C. — Maniement
858. «rappelle badigeonnage l'application du liquide sur la surface étendue d'une région cpielconque des cavités pharygo-laryngées, à l'aide des instruments qui portent une éponge ou un tampon. Si l'application est limitée à quelques millimètres, je la désigne sous le nom d'ArroucHEMENTS; elle se fait plus aisément avec le pinceau.
L'éponge ou le pinceau est trempé dans le liquide médicamenteux, puis suffisamment secoué ou comprimé, pour que, pendant l'introduction, il ne tombe pas de gouttes sur les vêtements ou sur la langue.
Lorsqu'on badigeonne l'aiTière-gorge, on passe rapidement l'éponge quatre ou cinq fois de droite à gauche et de gauche à droite, tout en la pressant modérément contre la
&6A THÉRAPEUTIQUE GÊNÉRAU.
muqueuse. L'attouchement se fait légèrement, sans pression; on séjourne plus ou moins longtemps avec le pincesiu, suivant Teffet que Ton veut produire. L'application de l'éponge dans la cavité laryngée se fait d'après les r^les qui président, en général, au maniement des instruments laryngés (789) . Le rétrécissement de la cavité laryngée, qui survient (858), comprime aussi l'éponge et répand du liquide. On sent la résistance opposée par les lèvres vocales, lorsqu'on pénètre dans la portion sousglottique et surtout lorsqu'on en retire l'éponge.
Dès que l'opération est tenninée, on lave avec soin l'éponge ou le pinceau, habituellement recouverts de mucosités filantes ou coagulées.
859. Dans la plupart des cas il est utile que le fnaiade expectore ou qu'il se gargarise avant le badigeonnage, pour chasser les mucosités qui recouvrent la membrane et qui entraveraient l'action directe du liquide; on les retire au besoin avec l'éponge mouillée dans l'eau.
J'engage le malade à faire des aspirations courtes et fréquentes pendant et après l'application; c'est le meilleur moyen pour empêcher les effets physiologiques détermmés par l'application de l'instrument. Si l' arrière-gorge a été badigeonnée, on ne permettra pas le gargai'isme, à moins qu'il n'y ait douleur violente ; le malade peut boire quelques gorgées d'eau, si l'opération a été faite à l'intérieur du larynx.
860. Les liquides peuvent être portés en jet ou goutte a GOUTTE sur le point malade par les instruments décrits (847) . Le maniement des seringues n'a pas besoin d'explications particulières ; il y a mi certain avantage à ne les remplir qu'au quart, parce que Tair qui est alors chassé en même tempe, transforme le jet en une espèce de pluie fine. La seringue de Turck est plutôt un porte-éponge ; après l' introduction de l'instrument, on pousse le pistou de la seringue; le lî-
guide i-emplit l'éponge et Ton badigeonne avec celle-ci. Cette seringue, plus compliquée qu'un porte-éponge ordinaire, n'offre que le mince avantage de pouvoir passer l'épongé presque sèche à travers la cavité buccale. On se sert des insufflateurs à soufflet comme pom* l'injection des poudres. Pour employer les insufflateurs à soufflet, on plonge la canule dans le liquide, on aspire une quantité voulue du liquide par le tubedecaoutchoucque l'on maintient, en le comprimant avec' les dents; puis, au moment voulu, on souffle le liquide. Après avoir plongé la canule du compte-gouttes dans le liquide, on chasse l'air contenu dans le réservoir par la compression de la lamelle élastique; dès que cesse cette compression, le réservoir se remplit du liquide, qui s'écoule par jet ou par gouttes suivant la force de la pression exercée par le doigt sur la lamelle. Avec le compte-gouttes on est tout à fisdt maître de la quantité du liquide que l'on se propose d'injecter et l'on peut modérer à volonté la projection. Le maniement des autres instruments exige un exercice plus grand.
Le médecin doit se garantir, en s' écartant, contre les crachats rejetés par la toux spasmodique (857).
