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LOCALISATIONS NERVEUSES A LA SUITE DES AUTRES MALADIES AIGUËS

Nous avons consacré un chapitre spécial à la diphthérie et à l'impaludisme. Nous croyons, au contraire, devoir réunir en un seul chapitre tout ce qui a trait aux autres maladies aiguës (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc).

Cette nécessité s'impose parce que les observations cliniques précises sont encore rares, tellement que la relation pathogénique n'est pas absolument positive et qu'on peut souvent se demander si l'on a réellement affaire>à des localisations nerveuses de ces maladies ou à des paralysies de convalescence.

Ajoutons enfin que nous ne prétendons pas décrire ici les localisations nerveuses se manifestant daîis le cours de ces maladies (formes spinale ou cérébrale de la fièvre typhoïde, etc.), mais seulement celles que l'on observe à la suite de ces maladies. Comme Landouzy dans sa Thèse, nous étudions seulement les accidents nerveux qui, tout en étant sous la dépendance de la maladie aiguë, ne sont qu'an accident accessoire, purement contingent et même assez rare.

Je ne dis pas que la première catégorie de phénomènes (que nous éliminons) ne doive pas être étudiée; peut-être le ferons-nous un jour. Mais actuellement elle nous entraînerait trop loin et n'est pas dans notre programme.

Au lieu de faire une description générale didactique ([ui serait schématique, nous croyons plus utile, dans un chapitre d'attente comme celui-ci,

d'indiquer à propos de chaque maladie les faits connus, soit au point de vue clinique, soit au point de vue anatomique^

§ I. Fièvre typhoïde. — 1. Au point de vue étiologique. on peut dire qu'on trouve le plus souvent, chez les sujets atteints de localisations nerveuses de la dothiénentérie, quelques antécédents personnels ou héréditaires qui décèlent la prédisposition névropathique. En d'autres termes, il y a toujours dans la production de ces maladies un double facteur externe (fièvre typhoïde) et interne (antécédents) .

Dans certains cas, l'action du premier de ces facteurs est prédominante; il suffit alors d'une faible prédisposition antérieure. Chez d'autres, au contraire, c'est le second facteur qui prime et la fièvre typhoïde n'est qu'une occasion de développement de ces accidentg. Entre ces termes extrêmes, on trouve une série de types intermédiaires.

Toutes les périodes de la dothiénentérie paraissent également susceptibles de développer ces accidents. Ainsi, on les voit survenir au cours même de la fièvre, pendant sa période d'invasion ou sa période d'état, comme une simple exagération des symptômes ordinaires de la maladie (Trousseau, Vulpian'i ou comme une complication de nature variable (Eisenlohr , Cormack). Mais cependant l'époque de prédilection pour l'apparition des paralysies est la phase de déclin ou la convalescence.

« La fièvre est tombée, le malade commence à s'alimenter, il se lève depuis plusieurs jours et s'essaye déjà à marcher, lorsque apparaissent des troubles du mouvement souvent très-étendus, mais généralement passagers. Ces accidents peuvent même, suivant la remarque de Murchison, ne se manifester que plusieurs semaines après la convalescence. Ces paralysies tardives, survenant au moment où la réparation commence, sont de véritables épilogues de la maladie qui montrent combien celle-ci a profondément touché l'organisme » (Landouzy) .

2. Cliniquement, on observe toutes les variétés, toutes les combinaisons de forme qui font supposer toutes les origines (cerveau, moelle, bulbe, nerfs et même muscles) suivant les cas.

a. J'ai observé, pour ma part, un cas remarquable d'hémiplégie droite avec aphasie pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde; cet accident, probablement produit par un écart de régime, fut de très-courte durée.

Xothnagel, Weiss, Murchison, Colin, Schneider, ont également cité des exemples d'hémiplégie post-typhoïde; c'est cependant là une des formes les plus rares. L'aphasie est plus fréquente, surtout chez les enfants.

Dans ces accidents cérébraux, nous pourrions placer encore le vertige, le délire, l'hébétude; mais ce sont là, à proprement parler, des symptômes delà fièvre typhoïde elle-même.

