‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 31 sur 147 · CORPS STRIÉS · texte numérisé non relu

CORPS STRIÉS

membre antérieur du côté opposé; d'où déviation du côté correspondant à la lésion et mouvement de manège chez les quadrupèdes.

Aucun autre mouvement n'est altéré; il n'y a pas d'hémiplégie. L'animal marche droit si on le soutient par des planchettes qui empêchent les mouvements de latéralité ou si l'on enlève les deux couches optiques.

Ottet Wood Field' ont conclu de récentes expériences que les couches optiques constitueraient un centre d'arrêt pour l'activité des sphincters (anal et vaginal) et aussi pour les mouvements péristaltiques de l'intestin.

Ces faits ont besoin de confirmation.

§ II. Corps striés. — A-t-on quelques résultats plus précis pour les corps striés?

PourWillis, c'était le sensorium commune; pour Magendie, le centre d'une action rétropulsive sur la locomotion ; pour Chaussier, le point de départ des nerfs olfactifs; pour Saucerotte, le centre des mouvements des membres postérieurs; pour Tood et Carpenter, c'étaient les organes incitateurs du mouvement.

Vulpian discute toutes ces opinions et conclut, en 1866, que les lésions du corps strié produisent l'hémiplégie, sans qu'on puisse rien dire de plus.

Plus récemment, Nothnagel enlève le noyau lenticulaire : alors il y a une déviation des deux jambes vers le côté de la lésion et légère courbure latérale de la colonne vertébrale à concavité du côté de la lésion. L'animal exécute tous les mouvements.

Il détruit les deux noyaux : l'animal reste sur ses pattes, mais ne réagit pas; il reste là, stupide et somnolent, sans bouger, sans chercher à remuer. Il n'y a pas de courbure latérale de la colonne. Ou prend la patte de devant doucement, sans lui faire perdre l'équilibre; on peut la placer dans la position la plus bizarre, sur le cou : il n'essaye pas de la retirer. Ou pince la queue : alors il ramène la patte et fait un saut, puis redevient immobile. Quelquefois il fait plusieurs sauts de suite, jusqu'à douze; à une lumière vive, la pupille se contracte, l'œil se ferme, mais l'animal reste immobile. Nothnagel admet, d'après cela, que les faisceaux psycho-moteurs passeraient par ce noyau. Après sa destruction, il reste tous les mouvements inconscients qui ont leur centre dans la couche optique, mais point de mouvements volontaires.

De plus, il y a un point du corps strié que Nothnagel appelle nodus cursorius. Quand on le pique, l'animal court en avant jusqu'à ce qu'il trouve un obstacle.

Quant au noyau caudé, lorsqu'on le détruit avec une aiguille, l'animal ne bouge pas d'abord; puis il saute de la table, court de ci, de là, en évitant les obstacles. — Ce noyau serait en rapport avec ces espèces de mouvements

1 Genlralbl. f. Nervenh., 1880, pag. 6.

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qui S'exécutent primitivement par la volonté et continuent ensuite automatiquement, comme la course, etc.

Pour Carville et Duret, auxquels nous empruntons ces résultats de Nothnagel, ces derniers phénomènes sont des symptômes d'excitation difficiles à localiser, comme on en produit dans la lésion de plusieurs régions cérébrales, et les premiers phénomènes seraient dus à l'atteinte de la capsule interne.

Par l'électrisation du corps strié (noyau caudé), Ferrier a produit un pleurosthotonos très-intense : la tête touchait la queue, les muscles de la face et du cou étaient contractures, les membres antérieurs et postérieurs dans la flexion forcée; la prédominance des fléchisseurs sur les extenseurs était toujours très-accusée. Tout cessait dès qu'on retirait les électrodes.

Il y a un contraste frappant entre ces phénomènes bruyants et le silence moteur qui suit l'électrisation de la couche optique.

Oarville et Duret ont obtenu les mêmes résultats que Ferrier. C'est un fait qui semblait acquis ; mais M. Pitres a récemment démontré devant la Société de Biologie que la contracture ne se produisait pas quand l'excitation restait limitée au noyau caudé et avait lieu seulement quand elle se propageait jusqu'à la capsule interne.

Les expérimentateurs français ont enlevé le noyau caudé : mouvement de manège, grande faiblesse du côté opposé à la lésion , chutes fréquentes sur ce côté. Ils concluent à l'impossibilité, dans ce cas, des mouvements de progression. Mais il n'y a qu'une seule expérience bien réussie !

