‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 117 sur 147 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

La CATALEPSIE* est une névrose fort curieuse encore très-obscure, que les uns considèrent comme une maladie, d'autres comme un symptôme, dont certains nient l'existence en dehors de l'aliénation mentale. Elle est caractérisée cliniquement par la suspension des manifestations intellectuelles et volontaires, et surtout par l'aptitude qu'ont les muscles de la vie de relation à garderies attitudes qu'on leur imprime.

* Marcé ; in Nouv. Dict. Mêd. et Chir. pral, — Linas : ia Dict. eucijcl. — Eulenburg ; ia Hdb. Zlemssen. — Roscnthai, loc. cit. — Voy. eucoro des faits de Glas el Dovertie; Rl'V. des Se. méd,, VI, 579, et de KralTt-Ebiug- ; liev. des Se. méd., IV, 579.

Vaguement entrevue par Hippocrate, elle est décrite par Galien, qui en donne la première observation. C'est Asclépiade de Bithynie (100 ans avant Jésus- Christ), et surtout Cœlius Aurelianus, qui ont employé les premiers le mot catalepsie, xaTâ>fli|itç, de xara^afiSâvetv, saisir : ce mot rappelle le saisissement qui s'empare des malades au moment de leur crise et les immobilise.

ÉTioLoaiE. — La catalepsie appartient à la famille des grandes névroses que l'on peut appeler constitutionnelles, et qui, comme l'hystérie, l'épilepsie et l'aliénation mentale, contractent entre elles des rapports très-étroits. C'est là le premier fait étiologique à mettre en lumière, et tout d'abord nous montrerons les relations de la catalepsie avec l'aliénation mentale et l'hystérie.

Ij aliénation mentale a des rapports si intimes et si fréquents avec la névrose que nous étudions, qu'un aliéniste éminent, le professeur Cavalier, affirme que les deux choses marchent toujours ensemble, et qu'il n'a jamais vu un cataleptique qui ne fût pas aliéné. Je crois que la proposition ainsi formulée est exagérée ; mais enfin la coïncidence est extrêmement fréquente.

Les formes d'aliénation qui s'allient le plus souvent avec la catalepsie sont les formes lypémaniaques. L'élément stupeur est déjà presque un état semi-cataleptique. Toutes les fois que le délire est dépressif, avec des idées de persécution, par exemple, tout le monde a remarqué l'immobilité fréquente du sujet, le manque d'expression de ses traits, la lenteur et la difficulté de ses réponses, en général monosyllabiques.

On a bien aussi observé quelquefois la catalepsie dans des cas de manie; mais c'est rare, et le plus souvent c'est dans les formes dépressives qu'on la constate.

D'autre part et en se plaçant à un autre point de vue, on remarque que l'état mental des cataleptiques est rarement dans une intégrité absolue. Souvent le délire précède ou suit l'attaque de catalepsie. La malade de l'hôpital Cochin^ dont on a tant parlé dans ces derniers temps, avait des hallucinations à ces périodes.

Quelquefois les troubles dans l'état mental prennent des proportions considérables ; d'autres fois ils sont réduits : l'intelligence a peu d'étendue, elle est susceptible de peu de développement, ou bien elle présente des lacunes, ou encore les sujets ont une impressionnabilité extrême, offrent le caractère des hystériques, etc.

Les rapports de îa catalepsie avec l'aliénation mentale et avec les troubles psychiques sont donc intimes. Mais on ne peut pas dire pour cela que tous les cataleptiques soient aliénés. Nous avons observé nous-même à

1 Ârch. de Méd., octobre 1875 et mars 1877.

l'hôpital Saint-Eloi, en 1870, un caporal cataleptique dont on trouverera l'observation clans la Thèse de Louise et qui n'était nullement aliéné.

A côté de l'aliénation mentale est Vhystérie. Très-souvent la catalepsie est précédée ou suivie de divers phénomènes hystériques : elle est une véritable manifestation de l'hystérie. On trouvera le type de ces associations chez la malade de Oochin, qui avait eu de l'anurie et des vomissements, la boule, les attaques convulsives, etc., avant de présenter la catalepsie.

Quoique l'on puisse quelquefois invoquer cette névrose, même dans les cas oîi la catalepsie s'observe chez l'homme, cependant les cataleptiques ne sont pas toujours hystériques, comme le voulait Lieutaud.

Les autres névroses se rencontrent moins souvent. Sauvages a décrit l'histoire d'une malade curieuse, chez laquelle il y avait somnambulisme et catalepsie. L'attaque commençait par la catalepsie ; puis survenait le somnambulisme, puis encore la catalepsie, et enfin la malade se réveillait sans se rien rappeler.

h'extase est un état très-voisin de la catalepsie à certains point de vue, et les deux névroses peuvent se trouver mêlées.

h'épilepsie peut aussi avoir des rapports, soit que l'attaque d'épilepsie se termine par la catalepsie, soit que les attaques d'épilepsie et de catalepsie alternent.

Le tétanos, qui d'un certain côté n'est qu'un degré de plus de la catalepsie, la complique quelquefois.

