‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 83 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous n'avons pas de définition à donner de cette maladie. C'est la définition générale de la névralgie appliquée au nerf de la cinquième paire.

On donne quelquefois h cette douleur les noms de prosopalgie, douleur faciale ou maladie de Fothergill (à cause de la bonne description qu'en a laissée cet auteur), tic douloureux de la face (à cause d'une complication convulsive qui n'est du reste pas nécessaire).

Au point de vue historique, c'est par cette névralgie qu'a commencé la connaissance des névralgies en général. J'ai déjà dit que c'est Arétée qui l'a vue et séparée le premier des autres céphalées. J'ai dit aussi qu'il faut ensuite arriver au xviii^ siècle pour trouver la monographie d'André ; seulement celui-ci, moins complet en cela qu' Arétée, ne connaît que les formes graves convulsives, d'où le nom de tic douloureux de la face qu'il impose à la maladie. Bientôt après (1782), Fothergill donne une bonne description de cette névralgie, qu'il appelle affection douloureuse de la face. Au commencement de notre siècle, Chaussier précise mieux le siège de la névralgie ; puis les travaux s'accumulent en tel nombre que je n'essayerai même pas d'en donner une idée.

Anatomie. — Pour comprendre la symptomatologie et môme l'étiologie d'une névralgie quelconque, il est toujours indispensable de bien connaître le trajet du nerf malade. Nous commencerons donc chaque fois par rappeler' la description sommaire de la situation des nerfs, suivant l'exemple de Valleix, dont nous compléterons les tableaux par les détails mieux étudiés depuis 1841. — Valleix n'étudie le trijumeau qu'en dehors du crâne ; cela peut suffire pour comprendre les symptômes de la névralgie, les points douloureux, etc. ; mais cela ne peut pas suffire pouren concevoir l'étiologie, et par suite pour en tirer les éléments du pronostic et du traitement.

Origines du trijumeau. — Les deux racines (sensitive et motrice) sortent sur les côtés de la protubérance ; mais on a pu les suivre au-delà jusque dans le bulbe, et les causes de névralgie peuvent siéger au-delà de l'origine apparente.

< Erb. Valleix, etc.; loc. cit. — Caillât; Th. Montpellier, 187.3. — Troisier, Dicl. encycl.

Quand la moelle devient bulbe, elle s'ouvre par derrière et s'étale ; les cornes grises postérieures deviennent externes et plus tard antérieures, et forment le tubercule cendré de Rolando ; c'est de là que part la grosse racine sensitive du trijumeau, tandis que la racine motrice naît du prolongement bulbaire des cornes antérieures, situé en dedans du noyau précédent. Le noyau d'origine sensitif du trijumeau appartient donc au système sensitif des cornes postérieures, ou mieux, au système spinal sensitif postérieur, qui, d'après les recherches de Pierret, comprendrait surtout la colonne de Clarke ; c'est l'aboutissant supérieur de ce système spinal sensitif: c'est là un fait qui a son importance étiologique.

Les deux racines vont côte à côte jusqu'au sommet du rocher; là , la racine sensitive forme le ganglion de Gasser, logé dans une dépression du rocher d'où naissent l'ophthalmique de Willis, le maxillaire supérieur et le maxillaire inférieur; la racine motrice se joint à cette dernière branche seule.

Merkel * a décrit en outre une troisième racine, racine trophique du trijumeau, qui viendrait du tubercule quadrijumeau antérieur; il aurait même, dans un cas, pu léser la racine sensitive sans touchera la racine trophique. Ce fait important a évidemment besoin d'être encore vérifié.

h'ophthalmique de WilUs ( nous ne donnerons que les grands traits de son trajet ) pénètre dans l'orbite et se divise en lacrymal , frontal et nasal. Le lacrymal, en dehors, vient sortir à travers la paupière supérieure, à la partie externe : ce sera là le point palpébral. Le frontal est au milieu ; le frontal externe sort par le trou sus-orbitaire , d'où le point sus-orbitaire. Le nasal se divise : le nasal interne va dans le nez par un trajet compliqué qui le fait rentrer dans le crâne et en ressortir par l'ethmoïde ; le nasal externe vient sortir à la partie supérieure du nez, en dedans et audessous de l'angle interne de l'œil : ce sera le point nasal. — De plus, du ganglion ophthalmique, les nerfs ciliaires se sont rendus dans le bulbe oculaire lui-même. — Enfin, les rameaux frontaux viennent s'anastomoser surtout au niveau de la bosse pariétale, avec les filets des nerfs occipitaux venus du plexus cervical : point pariétal.