On admet aujourd'hui, d'une manière générale, avec Nothnagel, que ce les foyers destructifs dans le corps strié peuvent produire une paralysie croisée motrice, sensible (?), sensorielle (?) et vaso-motrice », et que, «si le foyer n'est pas trop petit, l'hémiplégie motrice est la règle ».

Mais un point encore incomplètement élucidé est celui de savoir si ces hémiplégies sont ou non incurables et suivies de contractures.

Voici ce que j'ai observé dans quatre cas récents. Hémiplégie guérie dans les deux faits suivants : 1 . Lésion ayant détruit : sur la coupe frontale, presque tout le noyau lenticulaire, la capsule externe et l'avant-mur ; tout le noyau lenticulaire, la capsule et l'avant-mur sur la coupe pédiculo-pariétale; 2. Vaste foyer ayant détruit : sur la coupe frontale, tout le noyau lenticulaire, la capsule externe, l'avant-mur, et une partie de substance blanche au-dessous ; tout le noyau lenticulaire sur la coupe pariétale. — Hémiplégie permanente dans les deux faits suivants: 1. Lésion ayant détruit, sur la coupe frontale, le noyau caudé, la partie supérieure de la couche optique et la substance blanche qui les séparait; 2. Petit foyer ayant détruit le noyau lenticulaire, uniquement au niveau de la coupe pariétale. Ces observations (surtout la dernière) montrent la réserve qu'il faut encore garder sur cette question de la curabilité de l'hémiplégie par lésion du corps strié seul.

TUBERCULES QUADRIJUMEAUX. 257

Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître qu'il n'y a encore aucun moyen clinique de distinguer les lésions du noyau caudé et les lésions du noyau lenticulaire.

§ III. Tubercules quadrijumeaux. — Les tubercules quadrijumeaux constituent le noyau gris d'origine des nerfs optiques ; c'est là qu'aboutis- ■sent ces nerfs après les corps genouillés.

L'influence de ces organes sur les mouvements de l'iris paraît établie. Herbert Mayo aurait montré que l'excitation du bout central du nerf optique coupé, produit le rétrécissement des deux pupilles. Flourens a fait voir ensuite que l'excitation directe des tubercules quadrijumeaux produit des mouvements dans l'iris des deux côtés. Certes, quand on enlève l'bémisphère cérébral, les réflexes de l'iris persistent, quoique la vue soit supprimée, tant que les tubercules quadrijumeaux existent. Une blessure profonde de ces tubercules entraîne, au contraire, la paralysie complète de l'iris à la lumière.

Ces organes paraissent aussi avoir une action sur la vue ; c'est une action surtout, mais non exclusivement, croisée (Vulpian).

Les pbysiologistes admettent en outre une action sur les mouvements de l'œil. D'après Adamiick, l'excitation du tubercule quadrijumeau antérieur droit produit la rotation à gaucbe des deux yeux ; si la partie antérieure est seule excitée, les lignes de regard se dirigent horizontalement ; si c'est la partie moyenne, les deux lignes de regard se dirigent en haut, et la pupille devient plus large ; si l'excitation porte plus en arrière, cette position s'unit avec la convergence des deux yeux ; enfin, si la partie postérieure est excitée, la convergence augmente, les lignes de regard se dirigent eu bas, et la pupille se rétrécit (Beaunis).

Ferrier, en électrisantles tubercules quadrijumeaux, a développé la dilatation des pupilles et en plus un opistbotonos intense, La production de ce dernier fait peut bien être due à la diffusion du courant et à l'excitation du pédoncule cérébral.

Les cliniciens sont arrivés, sur certains points, aux mêmes conclusions que les physiologistes.

Dans plusieurs faits avec destruction des tubercules quadrijumeaux des deux côtés, comme celui de Pidoux (1871), il y avait cécité complète et dilatation des pupilles.

La séméiologie est beaucoup moins nettement analysée pour les lésions unilatérales. La lésion d'une bandelette optique donne l'IJémiopie gauche ou droite dans les deux yeux ; la lésion antérieure ou postérieure du chiasma produit l'hémiopie nasale ou temporale dans les deux yeux ; la lésion d'un hémisphère, d'une capsule interne, donne au contraire l'amblyopie croisée. Les tubercules quadrijumeaux sont là entre les bandelettes optiques et la capsule interne ; d'où l'idée de Charcot qu'il pourrait bien y avoir dans

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cette région l'entre-croisement complémentaire des fibres qui ont échappé à la décussation dans le chiasma.