' Tous les éléments de ce chapitre sont empruntés à l'excellenle Th. d'agrég. de Landouzy. Paris, 1880.

b. La paraplégie est la forme la plus ordinaire des paralysies posttyphoïdes. Dans ce cas, « l'impuissance musculaire n'est généralement pas absolue; il y a plutôt parésie que paralysie proprement dite; le malade ne peut ni se tenir debout ni marcher; s'il essaye de se lever, ses jambes fléchissent sous lui, mais elles ne sont pas tout à fait inertes et il est bien rare que, couché, il ne puisse encore leur imprimer des mouvements assez étendus. »

La sensibilité est également altérée. « Au début, ce sont des fourmillements, des picotements, une sensation d'engourdissement plus ou moins pénible qui quelquefois précède et annonce les autres accidents. Puis c'est une anesthésie, ou tout au moins une obtusion de la sensibilité cutanée accusant les mêmes régions que la paralysie et s'étendant même au-delà. »

Les masses musculaires s'atrophient dans les points paralysés. « Cette atrophie localisée est facile à découvrir malgré la macilence générale.»

La vessie et le rectum sont souvent paralysés pendant un certain temps. A ces faits, reproduisant le tableau de la myélite transverse, il faut joindre ceux dans lesquels on a trouvé une sclérose en plaques (Ebstein, Calmette) ou une paralysie ascendante aiguë développées à la suite de la fièvre typhoïde. Dans ce dernier cas, les accidents se généralisent et tuent rapidement ; ce qui nous conduit aux manifestations bulbaires (Marotte et Liouville).

c. Les nerfs peuvent aussi être atteints et alors on a des paralysies trèslimitées.

Ainsi, Cormack a noté la paralysie du deltoïde et d'autres muscles, Bateson une paralysie faciale, Hugh Clark une dysphagie, Bernhardt une paralysie du radial chez un malade (avec autopsie et névrite constatée) et une paralysie du cubital chez un autre.

Rehn et Villemin ont observé des paralysies limitées à certains muscles du larynx (crico-aryténoïdien postérieur dans le premier cas ; dilatateurs de la glotte dans le second).

« On a remarqué que dans ces paralysies limitées comme dans la paraplégie, presque chaque fois que la contractilité électrique des muscles atteints a été explorée, il existait une diminution considérable ou une abolition complète de la sensibilité aux courants faradiques ; au contraire, l'action des courants galvaniques était conservée ou seulement amoindrie. Nothnagel, dans son travail sur la question, note l'amoindrissement de la contractiUté électrique dans toutes les paralysies consécutives à la fièvre typhoïde. »

d. Les paralysies disséminées et circonscrites que nous venons de décrire peuvent-elles aussi être produites, dans certains cas, par l'altération directe des muscles (myosite de Zenker) , sans lésion préalable du système nerveux? C'est l'opinion de Jaccoud et de Hardy etBéhier ; mais elle me parait avoir encore besoin de démonstration anatoinique.

3. Marche, durée, terminaisons. — Le début est en général graduel. Schneider a cependant cité un cas dans lequel les accidents éclatèrent subitement.

La durée est habituellement courte ; l'hémiplégie ne dure souvent que deux ou trois jours ; la paraplégie est un peu plus longue. Mais le plus souvent, après quelques semaines ou quelque mois au plus, tous les phénomènes s'amendent et disparaissent progressivement sous la seule influence du régime tonique aidé parfois de l'électricité.

La guérison est donc la règle ; il y a cependant des exceptions.

Certaines paralysies peuvent laisser des traces indélébiles, notamment des amyotrophies persistantes qui constituent de vraies infirmités. Le passage à l'état chronique s'observe encore dans les cas où la fièvre typhoïde a développé une maladie comme la sclérose en plaques.

La mort peut survenir dans les formes envahissantes quand le bulbe est atteint et dans les paralysies localisées quand elles frappent les muscles de première importance comme ceux du larynx. C'est ainsi que dans les deux cas cités plus haut de Rehn et Villemin, les malades ne furent sauvés que par la trachéotomie.