Favrot parle d'un sujet chez lequel la chorée et la catalepsie se remplaçaient, l'une le jour et l'autre la nuit.

Enfin, on peut voir plusieurs de ces névroses se superposer chez le même sujet, comme chez ce malade de Mesnet qui cumulait l'hystérie, la catalepsie, l'extase et le somnambulisme. Tant il est vrai que toutes ces névroses ne sont en réalité que des manifestations, des actes morbides.

D'après tout cela, l'étiologie seconde se confond naturellement avec les causes de l'hystérie, de l'aliénation mentale et de toutes les névroses ; nous n'avons pas à y insister. En dehors de cela, il y a une grande obscurité dans la connaissance des causes.

h'hérédité joue un certain rôle. Sauvages cite deux sœurs cataleptiques et Millardet deux frères jumeaux.

Comme âge, cette névrose est rare chez les enfants et chez les vieillards; c'est une maladie de la jeunesse : elle éclate en général avant 30 ans.

Au point de vue du sexe, il parait incontestable que les femmes sont plus souvent atteintes, quoique, comme le dit Linas, toutes les slalisiiques ne le démontrent pas. Mais la fréquence de l'hystérie et des épidémies de

1 Th. Paris, 1875.

névroses chez la femme rend cette prépondérance inévitable. — De même, le tempérament nerveux est un élément de prédisposition.

Linas montre que toutes les professions peuvent être atteintes. Cependant la fréquence la plus grande des cas serait pour les religieux, les étudiants et les soldats.

Toutes les affections psychiques déprimant le moral prédisposent à la catalepsie, comme du reste à toutes les névroses. Ainsi agissent les revers de fortune ou d'amour, l'exaltation religieuse, etc. Les impressions vives, les émotions, sont surtout des causes occasionnelles du développement de la maladie. Jones a vu un homme frappé à l'occasion de la mort subite de sa femme; Rosenthal, après une frayeur intense.

Les excès de table ou quelquefois le simple travail de la digestion peuvent provoquer la crise : c'était le cas de ce malade de Puei dont les accès venaient toujours après le repas et variaient d'heure quand il changeait le moment de son dîner. — Les vers intestinaux peuvent encore être le point de départ de la catalepsie.

D'après Eulenburg, les traumatismes et les influences atmosphériques ont été des causes déterminantes dans quelques cas. Jamieson a vu une attaque de catalepsie survenir après un coup violent sur la jambe ; antérieurement le sujet avait eu une première attaque de la névrose à la suite d'une frayeur. D'après Hartmann, la maladie a débuté à la suite d'un abcès puerpéral du sein.

La foudre peut aussi jeter les sujets dans un état analogue à la catalepsie, et cet état persister même après la mort. Tout le monde connaît les huit moissonneurs de Cardan qui furent foudroyés pendant qu'ils prenaient leur repas sous un arbre, et qui conservèrent tous l'attitude qu'ils avaient au moment de la mort. Ainsi que le fait remarquer Linas, la peur peut quelquefois agir au moins autant que la foudre, comme chez ces deux domestiques frappés de catalepsie aux deux bouts de Genève, au moment où éclata un violent coup de tonnerre.

L'influence des maladies générales a été peu étudiée. Elle est réelle cependant. Le professeur Combal cite un cas qui était sous la dépendance de la goutte. La malaria a été notée par Boerhaave, Diouis, etc. La catalepsie peut même alors être guérie par le quinquina. Linas, qui cite ces faits, ajoute que la chose est toute naturelle pour ceux qui regardent la fièvre intermittente comme une névrose. Il n'est pas nécessaire d'adopter cette hypothèse pour admettre et comprendre la manifestation cataleptique de l'impaludisme. Une maladie générale, une intoxication, une diathèse, l'impaludisme, peuvent se manifester par une névrose, comme la catalepsie, sans que les accès de fièvre classiques soient eux-mêmes de la nature des névroses.

Landry a vu la catalepsie succéder à un rhumatisme articulaire aigu, Taupin à une fièvre typhoïde, Rostan à une pneumonie.

Un fait curieux dans l'étiologie de la catalepsie est la contagion : on a observé de véritables épidémies de cette névrose. La simulation peut trèsbien en imposer dans certains cas, mais la contagion nerveuse est en dehors de ces faits. Les grandes épidémies coiivulsives du moyen âge, duxvi^, du XVII* et du xviif siècle, présentaient toutes les névroses et toutes les vésanies réunies, et parmi elles on rencontrait très-souvent la catalepsie. — Il est du reste inutile d'insister sur le récit de ces faits, que l'on trouvera aujourd'hui partout.

Nous avons enfin à parler de la catalepsie artificielle, des moyens de provoquer la catalepsie. On raconte que les fakirs de l'Inde, en contemplant le bout de leur nez, prennent des poses extraordinaires et se plongent dans une immobilité prolongée ; les marabouts tombent dans le sommeil sacré en fixant la lame brillante d'un poignard ; les solitaires du mont Athos se jetteraient même dans de longues catalepsies en contemplant fixement leur nombril.

