‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 132 sur 147 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

LOCALISATIONS NERVEUSES DANS l'iMPALUDISME.

Nous ne parlerons pas ici des névralgies, du délire, etc., qui peuvent être sous la dépendance de l'impaludisme. Ce sont des conséquences trop directes et trop habituelles de la maladie pour les en détacher et les étudier à propos du système nerveux.

Nous nous contenterons de dire quelques mots des paralysies paludéennes, que nous avons eu du reste l'occasion d'étudier d'une manière spéciale*.

a Fernel, dit Landouzy, serait le premier à signaler les paralysies m fine intermittcntium ; après lui, cette conséquence des accès paludéens aurait été affirmée par Sennert, Hoffmann, Vogel, de Haen, Cullen, Borsieri, Torti, Verlhoff et Sauvages; d'où l'introduction par ces derniers pyrétologues, dans la nombreuse nomenclature des fièvres intermittentes, des fièvres soporeuses, apoplectiques, paralytiques et hémiplégiques.»

L'étude récente de ces localisations commence à la thèse d'Ouradou (Paris, 1851) pour finir à celle de Landouzy (1880), en passant par notre travail de 1876 et la thèse de Vincent (1878).

Nous avons établi trois grandes divisions dans les hémiplégies palu-

* Montpellier médic, 1876, XXXVI, 311.

déennes, divisions qui reposent sur une symptomatologie différente et entraînent une thérapeutique distincte.

1. Dans une première catégorie défaits, l'iiémiplégie produite par un accès de fièvre intermittente disparaît avec l'accès qui lui a donné naissance, pour reparaître avec l'accès suivant. La paralysie peut être partielle, paraplégique ou hémiplégique, s'accompagner ou non de convulsions ou de troubles vaso-moteurs.

Toutes ces paralysies ont pour caractère commun d"étre intermittentes et d'être justifiables du sulfate de quinine. Elles paraissent dues à une congestion cérébrale, mais bénigne et nullement persistante ; en tout cas, cette congestion ne fait pas indication, parce qu'elle est entièrement subordonnée à l'élément intermittent lui-même.

2. Dans un second groupe, nous plaçons les cas de fièvre intermittente entraînant une hémiplégie et en même temps un état apoplectique plus ou moins prononcé.

Comme dans ces cas-là il y a une forte congestion cérébrale, il arrive souvent que les accidents paralytiques ne disparaissent pas d'une manière aussi régulièrement rhythmique que dans le premier groupe; on les voit souvent survivre un peu à l'accès : c'est ce qui est arrivé dans l'observation personnelle que nous avons publiée.

La guérison rapide de ces malades ne permet pas d'admettre chez eux autre chose que de la congestion; ce qui prouve, comme nous l'avons déjà soutenu au chapitre de la Congestion cérébrale, la possibilité de l'hémiplégie dans cette maladie.

Dans un certain nombre de cas, les accidents apoplectiques ont pris une importance telle que les malades ont succombé.

Un fait important à relever dans ces cas de fièvre intermittente à forme apoplectique avec hémiplégie est l'élévation relativement peu considérable de la température pendant l'accès. Ainsi, chez notre malade le thermomètre n'a pas dépassé 39°, alors que tous les jours nous le voyons arriver à 41° dans des fièvres intermittentes bien moins graves.

Enfin, le grand caractère de ce groupe et la raison de sa distinction du groupe précédent se tirent du traitement et des indications thérapeutiques.

Dans le premier groupe, le sulfate de quinine suffit à lui tout seul ; il combat le fond et la forme, l'intoxication palustre elle-même et sa manifestation hémiplégique. Dans le second groupe, il n'en est plus de même ; il faut toujours donner le sulfate de quinine pour combattre le fond de l'affection, la cause des accidents ; mais le spécifique ne suffit pas. L'impaludismea produit ici une lésion qui devient, elle aussi, sujet d'indication. Aussi tous les cas de cette catégorie ont-ils dû être traités par la médication révulsive en même temps que par la médication quinique.

La distinction de ces deux groupes est donc fondée en clinique et indispensable au praticien. Dans les cas du premier groupe, le fond prime tout

et le sulfate de quinine suffit. Dans les cas du deuxième groupe, le fond et la forme sont également sujets d'indication, et il faut associer le sulfate de quinine à la médication révulsive.

3. Il y a enfin un troisième groupe dans lequel la lésion est complètement émancipée de sa cause et dans lequel, par suite, le sulfate devient inutile et où le seul traitement à instituer est celui de l'hémiplégie elle-même.

Ici l'impaludisme développe une lésion qui est entretenue par les accès, mais qui ne disparait pas avec eux. Et une fois les accès traités et disparus, le sulfate de quinine est parfaitement impuissant contre l'hémiplégie elle-même.

La lésion persistante du cerveau, ainsi émancipée de sa cause, peut appartenir du reste à des processus variés : les congestions, en se répétant, peuvent aboutir à l'hémorrhagie ; il peut se faire des embolies pigmentaires, des foyers de ramollissement, etc.

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