861. Pour empêcher le liquide de dépasser les lèvres vocales, on engagera le malade à disposer la cavité la*» ryngée comme dans l'effort, ou mieux encore, on fera prononcer la voyelle ^, en voix de tête. Si l'inspiration est profonde et large, le liquide peut pénétrer dans la région sous-laryngée ou même dans la trachée. L'injection présente sur le badigeonnage l'avantage de ne pas compliquer les phénomènes par l'action due à l'attouchement de l'éponge; mais l'application est moins circonscrite, parce que le liquide se répand sur les tissus voisins. Ajoutons cependant que le plus souvent ce contact n'amène pas de suites fâcheuses pour les tissus sains. Le plus grand inconvénient des injections
5«« TH£lUP£UTiQOfi GfiRËEAil.
consiste dans la facilité avec laquelle se prodiâ le qMusme de la glotte, lorsqu'une goutte du liquide pénètre entre les lèvres vocales.
862. On doit pouvoir régulariser avec fedlité et varier la pression exercée par la dough£ ; lancée par T^çapcim/ die est forte, ordinaire, ou moyenne ou ûdble, sdon l'intensité de la percussion déterminée par la pression d'eau* La doodie Yorte exige une pression d'à peu près 8 m^res, la doocbe ordinaire celle de A à 6 mètres, et la faible une de 8 mètres et au-dessous.
863. Le malade dirige à la main le robinet fixé par an tube flexible, de sorte que le jet fra4>pe directement fat muqueuse ; l'attitude se trouve ainsi réglée. La douche est d'autant plus faible que le malade se ivmi plus éloigné da point d* émergence de l'eau.
864. Le moyen le plus simple de faire l'APPUCâTUMi mlECTE des liquides sur la muqueuse pharyngo-laryngée est le gargarisme. Nous en avons déjà décrit le mécanisme (A65). Le liquide qui baigne les gencives et la bouche est appdé collutoire ou bain buccal (A66) ; s'il pénètre dans le pharynx gargarisme ou bain pharyngé (467), et s'il descend jusqu'au larynx bain ou gargarisme laryngé (A68). On peut aussi &ire arriver le liquide dans les narines par régurgitation pour constituer le gargarisme nasal (469) , ou par reniflement (306) , pour prendre un bain nasal. ^
865. Un autre moyen de répandre des liquides sur la paroi postérieure du pharynx ou sur la face postérirare de la paroi postérieure du larynx, sur les aryténoïdes et les gouttières pharyngo-laryngées, est la déglutition. On peut aussi faire dissoudre lentement des subsiaîices solides, tdks que pâtes, pastilles, etc. , dans la salive et mouiller akisi de temps en temps les régions indiquées. C'est un moyen usité de tous temps.
TRAITEMENT JUMUt INTERNE. -r-l^liUIDES LIQUIDES. è07
D. — > Action I. — Effets physiologiques de l'application.
866. Les uquides déterminent certains effets physiologiques par leurs propriétés physiques, à savoir par leur fluidité, leur température, Faction osmotique, le choc avec lequel ils sont projetés et comme corps étrangers.
867. Par sa fluidité^ le liquide humecte les tissus, ra* mollit les membranes desséchées, détache les mucosités et favorise les fonctions des glandules. Ces effets seront Sautant plus marqués, que le liquide est apporté en plus grande abondance ou qu'il reste plus longtemps en contact avec la muqueuse.
868. Comme corps étranger^ le liquide ne détermine guère des effets physiologiques, que lorsqu'il arrive sur les replis supérieurs ou inférieurs ; même une gouttelette de liquide détermine leur rappi-ochement immédiat et Tocclusion de l'orifice glottique, tel que nous le voyons dans l'effort; foivant la durée eV la foi'ce de cette occlusion, déterminées par la quantité du liquide, la difficulté de la respiration sera plus ou moins grande.
Ces symptômes seront bien plus prononcés et seront accompagnés de dyspnée, d'une toux spasmodique, d'une irritation marquée et d'efforts d'excrétion et d'expectoration, lorsque la moindre quantité de liquide passe à travers l'orifice glottique (&66). 11 peut même survmir alors un spasme de la glotte. On fait disparaître ces phénomènes par lad^lutition de quelques gorgées d'eau froide, par l'aspiration de l'air frais, etc.
