Muscles respiratoires; langue, pharynx, œsophage
On voit qu'en somme c'est une superposition successive des lésions et des symptômes des diverses myélites circonscrites, que nous avons déjà étudiées dans les différentes régions de la moelle (en hauteur) .
Est-ce à dire que tous les cas de paralysie ascendante aiguë soient des cas de myélite aiguë envahissante ou ascendante? C'est probable, mais ce n'est pas démontré.
Landry n'avait pas trouvé de lésion dans les cas qu'il rapporte; mais les moyens d'exploration, d'analyse histologique, étaient alors insuffisants.
Dans la Thèse de Chalvet, il y a un fait de Vulpian dans lequel on ne trouva pas de lésion non plus ; Ilayem en a relaté un autre du même genre, et enfin tout récemment, en 1876, Déjérine et Gœtz ont pubhé une observation dans laquelle aucune lésion n'a été révélée dans la moelle, malgré un examen très-attentif et l'emploi de tous les moyens que la technique microscopique met aujourd'hui à la disposition des observateurs exercés.
D'après ces derniers auteurs, ou pourrait même cliniquement, pendant la vie, distinguer la myélite aiguë envahissante et la paralysie ascendante aiguë sans lésion. C'est l'absence de troubles de la sensibilité et de la nutrition qui caractériserait la paralysie ascendante. Mais on se rappelle que dans un cas de Hayem, de myélite aiguë parfaitement constatée, que j'ai rapporté, la sensibilité était restée intacte tout le temps. — Oe signe n'est donc pas absolu et le diagnostic est en tout cas fort difficile.
Il faut toujours retenir qu'il est actuellement nécessaire d'admettre, au moins provisoirement, un groupe de paralysies ascendantes aiguës dans lequel la marche de la maladie est si rapide que la lésion est inappréciable.
Sans vouloir pousser trop loin la comparaison, je ferai remarquer que les contractures des hystériques ne correspondent en général à aucune lésion appréciable, et que cependant, quand ces contractures durent trèslongtemps, on peut trouver une sclérose des cordons latéraux ; c'est ce qui est arrivé à Charcot.
Telle maladie ou tel symptôme qui paraissent purement fonctionnels et sans lésion quand leur durée est très-courte, laissent percevoir et analyser leurs altérations quand leur durée a été longue et leur localisation persistante.
Dans un travail récent', Déjérine a repris toute la question de la paralysie ascendante aiguë. Il cite deux observations dans lesquelles la moelle a été trouvée intacte, mais les racines antérieures étaient altérées. Et après avoir discuté l'origine probable de cette névrite parenchymateuse, Déjérine l'attribue à une lésion médullaire qu'il suppose échapper à nos moyens actuels d'investigation.
» Nous ne croyons pas, dit-il expressément, que cette altération des racines soit primitive, qu'elle constitue à elle seule la lésion de la paralysie acendante ; nous croyons plutôt qu'elle est consécutive à une altération de la substance grise de la moelle épinière, altération qui est encore inaccessible à nos moyens actuels d'investigation, mais que l'on peut regarder comme probable d'après la marche clinique de l'affection. »
L'argument principal invoqué par l'auteur est la régularité « avec laquelle aurait dû s'effectuer cette névrite attaquant successivement, de bas en haut et les unes après les autres, toutes les racines rachidiennes antérieures» et la rareté de la névrite primitive spontanée.
Reinhardt,^ et Eisenlohr^ont, contrairement à l'opinion de Déjérine, constaté des lésions médullaires positives dans des cas de paralysie ascendante aiguë. Ces lésions sont celles de la myélite parenchymateuse diffuse, à un faible degré, initial.
* PahïiG. du. Progt^ès médical, 1879.
2 D. Arch. f. klin. Med. Rev.cUs Se. méd., XV, 525.
** Arch. f. pathol. Anal. u. Physiol, Rev. des Se. méd., XV, 526.
MYÉLITES DIFFUSES AIGUËS. 429
En somme, tous ces travaux n'infirment nullement la place que nous avons donnée à cette maladie dans notre classification générale, et que nous maintenons, la considérant comme une myélite aiguë qui tue par l'extension et non la gravité locale des lésions et qui par suite, dans plusieurs cas, n'a pas le temps de réaliser des altérations anatomiques considérables.