Le maxillaire supérieur, après avoir traversé le haut de la fosse ptérygomaxillaire et le conduit orbitaire, émerge au trou sous-orbitaire : c'est le point sous-orbitaire. Parmi ses rameaux, citons l'orbitaire, d'où part un filet temporo-malaire qui traverse l'os de la pommette et sort à la joue : point malaire; un filet récurrent, qui devient iutra-crânien ; les nerfs dentaires, qui produisent les irradiations douloureuses dans les dents supérieures et présentent autant de points que de racines. — Du ganglion sphéno-palatin, qui est annexé à cette branche, partent les nerfs palatins; les premiers vont au palais, les seconds dans les fosses nasales, à la paroi externe et à

* Rev. des Se, méd., VI, 3.

la cloison, une dernière branche arrivant encore au palais derrière les arcades alvéolaires.

Le maxillaire inférieur passe dans la fosse zygomatique et donne un grand nombre de branches , parmi lesquelles le massétérin se réfléchit sur l'échancrure sigmoïde du maxillaire inférieur pour aller dans le masséter : point temporo-maxillaire; le buccal va à la peau de la face et à la muqueuse buccale; l'auriculo-temporal contourne le col du condyle et va se distribuer à la tempe et au pavillon de l'oreille : point auriculo-temporal entre l'articulation temporo-maxillaire et le conduit auditif ; le lingual émerge sur les bords de la langue ; le dentaire inférieur donne aux dents inférieures et puis émerge au trou mentonnier : point mentonnier. — Du ganglion otique partent des rameaux sensitifs pour la caisse du tympan, qui se répandent dans toute l'oreille moyenne.

L'étude déjà faite deTETiOLOGiEdes névralgies en général nous dispense de revenir sur un grand nombre de points. Ainsi, nous ne dirons rien des causes prédisposantes ni des causes du nervosisme général. Nous ferons remarquer seulement, en passant, que c'est par là que nous interprétons les rapports, signalés par Trousseau, entre les formes graves delà névralgie trifaciale et Tépilepsie. L'une et l'autre névrose peuvent être une manifestation de cet état névropathique général qui, dans une même famille ou chez les mêmes individus, se manifestent successivement de différentes manières. , Les causes qui agissent sur l'ensemble de l'économie n'ont également rien de spécial ici. Le rhumatisme, la malaria*, la goutte, etc., produisent fréquemment la névralgie trifaciale.

Il n'y a en réalité que les causes agissant directement sur le système nerveux qui présentent quelque chose de particulier, au moins relativement au siège.

A la périphérie du nerf, on peut avoir des corps étrangers, des traumatismes, une carie dentaire ; toute douleur odontalgique n'est pas une névralgie, mais peut provoquer une névralgie. Dans les observations des auteurs, on trouve rarement cette étiologie. On parle plus souvent des douleurs dentaires qui sont la conséquence de la névralgie au lieu d'en être la cause, et de malades qui se sont fait inutilement arracher des dents. Cela vient de ce qu'on ne publie pas les faits de névralgie trifaciale plus ou moins étendue à la suite du mal de dents; ces cas-là sont très-fréquents, mais on ne va pas à l'hôpital, on ne consulte môme pas le médecin pour cela.

Le coryza peut entraîner la névralgie du trijumeau. Valleix avait constaté le fait, seulement il remarquait qu'il faut conclure avec réserve,

iMandach {Corresp. f. Schweiz. Aerzte, 1879; Centralbl. f. Nerv., II, 518) et SeeligmùUer (Centralbl. f. Nerv., III, 209) ont récemment étudié d'une manière toute spéciale la névralgie sus-orbitaire intermittente.

598 MALADIES DES XERFS ET NEVROSES.

parce que le coryza peut aussi être un symptôme de la névralgie. RoUet* est récemment revenu sur ce sujet ; il décrit plusieurs formes de cette névralgie, qui occupe une ou toutes les branclies'de rophthalmique de Willis. — Les irritations de l'œil, les lésions diverses, le glaucome, l'herpès coujonctival, etc., la fatigue oculaire, la lumière excessive, produisent aussi la névralgie du trijumeau.

Sur son trajet, le nerf peut être excité de mille manières : tumeurs, lésions propres, lésions des os, du périoste, des parties molles; plus loin, lésions intra-crâniennes, à la base de l'encéphale : ainsi, Romberg a vu un anévrysme de la carotide interne produire une névralgie, et Chouppe, dans un autre cas de névralgie, une petite exostose du rocher dissociant les fibres du ganglion de Gasser. — Notons aussi les lésions de la duremère, etc.

