CHAPITRE VIII
paralysie spinale aigue de l'adulte.
La maladie que nous venons de décrire est spéciale à l'enfance, mais elle a un analogue chez l'adulte : c'est la paralysie spinale aiguë de l'adulte.
Historique. — Duchenne fils, en 1864, rapporte dans sa Thèse des faits intermédiaires de paralysie infantile survenant à 10, 15 ans. Puis il cite deux observations chez l'adulte, recueillies par son père ou par lui.
Chez un homme de 22 ans, la maladie débute par des douleurs et la fièvre; puis survient une période de paralysie généralisée aux quatre membres. Après six semaines, rétrocession des phénomènes, localisation des paralysies. Bientôt les muscles s'atrophient. Le mouvement revient dans les muscles dont la contractilité électrique n'est pas profondément altérée et qui ne sont pas atrophiés.
Duchenne rapproche tout de suite cette maladie de la paralysie infantile. Le rapprochement est justifié surtout par la marche des phénomènes, généralisés d'abord, se localisant ensuite. C'est une marche absolument inverse de celle de l'atrophie musculaire progressive, qui débute insidieusement et se généralise peu à peu. Dès cette époque, la paralysie spinale aiguë de l'adulte existe cliniquement.
Après cela, Mayer à Berlin et Roberts en Angleterre publient des cas analogues. Dans la dernière édition de son Traité de V électrisation localisée, Ducbenne en rapporte une nouvelle observation.
Une jeune fille de 22 ans se réveille un matin avec de la fièvre, difficulté à mouvoir ses membres ; quelques fourmillements et des irradiations douloureuses. Bientôt elle est paralysée des quatre membres. Quatrejours après le début, la fièvre cesse. La paralysie dure deux mois, sans trouble aucun de la sensibilité, sans trouble de la miction et sans eschares. Vers le milieu du troisième mois, rétrocession des paralysies, mais disparition incomplète; désordres irréparables avec atrophie de certains groupes musculaires ; pied bot paralytique.
II n'y a, entre ces cas et la paralysie infantile, que des différences tenant à l'âge du sujet atteint : les os ne s'arrêtent pas dans leur développement ; les déformations sont donc moins radicales.
Charcot reprend la question dans ses Leçons; il raconte deux observations intéressantes pouvant servir de transition (15 ans et 19 ans). — Depuis ces Leçons, le Progrès médical a publié deux nouveaux cas de Bernhardt et de Kussmaul». — Charcot cite un dixième cas de Curning et un onzième qu'il aurait rencontré en Angleterre, avec Brown-Sequard, à la période d'atrophie.
Laveran ^ a raconté l'histoire d'un soldat qui aux grandes manoeuvres de 1876 couche sur le sol humide, se réveille avec un engourdissement du bras droit; la paralysie atteint au troisième jour son maximum, et frappe le bras droit et la jambe gauche. Après douze jours, rétrocession de la paralysie. Un mois après le début, commencement de l'atrophie musculaire, qui fait de rapides progrès dans quelques muscles définitivement atteints.
A l'époque des Leçons de Charcot, il n'y avait pas eu d'autopsie , et on supposait la lésion des cornes antérieures par analogie avec la paralysie atrophique de l'enfance. La démonstration paraît avoir été donnée depuis.
En 1873, Gombault, interne de Charcot, a publié un fait très-intéressant ^ Chez une femme de 67 ans, la paralysie débute brusquement en pleine santé et atteint d'emblée son maximum , en laissant intactes la sensibilité, les fonctions du rectum et de la vessie, et sans eschares. Puis survient une période de réparation incomplète et d'infirmités définitives : atrophie des éminences thénar. État stationnaire et mort.
La lésion est concentrée dans les cornes antérieures : atrophie des cellules; seulement la lésion n'est pas en foyer, comme dans la paralysie infantile.
Depuis lors, quelques autres faits un peu discutables ont été publies par
i Progr. méd., 1875, n^s 8 et 9.
2 Ihid., 1876, 11°^ Il et 12.
a Arch. dePhysioL, 1873.