Il faut faire dans tout cela la part de la fable et des jongleries ; mais on peut y voir aussi des exemples de la catalepsie que l'on provoque par la fixation d'un objet lumineux, de ce que James Braid (de Manchester) a scientifiquement expérimenté le premier et qui constitue le braidisme ou hypnotisme.

Chez des sujets cataleptiques ou même chez des hystériques, chez certaines personnes impressionnables, d'un tempérament nerveux très-accusé, on fait fixer un objet briilaût, la boule d'un thermomètre par exemple, que l'on place sur la ligne médiane du visage, à quelques pouces de distance et un peu au-dessous des yeux. Après trois ou quatre minutes, les pupilles se contractent, puis se dilatent ; les paupières oscillent rapidement, puis s'abaissent, et le sujet est endormi. Alors, à peu près constamment, il y a anesthésie et catalepsie.

Une fois le sujet plongé dans cet état, on a pu pratiquer des opérations chirurgicales sans qu'il s'en doute.

Si la catalepsie ne s'établit pas d'une manière complète ou si elle tarde à se manifester, on peut engager les malades à faire volontairement un effort pour garder la position donnée à leurs membres ; cet effort devient alors constaût et involontaire, et la catalepsie est complète.

Pendant cet état, il se produirait des choses curieuses garanties par Braid, Azam, etc. Ainsi, si l'opérateur place un doigt sur la main du sujet et un autre doigt sur sa face ou sur sa tète, il se produit dans tout le corps du patient un frémissement douloureux comme une commotion électrique. De plus, quand où place le sujet dans une attitude donnée, exprimant par exemple l'orgueil, l'humilité ou la colère, aussitôt ses idées sont portées vers ces sentiaients, et son visage et ses paroles les expriment. On suggère ainsi au patient, par son attitude, l'idée d'une action donnée : l'idée de grimper, sauter, combattre, lever un fardeau, tirer à soi, vient immé-

diatement à son esprit si ses membres sont placés dans la position correspondante à chacun de ces actes.

On fait cesser l'attaque en pratiquant des frictions sur les paupières, ou en soufflant sur le front, ou en dirigeant sur le visage un courant d'air froid et intense. De plus, Azam a vu que si l'on frictionne un seul œil, ou si l'on souffle seulement sur une moitié de la figure, la catalepsie cesse dans cette moitié du corps et persiste dans l'autre (Linas) .

On voit immédiatement les analogies que présentent ces pratiques avec les passes magnétiques, avec l'habitude que prennent certains individus de regarder fixement les yeux pour jeter la patiente dans un état de catalepsie artificielle.

Lasègue a attiré l'attention sur un autre procédé beaucoup plus simple encore pour provoquer les phénomènes cataleptiques. On réussit de cette manière chez les hystériques calmes, somnolentes, demi-torpides, réagissant peu : il suffit d'appliquer deux doigts sur les paupières, qu'on maintient ainsi fermées. Aussitôt la patiente éprouve une sensation d'engourdissement particulier ; puis elle se meut et parle avec une paresse croissante ; puis elle cesse complètement de répondre et s'endort d'un sommeil profond, si profond qu'on peut l'appeler à haute voix, frapper vivement et près de son oreille sur un objet sonore : elle continue à dormir. On arrive ainsi graduellement aux extrêmes de la catalepsie spontanée et on produit dans les muscles l'état cataleptique véritable.

Depuis notre première édition, Oharcot' a fait à la Salpêtrière, sur ses hystéro-épileptiques, de très-curieuses expériences d'hypnotisme et de catalepsie provoqués qui ont fait courir tout Paris. — Nous reproduisons l'analyse, que nous avons déjà donnée ailleurs^, de ces recherches.

On fait fixer à la malade une lumière (lampe Bourbouze, lumière Drummond, lumière électrique). Après quelques secondes ou quelques minutes, et parfois d'une manière instantanée, survient un état cataleptique complet. A ce moment, si l'on donne une attitude correspondant à un sentiment quelconque, les traits de la figure expriment immédiatement le même sentiment : ainsi, l'expression devient dure si l'on donne aux membres une attitude tragique ou menaçante, etc.

On supprime brusquement la lumière (en l'éteignant ou en fermant les paupières de la malade) : un état de léthargie ou de carus remplace la catalepsie. La malade tombe et reste dans la résolution la plus complète. Seulement les muscles sont dans un état d'hyperexcitabilité tout spécial. La moindre excitation mécanique d'un muscle (en pressant ou en frottant légèrement) provoque une contraction qui survit souvent à l'excitation et devient une contracture permanente ; mêmes phénomènes si l'on excite

1 Progr. niéd., 1878, 51.

2 Montpellier méd., janvier 1879.

un nerf moteur. «Ainsi, il suffit d'une légère pression faite en avant du lobule de l'oreille, au point où émerge le facial, pour amener la contraction des muscles du même côté de la face ;« à la môme période, il y a un frémissement constant de la paupière inférieure, la convulsion des globes oculaires dans diverses directions et la persistance de l'anestliésie totale et absolue.

