IV. — Climats
076. On désigne sous le nom de climat les différentes parties de la surface du globe qui présentent les mêmes conditions physiques et qui réagissent de la même manière sur la santé de leurs habitants. Ces conditions dépendent de l'air, du sol et des eaux, qui déterminent la température, la pureté et l'humidité de l'air, comme nous venons de le voir.
hU PATHOLOGIE GÉMÊRALB.
On regarde comme ayant le même climat les localités d'une zone située entre deux lignes isothermes, qui ne présentent entre elles qu'une légère différence de température. Ed limitant cette différence à 10 degrés, on peut établir avec Rochard (article Climat) , auquel nous empruntons un grand nombre des détails qui vont suivre, cinq climats, dont les températures moyennes annuelles sont indiquées par les lignes isothermes qui les limitent. Cependant, il est évident que chaque localité, suivant son altitude, le voisinage de la mer, des montagnes, etc. , peut avoir son climat particulier, entièrement différent de celui de la zone dans laquelle elle est située.
a. — Cllmau torrMei.
677. Les climats torrides s'étendent, dans chaqule hémispbère, de l'équateur thermal à la ligne isotherme de 26' (Sénégambie, Guinée, Congo, Sahara, Soudan, Nubie, Abyssigie, Madagascar, Arabie, sud de la Perse, Indoai-
tan, Indo-Chine, Malaisie, Polynésie, Antilles, Amérique centrale, sud du Mexique, Colombie, Guyanes, nord du Brésil). Les variations annuelles et mensuelles ne sont pas beaucoup marquées, les variations diurnes au contraire trèsprononcées. Tandis que dans le jour le thermomètre marque 40° à 50% la nuit il peut s'abaisser à 15% 10% 5° et même?. L'altitude exerce une grande influence ; ainsi le plateau de Nilgherrys (Indoustan), élevé de 2200 mètres, offre un printemps perpétuel, de même que quelques plateaux de TAniérique centrale. Outre la température constamment élevée, les principaux caractères des climats torrides sont des saisons peu tranchées, ne différant que par leur degré de sécheresse ou d'humidité , des pluies périodiques et torrentielles, de fréquents orages, parfois des ouragans terribles, des miasmes insalubres.
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La race caucasique s'acclimate le plus difficilement; l'excessive chaleur diminue l'énergie des fonctions respiratoires et digestives, rend Thémalose moins complète, exagère l'activité du foie et de la'peau, exalte le système nerveux et rend les individus anémiques. L'exercice de la voix devient pénible, fatigant ; la parole est rare, traînante, sans éclat; Fallanguissement général, la rareté de la salive, la sécheresse des bronches, expliquent ces troubles fonctionnels. C'est dans ces pays qu'est né le proverbe : c La parole est d'argent, le silence est d'or )>, proverbe auquel il ne faudrait pas attacher uniquement un sens philosophique. Les variations diurnes très-brusques et l'extrême humidité des nuits amènent des laryngites et des bronchites fréquentes.
b. — Qtmau ehaadt.
078. Les climats chauds forment deux zones, comprises entre les lignes isothermes + 25° et 10» et situées, Tune dans l'hémisphère nord et l'autre dans l'hémisphère sud. Quoique la moyenne annuelle soit inférieure de 7° à 8* à celle des climats torrides, il ne s'ensuit pas que cet abaissement se trouve uniformément réparti sur toute l'année, parce qu'il est dû à des hivers froids qui succèdent à des étés aussi chauds que ceux des régions équatoriales. La moyenne annuelle se trouve ainsi abaissée. Les saisons se dessinent d*une manière plus tranchée ; la périodicité des pluies disparaît ; la salubrité tient le milieu entre celles des pays torrides et des pays tempérés. L'influence exercée sur les organes de la voix est regardée généralement comme des plus favorables, parce que les aOections aiguës ou chroniques du larynx sont très-rares dans ces pays ; on explique cette action heureuse par l'absence des grandes oscillations et de brusques variations de la température ; cependant, elles y existent, comme nous le verrons tout à l'heure, et déterminent, là comme
■ Uni:
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partout ailleurs, des bronchites et dos laryngites (Comp. Thérapeutique générale. Climat).
a'. — Zone septentrionale dss pny* chxuds.
