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CHAPITRE VIII

GOITHE EXOPHTALMlOUi:

[Malddic (le (irares, de Ihisedoiv.)

Le g'oîtrn oxophlnlmiquf n'esl p.Tsuni' n('vr;ilgi(\Mou.-^ crovons cependant pouvoir en placer ici l élude, parce que nous ne faisons pas un g-roupeii pari (les névroses vaso-motrices. Jusqu'à présent nous avons trouvé tout avantage à ra|)procher les névroses sensitives, les névroses vaso-motrices et les névroses trophiques, pour la migraine, l'angine de poitrine, etc. Il y a tout profit à ne pas séparer l'histoire pathologi(|ue des vaso-moteurs de l'histoire pathologicpie des nerfs sensitifs. ?Sous évitons ainsi des distinctions trop absolues et trop multipliées, et des classifications qui, si elles sont commodes cl claires en physiologie,

nous semblent un peu artificielles en clinique. — Voilà pourquoi nous

allons étudier le goitre exophtalmique à la suite de l'angine de poitrine. Cette névrose est caractérisée par un syndrome clinique qui est

composé de trois grands symptômes : exophlalmie, goitre et palpi-

talions. On peut y ajouter le tremblement .

On la désigne quelquefois sous d'autres noms, comme cachexie

exophtalmique, maladie de Graves ou de Basedow, suivant qu'on

tranche dans un sens ou dans un autre la question de priorité que nous

allons exposer.

' Graves; Clin/que médicale, Irad. .laccoiid.

(Jhaucot; Gaz-ette 'lebdomadaire, iSôû, i8r)g, iSSi ; — Bulletin médirai, 3 janvier 1889; — Gazette des Hôpitaux, 21 mars 188g. TuoussEAU; Clinique médicale.

Jaccoud; Traité de Pathologie interne; — Gazette médicale de Paris, 19 mai 1888; — Gazette des Hôjntaux, 20 novembre 1890. Luton; art. û\x Nouveau Dictionnaire de Médecine et de C/iirurgie pratiques. EuLENBURG; art. in Handb. de Ziemssen.

RoSENTHAL ; Traité clinique des malccdies du Sijstéme nerceux.

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GuÉNEAU DE MusSY ; Clinique médicale, IV.

Rendu ; art. du Dictionnaire encyclopédique, i883.

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Grasset, 4° édit., tom. II. 20

MALADIES DES NERPS ET NEVROSES.

Dans une leçon clinique faite en i835 et traduite par Jaccoud, qui en a bien montre la valeur historique, Graves a nettement attiré l'attention sur celte association de symptômes. « J'ai observé récemment chez trois malades, dit-il, des palpitations violentes et prolongées dans des circonstances identiques : c'était chez trois femmes, qui présentaient toutes trois un développement anormal de la glande thyroïde. » Il décrit les accès, dans lesquels les palpitations augmentaient et le goitre aussi ; il cite des cas dans lesquels les battements du cœur s'entendaient à une grande distance, et il distingue soigneusement cette maladie du goitre ordinaire. Puis il décrit l'exophtalinie elle-même. « Les yeux, dit-il, avaient pris une expression des plus étranges : on eût dit que les globes oculaires avaient augmenté de volume; car, lorsque la malade dormait ou qu'elle voulait fermer les yeux, ses paupières ne pouvaient plus les couvrir. » Il signale même un autre signe important, le défaut de rapport entre les battements des radiales et les battements des carotides.

On voit que la description est complète. Si donc on veut donner un nom d'homme au goitre exophtalmique, c'est le nom de Graves qu'il faudrait y attacher, et non celui de Basedow, comme le font toujours les Allemands

C'est en i84o que Basedow a fait sa description importante et plus complète de cette névrose; il a fixé nettement la valeur de la triade symptomatique.

Avant ces deux observateurs, on avait noté quelques exemples isolés de cette maladie, mais on n'en avait pas fait ressortir l'importance et la spécialité. Ainsi, les observations de Flajanietde Parry^, avant Graves, n'ont pas plus de valeur à ce point de vue que celles de Brûck et de Pauii avant Basedow.

En France, c'est Charcot qui a publié la première observation de goitre exophtalmique en i85G; jusqu'en iSBg il a dû lutter pour faire admettre l'entité nouvelle. Depuis lors, les travaux se sont rapidement multipliés; nous citerons simplement ceux d'Aran, de Trousseau, et, plus récemment, l'importante thèse de Marie.