Tout ce que nous venons de dire de la fièvre typhoïde peut s'appliquer

à la FIÈVRE PÉTÉCHIALE, aU TYPHUS DES ARMÉES et à la FIÈVRE RÉCUR- RENTE OU A RECHUTES (Murchisou, Griesinger, Cormack).

§ II. Dysenterie et Diarrhée. — Dès le xvii^ siècle, Sanchez, Sennert et Etmuller ont parlé des paralysies post-dysentériques que Fabrice de Hilden, Zimmermann et Franck ont ensuite décrites. Mais les observations récentes et bien prises sont peu nombreuses.

1 . Les paralysies dysentériques semblent succéder de préférence aux formes graves ; elles apparaissent parfois à la période d'acuité de la maladie, le plus souvent pendant la convalescence, alors que les phénomènes intestinaux ont disparu.

Le début est en général insidieux, et aux troubles moteurs se joignent ordinairement des troubles de la sensibilité.

Localisée au rectum dans les cas les plus légers, la paralysie dysentérique affecte le plus souvent les membres inférieurs. Dans ce dernier cas, « elle est d'abord incomplète et s'accompagne de fourmillements dans les membres, d'hyperesthésie cutanée, de douleurs aiguës irradiées sur le trajet des nerfs ; puis la paralysie motrice s'accentue, devient absolue en même temps que les phénomènes douloureux sont remplacés par une anesthésie et une analgésie parfois absolues».

Les anciens avaient décrit des paralysies dysentériques généralisées aux muscles de la langue, des lèvres, et frappant même les membres d'une façon alterne. Ces faits ont besoin de confirmation. Parmi les modernes, Cormack a du reste observé une paralysie diffuse.

La théorie des paralysies réflexes (Graves, Brown-Sequard) est aujourd'hui à peu près abandonnée. On se demande si la moelle est atteinte, comme dans les faits de Roger et Damaschino, Delioux de Savignac, Feiuberg et Hoffmann, ou s'il s'agit d'une névrite migrans, comme le veut Leyden. Les deux processus ne nous paraissent pas contradictoires, et il n'y a rien d'impossible à ce que, comme la fièvre typhoïde, la dysenterie frappe la moelle ou les nerfs suivant les cas.

2. Baudin a publié en 1858 l'observation remarquable d'un malade qui, à la suite d'une diarrhée rebelle, atteint depuis cinq mois d'une paraplégie presque complète, fat guéri de ses accidents spinaux en même temps que de son catarrhe intestinal. Graves, Romberg, Leyden et Hervier ont rapporté des faits analogues.

Enfin Potain vient de faire connaître un cas remarquable de cette catégorie, que le titre seul de l'observation résume très-bien : Paralysie consécutive à un catarrhe aigu de l'intestin ; début lent et marche progressive de la paralysie, qui se généralise; disparition des troubles paralytiques et de la diarrhée ; retour momentané de la diarrhée à la suite d'écarts de régime ; réapparition de la paralysie ; contracture des extrémités ; traitement et régime ; guérison complète^

§ IIL Choléra. — Les accidents nerveux sont plus rares au début. On a cependant observé dans les choléras graves : 1. la paralysie plus ou moins complète de l'orbiculaire des paupières, que, d'après Landouzy, de Grsefe rend en partie, par défaut de clignement, responsable de la sécheresse et de l'opalescence de la cornée qu'il a vues parfois provoquer de véritables ulcérations ; 2. la paralysie limitée à certains muscles des membres (Drasche, Griesinger), presque toujours accompagnée de troubles sensitifs, ce qui semble indiquer une origine périphérique ; 3. enfin l'abo- ^lition du pouvoir réflexe (Griesinger) qui, d'après Landouzy, prouverait manifestement l'intervention de la moelle (?) .

Les paralysies sont plus fréquentes (mais encore rares d'une manière absolue) dans la convalescence. Drasche, Jaubert, Gubler et Griesinger en ont publié des exemples.