679. Elle comprend le nord de l'Afrique, le midi de TEurope, le centre de l'Asie et le quart environ de l'Ame rique du Nord. Les deux premières régions forment le bassin de la Méditerranée qui modère et égalise la température. Les vents secs et brûlants du désert n'arrivent sur le littoral qu'après s'être imprégnés à la surface de la mer de fraîcheur et d'humidité. Le vent de nord-ouest, Ieuùstral,qui domine, est le vent du beau temps ; le sud-est ou marin est humide ou pluvieux. La pluie se produit par averses et tombe surtout au printemps et eu automne. Le nombre des jours pluvieux est moindre que sur les côtes de l'Océan, et cependant la quantité de pluie est plus considérable.
La région septentrionale de l'Afrique se partage en deux parties, l'une montagneuse et accidentée, comprenant l'empire du Maroc, l'Algérie et la régence de Tunis; l'autre formée par une vaste plaine aride et sablonneuse est constituée par la régence de Tripoli et l'Egypte. Nous donnerons quelques détails sur l'Algérie et l'Egypte.
La région méridionale de l'Europe comprend l'Espagne, le midi de l'Italie, une portion du littoral méditerranéen de la France et la Grèce. Nous examinerons chacun de ces pays isolément- La région asiatique embrasse le nord de l'Arabie et de la Perse, l'Asie Mineure, le Turkeslan, l'Afghanistan, Lahore et tout le sud de l'empire cliinois. La région océanienne appartient b, la Polynésie septentrionale. La région améri' caine comprend le nord du Mexique et le sud des États- Unis. Nous nous abstiendrons de détails plus précis sur ces régions, dont les caractères rlimatériques, insuffisamment
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étudiés au surplus jusqu'à présent, offrent peu d'intérêt pour la plupart des habitants de l'Europe.
680. V Algérie est divisée, comme les pays voisins, par les montagnes dé TAtlas en deux parties complètement distinctes : au sud, c'est l'Afrique torride, le Sahara ; au nord, le Tell qui s'élève graduellement, formant un amphithéâtre fertile et magnifique, du niveau de la mer aux cimes de l'Atlas hautes de 1000 à 2000 mètres. Des cours d'eau abondants débordent à l'époque des pluies et convertissent en marécages les plaines qu'elles traversent.
Alger l'emporte, à l'exception de Madère, sur toutes les stations médicales connues, par l'uniformité de son climat. En effet la moyenne annuelle y est de 20%ô ; celle du mois le plus froid (février) de 15° ; celle du mois le plus chaud (août) de 27"", 8 ; celle de variations diurnes ne dépasse pas V^Z ; les oscillations nyctémérales, c'est-à-dire celles com^ prises dans l'espace de 2& heures, vont de S"" à 5^ Le thermomètre n'est descendu qu'une seule fois à O"" en sept ans ei dépasse rarement 33^ A mesure qu'on s'avance dans llntérieur de l'Algérie, les variations deviennent plus marquées. L'atmosphère de 1* Algérie est transparente et lumineuse.
On compte à Alger plus de deux cents jours, par an, sans un nuage, sans une goutte d'eau. La moyenne des jours de pluie est de 95 par an ; elles sont courtes, mais torrentielles, et deviennent de moins en moins abondantes, à mesure que l'on marche de Test à l'ouest A la côte, le pluies commencent en octobre et finissent en novembre ; il arrive souvent qu'il ne tombe pas une goutte d'eau de mai ^u octobre. L'abondance de la rosée est en raison directe de retendue des variations nyctémérales ; elle existe à peine sur le littoral. Dans l'intérieur au contraire la rosée est trèsabondante ; on observe souvent d'épais brouillards. La neige
â80 PATHOLOGIE GÊNiRALE.
est très-rare, quoiqu'elle couvre les hautes cimes de FAtlas. Les orages sont rares sur le littoral, mais fréquents dans les montagnes. Les brises de terre et de mer se font sentir d'une manière régulière, pendant la saison des chaleurs ; k sirocco, vent du désert, dont la durée varie de qudqoes heures à 2 ou 3 jours, dessèche tout ce qu*il touche, mais il n'entraîne pas les sables du désert.
