A-t I „ \ Balbutiement, ment dites (sans
lésions centrales) / ^ " '
\ Dyslalies mécaniques.
Kussmaul établit donc une analyse de la parole analogue à celle que nous avons faite plus haut. Il distingue ainsi les troubles de la parole par vice de la pensée, de l'idéation (logopatbies), les troubles du langage proprement dit (lalopathies); et dans ces derniers, il sépare les troubles par défaut d'articulation des mots (dyslalies) et les troubles portant spécialement sur le passage de l'idée au mot (dysphasies) .
Il est facile de voir, d'après cela, que le groupe des dysphasies correspond assez exactement à notre aphasie; c'est le seul qui nous intéresse ici, les dysphrasies appartenant plutôt à la médecine mentale et les dyslalies appartenant à la séméiologie des corps striés et surtout du bulbe, à propos duquel nous les retrouverons.
Nous restreignant donc ici aux dysphasies, nous devons dire un mot des expressions qu'il emploie pour en désigner les variétés.
Ij amnésie n' -à pas besoin d'être expliquée; nous avons suffisamment indiqué plus haut ses rapports avec l'aphasie. L'aphasie ataxique répond à peu près à l'aphasie ordinaire; c'est l'impossibiUté de coordination motrice des mots. La cécité et lo. surdité verbales sont l'impossibilité, malgré Tinté-
gvité de l'intelligence et des sens, de comprendre les mots vus ou entendus. hd. jjaraphasie est l'impossibilité de relier les mots d'une façon correcte avec l'idée qu'ils représentent (de là les erreurs de mot, les substitutions, etc.).
Enfin, Vacataphasie ou agrammatisme est l'impossibilité de former les mots d'une façon grammaticale et de les placer suivant la syntaxe.
On voit que ce sont là différents caractères que nous avons décrits dans l'bistoire clinique de l'aphasie véritable.
Nous avons reproduit ce tableau de Kussmaul pour bien montrer la tendance qu'ont les Allemands à réunir ensemble tous les 'troubles de la parole, quelque disparates qu'ils puissent être; mais pour nous fortifier aussi dans l'idée de séparer exactement (comme nous l'avons fait dans tout ce chapitre) l'aphasie véritable (dysphasies de Kussmaul) des troubles de parole par défaut d'idéation ou par défaut d'articulation (logopathies et dyslalies de Kussmaul).
C'est au seul premier groupe qu'il faut attribuer le nom û'aphasie, si l'on veut que ce mot ait une valeur séméiologique précise et évoque dans l'esprit l'idée de lésion portant sur le tiers postérieur de la troisième frontaie gauche, rinsula ou les faisceaux sous-jacents.
Pronostic. — Un fait important à noter, c'est qu'il est impossible de trouver un élément sérieux de pronostic dans la présence ni même dans l'intensité du symptôme aphasie. Notre malade, Desforges, avait une aphasie aussi complète que possible, et il n'en guérit pas moins très-bien.
Le pronostic doit être basé sur la connaissance de la lésion, de la maladie, mais non sur celle de l'aphasie en elle-même,
Marche. — C'est ici le lieu de signaler certaines aphasies à marche bizarre sur lesquelles Mauriac a récemment attiré l'attention : les aphasies intermittentes que l'on rencontre dans la syphilis.
Au quinzième mois d'une syphilis qui n'avait pas cessé jusque-là de se manifester bruyamment, apparaissent une céphalalgie et une insomnie tenaces coïncidant avec une nouvelle éruption de plaques muqueuses. Au vingt et unième mois, début de l'encéphalopathie. Ce sont des crises intermittentes d'aphasie et d'hémiplégie droite, qui durent quelques minutes seulement et se reproduisent plusieurs fois par jour, sans perte de connaissance ni convulsions. Au vingt-deuxième mois, les crises s'aggravent, se rapprochent ; le malade devient tout à fait aphasique. Nouvelle amélioration. Huit jours après, nouvelle attaque, et cette fois lésion définitive.
Mauriac, qui a observé plusieurs cas semblables, attribue ces phénomènes à une hyperplasie syphilitique gommcuse des méninges, au niveau de la troisième circonvolution frontale gauche, comprimant, puis envahissant cette
176 MALADIES DE l'eNCÉPHALE.
région ; y développant ainsi, d'abord de la congestion (période d'intermittence), puis du ramollissement.
Il est pratiquement important de connaître ces faits-là, à cause des indications thérapeutiques qu'ils présentent. On obtient les plus beaux résultats avec l'iodure de potassium à haute dose pendant la période d'intermittence. Plus tard, au contraire, quand la lésion fixe et continue est établie, l'insuccès est la règle'.
Nous n'avons rien à dire de général sur la marche de l'aphasie en dehors de ces faits. L'aphasie n'a pas de marche propre, spéciale. C'est la marche de la lésion (le plus souvent un ramollissement) qui la tient sous sa dépendance.
Le Traitement doit être aussi, avant tout, celui de la lésion et de la maladie ; par suite, nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Le seul point important à faire remarquer, c'est qu'un aphasique peut réapprendre à parler, et cela, non-seulement quand la lésion guérit, mais même quand la lésion persiste et malgré cette persistance. Dans ce cas-là, il y a suppléance, et probablement suppléance par la région similaire du côté opposé.
Les hémiplégiques peuvent apprendre à écrire de la main gauche, c'est-àdire qu'ils peuvent apprendre à faire avec leur cerveau droit ce qu'ils faisaient auparavant avec le cerveau gauche. De même les aphasiques condamnés à ne plus parler avec le cerveau gauche, comme ils en avaient l'habitude, peuvent apprendre à parler avec le cerveau droit. Ils deviennent, par nécessité et par éducation, des gauchers de la parole.
Pour obtenir ce résultat, les efforts personnels du sujet, les efforts de l'entourage, une bonne direction, etc., sont indispensables. On trouve dans l'observation de M. Lordat un exemple remarquable de ce genre de guérison .