‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 79 sur 147 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

méninCtIte chronique cérébrale.

Nous avons déjà décrit d'une part la méningite chronique dans la paralysie générale, et d'autre part la pachyméningite hémorrhagique. Le champ de notre étude actuelle est donc très-restreint.

Jaccoud et Labadie-Lagrave distinguent une méningite alcoolique, diverses méningites syphilitiques et la méningite tuberculeuse. Nous reviendrons sur ces types distincts dans la sixième partie de cet ouvrage, en étudiant les localisations des maladies générales sur le système nerveux. Nous ne décrirons ici actuellement que ce qu'il y a de commun à toutes ces formes.

Une autre condition étiologique dont Tinfluence n'est pas entièrement établie est l'influence des troubles de circulation cérébrale dans les maladies du cœur et des vaisseaux.

Les coups ou les chutes sur la tète ont amené quelquefois la méningite cérébrale chronique.

Hammond attribue aussi le développement de cette maladie à l'exposition aux rayons du soleil ou à une chaleur artificielle. « J'observe, dit-il, quelques cas de ce genre tous les ans à New- York, et j'ai constaté des faits analogues chez des cuisiniers et d'autres individus qui, par leur profession même, sont exposés à une chaleur intense ou continue. »

Pour les méninges de la base, l'otite suppurée est une cause fréquente d'inflammation chronique.

Signalons enfin la sénilité comme un élément pathogénique important : il est très-rare de faire, à l'Hôpital-Général, une uécropsie de vieillard sans trouver de la méningite chronique, à un degré plus ou moins élevé. Bien des phénomènes rapportés ordinairement au cerveau (radotage, faiblesse générale, etc.), doivent souvent être attribués à l'altération méuiagée.

Les Symptômes sont diffus, vagues et obscurs : céphalalgie, vertiges,

troubles des sens, affaiblissement de la mémoire, tremblement, incertitude et hésitation dans les mouvements volontaires.

Les symptômes limités apparaissent quand les nerfs crâniens sont intéressés par un exsudât basilaire, ou encore quand certains centres corticaux de la convexité sont spécialement mis en jeu.

Alors se produisent des paralysies de la face, de la langue, du pharynx, du larynx, des membres, etc.

Leudet a décrit les phénomènes du côté des nerfs sensitifs comme communs au début de la maladie : douleur sur le trajet d'une partie de l'ophthalmique de Willis, du frontal ou du sous-orbitaire, par exemple ; souvent anestbésie douloureuse sur des territoires variés, quelquefois avec extension lente et graduelle. Ainsi, daa s une observation de Leudet, on voit l'anesthésie s'étendre au côté droit de la face, aux membres supérieurs de chaque côté, au tronc, et ultérieurement à la peau de tout le corps. Cette extension est, pour Leudet, un des points les plus curieux de l'histoire de la méningite chronique, surtout avec le contraste que présente l'état de la motilité, l'absence de paralysies des membres notamment.

Du côté des nerfs splanchniques ou vaso-moteurs, on peut avoir simultanément ou successivement des troubles circulatoires, des troubles trophiques, du zona, etc.

La paralysie des membres contraste par sa légèreté ou par son absence avec les troubles sensitifs ; de plus, elle présente des rémissions et des recrudescences : il n'y a pas de lésion fixe des tissus cérébraux, ce sont de simples fluxions dans le voisinage de la lésion méningée.

Leudet a encore signalé la polyurie dans cette symptomatologie. Dans deux observations, il y eut polyurie et polydipsie. Il trouve là une confirmation clinique des expériences de Cl. Bernard. Nous avons vu qu'il faut faire de grandes réserves sur la valeur séméiologique de ce signe, au point de vue du siège de la lésion. Mais enfin le fait doit toujours être retenu. Il y a, dans ce symptôme, des rémissions et des recrudescences qui correspondent à la marche même de la phlegmasie. Quelquefois il y a en môme temps glycosurie et albuminurie, mais jamais ni émaciationni cachexie.

Laissant à dessein de côté tout ce qui a trait aux espèces particulières de méningite chronique, nous écourtons forcément cette description.

Le Diagnostic est presque impossible d'après Jaccoud et Labadie-Lagrave, à qui nous empruntons les éléments de cette étude. Schutzenberger fait remarquer que la congestion méningée et la méningite aiguë ont une physionomie caractéristique, mais que les affections chroniques, certaines névroses, les tumeurs fibreuses de la dure-mère, les tubercules, le cancer, la méningite chronique, produisent des perturbations fonctionnelles trèsanalogues. On dit : c'est là une encéphalopathie de telle ou telle nature, mais le siège anatomique est difficile à préciser.

La méningite chronique a notamment de grandes ressemblances avec la paralysie générale (dont elle est un des éléments classiques) , le ramollissement chronique (auquel elle s'associe souvent) et les tumeurs cérébrales, qui présentent ces symptômes lents et diffus avec d'autres signes limités, quand il y a compression des nerfs. Dans le cas d'amaurose, on pourrait peut-être distinguer les deux maladies par les caractères ophthalmoscopiques que nous avons déjà indiqués à propos des tumeurs cérébrales. Mais ces signes distinctifs ne sont pas aussi alDsolus et aussi concluants que le veut de Grseffe.

Jaccoud et Labadie-Lagrave pensent que les meilleurs signes diagnostiques sont : les accidents convulsifs, les hémiplégies, souvent tardives, dans les tumeurs ; la paralysie simultanée, dans la méningite, de plusieurs nerfs crâniens éloignés par leur point d'émergence, la troisième paire par exemple, ou la deuxième et la cinquième. Ce dernier signe surtout a une grande valeur en montrant la diffusion de la lésion.

Le Pronostic est toujours sérieux. C'est une maladie chronique, progressive, incurable. Il ne faut faire exception que pour la méningite syphilitique.

A propos du Traitement, on peut rappeler d'abord cette phrase de Trousseau : La syphilis est une planche de salut, parce qu'elle donne lieu à un traitement qui réussit souvent. D'où les essais de médication, même dans les cas douteux. On peut combiner les mercuriaux et l'iodure de potassium, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur (pour le mercure).

L'hygiène a une grande importance : proscription des excès, dont l'abus a été la cause de la maladie et entraine toujours des poussées congestives vers la tête.

Pour Hammond, l'iodure de potassium constitue l'agent efficace dans tous les cas, même en dehors de la syphilis. Il donne au début 0,50 trois fois par jour et va graduellement jusqu'à 1,50.

Il conseille surtout l'association de l'iodure de potassium avec les bromures, et tout spécialement avec le bromure de calcium (à la dose de 0,75 par jour).

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