RÉGION PHARYNGO-BUCCALE. — LUETTE
ment complication avec une pharyngite et il est dilTicile de discerner les symptômes propres à Tafiection de la luette. Le traitement local consiste en gargarismes émollients ; on a aussi appliqué des saignées locales.
A Tétat chronique^ la luette allongée prend des formes diverses. Le caractère le plus saillant estraugmentation de la longueur ; j'en ai vu longues de deux à trois centimètres, dépassant Tépiglotte; la tuméfaction est plus ou moins prononcée (fig. 57, p. 165); d'autres fois, la muqueuse relâchée (fig. 162, m) peut dépasser le muscle. Tantôt la luette pend inerte et repose sur la base de la langue ; tantôt elle se recourbe en se contractant à sa pointe (fig. 162; comp. aussi
FiG. 161. — Prolapsus de la luette avec FiG. 162. — Prolapsus^ avec relâchement de la muqueuse (*). la pointe recourbée.
fig. 56, p. 163). Parfois même la contractilité est trèsprononcée et la luette presque tout entière se rétracte et disparaît dans le voile du palais. Les 5ymj9/()mc5 les plus constants sont un besoin de hemmer, d'expuer, de toussailler : la toux peut quelquefois devenir convulsive par paroxysme; j'ai vu les faire disparaître par l'excision de laluettechez un malade tourmenté depuis plusieurs années par des accès très-fatigants auxquels, bien entendu, l'emploi prolongé pendant trois ans des eaux thermales des Pyrénées n'a pu apporter aucun soulagement sérieux. Dans un autre cas j'ai vu un emphy-
(*) fu, luette; m, muqueuse.
sème sous-cutané, formant une saillie molle, dépressible, au • côté droit cervical, survenir après des accès violents et déterminé probablement par la rupture d'une bronche. D'autres fois on voit apparaître une gêne de la respiration, une dyspnée soudaine avec menace de suffocation et de nausées qui peuvent aller jusqu'aux vomissements, surtout le matin ou après le repas. Parfois même il y a des troubles nocturnes semblables au cauchemar. Le diagnostic se fait facilement par l'inspection directe, en déprimant la langue; on conseillera cependant au malade d'ouvrir lentement la bouche et d'éviter les contractions violentes de Tarrière-bouche, qui ont pour effet de faire remonter vivement la luette, de sorte que sa position habituelle pendant la respiration tranquille échappe à l'investigation. Le traitement par l'application topique d'alun, de la poudre de gingembre ou d'autres stimulants exotiques ne donne jamais de résultats sérieux; l'excision est le seul et vrai remède. On retranche la moitié ou les deux tiers de la luette avec des ciseaux, après l'avoir saisie avec une pince. On peut aussi faire l'ablation directeteraent, sans l'intervention de la pince, avec les ciseaux imaginés en 1841 par Carte, mais présentés seulement en 1846 à la Société chirurgicale d'Irlande (Tuffnell); c'est une paire de ciseaux qui portent au-dessous d'eux une pince qui saisit le tronçon coupé. Si la cavité pharyngo -buccale est trèsétroite, on risque, en coupant la luette sans l'avoir tirée en avant, d'entamer la paroi postérieure du pharynx ; pour éviter cet accident, je me sers dans ce cas de ciseaux boutonnés. Il survient quelquefois, à la suite de l'ablation, quelques symptômes inflammatoires, de la dysphagie, des douleurs dans les oreilles, etc. ; on les combat par les moyens antiphlogistiques les plus doux, principalement par des gargarismes émollients; on conseillera des aliments mous, des viandes hachées, des œufs, etc. L'excision n'a jamais un
r£GIOH PHARYNGO-BUCCALE. — AMYGDALES. 783
eilet fâcheux sur la voix ; j'ai toujours vu au contraire le timbre heureusement modifié. Les remarques d'Ambroise Paré (livre 3, Oei'Anatomie, chap, ih),f que ceux auxquels cettepartie estcorrarapue, iceux ont non-seulement la voix viciée, Il etc., se rapportent sans doute à quelques sujets syphilitiques.
Les DLGÉRATiONS syphilitiques et autres se renconlrenl assez souvent sur la luette. Elle peut être aussi envahie par le GANCEsdes tissus voisins, mais je ne connais pas d'exemple de cancer primitif. Celui raconté par Ferrand, de Mer, me parait avoir été une tumeur cancroïde. La luette est aussi fréquemment le siège de granulations, surtout s'il en existe sur la paroi postérieure du pharynx. Parmi les vices de con-
FlG. 163. — Polype siégeant tu cillé gauche de la luette,
FOeuATiON, ^gnalons la luette bifide (fig. Iô7). Enfm notons des petits polypes {fig. 163), que j'ai eu déjà plusieurs fois occasion d'observer et (jui peuvent occasionner les mêmes symptômes que le prolapsus.
Article 111. — Amygdales.