Les troubles sensitifs y sont toujours môles aux troubles moteurs ; ils peuvent porter exclusivement et symétriquement sur les extrémités des membres.

« Toutes ces paralysies sont d'ordinaire légères et guérissent. Dans quelques Ciis exceptionnels, les troubles paralytiques ont persisté et se sont môme accompagnés d'amyotrophie.»

§ IV. Fièvres éruptives. — 1. La variole est, avec et après la fièvre

1 Observ. parle D"" Barié, chef de cliuique. — Journ. des Conn. médic, février 1880, pag. 57.

typhoïde, la maladie aiguë qui entraine le plus d'accidents nerveux. Dès le xvii^ et le XVIII® siècle, Horstius et Freind avaient signalé les paralysies varioleuses et avaient insisté sur ce fait que la bénignité de la fièvre éruptive ne garantit pas contre cette complication. Sydenbam,Mead, Lieutaud, Van Swieten et Morton ont donné des observations analogues.

Ces accidents peuvent se produire à toutes les périodes de la maladie. Au début, on observe quelquefois une paraplégie, que Trousseau a bien décrite, et qui n'est que l'exagération de la racliialgie classique. En pleine période d'état, la même complication peut se déclarer sans que rien dans la maladie paraisse en légitimer l'apparition ; c'est la phase où les paralysies présentent relativement plus de gravité. Mais les plus fréquentes sont celles de la convalescence.

La paraplégie est la forme de beaucoup la plus ordinaire. « Les membres inférieurs paraissent lourds au malade, qui, s'il ne peut soulever les jambes, peut au moins les remuer dans le plan de son lit. Les membres sont le siège de sensations diverses, d'engourdissements, de fourmillements, parfois de douleurs assez vives ayant leur maximum à la plante des pieds. Les réflexes paraissent normaux et la sensibilité intacte. Les membres seuls ne sont pas pris, car la miction est difficile et parfois même il y a rétention d'urine complète.»

D'autres fois, « au lieu de rester confinée aux membres inférieurs, au rectum et à la vessie, la paralysie peut s'étendre, gagner les muscles abdominaux, thoraciques, puis le diaphragme, prenant ainsi l'allure de la paralysie ascendante aiguë, comme dans le cas de cet homme, cité par Bernhardt, qui fut enlevé en trois jours par des accidents paralytiques ascendants éclos au déclin d'une varioloïde. » Gubler a observé aussi un cas semblable.

On a encore constaté, à la suite de cette fièvre éruptive, la paralysie atrophique de l'enfance (Roger et Damaschino), l'ataxie (Kahler et Pick), la sclérose en plaques (Béhier et Liouville, Long).

Dans tous les faits qui précèdent, la moelle paraît avoir été atteinte: c'est dans cette catégorie que rentrent les observations anatomiques, comme celles de Westpbal, dans lesquelles on a directement constaté la myélite.

Mais d'un autre côté Joffroy a décrit avec beaucoup de soin un cas dans lequel la moelle était intacte et les nerfs étaient malades. C'est là un second type d'altération nerveuse post-variolique.

Dans cette seconde catégorie, il s'agit de névrites ; les paralysies sont circonscrites. Telles sont la paralysie du deltoïde observée parVulpian, les paralysies d'un bras ou d'un avant-bras rapportées par Bailly, etc.

Pour compléter cette nomenclature, il faut enfin signaler des accidents qui sont plus rares que les précédents, mais semblent être du ressort cérébral ; c'est l'hémiplégie avec ou sans aphasie, qui du reste est le plus, souvent légère et peu durable.

2. La rougeole est, de toutes les fièvres éruptives, celle qui entraîne Je moins souvent des paralysies.

Il y a cependant un certain nombre d'observations de paraplégie (Jame Lucas, Lardier, Larivière, Carter) ; la malade de Jame Lucas présentait cette particularité curieuse que neuf années.auparavant elle avait été prise, à la suite d'une variole, d'accidents tout à fait semblables à ceux que développa la rougeole. Dans ces cas-là, la nature du virus joue donc un rôle très-accessoire, et la maladie aiguë peut être considérée comme la cause provocatrice pour le développement d'une disposition spinale antérieure.