Si l'on excite alors fortement la malade, elle entre dans une troisième pbase de somnambulisme vrai. «Si on l'appelle un peu vivement, elle se lève et se dirige, les yeux ferniés ou demi-clos, vers lïnterpellateur. On peut la faire écrire, coudre, etc. » Le sens musculaire supplée à la vue. Elle répond même parfois aux questions qu'on lui pose avec plus de précision qu'à l'état normal.

Si l'on souffle sur le visage ou si l'on comprime l'ovaire siège de l'ovarie, cet état se dissipe. Au moment où la malade revient à elle, elle est prise d'un spasme pharyngien qui amène un peu d'écume entre ses lèvres. «Dans aucun cas nous ne l'avons vue conserver le souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil.»

Voilà la série des phénomènes. En variant les expériences, on peut obtenir des résultats très-curieux.

La disparition brusque de la lumière fait passer la malade de la catalepsie à la léthargie. Si alors on fait reparaître la lumière, la catalepsie revient à son tour. Et les deux états peuvent se succéder alternativement, au gré de l'expérimentateur, suivant qu'il maintient ouverts ou fermés les yeux de la malade.

Bien plus : chez une malade en catalepsie, on ferme l'oeil droit et on laisse l'autre ouvert; elle reste cataleptique à gauche et devient léthargique à droite.

D'autre part, si après avoir produit une contracture pendant la léthargie on réveille la malade, tout disparaît. Mais si à ce moment, au lieu de la réveiller, on la replonge en catalepsie, «la contracture persiste tout le temps que dure la catalepsie, pour se résoudre au moment où on la plonge de nouveau dans le sommeil. Si l'on provoque le réveil pendant qu'elle est cataleptique et contracturée, la contracture persiste alors indéfiniment et la malade, revenue à elle, a une contracture permanente. Il faut, pour la débarrasser, la plonger de nouveau dans l'état de sommation.»

Chez les hystériques ainsi affectées de contractures permanentes artificielles, le système musculaire est dans un état spécial que Oharcot appelle diathèse de contracture : un aimant, par exemple, suffit à provoquer des contractures en un point, et la contracture, détournée ainsi, quitte alors les muscles primitivement atteints.

D'un autre côté, on peut reproduire avec les vibrations sonores tous les mêmes phénomènes qu'avec la lumière. Les malades sont assises sur la boîte de renforcement d'un fort diapason. Ce diapason, en métal de cloche,

vibre soixante-quatre fois à ia seconde. Il est mis en vibration : bientôt les sujets entrent en catalepsie; on arrête brusquement le diapason, elles tombent en léthargie ; si on laisse les vibrations s'épuiser d'elles-mêmes ou si, pendant leur durée, on ferme les yeux de la malade, la catalepsie n'en persiste pas moins.

De plus, après ces diverses expériences, la malade reste dans un état d'excitabilité spéciale qui la fait, pendant un quart d'heure ou une demiheure , tomber en catalepsie spontanée.

Enfin des phénomènes tout à fait semblables peuvent être provoqués en faisant simplement fixer à la malade les yeux d'une autre personne, quelle qu'elle soit.

A cette analyse des expériences de Oharcot, nous ajoutions que pour notre part nous avons dans notre service à l'Hôpital-Général un malade qui présente des phénomènes analogues, quoique ce soit un homme et qu'il ne soit pas hystérique. Ce sujet, atteint d'une maladie complexe des centres nerveux (sclérose en plaques ?) présente en définitive des phénomènes d'ataxie locomotrice et d'hémianesthésie cérébrale •.

Or, en lui mettant les doigts sur les paupières (procédé Lasègue), on le plonge dans un état composé de léthargie et de rigidité musculaire (état cataleptiforme ou plus souvent contractures) que l'on dissipe en soufflant sur les paupières et qui s'accompagne d'uoe inconscience complète et d'une perte de souvenir absolue. Maintenant, on peut même provoquer ces crises d'une manière beaucoup plus simple : il suffit de faire fermer les yeux au malade et de lui dire de porter sur la tête son bras gauche ( côté anesthésié) .

Plus récemment encore, la question de l'hypnotisme et de la catalepsie expérimentale a été reprise en Allemagne, spécialement à Breslau^. C'est à propos des exploits d'un magnétiseur danois nommé Hausen, que les professeurs de cette Université ont étudié ce problème et sont arrivés à des conclusions qui confirment celles de Charcot.

Voici les principaux symptômes de l'état hypnotique, constatés par Heidenbain.

1. Une dépression plus ou moins considérable des facultés sensorielles. Les perceptions existent encore, mais ne sont plus transformées en sensations réelles. Tel, un homme plongé dans ses réflexions évite les passants dans la rue sans s'apercevoir de leur présence.

2. Suppression de tous les mouvements voloutaires. L'hypnotisé devient un automate qui répète machinalement tous les actes dont il acquiert la vague notion : il marche quand on marche bruyamment devant lui, et quand on le menace du poing il répète ce geste.

* Gaz. hebd., 1878, 18.

2 Voy. Gaz. hcbd., 1880, 32, et aussi Centralbl. f. Nerv., III, 17G, 185, 24C et 291.

3. Analgésie relative. Toutes les impressions paraissent d'ailleurs perçues moins nettement qu'à l'état normal.

4. Augmentation de la réflectivité de tous les muscles striés; une friction, même légère, suffit pour amener une contraction tonique de tous les muscles d'un bras.