C'est là une hypothèse que les faits peuvent seuls contrôler. Charcot ne cite qu'un cas de Bastian dans lequel l'amblyopie croisée avait été produite par la lésion unilatérale des tubercules quadrijumeaux. Ce fait, encore unique, a besoin de confirmation.

Les tubercules quadrijumeaux ont-ils une influence sur la coordination des mouvements ?

Flourens a montré qu'à la suite d'une lésion un peu profonde d'un seul tubercule, les oiseaux se mettent à tourner sur eux-mêmes autour de leur axe vertical et du côté de la blessure.

Pour Serres, d'après des vivisections et quatre observations cliniques, la destruction des tubercules donnerait naissance à des désordres de tous les mouvements qui seraient tout à fait comparables à ceux de la chorée (Poincaré).

Récemment, Kohts a publié un fait intéressant de lésion limitée aux tubercules postérieurs et ayant entraîné une ataxie locomotrice. Il rapproche ce fait de deux analogues de Henoch et de Steffen. De plus, il a fait des vivisections qui, avec celles de Goltz, confirment cette action coordinatrice des tubercules quadrijumeaux*.

Voici quelques conclusions du dernier livre de Nothnagel, relativement aux tubercules quadrijumeaux :

«... D'après les observations connues, il semble que les symptômes soient différents, suivant que la lésion porte sur les tubercules antérieurs ou postérieurs.

L'altération des tubercules antérieurs entraîne presque toujours (il y a des exceptions) la diminution de la vue ou la cécité. Mais ce symptôme est très-équivoque... Si dans une amaurose survenue d'une manière aiguë (avec défaut de réaction des pupilles) , il y a d'autres symptômes d'un foyer encéphalique, et si en même temps l'examen ophthalmoscopique est négatif, on doit admettre une altération des tubercules quadrijumeaux antérieurs.

Dans les lésions des tubercules postérieurs, il peut y avoir (mais ce n'est pas nécessaire) , une paralysie ou une parésie (de quelques rameaux ?) de l'oculo-moteur commun... La forme et la disposition de la paralysie de Toculo-moteur ont plus d'importance que la présence même de cette paralysie. Une lésion bilatérale de certains rameaux analogues fait penser aux tubercules quadrijumeaux avec d'autant plus de probabilité qu'il n'y a pas en même temps de paralysie alterne des extrémités. Cette bilatéralité de l'action sur l'oculo-moteur paraît s'observer même dans les lésions unilatérales des tubercules quadrijumeaux.

1 Rev. des Se. méd., tom. TX, pag. 144.

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On ne peut rien dire de précis sur l'état des pupilles ; pourtant la réaction semble supprimée dans les lésions des tubercules antérieurs... »

Ajoutons enfin que, dans un récent travail^ qui a besoin de confirmation, Ott et Wood Field ont attribué aux tubercules quadrijumeaux une action d'arrêt sur la sécrétion sudorale.

§ IV. Pédoncules cérébraux. — Les pédoncules cérébraux contiennent tous les conducteurs qui unissent le cerveau à la périphérie : conducteurs de la motilité, de la sensibilité et vaso-moteurs. La lésion un peu étendue d'un pédoncule peut donc entraîner une hémiplégie complète portant sur ces trois actions.

Nous avons vu que l'intégrité de la vue et de l'odorat (sens supérieurs ou cérébraux) distingue cette hémiplégie d'origine pédonculaire de l'hémiplégie tout aussi complète qu'entraînent les lésions de la capsule interne.

Quelquefois la paralysie, tout en étant complète, peut porter d'une manière plus accentuée, soit sur la sensibilité, soit sur la motilité. Ces particularités pourraient, d'après Meynertet Huguenin, faire préciser le siège de la lésion : les conducteurs centrifuges moteurs seraient à la partie interne du pédoncule, et les conducteurs centripètes sensitifs à la partie externe. Weber a observé un cas dans lequel la lésion portait sur la partie interne et avait entraîné en effet une hémiplégie motrice complète et une hémianesthésie incomplète.