On a aussi noté quelques faits de paralysie ascendante (Bergeron, Liégeard), de paralysie infantile (Holmes Coote), de paralysie circonscrite à deux muscles symétriques (Rendu), et enfin, quoique plus rarement, de troubles cérébraux avec apbasie (Schepers) .

3. Les paralysies scarlatmeuses sont rares, et il est difficile d'en réunir des observations nettes, si l'on veut laisser de côté tout ce qui tient à] 'encépbalopatbie urémique ou aux complications rhumatismales.

Elles semblent être plutôt cérébrales que spinales ou périphériques, et comportent un pronostic beaucoup plus favorable si leur apparition est tardive que si elle est précoce.

4. Dans Vérysipèle, les paralysies, dit Landouzy, « ont toutes pour traits communs de ressemblance : 1. d'être, d'ordinaire, peu accusées et peu durables ; 2. d'être associées à des troubles de l'intelligence ou des sens qui témoignent hautement des procédés cérébraux mis en œuvre pour produire les troubles du mouvement. »

Cependant ces paralysies peuvent aussi « parfois prendre dans leur marche, leurs allures et leur intensité un caractère pronostique des plus défavorables. Dans ces cas , qui ont trait à des méningo-encéphalites profondes, parfois suppurées, la paralysie n'est plus qu'un des éléments de la symptomatologie générale, trahissant une complication funeste. »

§ V. Maladies THORACiQUES. — Nous avons insisté, à propos de l'étiologie de la méningite, sur la fréquence relative de cette maladie dans le cours de la pneumonie. Ici nous insisterons sur les paralysies pneumoniques et pleurétiques.

L'étude de ces accidents est très-ancienne. Peut-être Hippocrate, dit Landouzy, lesa-t-il décrits le premier. En tout cas, Avicenne , dans plus d'une occasion, rattache aux maladies de poitrine certaines paralysies étendues, parfois même généralisées.

Mais l'étude scientifi([ue de ces faits est toute contemporaine et a entièrement séparé la question de la pneumonie et celle de la pleurésie.

1. Vowv \d. pneumonie, ces recherches datent des travaux de Macario et Gublcr, complétés surtout par Charcot et Lépiric (Tlièsc Paris, 1870).

Des distinctions doivent être faites parmi les faits donnés comme paraly-

sies pneumoniques. En dehors des coïncidences et des paralysies purement évoquées par la pneumonie, il y a d'abord les paralysies amyosthéniques de Gubler qui peuvent succéder à la pneumonie comme à toute autre maladie aiguë et qui n'ont rien de spécial ; elles sont du reste rares, et Grisolle a pu les considérer comme absolument exceptionnelles.

Tout autre est le second groupe, spécialement étudié par Lépine, Ici c'est l'hémiplégie pneumonique, presque toujours identique à elle-même dans ses allures, ne suivant pas la pneumonie, mais la traversant comme le fait une complication ; ce sont, dit Landouzy, de véritables accidents éclatant en pleine acuité de l'affection thoracique.

Elle peut débuter sourdement ou être précédée de fourmillements, de troubles vaso-moteurs, dans les parties qui seront atteintes. Elle semble plus complète et plus étendue que la paralysie pleurétique. Elle peut s'accompagner de paralysie faciale et même de déviation de la tête et des yeux ; elle s'accompagne d'ordinaire de troubles intellectuels, de troubles de la parole, de coma et des troubles de température que l'on trouve chez les hémiplégiques... Tous les malades, si on excepte le cas de Macario, étaient des septuagénaires et des nonagénaires (Landouzy).

On a d'abord considéré ces paralysies comme d'origine réflexe. Lépine et Landouzy n'admettent pas ce mécanisme et pensent qu'il faut surtout faire intervenir l'ischémie cérébrale par athérome artériel.