Les muscles de l'accommodation sont particulièrement sensibles à ce point de vue. Il faut ajouter, comme symptômes accessoires et maintes fois constatés, l'augmentation de fréquence du pouls et de la respiration, et une véritable crise sudorale à la fin de l'accès.

D'après Berger, le sensorium n'est pas toujours aboli, il est souvent bien conservé ; l'analgésie est alors remplacée par de l'hyperalgésie Le même auteur a obtenu, par l'apposition de la main cbaude sur la nuque du sujet en expérience, ce singulier résultat d'exagérer l'automatisme dont il a été parlé plus baut. Le sujet répète « comme un phonographe, d'une voix monotone », toutes les paroles prononcées devant lui, même en langue étrangère.

Heidenbain et Griitzner ont constaté qu'en pratiquant des frictions lentes et douces sur la région frontale et occipitale du côté droit, on déterminait à gauche un état cataleptique des extrémités supérieure et inférieure, ainsi qu'une cécité temporaire des couleurs. Aussitôt après le début des frictions, on constate, d'après Cohn, une contraction tonique des muscles de l'accommodation (phénomène constant) ; puis, chez quelques-uns, le sens des couleurs disparait totalement, tandis que le sens de la lumière et de l'espace demeure intact ; l'œil est convulsé sous la paupière supérieure et les malades perdent connaissance. On peut arriver à hypnotiser l'œil seul, sans participation des extrémités, en échauffant l'autre œil au moyen de la main doucement appliquée. Un homme qui avait perdu depuis sa naissance le sens des couleurs, l'acquit transitoirement dans un œ.il ainsi hypnotisé.

Ces faits, comme ditZuber, à qui nous empruntons ces détails, ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui nous ont été révélés par Charcot. — Seulement ils ont été observés sur des hommes, comme le cas personnel dont nous parlions plus haut, et, à ce titre, ils ont un intérêt spécial.

Cela dit sur tous ces phénomènes étranges, dont la palhogénie nous échappe encore, nous revenons à l'histoire clinique de la vraie catalepsie.

Symptômes. — On observe rarement des prodromes. Quand il y en a, ce sont les prodromes ordinaires de l'attaque d'hystérie : céphalalgie, vertiges, douleur épigastrique, constriction à la gorge, palpitations, briillcments, soupirs, troubles de la vue, crampes, fourmillements, etc. — Il n'y a du reste pas de règle fixe pour l'apparition et la nature de ces phénomènes.

Le plus souvent le début est absolument brusque, coïncidant fréquemment avec le moment d'une émotion vive. Le sujet est alors saisi au milieu

de ses occupations habituelles et est subitement immobilisé dans la situation même, quelle qu'elle soit, qu'il a au moment de l'attaque.

Ainsi, Tissot cite une petite fille de 5 ans qui, vivement choquée un jour de voir sa sœur saisir avant elle à table un morceau qu'elle désirait, tomba en catalepsie et resta raide, le bras ainsi étendu vers le plat, pendant une heure. C'est bien là le saisissement qu'exprime le mot xaTâ>v!i|/iî . Henry François a vu un militaire qui, au milieu d'une querelle avec un camarade, saisit une bouteille pour le frapper et reste tout d'un coup immobile, raide, sans mouvements, le bras en l'air. Fehr parle d'un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeure muet, la bouche béante, les yeux ouverts et menaçants, et le poing tendu vers l'insulteur, Un homme, observé par Frank, fut pris en montant une échelle , un autre en jouant aux cartes. Boerhaave a vu un malade pris en saluant son médecin qui s'en allait. — Toujours le malade est immobilisé au milieu même d'un mouvement inachevé.

Pendant l'attaque même, stipitis ou. trunciinstar mortui ritujacens, le sujet est inanimé comme un arbre^ gisant comme un mort, disaient les anciens. Et, en effet, c'est une sorte de mort apparente. Il y a immobilité et raideur, avec conservation presque indéfinie de la position dans laquelle l'accès a surpris le malade.

Si l'on saisit alors ses membres , on éprouve à les fléchir une demirésistance; ce n'est ni la flaccidité d'un membre paralysé ni la rigidité d'un muscle toniquement convulsé. Les membres se laissent gouverner comme de la cire molle; c'est là l'expression classique, qui est très-exacte.

On fléchit la cuisse sur le bassin, la jambe sur la cuisse; on en fait autant de l'autre côté. On fléchit le bras de diverses manières. Le malade reste dans cet état, ne reposant quelquefois que sur le dos, sur la partie inférieure du tronc, dans la position la plus grotesque et la plus fatigante; il ne bouge pas et reste là très-longtemps sans présenter de fatigue ni de relâchement musculaire.

Si on veut le faire changer de place, on le pousse : il glisse comme une masse inerte.

Les muscles de la face sont eux-mêmes immobiUsés, d'où la persistance d'une expression donnée, celle qu'avait la figure au moment de l'attaque. Les yeux sont ouverts et fixes.