L'amygdalite inflammatoire aiguë (esquinande, mal de gorge, cynanche, angine lonsillaire) est superlicielle ou profonde, simple ou double et fréqueunnent compliquée d'une
784 PATHOLOGIE ET THÉRAPEOTIQUE SPlKCULES. ^ MUETTIX.
angine. Les symptômes sont : la sensation d*aD corps étranger, la dyspbagie, une petite toux quinteuse, la suffocation et une voix nasonnante ; la fièvre, la céphalalgie, etc. apparaissent lorsque l'inflammation est parenchyoïateuse et étendue aux régions voisines. Dans l'amygdalite simple, tout ce cortège (le symptômes est à peine indiqué et se réduit à ou l^er mal de gorge. Les caractères anatomiques sont la rougeur et la tuméfaction de l'amygdale, recouverte quelquefois de plaques jaunâtres, irréguliëres, ou de grumeaux blanchâtres, composés d'épithélium ou de plaques de muguet. Le ^^no5/2c se fait par l'inspection de la cavité buccale, en déprimant la langue ou en provoquant au besoin un léger moavement de vomiturition. Le traitement est antiphlogistique. On a conseillé des émissions sanguines 6u la saignée des veines ranines ; je préfère de beaucoup les scarifications des amygdales. Un moyen qui, bien souvent, m'a permis de juguler la maladie et de faire disparaître promptement la douleur, la dysphagie, etc., est l'application, à l'angle de lamichoire inférieure, d'un vésicaloîre volant, grand d'un ei demi à deux cenlimètres et saupoudré de morphine. La inéthoiie substitutive qui consiste dans Temploi de l'alun, préconi^^ parVelpeau, du nitrate d'argent, de rammoniaque, delà pyrothonide, des acides, des gar'^arismes, etc., peut réu-<ir dans rindanimalion superficiell(% laquelle au surplus nVn a pas besoin ; mais dans l'amygdalite parenchymateuse eil ' est sans eiïet, si toutefois elle ne l'aggrave.
Les AMYGDAUTES PARAPLASIQUES, tellCS que IcS SCm'hltl'
neiises, cariohniscs^ rhuîmitisutdles^ morveuses, dipItthMtiques^ etc., présentent les mêmes caractères que les larvii- ^'ites et les angines homologues. Une attention particulitTt est due auv affections sj/philitiqucs ; les amygdales peuveni être le siège dégommes (pi. I, fig. 2. jjp)^ d'ulcères, dchancres, etc. Le cancer des amygdales est rare ; j'en ai vu
RÉGION PUARYNGO-BCCGALE. — AMYGDALES. 785
cependant plusieurs exemples. Il envahit les tissus voisins, le larynxy etc.; il est primitif ou secondaire. ^
Dans l'amygdalite devenue chronique^ la plupart des symptômes inflammatoires ont disparu ; il reste une légère tuméfaction et bypérémie, et les malades ne se trouvent nullement gênés : mais le moindre i-efroidissement, la prolongation de la phonation, une veille prolongée, etc. , peuvent fahe déclarer une amygdaUte aiguë. Le traitement est analogue à celui de la laryngite chronique.
La TERMINAISON de ces diverses amygdaUtes est variable. Souvent il survient la résolution^ qui peut être hâtée par l'emploi de médicaments substitutifs. Fréquemment on voit se former de petites masses molles^ caséiformes^ jaunâtres, fétides ou de concrétiofis pierreuseSy composées de phosphates et de carbonates de chaux. L'inflammation parenchymateusepeut se terminer par unabcès^ signalé par des élancements, une douleur gravitative, etc., et qui peut s'ouvrir dans la bouche ou fuser au loin et déterminer même l'ulcération de la carotide interne. Dans ce cas, les vomitifs sont indiqués, ou l'ouverture de l'abcès avec un bistOun. Quelques auteurs admettent aussi la terminaison par sphacèle. La paralysie du voile du palais peut survenir, lorsque l'amygdalite a déjà complètement disparu, si cette région a été inflammée, comme à la suite de l'angine simple. Une complication curieuse est Yépanchement métasiatique dans la tunique vaginale et Yovarite,
La terminaison par exsudât hereux ou par véritable hypertrophie fait que l'amygdale est indurée, si l'hyperplasie porte sur l'élément fibreux ; qu'au contraire elle reste molle et devient presque friable si Tépithèlium de la glande est hypertrophié. La couleur et la grandeur sont variables ; les amygdales peuvent former d'énormes saillies dirigées vers la ligne médiane (fig. ô6) et refouler le voile en haut et la luette