Pour moi, j'ai eu souvent l'occasion d'insister, à l'Hôpital-Général, sur la fréquence des accidents cérébraux dans la pneumonie des vieillards*, à tel point que je pose en principe que tout vieillard présentant brusquement, en hiver ou au printemps, des manifestations cérébrales doit être soupçonné de pneumonie. L'hémiplégie est évidemment l'une de ces complications possibles.

Pour l'expliquer, je rappellerai simplement que la pneumonie doit être considérée, non comme une maladie locale, mais comme une maladie générale localisée sur le poumon. Dès-lors rien d'étonnant à ce que cette affection générale puisse se localiser en même temps sur le cerveau, qui est chez le vieillard un point particulièrement faible. Ce que nous appelons ici fluxion de poitrine peut se compliquer d'une fluxion de tête ; ou plutôt la même cause peut produire isolément ou simultanément la fluxion de poitrine et la fluxion de tête.

On comprend ainsi comment une influence saisonnière unique peut produire dans un asile de vieillards une fluxion de poitrine seule (pneumonie) chez l'un, une fluxion de tête seule (apoplexie) chez l'autre, une fluxion de poitrine et de tête (pneumonie et hémiplégie) chez un troisième.

Anatomiquement, la lésion produite ainsi dans le cerveau peut être pure-

' Voy. la thèse récemment soutemie par M. GcolTroy à la Faculté de Montpellier (août 1880).

ment circulatoire : d'où les autopsies négatives; elle peut aussi, avec un appareil vasculaire plus mal disposé, aboutira un foyer de ramollissement ou d'hémorrliagie : d'où les autopsies positives.

On voit que cette explication est la même que nous avons proposée déjà pour la méningite pneumonique et rentre dans la théorie clinique générale, de la pneumonie.

2. La pleurésie^ seule ou associée à la pneumonie, peut évidemment produire des paralysies analogues aux précédentes. Mais c'est à un tout autre ordre de phénomènes que l'on donne ordinairement le nom de paralysies pleurétiques : ce sont les accidents nerveux provoqués par l'empyème.

Chez un malade à qui l'on a fait, plusieurs semaines auparavant, l'opération de l'empyème, « tout à coup, dit Aubouin, sans que rien puisse faire prévoir le développement de semblables accidents, le malade, qui est assis sur son lit et auquel on fait son lavage accoutumé, tombe à la renverse ; le visage est d'une pâleur mortelle, la respiration se suspend, on sent à peine le pouls ; après un temps très-court, voici que l'on remarque des spasmes convulsifs, presque toujours généralisés, mais prédominant dans le côté qui correspond à l'empyème; les dents sont serrées ; les pupilles, contractées au début, se dilatent ensuite largement ; aux contractions toniques succèdent presque toujours des contractures ; comme les contractions, elles sont généralement plus fortes dans les membres correspondants à l'empyème, et surtout dans le bras. Le malade reste dans une espèce de coma épileptique pendant une demi-heure, une heure quelquefois, puis il revient à lui. Plusieurs accès peuvent se succéder.

» Voilà l'épilepsie pleurétique. Dans un deuxième ordre de faits, à ces phénomènes s'en ajoute un autre, c'est l'hémiplégie.

» L'hémiplégie peut porter sur le membre supérieur et sur le membre inférieur. ÎElie peut porter sur la face; assez souvent le bras seul est intéressé, et, lorsque les troubles moteurs portent sur les membres inférieur et supérieur d'un côté, le bras est plus gravement atteint que le membre inférieur. Les membres paralysés sont toujours ceux du côté correspondant à l'empyème. »

Dans ces cas, ajoute Landouzy, « le mouvement n'est pas complètement atteint et l'on a plutôt affaire à de la parésie qu'à de la paralysie vraie. La sensibilité n'a jamais été atteinte, du moins d'une façon appréciable. Dans quelques cas on a observé des fourmillements ; dans d'autres, des troubles vaso-moteurs, des rougeurs, de l'œdème: ces symptômes ont été notés dans celles des observations où furent constatées des lésions cérébrales (embolies, ramollissement). »

La paralysie peut aussi débuter brusquement sans phénomènes convulsifs antérieurs; elle peut enfin, dans d'autres cas, s'établir graduellement: le malade sent son côté (celui de l'empyème) s'affaiblir peu à peu.