Toutes les sensibilités sont abolies. On peut piquer, couper, brûler : rien n'est senti. L'intelligence, la conscience et le souvenir ont complètement disparu.

C'est ainsi que les choses se passent, du moins dans les attaques complètes ; mais en même temps le poumon respire normalement, quoique lentement. Le pouls conserve son rhythme en perdant quelquefois un peu de fréquence, et les fonctions digestives peuvent s'accomplir avec une régularité parfaite.

Souvent aussi l'atUique est plus ou moins incomplète, fruste. Quelquesuns des caractères indiqués manquent, ou sont réduits, ou atténués. Ainsi, la rigidité caractéristique existe, mais épargne certains muscles. La face peut rester indemne : les sujets peuvent remuer les yeux, les paupières : palpebrant œgrotantes, disait Cœlius Aurelianus. D'autres ont la liberté de leurs mains. Chez certains, il y a une rdideur hémiplégique ou même plus restreinte, à un seul membre par exemple.

Pour la sensibilité aussi, il peut y avoir des immunités variées et plus ou moins bizarres. Certains malades se remuent quand on les touche, perçoivent les sensations de contact ou de chaleur, etc. D'autres voient les personnes et les objets qui les entourent, le plus souvent sans les reconnaître; ils clignent de l'œil à l'approche d'un objet.

D'autres encore ont le sens de l'ouïe conservé, ils reconnaissent les personnes à la voix, manifestent par leurs larmes et par l'expression de leur physionomie qu'ils entendent ce qu'on leur dit et regrettent de ne pas pouvoir répondre. Tulpius parle du fait curieux d'un cataleptique qui demeura dans l'attaque jusqu'à ce qu'on eût crié à ses oreilles qu'on lui accordait ce qu'il désirait.

L'odorat et le goût peuvent aussi être conservés. Ainsi, si l'on présente une odeur agréable, certains sujets font de larges inspirations pour en jouir; si elle est au contraire fétide , ils cherchent à l'éviter. De même pour les saveurs.

Dans quelques cas plus rares, on a noté de l'hyperesthésie. Dans un fait de Lasègue, il y avait anesthésie d'un côté et hyperesthésie de l'autre.

L'intelligence peut être conservée. Les sujets regrettent de ne pas pouvoir répondre, l'expriment par leur figure pendant l'attaque ou même en parlent après. Une malade de Favrot disait après l'attaque : « Il m'était impossible de bouger; on aurait approché de moi un fer rouge que je n'aurais pu m'éloigner». La volonté est donc intacte, mais l'inslrument manque pour l'exécution.

Rosenthal a examiné dans deux cas la réaction électrique : dans l'un clic était normale, dans l'autre il y avait une augmentation manifeste de la contractilité électro-musculaire et de l'excitabilité galvanique des troncs et plexus nerveux. Chose remarquable : chez ce sujet, qui avait une flexibilité cireuse très-marquée, l'attitude obtenue par l'excitation faradique de ses extenseurs ou des fléchisseurs du bras ou par la galvanisation des nerfs correspondants, disparaissait dès qu'on cessait l'électrisation, et la main reprenait la position qu'elle avait avant. Benedickt a constaté que l'excitabilité galvanique était augmentée dans les nerfs; l'excitabilité faradique du muscle était plutôt diminuée.

La température a été prise avec soin chez le malade que nous avons observé à l'hôpital Saint-Eloi et dont nous avons déjà dit un mot. Il eut : 38°,9 le malin de l'attaque; 37°, 8 le soir; 39°,1 et 38° le lendemain; puis

38° et 38°, 6; 37°, 6; 37°, 4; 37°, 5; le retour à l'état normal était complet. C'est là un fait intéressant. La majorité des auteurs au contraire, Skoda entre autres, parie plutôt de refroidissement dans l'attaque, diminution de température pouvant aller, disent-ils, jusqu'au froid de cadavre. Pau de Saint-Martin a cependant constaté une au^^mentation de deux ou trois dixièmes de degré.

Je ne parlerai pas des phénomènes extraordinaires signalés par quelques auteurs, comme la vision et l'ouïe s'exerçant par le creux de l'estomac ou par le bout des doigts. Leur constatation n'est pas suffisamment scientifique.

Laiîn de l'attaque est souvent brusque. Le malade reprend ses sens, la faculté de mouvoir ses muscles, etc., et achève quelquefois même alors la phrase et le mouvement interrompus par l'attaque.

Ainsi, Lacassagne a observé un camarade de collège qui fut pris d'un accès au moment où il prononçait le mot charivari; le mot fut prononcé en deux fois avec un intervalle de deux heures entre la troisième et la quatrième syllabe; le même sujet, jouant des morceaux de piano à quatre mains, était fréquemment arrêté par un accès; ses mains restaient en l'air et retombaient demi-heure ou une heure après, pour reprendre le morceau à l'endroit précis où il avait été laissé. Une dame de Lyon, observée par Petetin, surprise par un accès au milieu d'une conversation, termina en s'éveillant, trois heures après, la phrase qu'elle avait commencée.