MAMDL. — Laryiix. 50
786 PATilOU)Glt ET THERAPBOTIQDE SPBCUIES. — PHARïnX.
en avant ; d'autres fois elles sont enchatoDDées, cachées p les piliers, ou elles descendent le long de la paroi du pharynx; lasurfaceestlisseou chagrinée, criblée de trous qui soDi lefiorificesdes lacunes élargies; la forme sessilebahiluelle peut dtvenir pédiculée, lobulée ou en grappe. Les symptômes sont variables. Sil'inilammatiouchroniqiies'éteiid à la muqueuse de la trompe, il survient une altération de l'ouïe. La voix est modifiée surtout dans son timbre; la respiradoii est gênée, bruyante, principalement chez les enfants, et devient souvent ronflante pendant le sommeil, occasionnant de véritalables accès de suffocation, s'il existe une disposition vicieuse en ogive de la voûte palatine (H. Roger). Plusieurs auteurs ont constaté une déforniation particulière du thorax et qui disparaîtrait après l'excision des amygdales (Dupuytreu, Hason "VVarren, Lambron, cité par Desnos). L'hypertrophie des amygdales peut encore déterminer de la toux, une bronchite, du coryza el,chez les enfants, uu affaiblissement général. Le traitement consiste dans l'application topique de l'alun, du chlorure de chaux, de la teinture d'iode, du tannin, etc., qui peuvent avoir de bons résultats, ai l'hypertrophie a frappé l'élément épithélial. Le nitrate d'argent fréquemment employéest, d'après nos observations, plutôt nuisible et détermine souvent une hypertrophie de l'élément librillaire. Lambron conseille l'usage interne et externe des eaux sulfureuses. La dernière ressource est l'amygdalotomie. Chez les adultes j'empluie avec succès l'ablation partielle dans l'hypertrophie librillaire, suivie del'appUcation topique de médicaments substilutil's.
Aeticle IV. — Cavité peAByisGa-BiJCCALE.
Les alTections propres aux Ussus qui constituent la cavité pharyngo-buccale sont appelées angihes ; elles sont, comme
ANGINE SGROFOLEUSE. 787
les laryogiies, aiguës ouchroniques, superficielles ou parencbymateuses, inflammatoires (simples) ou paraplasiques (spécifiques) ; parmi ces dernières j'accorde une attention particulière à Fangine syphilitique; elle est très-rarement primitive, mais fréquemment secondaire, éry thématheuse ou par plaques muqueuses, ou elle est tertiaire, ulcéreuse ou par tumeurs gommeuses. Le traitement mixte est ici également indiqué et peut être soutenu par l'application topique de médicaments substitutifs. Le nombre des affections paraplasiques serait, suivant quelques recherches récentes, plus considérable que celui des affectionsanalogues admises par nous pour le larynx ; on a décrit en effet de» angines rhumatismàle^ scorbutique^ herpétique^ rubéolique^ scrofuleuse^ etc. Nous examinerons cette dernière. Les ulcérations de la pharyngite tuberculeuse sont analogues à celles de la laryngite tuberculeuse.
Parmi les terminaisons analogues à celles de la laryngite, nous décrirons particulièrement l'afiection des glandules, connue sôus le nom ^ angine granuleuse . Enfin les tissus de la cavité pharyngo-buccale peuvent présenter des troubles de la sensibilité et de la fnotiUté.
A. — Angine scrofùleuse.
Hamilton, le premier, et depuis plusieurs auteurs (Fougère, Isambert) ont décrit une angine ulcéreuse de nature scrofuleuse. Le début a lieu d'une manière insidieuse ; les tissus présentent à cette époque une coloration violacée, vineuse ; Texamen du fond de la bouche fait découvrir un bouton jaunâtre qui va s'ulcérer ; il existe quelquefois d'autres manifestations scrofuleuses concomitantes, telles que l'amygdalite; la partie molle du voile du palais est plus fréquemment le siège du travail ulcératif, suivant Fougère, la paroi posté-
rieure du pharynx, suivant isamberl; puis viennent les piliers, la luette, les amygdales. Les bords des ulcérations, qui SODt peu profoudes et indolentes, sont amincis, arrondis, irréguliers, sinueux et comme frangés ; le fond est inégal, mamelonné, fougueux, parfois grisâtre et sanieux, d'autres fois jaunâtre et tapissé par une matière muco-purulente. La muqueuse qui entoure l'ulcération est peu enflammée ei présente quelquefois des bourgeons charnus ; l'aspect gaufré et mamelonné de ces ulcérations est presque identique avec celui des plaques muqueuses. Les ganglionssous-maxillaîreset parotidiens sont quelquefois engorgés ; il y a dysphagie, les aliments refluent par le nez, la voix est nasale. La marche est chronique; il se forme des perforations, des cicatrices, des brides et surtout des adhérences, par exemple, entre le voile et la paroi postérieure du pharynx.
Tous les observateurs ne sont pas d'accord sur la nator scrofuleuse de cette affection; il y en a (Soc. méd. de Vienne, 17 févr. 1871) qui ne voient dans ces altérations que le résultat de lasyphihs hériditaire (voy. Lar. syphiL): On peut citer à l'appui de leur opinion cette circonstance remarquable, que ces ulcérations se rencontrent de préférence chez les adultes et jamais dans l'enfance, si propice aux scrofules. Ceux qui défendent la nature scrofuleuse, font valoir l'inutiliié et mCme le danger des préparations iodo-hydrargyriques, tandis que les modificateurs hygiéniques et surtout l'huile de foie de luorue à haute dose donnent les meilleurs résultats. Mais on sait qu'il existe des accidents syphilitiques, comme l'a fait remarquer Dolbeau, dans lesquels les toniques seuls sont employés et dans lesquels des préparations mercurielles sont nuisibles, de l'aveu de tous les médecins. Cette question me parait donc mériter des études suivies.