Enfin, d'autres fois, quand la lésion est considérable, assez étendue et siégea la partie interne, l'oculo-moteur commun peut être atteint, et alors on a vu une forme particulière de paralysie alterne tout à fait caractéristique, portant sur les membres du côté opposé à la lésion et sur l'œil du côté de la lésion ^.

§ V. Protubérance annulaire. — Pour la protubérance annulaire, nous avons déjà indiqué dans l'hémiplégie alterne le vrai symptôme important pour cette région. En dehors de cela, il n'y a rien de bien absolu.

La paralysie alterne ne se produit que quand la lésion siège dans la région postérieure bulbaire ; l'hémiplégie est au contraire complète et croisée si la lésion est dans la région antérieure pédonculaire.

Si la lésion est au miUeu sur la ligne médiane, il peut y avoir paralysie généralisée aux quatre membres ; quelquefois, mais rarement, on a observé de la paraplégie .

1 GcntralU. f: Nervenh., 1880, 7.

2 Cette paralysie alterne n'est pas absolument pathognomoniquo. « On ne pourra l'attribuer à un foyer du pédoncule cérébral que si elle survient complète en une fois ; si elle se développe, au contraire, graduellement, elle ne prouve pas le siège et il faut invoquer d'autres éléments. Dans les tumeurs, l'oculo-moteur du côté opposé peut aussi être intéressé.») (Nothnagel.)

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On notera encore, dans la symptomatologie de la protubérance, la fréquence des convulsions et des contractures, et la faiblesse relative des troubles intellectuels. Quand la lésion est intense, l'ictus est très-grave ; il entraine rapidement la mort au milieu de phénomènes convulsifs.

On peut ajouter les considérations suivantes, d'après Nothnagel.

La dysarthrie et l'anarthrie se rencontrent plus souvent dans les foyers protubérantiels qu'avec toute autre localisation (sauf la moelle allongée)... Il n'est pas encore certain que la paralysie oculaire conjuguée (droit externe du côté de la lésion et droit interne du côté opposé) soit caractéristique pour les foyers du pont *.

Les anesthésies sont relativement plus fréquentes dans les foyers du pont que dans ceux du cerveau ; pourtant cet élément n'a pas grande valeur pour le diagnostic dans un cas donné °.

Les troubles de la déglutition n'ont qu'une valeur limitée pour le diagnostic ; ils peuvent l'aider, mais non l'établir. Il en est de même des troubles de la respiration et de la circulation.

L'ataxie survient rarement dans les foyers du pont ; pourtant son existence, dans un cas donné, n'empêcherait pas le diagnostic de ce siège.

On a noté, dans certains faits, divers mouvements involontaires (rétropulsion ^, oscillations pendulaires des extrémités, trismus, etc.) ; ces signes sont sans valeur actuelle pour le diagnostic.

§ VI. Cervelet. — La séméiologie du cervelet n'est pas encore arrivée à des conclusions bien précises '*.

Uhémiplégie a été considérée comme un symptôme des lésions du cervelet ; pour les uns, c'est une hémiplégie croisée ; pour les autres, une hémiplégie directe.

On admet aujourd'hui que l'hémiplégie n'est pas produite par une lésion du cervelet pure, sans action de voisinage (ramollissement) ; l'hémiplégie est au contraire produite quand une lésion volumineuse (hémorrhagie, tumeurs) comprime les parties voisines, comme l'isthme. '

1 D'après Graux (Th. de Paris, 1878), la paralysie conjuguée du droit externe d'un côté et du droit interne de l'autre, surtout dans le cas où le droit interne n'est paralysé que pour les mouvements synergiques bilatéraux, permettrait do diagnostiquer presque mathématiquement une lésion du noyau de la sixième paire, — Nous croyons cette proposition trop absolue, puisque des lésions de l'hémisphère peuvent entraîner cette môme déviation conjuguée. — Voy. plus haut (chap. v) ce qui a été dit de la Déviation conjuguée de la tête et des yeux.

2 Voy. le travail de Gouty dans la Gaz. hebdomad., 1877 et 1878, et la Thèse de Feuillet. Paris, 1877.

3 Penzoldt ; Rev. des Se. méd., XIII, 528.

'' Leven et Blachez ; article Cervelet, in Dictionn. encijcl. — Vulpian ; loc. cit. — Ferrier ; loc. cit., et livre sur le Cerveau. — Nothnagel ; loc. cit.

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