Horace Green prétend avoir mjecté dans le larynx et dans la trachée des liquides médicamenteux et principalement des acdutions caustiques, dans le but de guérir la phthisie tnber*
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culeuse. Ces applications sont douteuses déjà, parce qu'dks ont été faites avant l'emploi du laryngoscope; mais je conteste leur exactitude d'autant plus, que des expériences directes m'ont prouvé l'impossibilité de les exécuteur. En effet, après avoir fait la trachéotomie sur des chieiis, fû injecté dans la trachée des liquides indifférents, tels que de l'eau pure ou légèrement alcaline ou de la glycérine, et j'ai toujours vu une toux violente qui faisait rejeter tout le liquide injecté, même lorsque sa quantité n'était que de 1 à 2 granmies. 11 me parait donc probable qœ l'injection faite par Green a pénétré dans l'œsophage.
869. La température exerce des effets remarquables. D'après Gillebert-Dhercourt (1856) , l'eau froide, à + fi* et au-dessous, éteint la sensibilité, arrête la drculatioD presque instantanément dans le point de contact qui pifit et dont la températwe s'abaisse très-notablement. L*^ plication prolongée rend plus profonde et plus étendue cette coercition du mouvement vital. Au-dessus de 6 degrés œstigrades, les phénomènes décrits n'apparaissent qu'au bout d'une ou de deux minutes. Entre 10 et 14 degrés, le cours du sang dans les capillaires superficiels n'est pas suspendu; il n'éprouve que de courtes oscillations. Au bout d'une minute les vaisseaux sont plus pleins et plus rouges, mais au bout de 6 à 8 minutes la circulation s'arrête complètement. Entre 20 et 2â degrés, les effets sur la caloricité çt sm* la circulation ne deviennent sensibles qu'après 40 minutes de contact.
Les recherches concernent les effets physiologiques manifestés par la peau ; elles s'appliquent, à peu de différences près, aux muqueuses, surtout si les liquides séjounient dans les cavités et constituent un bain local. On peut donc dire que les liquides à 5 degrés et au-dessous exercent une action coêrcitive des phéuomënes vitaux ; qu'ils sont ex*
citants à 8 ou 12 degrés et hyposténisants, sédatifs à 22 degrés et au-dessus. Cependant il ne faut pas oublier que les liquides froids se réchauffent promptement dans les cavités pbaryngo-laryngées.
870. Le choc exercé par le médicament injecté doit être pris en considération dans l'application des douches. La douche forte exerce une action révulsive ; on produit une réaction ou une lotion avec les douches faibles.
871. Est-il permis de supposer que pendant son court séjour sur la muqueuse, le liquide exerce une action osmolique quelconque? Ceci me parait probable, d'après mes expériences faites avec la glycérine et, en général, avec, les substances sucrées non fermentescibles (1860). Ces principes ont un grand pouvoir osmolique, surtout à trav^^ les membranes des organes respiratoires. On peut arrêter instantanément la circulation dans* le poumon de la grenouille, dans un espace limité, avec une goutte de glycérine. Dans l'endosmomètre j'ai vu passer d'abord l'eau chargée des sels du sérum, puis l'albumine, et d'autant plus rapidement que la quantité de la substance osmogène était moindre. Ainsi s'explique la soif excitée par F ingestion des sucres, qui absorbent l'eau des tissus avec lesquels ils se trouvent en contact, et peut-être aussi la sécrétion plus abondante de mucosités visqueuses, qui succède à l'application des sucres.
872. Dans le badigeonnage se j oignent et se confonden t avec les effets que nous venons de décrire, ceux que détermine l'attouchement de Tinstrument, à savoir de Y éponge^ du pinceau ou du tampon. Les effets sont analogues à ceux que détermine le contact de l'instrument (792, 808); le vestibule se rétrécit par la contraction et le rapprochement des replis ary-épiglottiques ; mais 1» toux et le spasme de la glotte sont généralement moins violents.
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