L'Étiologie de cette maladie rentre dans l'étiologie générale des névroses. Le goitre exophtalmique est très souvent une manifestation de cet état nerveux, de ce nervosisme, de cette diathèse nerveuse, dont nous avons déjà parlé et dont nous avons indiqué les causes. — Ce qui le prouve, c'est la relation que l'on observe en clinique entre le goitre exophtalmique et les névroses de tout genre.

1 11 faut reconnaître toutefois que l'usage a prévalu, même en France, de désigner plutôt le goitre e.\oplitalmique sous le nom de maladie de Basedoio.

2 GuÉNEAU DE MusSY a beaucoup insisté sur la priorité de Parry dans l'étude du goitre exophtalmique, qu'il appelle constamment la maladie de Parry-Graves.

GOITRE EXOPHTALMIQUE. 299

Ainsi, Vhi/slérie en csl une cause lr(''s (Véquenle ' . Graves allait nif'me jusqu'à se demander si la houle hysléri(iue n'élail pas un phénomène un peu analogue, elsi elle n'élail pas duc à un gonllemenl Ihyroïdien passager el à la compression de la trachée pendant les crises. — Vépilepsie a des rapports analogues. Gildemeestcr a vu un malade chez lequel des crises épilepliqucs, durant depuis quehpies années, disparurent en même temps que se développait un goitre exophtalmique qui les remplaça définitivement*. C'est un3 mauvaise interprétation de dir.^, qu.^ l'épilepsie est, dans ces cas-là, cause du goître exophtalmique; les deux névroses sont tout simplement dos manifestations successives d'un même élat morhide fondamental. — Gagnon a aussi montré les relations de la maladie de Graves avec la cliorée '\ et Môbius '' avec la pai-alysie agitante. — Enfin, un certain nombre d auteurs ont établi les rapports de cette névrose avec V aliénation mentale ; Roliertson en a encore tout récemment publié un nouveau cas •'.

Certaines maladies organiques du système nerveux, comme le tabes'^, se trouvent assez fréquemment associées au goître exophtalmique, si bien que l'on s'est demandé s'il n'existerait pas une relation de dépendance entre les deux actes morbides. Barié considère, dans ces cas, la maladie de Graves comme constituant la terminaison bulbaire du tabès ; Ballet, Charcol, en font, au contraire, une maladie indépendante et surajoutée. JotlVoy et Achard ' ont, tout récemment, conclu dans le sens d'une coïncidence fortuite; les deux maladies évolueraient .simultanément, mais chacune pour son propre compte, une même cause générale pouvant d'ailleurs présider à leur éclosion respective.

.lol'froy et Achard ^ ont également signalé la coexistence de la maladie de Graves avec une si/rinfjoniijélie non gliomateuse.

Un bon nombre do ces faits prouvent déjà rinlliionee des maladies (jcnérales, des diathèscs, sur le développement tlu goître exoplilalmique. Car. derrière toutes les névroses, se sure(''danl ou a'.ternnnl elnv. un iiidi-

' Debove; Sociélé mijdicale de^ Hôpitaa.v, 12 aoùL 18S7 ; Dumolard; Daujihiné (?iy(://c(t/, juillcl i88y; Castan ; Montpellier médical, lO mars iSyi.

^ Oliver {Bvain, janvier 18S8, paj^. 49'j) a vu, plus rjcemnient, le goitre exoplilahniiiue et l'épilepsie coe.xister chez un même sujet.

Gagnon; Association française pour l'avance nient des Sciences, 187G.

* MoBius ; Betz's MemorabiL, i883 (anal, in Revue des Sciences médiccdes, 188/1, XXllI, pag. 529).

' RoBERTSON ; Revue des Scie:ices médiccdes, VI, pag. 217. Voy. plus loin (.pag. 3j8) ce qui a trait au.x troubles mentau.x dans le goitre exophtalmique.

'' Voy. à la pag. ^lyg du tom. I.

Marie et Marinusco (Revue Neurologique, 3o mai 1898, n» 10, pag. 2jo) viennent de publier un nouvel exemple de cette association morbide.

' Joffroy et Achard; Arc/iives de Médecine expérimentale, mai i8y3, n" 37, pag. 40/;.

* Joffroy et Achard ; Ibid., janvier 1891.

vidu donné, il y a nn étal morbide général commun qui fait le fond de la maladie. L'aLlcnlion a encore besoin d'èire alLiréc sur ce côlé de la question pour que les faits soient recueillis à ce point de vue.

U anémie, la chlorose, peuvent aussi produire le goitre exophtalmique; mais ici l'analyse des faits est difficile, surtovit en ce qui concerne l'anémie, parce que, cet état étant très rapidement la conséquence du goitre exophtalmique lui-même, la filiation des phénomènes n'est pas aisée à établir. — Oppenheim ' l'a vu coïncider avec la maladie d'Addison, Weill et Diamaniberger avec le rhumatisme.