D'autres fois la terminaison est moins brusque ; on observe des bâillements, des soupirs, un peu d'engourdissement, beaucoup de fatigue, et tout rentre dans l'ordre. Du reste, quand l'attaque a été complète, le sujet ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant la crise.

La Durée de l'attaque est essentiellement variable, depuis une à deux minutes jusqu'à six mois. Les faits de cette dernière durée sont du reste exceptionnels ; ils sont en général composés d'une série d'accès avec des intermissions de durée et d'intensité variables.

L'intervalle des attaques peut varier dans les mêmes proportions. Les symptômes, dans ces périodes intercalaires, changeront naturellement avec les maladies mêlées à la catalepsie ; ils peuvent être nuls ou bien correspondre à l'hystérie, etc.

La Marche de la maladie, dans son ensemble, est longue en général et presque toujours chronique. Il n'y a d'exception que pour les faits rares dans lesquels le traumatisme joue un certain rôle ou bien qui sont sous la dépendance de la malaria. Le nombre des accès est du reste variable pendant le cours total de la maladie. La malade de Baron en eut 740 en deux ans, et celle de Puel 1200 en trente mois.

La Terminaison est en général la guérison. Elle peut arriver sans incident spécial. Elle peut aussi être amenée par le retour des règles supprimées. Dans un cas, elle a coïnnidé avec une épistaxis.

Quelquefois la maladie peut se transformer en d'autres névroses, ou, pour mieux dire, d'autres manifestations du même état morbide se substituent à la précédente.

Certains auteurs admettent une terminaison possible par la mort. Mais Linas déclare que cette assertion ne s'appuie sur aucun fait vraiment démonstratif.

Nous devons aborder maintenant l'étude moins précise et moins concluante de I'Anatomie et de la Physiologie pathologiques de cette névrose.

Les autopsies sont peu nombreuses et ne sont pas concordantes. Des observations déjà anciennes ont montré des troubles circulatoires et œdémateux dans le cerveau, ce qui a fait conclure à Bourdin que l'altération anatomique la plus fréquente serait l'augmentation de sérosité ou l'iiydropisie du cerveau.

Nous citerons aussi deux faits plus récents. Dans un cas de Scbwartz, il y avait hydropisie cérébrale et ramollissement de la couche optique et du corps strié, surtout à gauche ; de plus, à la face postérieure de la moelle, depuis la région cervicale jusqu'à la région lombaire, une substance d'un brun rougeâtre, gélatineuse, recouvrait la dure-mère et y adhérait par places. Dans le fait de Meissner, on trouva dans la fosse cérébrale antérieure, au-dessus de Tethmoïde, un épithélioma partant de la dure-mère; le tiers antérieur de l'hémisphère droit était fortement ramolli jusqu'au niveau de l'écorce, ainsi que la partie externe du corps strié droit.

Mais, d'autre part, il y a des observations de Rostan, de Lasègue, etc., dans lesquelles on n'a trouvé aucune espèce de lésion.

La catalepsie reste donc, jusqu'à nouvel ordre, une névrose.

Quelle est maintenant la physiologie pathologique de ce syndrome bizarre? Quel est le siège probable de cette névrose? — En tout cas, quelle que soit la conclusion à laquelle nous arriverons après ce court exposé, il ne faut pas s'y attacher d'une manière trop absolue ni surtout faire comme Baron, qui, attribuant la catalepsie à une accumulation de matière crasse dans le cerveau, faillit, à cause de sa théorie, faire trépaner un individu cataleptique qui guérit bientôt après.

La catalepsie est tout d'abord un trouble essentiellement musculaire. Quelle en est la nature intime? Ce n'est ni une paralysie ni une convulsion ordinaires; c'est un état spécial, tout à fait à part, du système musculaire.

Cet état ne doit pas être confondu avec la contraction ; il est même indépendant de la contraction, puisque l'immobilité s'obtient et se maintient à n'importe quel degré de contraction et de raccourcissement. C'est eu réalité une exagération de la force de situation fixe de Barthez.

Chacun connaît le fait classique et souvent cité de Milon de Crotone, maintenant ses doigts fermés sur une grenade avec une force telle que

personne ne pouvait lui faire ouvrir la main, et cependant ne broyant pas la grenade par un excès de contraction, immobilisant par suite avec une grande énergie ses muscles à un degré voulu de raccourcissement. S'il avait résisté par une contraction énergique des fléchisseurs, avec une tendance continuelle au raccourcissement, il aurait infailliblement brisé le fruit quand l'elîort opposé venait à cesser ; ce qui n'arrivait pas. — Il déployait donc là, non pas sa force de contraction, mais sa force de situation fixe.

Nous appelons ainsi, après Barthez, la force que chacun de nous a d'arrêter un muscle à la longueur qu'il veut et de le fixer là avec énergie. — La catalepsie est l'exagération de cette force de situation fixe, développée au point de lutter contre la pesanteur et de la vaincre.

Voilà tout ce qu'on peut dire, à mon sens, sur la physiologie de cette névrose.