Le Diagnostic des myélites diffuses aiguës doit être fait surtout d'avec les myélites aiguës systématisées ou parenchymateuses. Or, dans ce dernier groupe, il n'y a que la paralysie atrophique de l'enfance et la paralysie spinale aiguë de l'adulte qui soient suflBsamment connues.
Les troubles de sensibilité, eschares, troubles urinaires, manquent dans la myélite des cornes antérieures. La marche spéciale si caractéristique de la paralysie atrophique manque au contraire ici.
Quant au diagnostic particulier des différentes formes de myélites diffuses aiguës, notre description même en a suffisamment indiqué les éléments.
Le Pronostic est toujours grave. Certaines formes tuent infailliblement; la plupart des autres laissent des infirmités incurables. Un très-petit nombre guérit d'une manière définitive.
On tirera, dans chaque cas particulier, les principaux éléments du pronostic de l'étendue actuelle de la lésion, des progrès et de la rapidité d'extension de cette lésion, de l'importance des muscles envahis.
Il ne faut du reste rien exagérer, et nous avons cité des cas de guérison.
Traitement. — Les antiphlogistiques forment la base du traitement, au moins de la première période : il est urgent d'agir énergiquement et vite.
On pourra pratiquer une saignée si l'état de la circulation générale l'indique et si l'état particulier du sujet le permet ; la pratique la plus ordinaire consiste dans des applications locales de ventouses scarifiées, de sangsues ou de glace le long de la colonne vertébrale.
Ces moyens, dit Leyden, sont d'autant plus indiqués que la maladie est plus récente et que les phénomènes irritatifs (douleurs dorsales, irradiations douloureuses, contractions) sont plus prononcés. Cette médication peut être poursuivie pendant une, deux ou trois semaines ; mais, ajoute le même auteur, il est rare qu'elle rende des services signalés.
Certains auteurs joignent le calomel, comme altérant et révulsif ou font de larges applications de pommade mercurielle le long du rachis,
Brown-Sequard préconise beaucoup le seigle ergoté ; Leyden n'en a jamais retiré d'avantages bien positifs ; Ilammond, au contraire, lui doit des succès. Ce dernier auteur administre l'ergot de seigle à la dose de 4 gram. toutes les deux heures pendant cinq jours, puis trois fois par jour pendant les trente jours suivants.
Il combine du reste l'emploi des révulsifs, et plus spécialement du cautère actuel. « La cautérisation linéaire doit être pratiquée de chaque côté de la
colonne vertébrale, au niveau du siège de la lésion ; on peut aussi avoir recours à la cautérisation ponctuée, après avoir préalablement provoqué l'anestliésie cutanée à l'aide de pulvérisations d'éther. »
Leyden, au contraire, ne conseille pas l'application du fer rouge et des moxas, qui peuvent aggraver la maladie et en tout cas augmentent la douleur. Il se borne à prescrire des onctions avec la pommade stibiéeetà faire appliquer des vésicatoires ou de la teinture d'iode, surtout lorsqu'il y a des douleurs fixes sur le trajet de la colonne vertébrale.
Frerichs préconise la dérivation sur le tube intestinal à l'aide des drastiques.
Il faut en même temps proscrire sévèrement au malade tous les efforts musculaires intempestifs qui peuvent aggraver ou faire récidiver la myélite. Leyden a vu plusieurs fois les fatigues d'un voyage (pour aller aux eaux, par exemple) amener des rechutes qui n'ont rétrocédé qu'à grand'peine ou pas du tout.
Il faut aussi surveiller avec le plus grand soin l'état de la miction et de la défécation, le début des eschares, etc. Tous ces éléments peuvent donner des indications de premier ordre, que nous avons déjà appris à remplir.
Un peu plus tard, on peut prescrire l'iodure de potassium à titre de résolutif. Il serait plus efficace, d'après Leyden, pour faire résorber les résidus de méningite que ceux de myélite.
Il faut y joindre alors un régime fortifiant, un air pur, des distractions, divers toniques (quinquina, huile de foie de morue, fer) .
Du reste, ce sont alors les indications de la myélite chronique, à propos de laquelle nous retrouverons la strychnine, l'électricité, les bains, etc.