CERVELET
Flourens a cependant démontré que la motilité est atteinte d'une certaine manière : quand on enlève le cervelet à un animal, par couches successives, il devient faible, a de la peine à se tenir ; il ne se tient qn'en multipliant les points d'appui, en s'appuyant sur les ailes et sur la queue. Il ne peut pas progresser. Il peut faire encore des mouvements isolés, mais il ne peut pas les coordonner en mouvements combinés pour la progression. Flourens attribue, d'après cela, au cervelet, une sorte de pouvoir coordinateur des mouvements.
Ces faits-là ont été constatés par tout le monde ; ils peuvent seulement être interprétés différemment. Pour certains physiologistes, comme Leven, ce seraient des phénomènes d'entraînement. Entraîné de ci, de là, contre les obstacles, l'animal ne pourrait garder l'équilibre ou progresser normalement.
Cliniquement, Duchenne a bien étudié le malade atteint de lésion cérébelleuse. Au lit, il a une force musculaire considérable, exécute tous les mouvements qu'il veut, etc. Dès qu'il se lève, c'est un homme ivre : il a l'air d'avoir des vertiges et de chercher son équilibre ; sa démarche est saccadée; il trébuche et tombe facilement. C'est là un tableau bien distinct de celui de l'ataxique, qui lance ses jambes tout différemment.
Quelquefois le malade a des impulsions irrésistibles, une tendance au recul, de l'entraînement latéral. On voit que c'est un ensemble s ymptomatique analogue à celui que présentent les animaux, sauf les différences qui tiennent au mode spécial de progression de l'homme.
Cette action du cervelet sur la coordination musculaire est aujourd'hui très-généralement admise.
Ajoutons seulement que, d'après Nothnagel, la vacillation cérébelleuse indique une intervention fonctionnelle du lobe moyen (que ce soit primitivement ou secondairement). Elle peut, au contraire, manquer dans des altérations cérébelleuses qui siègent dans les hémisphères.
J'ai observé deux faits confirmant cette dernière proposition : un vaste foyer dans un hémisphère cérébelleux n'avait entraîné pendant la vie, chez l'un des malades, aucun phénomène vertigineux ou ataxique; tandis que chez l'autre* un affreux état vertigineux correspondait à un foyer siégeant à la partie antérieure du lobe moyen du cervelet (dans ce dernier cas, il y avait aussi un foyer d'hémorrhagie capillaire au niveau de la partie moyenne du pédoncule cérébelleux moyen à droite).
La sensibilité parait intacte dans la plupart des maladies du cervelet.
LaPeyronnie, Pourfour du Petit, Dugès, etc., avaient admis le contraire et avaient fait du cervelet le sensorium commune^ en le considérant comme le prolongement des cordons postérieurs. Cette théorie a été
* Obs. XIII, in Localisât, cérébr., 3=6dit. , pag. 314.
262 MALADIES DE l'eNCÉPHALE. '.
reprise plus récemment par Lussana. Elle parait actuellement condamnée par la physiologie et par la pathologie.
A propos de la sensibilité, il faut parler delà céphalalgie, qui est un symptôme courant des lésions cérébelleuses. On se rappelle un malade mort récemment à l'Hôpital- Général, et chez lequel une tumeur du cervelet ne s'était manifestée pendant la vie que par de la céphalalgie.
Ce symptôme a été noté 58 fois sur 100 cas. Le plus souvent la douleur est occipitale, dans un quart des cas. Quelquefois, mais plus rarement, elle est frontale ou générale. Souvent elle présente une fausse intermittence.
Les troubles de la vue ont une grande importance clinique. On a noté 59 fois sur 100 une altération quelconque dans l'appareil visuel.
Les physiologistes ont constaté déjà depuis longtemps, non pas l'amblyopie ou la cécité après les lésions du cervelet, mais des troubles moteurs de l'œil. Récemment, Ferrier a bien mis le fait en lumière.
Il électrise le cervelet : il ne produit rien pour la sensibilité ni pour la motilité; l'animal reste debout, mais chancelant. Si on l'excite à marcher, il trébuche et tombe souvent, comme s'il était ivre. Quand on observe les yeux, on constate un nystagmus très-prononcé. En promenant les électrodes à la surface du cervelet, on produit souvent des mouvements dans les
yeux.
Cliniquement, on a souvent noté des troubles moteurs oculaires : strabisme, rotation convulsive des yeux, nystagmus*; souvent aussi dilatation et immobilité des pupilles.
Dans d'autres cas, on a noté de l'amblyopie ou une amaurose avec lésion du fond de l'œil (névrite optique] . Cela est dû probablement alors au voisinage des pédoncules cérébelleux et des tubercules quadrijumeaux.
On a également noté des troubles d'accommodation. Caton a insisté sur ce fait dans une observation récente : Si le malade, étant occupé à lire, levait les yeux vers un nouvel arrivant, il lui semblait que celui-ci fût enveloppé d'un brouillard, et la vision ne devenait distincte qu'au bout de deux ou trois secondes ^. Ce symptôme ne me parait pas du reste avoir grande signification.
Plus récemment, MM. Duval et Laborde^ ont réalisé des faits dans lesquels il y a déviation (non conjuguée) des yeux, par suite d'une lésion expérimentale du cervelet et des fibres cérébelleuses.
Les variétés observées de déviations asynergiques peuvent être ramenées aux trois formes principales suivantes :
1. Révulsion double des globes oculaires en haut d'un côté, en bas de l'autre.
< Dans le fait de lésion cérébelleuse que nous avons publié et que nous avons rappelé plus haut, le nystagmus avait été extrèmemeat intense.