Les auteurs contemporains vont plus loin : ils comparent l'état cataleptique à l'état des animaux écervelés, chez lesquels la volonté ne s'exerce plus à cause de l'ablation des hémisphères. Dans la catalepsie, dit Rosenthal, il y a résistance anormale à la transmission dans les ganglions moteurs et dans la couronne rayonnante, qui part de l'écorce et donne l'impulsion aux racines antérieures ; l'excitation volontaire étant alors réduite au minimum, aucune résistance ne sera plus opposée aux incitations réflexes.

D'abord, le fait de cette interruption et de cette résistance exagérée n'est prouvé par rien : ni par les expériences chez les animaux, dont l'état, après l'ablation des hémisphères, ne ressemble guère à la catalepsie ; ni par les autopsies, comme celles de Schwartz et de Meissner, que nous avons citées.

De plus, en supposant la chose possible, l'interruption d'action cérébrale et l'exagération des réflexes qui en est la conséquence ne reproduisent en rien un état analogue à la catalepsie. Chez un malade paraplégique, avec myélite diffuse transverse, l'action cérébrale ne s'exerce plus sur les jambes, les réflexes sont exagérés au-dessous de la lésion et l'état des membres inférieurs ne peut en rien être comparé à la catalepsie.

L'état cataleptique est donc un état à part ; c'est l'exagération de cette force de situation fixe que nous verrons tout à l'heure affaiblie au contraire dans une autre névrose, la paralysie agitante. Quant au siège et au point de départ de cette altération, l'état actuel de la science nous empêche de formuler même une hypothèse plausible.

Le caractère essentiel pour le Diagnostic est l'état des muscles tel que nous l'avons décrit.

On distingue cette névrose du tétanos et des différentes espèces de contractures par la flexibilité de cire des muscles et la facihté qu'on a à chan-

ger la position des membres chez le cataleptique. L'hystérie coïncide souvent avec la catalepsie ; on la reconnaîtra par les autres phénomènes hystériques, qui sont faciles à discerner. L'apoplexie, le coma, la léthargie, entraînent la résolution des muscles : les membres soulevés retombent inertes. Dans la syncope, il y a arrêt des battements du cœur.

Le diagnostic différentiel de la rigidité cadavérique et de la mort réelle a une importance capitale : on aurait, dit-on, enterré comme mortes de simples cataleptiques. — La rigidité cadavérique une fois surmontée ne peut renaître, ce qui est un signe essentiel. On ne peut pas imposer à un mort une attitude donnée et la lui voir garder presque indéfiniment. De plus, il y a l'absence du pouls, le silence du cœur, etc.

Enfin il faut savoir se tenir en garde contre la catalepsie simulée, soit par des aliénés, soit par mauvais vouloir, soit pour tout autre motif. Dans ces cas, les sujets soutiennent difficilement leurs membres dans une position pénible, ils n'y parviennent que pour peu de temps et au prix de contractions musculaires énergiques dont on peut s'apercevoir, et avec des signes d'une extrême fatigue. De plus, il est fort difficile de simuler l'anesthésie absolue.

Le Pronostic est sans gravité pour la vie. La maladie ne pourrait tuer que par des complications. — Mais c'est toujours une affection sérieuse, qui prouve chez le sujet qui en est atteint un état de nervosisme intense dont les manifestations pourront varier ultérieurement, mais disparaîtront difficilement.

Cette névrose aggrave, d'après Linas, le pronostic des maladies auxquelles elle s'ajoute; elle entrave notamment la marche et le traitement de l'hystérie, et imprime une marque d'incurabilité aux maladies mentales.

Le Traitement peut viser l'accès ou la maladie elle-même.

Pendant une attaque de catalepsie, on essaie d'abord de tous les excitants sensoriels : éther, vinaigre, ammoniaque, odeurs fortes , cheveux brûlés sous le nez. On sait que tous les antispasmodiques sont volatils, la plupart odorants, et agissent au moins en grande partie par cette odoréité et par voie d'inhalation.

On pourra aussi exciter la peau avec de l'eau, parla chaleur, le chatouillement, le pinceau électrique. Nous avons vu que les frictions intenses font cesser la catalepsie provoquée; elles peuvent être utiles aussi dans les cas spontanés; on les fera avec des liniments variés ou même avec la main ou une flanelle sèche.

On a essayé également les inhalations de chloroforme.

Contre la maladie elle-même, nous instituerons le traitement général de l'hystérie et de toutes les affections nerveuses du même ordre. On s'adressera au fond diathésique quand on peut le découvrir.

On essayera les antispasmodiques variés et surtout les agents qui ont sur

le système nerveux une action sédative plus durable, comme le bromure de potassium, et surtout l'hydrothérapie, qui est incontestablement le meilleur des toniques et des antispasmodiques.

Les anthelminthiques, les emménagogues, le sulfate de quinine, répondront à des indications spéciales.

Pau de Saint-Martin a traité et guéri un malade par la catalepsie provoquée au moyen de l'hypnotisme. C'est une sorte de méthode substitutive : similia similibus.

Le traitement moral est indispensable dans une maladie où l'état intellectuel est si rarement dans un état d'intégrité complète. On prescrira l'hygiène morale générale de tous les gens disposés aux affections du système nerveux, et spécialement aux formes psychiques de ces affections.

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