C. CouM. Editeur
Util. L. Comôes.Montp.
ANESTIIKRIE DU TRIJUMEAU. 253
Enfin, certaines névroses, comme l'hystérie, peuvent amener une anesthésie plus ou moins complète et d'étendue variable, dans le domaine du trijumeau.
Parmi les Symptômes, le phénomène capital, la perte de la sensibilité, est facile à comprendre par la distribution même du nerf atteint'.
La sensibilité tactile est diminuée ou abolie dans une moitié de la face. Quand l'anesthésie esta un faible degré, on se servira du compas de Weber pour la constater. Quand, au contraire, elle est très intense, on peut piquer, percer, brûler même, sans que le malade sente rien. La conjonctive, les paupières, sont insensibles; la cornée échappe souvent à l'anesthésie, nous avons déjà dit pourquoi; la narine, la lèvre, sont insensibles aussi. Ch. Bell cite un malade qui croyait boire avec un verre cassé, parce qu'il ne sentait le contact que sur une moitié de l'orifice buccal.
EXPLICATION DE LA PLANCHE XXX (d'après Tesïut),
Fig. 1. — TcD-itoires sensitifs de la iête.pour montrer la distribvtiov générale des trois branches du trijimeau,
l, Territoire de roplitalmiqiic. — II, Territoire du maxillaire supérieur. — III, Territoire du maxillaire inférieur. — IV, Branches postérieures des nerfs cervicaux (nerf sous-occipital). — V, Plexus cervical superficiel. — i, Nerf susorbitairc. — i', Nerf naso-lobairc. — 2, Nerf sous-orbitaire. — 3, Nerf mentonnier.
— 3', Nerf auriculo-temporal.
Fig. 2 et 3. — Territoire des nerfs cutanés du membre supérieur, vu sur la face antérieure (flg. 2) et la face j)Ostérieure (fig. 3) du membre.
1, Rameau du plexus cervical. — 1, Nerf circonflexe ou axillaire. — 3, Nerf accessoire du bracliial cutané interne. — 4, 4', Brachial cutané interne. — 5, Musculocutané.— 6, 6', 6", Radial. — 7, Médian, avec 7', son rameau cutané palmaire.
— 8, Cubital, avec 8', son rameau cutané palmaire.
Chaque branche a ensuite son domaine particulier, facile à distinguer (Voy. la fig. 1 de la Pl. XXX). L'anesthésie de l'ophtalmique porte plus spécialement sur le front, la tempe, la paupière supérieure et l'œil ; l'anesthésie du maxillaire supérieur, sur la paupière inférieure, le nez, la joue, la lèvre supérieure, les gencives supérieures, les dents correspondantes, la narine; l'anesthésie du maxillaire inférieur, sur la tempe, la joue, la muqueuse bucco-palatine, les gencives, les lèvres et les dents inférieures, le menton et la langue.
Le goût même est supprimé quelquefois dans la partie antérieure de la langue^ (lingual) ; nous reviendrons sur la physiologie pathologique
< Urbanschitscii (Société des médecins de Vienne, 6 mai 18S7 ; anal, in Semaine médicale, u mai 1887) a étudié l'inllucnce des excitations Ju trijumeau sur la sensibilité tactile et la lliermo-esthésie de la face.
■ C'est ce cfui est arrivé notamment chez le malade dont Senator (Arc/i. f. Psych.,
générale de ce phénomène à propos de la paralysie du facial. — L'odoral paraît alleint aussi, mais il ne Fesl qu'indirectement. D'abord les substances vraiment irritantes, l'ammoniaque par exemple, ne produisent plus aucune sensation, parce qu'elles impressionnent la sensibilité générale. De plus, les modifications consécutives de la sécrétion pituitaire allèrent le sens lui-même, à la façon du coryza.
Les réflexes peuvent aussi être abolis, par défaut d'excitation centripète. Ainsi, le clignement disparaît par l'anesthésie de la conjonctive, l'éternument par l'anesthésie pituilaire, la déglutition par l'anesthésie de la luette et de l'islhmc. Mais le malade continue à cligner volontairement et à déglutir à certains moments, par un effort énergique delà volonté.
