ULCÉRATION. ABCÈS
L'ulcération est déterminée par la suppuration primitive ou métastasique du tissu cellulaire sous-muqueux, infiltré par un exsudât spécifique (chap. ii, art. i), tel que le tubercule, le syphilome, le cancer, ladiphthérite, etc.; la pustule variolique peut également entraîner des ulcérations plus ou moins superficielles. Les caractères anatomiqiies ont été déjà décrits précédemment ; ajoutons seulement que le tissu élastique des lèvres vocales, offrant une certaine résistance, se désagrège dans le sens de ses fibres longitudinales, et qu'en conséquence les ulcérations sont fréquemment longitudinales et superficielles. Les follicules de la- base de l'épiglotte et de la face antérieure des aryténoïdes deviennent proéminents et laissent suinter par la pression une gouttelette blanc jaunâtre, de consistance crémeuse. Les bords de l'ulcération sont toujours ou couverts d'un exsudât purulent ou ils sont infiltrés.
L'abcès est secondaire ou primitif. L'abcès secondaire^ connu^depuis longtemps, est dû, dans les laryngites spéci fiques, à la périchondrite ou chondrite primitives ou à celles qui sont consécutives à la suppuration du tissu sous-umqueux. 11 peut y avoir aussi des abcès métastasiques. L'abcès peut s'ouvrir à l'intérieur on k l'extérieur du larynx; les bordf^ sont nets, sans exsudât, calleux ; au fond on aperçoit le cartilage dénudé, blanc ou grisâtre, ou du moins ses débris, la paroi correspondante du larynx est affaissée, ce qui n'a pas lieu dans l'ulcération.
L'abcès primitif se distingue nettement du secondaire : c'est une tumeur tendue, rouge, luisante, de grandeur variable, jusqu'à celle d'une noisette, plus ou moins circonscrite, sise à la base de l'épiglotte ou dans le repli aryépiglottique, qui cache les parties sous-jacentes ; elle est déplacée par les mouvements respiratoires. Les troubles fonctionnels sont ceux de l'œdème, la marche est aiguë et
la cause une inflammation aiguë. La terminaison est l'ouverture spontanée, que Ton peut hâter par des vomitifs; cependant la dyspnée ne permet pas toujours d'attendre le succès de cette médication ou celui des fomentations au cou.
Le moyen le plus rationnel est la perforation avec notre scarificateur (fig. 110, E^ F), qui entraîne l'écoulement du pus et l'afTaissement de la tumeur, qu'il est prudent quelquefois de cautériser plus tard, pour empêcher les récidives. Des abcès pareils, quoique fort rares, ont été décrits par plusieurs auteurs (Lewin, Tobold, Dôring, MôUer, Sesiier, Ruhle, Nicolas Duranty). Dans un cas observé par Nicolas Duranty, une gomme, occupant la place et l'étendue de la corde vocale gauche, aurait pu imposer pour un abcès : mais la marche lente, la limitation exacte, l'absence de symptômes inflammatoires et une syphilide cutanée ont permis d'établir le diagnostic.
Les SYMPTÔMES sont presque les mômes pour l'ulcération . et pour l'abcès secondaire; ils sont variables suivant le siège de Talfection. Nous renvoyons aux détails précédemment donnés et rappelons seulement que l'affection de l'épiglotte, des replis ary-épiglottiques et des replis supérieurs entraîne plutôt la dysphagie, celle des lèvres vocales et de la paroi postérieure du larynx une altération de la voix jointe, dansée dernier cas, quelquefois à la dysphagie. Cependant de profondes destructions peuvent exister sans troubles fonctionnels bien marqués : j'ai vu un syphilitique dont la luette et le voile du pillais, dans une grande étendue, étaient rongés, l'épiglotte et le repli supérieur gauche recouverts de larges ulcérations; le malade toutefois ne se plaignait que d'un léger mal de gorge, sensible seulement pendant la déglutition; la voix était normale. Cependant, fréquemment l'ankylose de l'un ou l'autre aryténoïde (voy. art. m, E), avec l'immobilité