Quant à l'origine, les recherches de Pierret l'que nous avons déjà citées 2) ont montré la participation possible du trijumeau à certaines formes de Fataxie locomotrice progressive, maladie qui correspond précisément à l'altération de ce système spinal sensitif dont l'aboutissant supérieur, bulbaire, est justement le noyau d'origine du trijumeau.

Enfin Anstie a cité des faits de névralgie trifaciale réflexe, l'excitation initiale portant sur une extrémité nerveuse plus ou moins distante du trijumeau lui-même. A cette catégorie appartiennent les névralgies trifaciales produites par les vers intestinaux, la constipation, les maladies des organes génitaux, etc.

Nous abordons maintenant la description des SyarPTÔMES de la névralgie trifaciale.

Comme nous l'avons dit dans F étude générale, il y a lieu de distinguer les douleurs spontanées et les douleurs provoquées ; dans les douleurs spontanées, il y a la douleur continue et les accès, les paroxysmes intermittents. Précisons d'abord les points douloureux, qui sont le foyer de la douleur continue, le point de départ de la douleur paroxystique et le siège principal de la douleur à la pression.

Les points douloureux ont pu être prévus parla description anatomique. Pourl'ophthalmique. ce sont les points sus-orbitaire . palpébral, nasal et oculaire; pour le maxillaire supérieur , les points sous-orbitaire, malaire, dentanes et gingivaux, labial supérieur ( peu important) et palatin (rare); pour le maxillaire inférieur, les points temporal, temporo-maxillaire, mentonnier, lingual, labial inférieur. Il y a aussi un point pariétal qui appartient a plusieurs branches et à leurs anastomoses avec les occipitaux. Il faut ajouter encore la céphalalgie profonde due aux filets récurrents que le trijumeau envoie aux méninges.

1 Rev. des Se. méd., IV, 131.

2 Voy. plus haut (2= partie) le chap. de l'ALaxie locomotrice.

Cela posé, les malades éprouvent eu général une douleur conlusive et continue dans un nombre variable de ces points, avec une irradiation diffuse plus ou moins étendue tout autour. En dehors de cette sensation constante, il y a des élancements en général très-vifs , toujours intermittents, qui ont leur point de départ dans un de ces points ; quelquefois l'éclair douloureux se porte d'un point à l'autre ou éclate simultanément dans plusieurs foyers ; l'étendue en est du reste variable comme la direction. — Ces crises, spontanées habituellement, peuvent aussi être provoquées par des causes variées (mouvement, etc.).

Une large pression exercée sur l'œil, par exemple, avec la paume de la main, peut quelquefois diminuer la douleur ; mais une pression limitée, faite exactement avec le bout du doigt sur un des points indiqués, provoque au contraire une vive douleur; on peut même ainsi découvrir des foyers qui ne sont pas spontanément douloureux. En règle générale, il faut toujours explorer de cette manière tout le trajet d'un nerf atteint de névralgie.

Certains mouvements exaspèrent aussi la douleur d'une manière toute spéciale : ainsi, la mastication, quand les branches maxillaires sont atteintes; la déglutition dans un certain nombre de cas ; les mouvements de la tète plus rarement, quand il y a extension aux nerfs occipitaux ; quelquefois l'action de se moucher ou d'éternuer, ou même les mouvements du tronc, la marche; plus souvent les mouvements de l'œil, de la langue, etc.

Il faut ajouter à cette description de la douleur , surtout empruntée à Valleix, le point apophysaire de Trousseau, que l'on trouve dans un certain nombre de cas, et qui siège alors au niveau des deuxième et troisième apophyses épineuses cervicales et de la tubérosité occipitale externe.

La douleur peut s'irradier dans différentes directions : dans les autres branches du trijumeau, par exemple (irradiation par les centres), ou dans les nerfs occipitaux (irradiation à la périphérie) .

Du côté des sens, on observe souvent de la photophobie. Valleix cite un fait dans lequel les objets apparaissaient entourés d'un nuage. Notta a cité quelques cas d'amblyopie et même d'amaurose, apparaissant et disparaissant avec la névralgie trifaciale. L'odorat n'est pas modifié. On constate des bourdonnements ou des sifflements d'oreille.

Dans le domaine du trijumeau, le malade éprouve quelquefois des fourmillements, un léger engourdissement, qui, dans un casdeErb, fut môme perçu dans la langue et les gencives. Suivant la règle citée de Nothnagel, il y a hyperesthésie dans la névralgie récente et anesthésie dans la névralgie ancienne. Cependant l'anesthésie peut apparaître rapidement; c'est ce qui arrive surtout dans les cas graves, dans lesquels on peut avoir, comme dans un fait de Gillette*, l'anesthésie des paupières, du nez, de la joue, de

' Union méd., 1872.

la commissure labiale, de la région maxillaire, [du bulbe oculaire, de la cornée et de la moitié droite de la langue.