Dans d'autres cas, au contraire, les réllexes peuvent être conservés; c'est ce qui arrive notamment quand la lésion est centrale, l'arc réflexe restant intact au-dessous de la lésion. Ainsi, nous avons vu que, dans l'hémianesthésie d'origine cérébrale (par altération de la capsule interne), le titillement de la conjonctive provoque le larmoiement sans être perçu comme sensation.
Les mouvements volontaires de la face peuvent être plus lenls tt moins précis. Axenfeld attribue ce phénomène à la paralysie des fdets sensitifs des muscles.
Si la branche motrice est atteinte, si le nerf masticateur participe à la paralysie, les muscles correspondants sont naturellement paralysés.
Les troubles vaso-moteurs (rougeur et gonflement de la peau du visage, perturbations thermiques et sécrétoires) ne sont pas rares.
On observe quelquefois dans cette maladie des troubles de nutrition analogues à ceux que présentent les animaux après la section du trijumeau : circulation moins active, peau livide ou parsemée de taches rouges, parties molles infiltrées de sérosité, gencives ramollies, fongueuses et saignantes ; dents ébranlées, qui tombent; ulcérations sur la muqueuse buccale et dans les fosses nasales ; paupières œdématiées, conjonctives tuméfiées, sécrétant un liquide purulent; cornée opaque, qui se ramollit, se perfore; quelquefois l'œil subit une fonte complète (Troisierj '.
On dit qu'il faut, pour voir se développer ces troubles, que l'altéra-
XIII, 3 ; anal, in AfcJiivcs de Neurologie, i885, IX, pag. G3) a rcccmmcnl i)ublic riiisloire.
Gley (Société de Biologie, i3 février 1886), étudiant l'action do la coide du tympan sur le sens du goût, i-econnail à ce nerf une origine trigéniinale.
Makinesco et Sérieux (Société de Biologie, 18 mars i8(j3 et Archives de Physiologie, i8(j3, pag. tyiyii) oui subordonné, dans un cas récent, riiéiniatrophic de la langue à l'anesthésie de l'organe.
' Voy. dans le récent traité de Lancereau.'c (Leçons de Clinique médicale, 1892, pag. 221), l'observation intitulée «lésion du ganglion de Gasse7' du côté droit, anestliésie de la face et fonte purulente de l'œil ».
lion siège au ganglion de Casser ou dans son voisinage. C'est vrai en ce sens que les altérations tout à fait superficielles n'entraînent pas en général ces symptômes trophiques. Mais c'est faux en ce sens que des lésions siégeant bien au delà du ganglion, du côté du bulbe même, peuvent encore produire des troubles de nutrition. C'est ce que les dernières expériences de M. Duval semblent mettre hors de doute.
Laborde ^ a étudié avec soin les effets trophiques de la section partielle du trijumeau dans le crâne. Ces altérations, exclusivement attribuables à la lésion expérimentale de la branche ophtalmique, sont caractérisées successivement par des troubles vaso-dilatateurs (congestion inflammatoire) de la conjonctive oculaire, un épanchement purulent dans la chambre antérieure (hypopyon), un travail ulcératif et une perforation consécutive de la cornée, un processus de réparation cornéale laissant des opacités partielles ou laies, et coïncidant avec la régénération des fibres nerveuses impliquées par la lésion expérimentale elle retour delà sensibilité cornéenne.
Le point capital, en cela, est que l'altération de la cornée n'est pas primitive, mais consécutive, et que, dans ces conditions, ce n'est pas aux inlluences, aux traumatismes extérieurs, qu'il faut attribuer les altérations produites.
Quand les nerfs seuls de la cornée sont coupés (Ranvier), celle-ci reste intacte, parce qu'il n'y a pas la suppuration de la chambre antérieure, à laquelle la kératite succède^.
En somme, de même qu'à la suite de l'extirpation du ganglion tho-r racique supérieur du grand sympathique il se développe une pleurésie purulente (Cl. Bernard), de même dans ces expériences il se produit une inflammation purulente de la chambre antérieure (Laborde et M. Duval).
Dans le travail cité plus haut, Senalor attribue la kératite neuropavaly tique à la seule action des nerfs trophiques issus du ganglion de Casser; mais, de plus, il a observé chez son malade des tuméfactions articulaires (bilatérales, mobiles et peu douloureuses) qu'il ne sait comment rattacher à l'affection du trijumeau, même par la théorie des vaso-moteurs
L'anesthésie du trijumeau, n'étant qu'un symptôme, ne peut avoir une Maucue propre.