2 Rev. des Se. méd., tom. VIII, n» 1.
3 Journ. de l'AnaL et de la Physiol, 1879 et 1880.
PÉDONCULES CÉRÉBELLEUX. 263
Il y a presque toujours en ce cas et en même temps giration de l'ammal sur l'axe ou roulement.
2. Entraînement simultané d'un œil en haut et en dedans^ de l'autre eii bas et en dehors.
3. Entrainement des deux yeux en dehors, tantôt en dehors et en haut, tantôt en dehors et en bas.
Ce qui caractérise spécialement la déviation dans tous ces cas, c'est qu'elle est oujours asynergique, c'est-à-dire qu'il y a dissociation constante dans les mouvements des deux yeux, ceux-ci étant en sens contraire ou en strabisme divergent double *.
Pour Voiùïe, Luys a noté la surdité 9 fois sur 100 cas, peut-être par compression des origines de l'auditif.
Symptômes communs dans les affections cérébrales ou méningiennes, les vomissements sont beaucoup plus fréquents dans la pathologie du cervelet. Ils se présenteraient dans un tiers des cas. Quelquefois ils surviennent par accès avec la céphalalgie ; d'autres fois ils sont continus ; ils peuvent même devenir intolérables et incoercibles, comme dans la grossesse.
La physiologie pathologique du phénomène est du reste difficile à indiquer ; il n'y a rien à retenir de l'hypothèse de Willis, qui voulait que le cervelet présidât aux fonctions organiques.
La mort subite a été très-souvent notée dans les maladies du cervelet. Oe fut la terminaison du fait dont je parlais tout à l'heure. Luys l'a observée dans un quart des cas^.
Dans les expériences, la survie des animaux est très-différente, suivant qu'on touche ou non à la moelle allongée. Il est probable que le voisinage de cet organe doit intervenir aussi chniquement dans les faits observés.
Tels sont les grands traits, encore bien indécis, de la séméiologie cérébelleuse.
Vous savez que Gall faisait du cervelet le centre des instincts sexuels. Mais la physiologie et la clinique n'ont pas vérifié cette hypothèse. Flourens a vu un coq conserver l'instinct de la propagation après l'extirpation du cervelet. Chez l'homme, on a vu aussi des atrophies de cet organe n'entraîner aucun trouble de ce côté. Martineau a bien cité un cas d'érotisme remarquable chez un homme de 60 ans, dont le cervelet était malade. Mais c'est là un fait exceptionnel et sans valeur séméiologique,
§ VII. — Pédoncules cérébelleux. — Un récent travail de Ourschmann m'engage à dire un mot de la séméiologie, encore bien obscure, des pédoncules cérébelleux.
Cet auteur, après la section de cet organe, voit chaque fois l'animal
* A. Robin ; Th. d'agrég., 1880, pag. 57. Voy. aussi un cas de Carmichael, Rcv. des Se. viéd., XIII, 535.
264 MALADIES DE l'eNCÉPHALE.
s'agiter convulsivement, tomber sur le côté de la lésion et ne plus se relever jusqu'à la mort.
Quand on le couchait sur le dos ou sur le ventre, il tournait encore dans le même sens, vers la même position. Pas de mouvements de rotation, mais tendance continuelle à se coucher sur le côté opéré. La rotation proprement dite et la déviation des yeux survenaient quand on intéressait la protubérance ou le cervelet.
Il a ensuite observé un fait clinique analogue. Une femme tuberculeuse de 39 ans se plaint de vertiges, de céphalalgie, puis elle présente des convulsions, et enfin se couche sur le côté droit. Si on la place sur le dos, elle tourne sur le côté droit. Il n'y a pas de déviation des yeux. A l'autopsie, on trouve une méningite tuberculeuse et un foyer de ramollissement à droite, dans le faisceau commun des pédoncules cérébelleux antérieur et postérieur*.
Gouty a récemment communiqué à la Société de Biologie l'observation d'un homme chez qui on constata la destruction du pédoncule cérébelleux inférieur gauche. Mais le malade n'avait pas présenté le signe indiqué par Gurschmann. Pendant quelque temps, des vomissements furent les seuls symptômes observés, puis on nota une ataxie toute spéciale des mouvements, devenus brusques et saccadés, et une hémiplégie incomplète sans trouble delà sensibilité ; enfin, 1 "individu succomba à une méningite tuberculeuse*.
D'après Nothnagel, il n'y aurait de caractéristique pour les lésions des pédoncules cérébelleux moyens que la position des yeux, observée parNonat (œil droit regardant en bas et en dehors et œil gauche en haut et en dedans), et les rotations complètes du corps, puisque ces signes n'ont été encore, cliniquement au moins, observés dans aucune autre localisation cérébrale. — Le simple décubitus latéral forcé, avec déviation conjuguée de la tête et des yeux, ne prouverait pas (s'il n'y a pas d'autre signe) la lésion des pédoncules cérébelleux. — La rotation se fait tantôt vers le côté sain, tantôt vers le côté malade, sans qu'on connaisse encore la cause anatomique de ces variations'.
^ Rev. des Se. méd., tom. III, pag. 116.
2 Soc. deBiol., 5 mai 1877.
3 Weslphal, Carpaai et DufTm [Rev. des Se. méd., XIII, 537) ont publié de nouveaux faits de lésion du pédoncule cérébelleux ; mais la symptomatologie n'est pas assez précise pour qu'on puisse en tirer quelque nouvelle conclusion.
ARTICLE Y
Encéphalites et Xurneurs cérébrales.