Les divers états pathologiques de Vappaveil génital chez la femme peuvent aussi provoquer l'explosion de la névrose. Ainsi, les troubles de la menstruation sont très souvent notés. On sait que la grossesse entraîne quelquefois le goitre ; elle peut aussi faire développer le goitre exophtalmique. Les maladies utérines sont également accusées de produire cette affection : ainsi, le cas de Dobell celui de Cheadle de Mathieu rentrent dans cette catégorie

Pour toutes ces causes, on doit s'attendrè à trouver ïhérédilé dans l'étiologie, car beaucoup des états que nous venons d'énumérer sont héréditaires. Le cas déjà cité de Cheadle est particulièrement remarquable sous ce rapport. Cet auteur a constaté, en effet, l'existence de la maladie chez quatre membres d'une môme famille : une tante et trois nièces, dont deux sœurs et une cousine. — Déjerine' a vu, dans une famille de lo enfants, 8 sujets atteints ; 3 petits enfants, sur 4) étaient pareillement frappés. - - Thyssen a rapporté assez récemment un nouveau cas d'hérédité similaire

Cela dit sur le fond, il y a maintenant les causes qui déterminent l'explosion de la maladie. Trousseau cite, après Graves et Stokes, des faits dans lesquels des émotions morales ont joué un grand rôle ^. Des

' Oppenheim ; Neurol. Cenir., i88<S, I, pag. 29.

Voy. aussi Mulleh; Corv.ld. f. scinoeiz. Aerz., i novembre 1888, n» 21, pag. 6G7.

EuLENBURG; Bcrl. Id. Wocli, 7 janvier 1889, n" 1.

- Weill et Dia.mantberger ; Société de Médecine jirati.que, 16 juillet 1891.

3 Dobell; Revue des Sciences médicales, II, pag. 148.

^ Cheadle; Ibid., VII, pag. 682.

' Mathieu; Gazette des Hôpitaux, 19 juin 1890.

^ Voy. plus loin (pag. 3o2, en note) ce qui a trait au goitre exophtalmique secondaire ou symptomatique d'une affection ancienne du corps thyroïde.

' DÉJERINE ; L'hérédité dans les maladies du Système nerveux. Thèse d'agrégation, 188G, pag. 145 à i55.

' Thyssen ; Progrès médical, 2G janvier 1889.

Voy. aussi la remarquable observation d'OEsTERREiCHER ; Wien med. Pr., 1884, n° 11 (anal, in Revue des Sciences médicales, XXVII, pag. 217).

" Peter {Bulletin médical, 28 avril 1890; — France médicale, 1892, pag. 20g) insiste sur l'importance des émotions dans la pathogénie du goitre exophtalmique. Il compare ingénieusement le tableau de la maladie de Graves aux troubles que ^présente un sujet en proie à une vive frayeur: chez ce dernier, les battements

GOITRB EXOPHTALMl(,)UE. 301

efl'oiis OU fatigues trop considérables peuvent aussi être invoqués assez souvent : on a incriminé le coït répété ; Walshe, l'ascension d'une montagne ; Wynne Foot, les excès de danse * Mais, nous le répétons, ce

ne sont là évidemment que des causes occasionnelles de l'explosion-.

Un mot, en terminant ce paragraphe, de quelques conditions prédisposantes. Les femmes sont beaucoup plus souvent atteintes que les hommes ; l'énumération seule des causes précédentes pouvait le faire prévoir (hystérie, chlorose, troubles utérins, etc.). La maladie existe cependant chez l'homme ; le fait cité de Wynne Foot rentrait dans celte catégorie — L'âge de prédilection semble être l'âge moyen. Le goitre exophtalmi(iue est rare dans l'enfance; Deval cite cependant un cas à 2 ans et demi ; Rosenberg, un autre à 7 ans ; Solbrig, un à 8 ans, et Trousseau, un à i4 ans '. Il est rare aussi chez le vieillard ; Stokcs cite un fait à 60 ans.

Lebert a remarqué que cette maladie serait plus fréquente dans l'Allemagne du Nord que dans la Suisse et la l'rance. Cette influence du climat est un fait curieux, encore inexpliqué .

SvMPTOMATor.oGiE. — Nous décHrons d'abord les trois symptômes cardinaux qui caractérisent la maladie, puis nous parlerons des autres phénomènes moins importants. Enfin, nous passerons en revue leur ordre de succession et leur mode d'évolution.

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