Le Diagnostic paraît assez facile : le fait en lui-même semble aisé à reconnaître. Cependant il faut quelquefois le chercher. Ainsi, Serres
' Laborde ; Académie de Médecine, \ mai iSSo.
^ Voy. encore sur ce point les travaux de Poncet ; Société de Biologie, juillet et août 1881, et mai i885.
Il est probable qu'il s'agit là de [phénomènes infectieux ayant ])Our point de départ la cornée et reconnaissant pour cause prédisposante la malnutrition de cette membrane due à la lésion nerveuse.
ne songea à rechercher ce symptôme, chez un malade qui le présentait en etïet, qu'en écoulant une leçon de Magendie sur ce sujet. Il est vrai que le malade était épileptique et idiot.
Le plus difficile est de déterminer le point de départ de l'anesthésie, de savoir si elle est d'origine périphérique ou centrale. Romberg, Jaccoud, ont donné déjà quelques signes propres à permettre ce diagnostic.
D'abord pour la périphérie, la limitation à certaines branches est le meilleur signe. Cependant le iVoid, par exenq)le, peut agir superficiellement et anesthésier toutes les branches. Mais alors, en général, la peau est seule atteinte, les nni(|ueuses restent intactes.
Ouand la lésion est au ganglion de Casser ou dans son voisinage, tout est aneslhésié du côté de la lésion ; de plus, ajoutent les auteurs, il y a des troubles trophiques. Nous avons vu que ce dernier signe avait perdu sa valeur et voulait dire simplement : au ganglion on au delà, vers le centre.
Si le nerf est lésé dans sa partie intra-cranienne, entre le ganglion et son noyau d'origine, le plus souvent il y a concurremment paralysie ou altération de quelque autre nerf crânien : oculo-moteiir, facial, etc.
Dans tous ces cas, les réflexes seraient abolis. Si, au contraire, la lésion est au delà du noyau d'origine, les réflexes sont conservés. — A partir de ces régions aussi, l'anesthésie devient croisée par rapport à la lésion.
Enfin, en remontant toujours vers les centres, nous trouvons deux espèces à type clinique assez bien dessiné : l'anesthésie mésocéphalique (hémianesthésie complète avec intégrité des sens supérieurs : vue et odoralj ; l'anesthésie delà capsule interne ihémianesthésie complète et portant sur tous les sens).
Le Pronostic est éminemment variable; c'est celui de lacause, delà lésion initiale.
Le Tn.viTEMENT est également !• nbordonné à la connaissance de la cause. S'il y a une diathèse, un état général, c'est la principale indication. Si la paralysie est superficielle, produite par le froid par exemple, et sans lésion appréciable, on pourra employer les frictions excitantes, les bains et les douches locales, et surtoutl'électricité, particulièrement sous forme de courant faradiciue interrompu, avec le pinceau, sur la peau bien sèche ' .
' <• Le remède capital, affirme Sïrumi'ell (Patliologic inteinie, lum. II), est inconleslablement le courant électrique. On traite les endroits insensibles de la peau au moyen du courant faradique (les électrodes ordinaires, ou mieux encore le pinceau faradique), ou bien avec la kathode (électrode négative) du courant fjalvanique, en passant et en repassant lentement sur la peau pendant deux à quatre minutes environ avec rélcclrode. On constate parfois un amendement
NÉVRALGIE CERVICO-OCUIPITALE. ?57
Quoi qu'on en ait dit et écrit, il ne faut même pas désespérer des anesthésies d'origine centrale. Nous avons cité plus haut des expériences qui montrent que l'électrisation cutanée et limitée peut avoir de bons effets, au moins passagers, sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. Cela suffit évidemment pour qu'on soit encouragé à faire de nouveaux essais dans cette voie.
On pourrait aussi essayer la métallothérapie et les vésicatoires dont nous avons parlé dans le chapitre de l'Héraianeslhésie cérébrale. — Enfin, on veillera soigneusement à l'asepsie de la cornée.
Nous terminons là l'histoire des Maladies du truc.meau.
C'est à cause du rôle au moins fréquent de la cinquième paire dans la migraine et V hémiatrophie faciale que nous avons rapproché ces deux maladies de la névralgie et de Vaneslhésie. Maintenant nous allons reprendre l'étude des Névralgies particulières.