum, de mucus et de pus, lesqueb, dans des proportions variables, apparaissent simultanément oa successivement. Cependant la coloration du tissu en rouge n'est pas due toujours à du sang extravasé, mais provient souvent de la matière colorante du sang transsudée.
Rindfleisch (p. 297) fixe l'attention sur les érosions de h muqueuse, de la grandeur d'une tète d'épingle, circulaires, très-nettement découpées ; il les croit produites par des hémorrhagies très-petites et circonscrites.
517. V exsudât plastique a été supposé par tous les observateurs, depuis Hunter jusqu'à nos jours, toutes les fob qu il y avait développement d'un nouveau tissu normal ou anormal à la suite de l'inflammation. On l'attribuait à Texsudation de la lymphe plastique. Actuellement on n'accepte plus cette théorie, ainsi que nous le verrons en nous occupant des modifications de la formation (539).
c. — MéUmorphotet tfcs essorait.
518. Les exsudais consécutifs à Tinflammation peuvent subir une de ces métamorphoses régressives qui constitueflt rhypoplasie, ou bien donner lieu au développement de nouveaux tissus par régénération (540) ou par adhésion inflammatoire (545).