Les laryngites et les bronchites sont rares en Algérie, sur le littoral ; mais on en voit beaucoup en hiver et au priatemps, surtout dans les montagnes.
681 . V Egypte présente dans son ensemble une bande de terre convexe, sur laquelle le Nil a creusé son lit. Les plaies tropicales, qui commencent en Nubie et en Abyssinie dès le mois de mars, se font sentir en Egypte à la fin de juin ; le fleuve s'élève alors lentement pendant trois mois au-dessos du niveau de ses berges, submerge toute la partie coDfeie des régions limitrophes, la âeule qui soit cultivée, commeoce à décroître vers le solstice d'automne et rentre ensuite dios son lit, ayant répandu partout un limon fécondant sur un sol noir et fangeux, dans lequel on sème le blé, le trèfle, etc. Pendant Thiver, tout le pays n'est qu'un jardin admirable, qui dessèche à l'époque du printemps de nos climats.
Il pleut très-rarement en Egypte ; presque jamais dans le Sud ; dans le Delta, 26 à 30 fois par averses pendant l'été, jamais en hiver; le brouillard est rare, même en hiver; U neige ne se voit que très-rarement sur le littoral.
La température moyenne annuelle est de 22* ; celle du mois le plus froid de 13%8 (janvier) ; celle du mois lepte chaud 29%6 (août). Les extrêmes de température présentent des écarts considérables ;. Schnepp a vu le thermomètre descendre à T en janvier, et monter à 38* en mai. Ces variations sont considérables non-seulement pendant k cours de l'année, mais encore entre les mois successif^i
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entre un jour et l'autre et nième pendant le passage du jour à la nuit; elles sont surtout marquées pendant. les mois d'hiver et du printemps. Les variations diurnes s* élèvent parfois au Caire, entre l'observation du matin et celle de deux heures, à 10% 1 5* et même 20^
Les vents de sud-ouest dominent de mars à la fin de mai ; c'est aussi l'époque du khamsin, ce vent brûlant qui fait monter le thermomètre de lO"" à lô"" en quelques heures.
Les brusques variations de température, que nous venons de signaler, de même que le khamsin, exercent une influence fâcheuse sur les organes pharyngo-laryngés, surtout s'jls sont déjà affectés.
682. Dans la zone septentrionale de V Espagne^ la température est variable et peu élevée. La zone maritime est protégée par les montagnes contre les vents du Nord, aux-» quels Madrid donne libre accès. Aussi l'air dans cette ville est-il froid et incisif, quoique pur et limpide ; la moyenne annuelle n'y est que de 1A% tandis qu'elle est de 18*,A dans la Huerta de Valence.
A Madrid, où les vents du nord-est et du sud-ouest alter* nent et se succèdent avec une extrême rapidité, où les variations annuelles de température vont jusqu'à AO^, où la glace, la neige et la grêle se montrent tous les hivers, les maladies aiguës des voies respiratoires sont excessivement fréquentes et très-graves. J*ai souvent entendu les plaintes des artistes à ce sujet, et j'en ai connu quelques-uns qui en ont éprouvé les plus fâcheux effets pour leur voix.