Il y a de plus une particularité curieuse à signaler dans la marche de ces paralysies: ce sont les alternatives d'augment et de diminution qu'on a observées dans certains faits (Lépine, Bergeron) .

Au point de vue de la physiologie pathologique, on peut dire qu'un certain nombre de ces paralysies est dû à des embolies et au ramollissement cérébral : lésions assez fréquentes dans l'épanchement pleurétique purulent; mais il faut reconnaître aussi qu'il y a une catégorie de faits pour lesquels cette explication est difficile à donner.

On admet alors une action réflexe développée par l'introduction du corps étranger dans la plèvre. «Une vive excitation partie du thorax, dit Bertin du Château, parvient aux régions corticales du cerveau par les faisceaux pédonculaires directs ; cette brusque impression provoque un ictus apoplectiformê. L'action de la moelle n'est plus réglée, modérée par le pouvoir cérébral momentanément annihilé, d'où convulsions toniques et cloniques ; persistance de l'épuisement nerveux du territoire cérébral impressionné ; hémiplégie du côté opposé à la partie corticale lésée. »

Landouzy, qui ne repousse pas cette manière devoir, se demande si l'on ne pourrait pas aussi admettre un procédé purement spinal pour expliquer ces paralysies. « Tout ce que nous savons, dit-il, des actions portées à distance sur la moelle (Brown-Sequard, Vulpian) permet de comprendre qu'une incitation, partie de la paroi thoracique, puisse, en agissant directement sur le névraxe, produire, par action inhibitoire ou perversion fonctionnelle, un état parétique dans le membre ou les membres du même côté.»

§ VI. Maladies des organes génito-urinaires. — C'est par les paraplégies urinaires qu'a commencé la constitution de ce chapitre des paralysies réflexes, qui va en se désagrégeant et se restreignant de plus en plus.

A la suite d'une cystite ou d'un rétrécissement uréthral, souvent compliqués de néphrite, survient la paraplégie qui, suit à peu près parallèlement les fluctuations de la maladie urinaire elle-même (Rayer, Leroy d'Étiolles, Macario).

Dans le même groupe, il faut placer les paraplégies temporaires survenant dans le cours d'une uréthrite ou d'un phlegmon du ligament large (Nonat, Esnault, Vallin, Peter). Cette paraplégie utérine présenterait quelques caractères spéciaux. «La faiblesse, d'ordinaire, n'est pas égale dans les deux membres inférieurs, la sensibilité n'est pas touchée, la rachialgie fait défaut. La station verticale est impossible, et pourtant les malades peuvent imprimer à leurs membres, dans le plan du lit, des mouvements assez étendus.»

Le nombre des faits de paraplégie réflexe sans lésion va toujours en diminuant. Dans quelques cas on a trouvé de la névrite, dans un plus grand nombre de la myélite, et souvent on peut se demander si les troubles ordi-

naires n'étaient pas eux-mêmes la première manifestation de cette lésion médullaire qui a ensuite entraîné la paraplégie.

Néanmoins, toutes ces réserves faites, comme dit Landouzy, et si restreint qu'on veuille admettre le groupe des paralysies réflexes, il n'en faut pas moins le conserver pour celles des paralysies qui, de par leur marche, leurs allures, leur guérison rapide et complète, ne sont justiciables que de troubles fonctionnels imputables à une action exercée à distance sur le système nerveux.

Nous avons déjà parlé, au chapitre de ï Anémie de la moelle, de la théorie vaso-constrictive de Brown-Sequard. Mais cette théorie est à peu près généralement abandonnée et son auteur lui-même admet plutôt aujourd'hui une action inhibitive ou paralysante à distance exercée de la périphérie sur les centres, idée à laquelle se range Vulpian, en protestant avec raison contre le terme impropre de paralysie réflexe.

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