683. Le littoral méditerranéen de la France est abrité par les montagnes contre les vents du nord et de Test, mais il est largement ouvert aux brises de la Méditerranée et malheureusement aussi à l'action du mistral. Celui-ci s'y fait cependant moins sentir que dans la vallée du Rhône; il souffle assez fréquemment à Hyères, est plus rare à Nice,
MAKDL. ^ Larynx. 31
OÙ il ne dure presque jamais plus de vingt-quatre heures ; d' apparat! à Cannes que lorsqu'il se déchaîne à l'état de tempête dans la vallée da Rhône, et esta peu près inconnu à Menton et à Villefranche.
La température, assez variable à Nice, est plus uniforme à Hyères et d'une douceur et d'une égalité remarquables à Menton et à Villefranche. La moyenne annuelle, pour l'ensemble de ces localités, est de 16° -, celle de Tété de 23** ,8 ; celle de l'hiver de 3%1. Les brouillards, assez communs à Hyères et à Nice, sont à peu près inconnus à Menton et à Villefranche.
Les habitants de Menton, de Villefranche et de Cannes sont beaucoup moins exposés à ces maladies que ceux d'Hyëres et surtout de Nice.
OSA. Le golfe de Gênes, la Toscane, Lucques et le reste de Y Italie méridionale doivent la douceur et l'uniformité de leur climat à l'étendue du littoral, dont le développement est estimé par Cairière à 3000 lieues, et que la mer enveloppe d'une atmosphère douce et humide. C'est une des contrées de l'Europe le plus favorisées sous le point de vue du climat; le ciel y est d'une pureté, d un éclat, d'une transparence admirables ; la température ne présente jamais d'écarts considérables ^ les saisons sont régulières ; le printemps est calme et serein, favorisé par les vents de l'ouest au début et par ceux de Test à la fin ; Tété est chaud et sec ; l'automne, époque des grandes pluies et des orages, est lourd et accablant à cause des vents du sud ; avec l'hiver apparaît le vent de nord-est, le froid aquilon des Romains.
Cette succession ne s'observe que sur la côte occidentale, oîi les hivers sont plus froids et les étés plus chauds que sur la côte orientale, où les pluies torrentielles n'ont lieu qu'en automne, et où l'humidité est aussi plus grande, mais de courte durée. Les vents chauds de l'ouest et du sud arrivent
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sans obstacle sur le littoral occidental, tandis que l'oriental est largement ouvert aux vents froids du nord et de Test.
On peut dire en général que la température moyenne, dans les principales villes, est, pour Tannée entière, de 1 6^,6 ; pour rhiver 8** ; pour le printemps 14*,7 ; pour Tété 25^,5 ; pour l'automne 16%6 ; pour janvier 7*» ; pour juillet 2â»,6. Cependant ces moyennes varient pour les différents points, non-seulement des deux rives opposées, mais aussi du même littoral. Le froid extrême est plus grand à Rome qu'à Nsples; les oscillations y ont aussi plus d'amplitude et le thermomètre y descend même plus bas qu'à Nice. Le ciel romain est plus chaud en hiver que le ciel pisan, et la moyenne de la température y est plus élevée, dans cette même saison, qu'à Pise ; cependant le temps est plus doux et plus égal dans cette dernière station, parce qu'il y règne moins des vents du nord qu'à Rome, de ces vents qui amènent de si tristes transitions dans la température. T^ moyenne des mois d'hiver est supérieure à Naples à celles de Rome, de Nice, de Pau et de Venise ; mais elle est inférieure à celle du littoral méditerranéen de la France ; il y neige assez souvent et il y gèle. De brusques variations diurnes s'observent au surplus dans quelques-unes de ces localités (Schnepp).
En Italie, les affections aiguës des organes pharyngolaryngés dominent sur les lieux élevés ; à Rome, en automne et surtout en hiver.
685. L'île de Madère offre les phénomènes propres aux climats marins. La différence entre les écarts extrêmes de la température de l'année parait être la plus faible à Funchal. Les oscillations diurnes, qui sont les plus pénibles et qui exercent l'influence la plus fâcheuse sur la santé, sont de 12* à IS"* à Madère, tandis qu'à Alger, elles ne dépassent guère 4** ou 5^.