Comme troubles moteurs, les convulsions de la face ont naturellement frappé tout d'abord les observateurs, d'où le nom de tic douloureux donné à la maladie. Cependant ce n'est pas là un élément essentiel ; il n'est même pas très-fréquent et n'existe que dans les cas graves. Ces mouvements présentent divers degrés, depuis le trémoussement musculaire léger pendant les paroxysmes jusqu'aux convulsions violentes et aux contorsions de la face, qui font faire d'atroces grimaces au patient.

Ce sont là des convulsions réflexes siégeant dans le domaine du facial, car, chose remarquable, la portion motrice du trijumeau n'est pas souvent mise en jeu.

Rarement les convulsions se généralisent davantage. Sinclair Holden a cependant observé un cas dans lequel les paroxysmes s'accompagnaient de convulsions toniques générales. — D'autre part, chez les hystériques, les accès de douleur pourront provoquer de grandes attaques; c'est là un phénomène d'un autre ordre.

Les phénomènes moteurs paralytiques sont infiniment plus rares. Notta a observé des faits de ptosis, strabisme externe ; Erb, qui les cite, ajoute que la question a besoin de nouvelles études. Dans un cas dont nous avons déjà parlé, Gillette a encore signalé la paralysie du releveur de la paupière.

En fait de troubles vaso-moteurs, Valleix cite la rougeur de l'œil dans quelques cas. Cette congestion peut même aller jusqu'au chémosis. La face, souvent pâle au début des paroxysmes, devient ensuite rouge. On a aussi observé quelquefois une sueur plus abondante du côté affecté.

Comme troubles sécrétoires, le larmoiement a été noté dans beaucoup d'observations, et dans ce cas-là les larmes, non-seulement ont augmenté de quantité, mais encore sont devenues acres. C'est là un fait qu'il ne faut pas oublier : le liquide des sécrétions, habituellement inoffensif pour la peau et les muqueuses, peut acquérir dans les conditions pathologiques des qualités irritantes toutes spéciales pour les tissus en contact.

Erb donne une explication physiologique de ce larmoiement : le nerf lacrymal et le nerf orbitaire contiennent des fibres sécrétoires pour la glande lacrymale (Herzenstein, Wolferz), et alors l'excitation des terminaisons sensibles de la première et de la deuxième branche du trijumeau augmente par voie réflexe la sécrétion des larmes.

André avait déjà noté la salivation ; Valleix l'a aussi observée trèsabondante et pendant très-longtemps dans deux cas. Les malades accusent alors un afflux de liquide salé dans la bouche. Il s'agit dans ces cas-là d'une action réflexe sur la corde du tympan par le lingual.

Plus rarement il y a hypersécrétion nasale; il faut savoir distinguer ce fait du larmoiement, qui peut faire aussi affluer le liquide dans le nez.

Comme explication physiologique, rappelons que Vulpian a démontré que l'excitation du ganglion sphéno-palatin provoque l'bypercrinie de la muqueuse nasale.

Valleix rapporte déjà des exemples de troubles trophiques ; il cite un fait de Bellingheri dans lequel les cheveux devinrent plus hérissés, plus épais, et prirent un développement plus rapide du côté malade. Le même auteur et Valleix lui-même ont vu des cas où les cheveux tombaient du côté de la névralgie. Beaucoup d'autres faits de ce genre ont été observés depuis.

Les cheveux perdent quelquefois leur coloration et deviennent tout à fait blancs, à la suite de douleurs violentes et continues. Dans d'autres faits plus bizarres, les cheveux s'accroissent sans pigment pendant les paroxysmes, puis poussent avec leur coloration ordinaire, pour s'allonger de nouveau par une zone blanche pendant^le paroxysme suivant. Il en résulte une disposition étrange des cheveux, qui sont formés d'une série de parties alternativement blanches et colorées ; Gubler a observé plusieurs fois ces cheveux zébrés.

La peau du visage peut s'hypertrophier dans son ensemble. Elle est dans quelques cas le siège de lésions de nature variée.

On a observé l'herpès le long des nerfs atteints, c'est-à-dire le zona. Erb a vu un cas d'herpès labial ; Gellé un zona de la langue * ; Hœnisch en a vu un généralisé aux deux côtés du cuir chevelu, au front, à la face, au cou et aux bras'; Hybord' et Coppez^ (de Bruxelles) ont bien étudié le zona ophtbalmique^. Ollivier^ a décrit des cas de zona portant à la fois sur la première et la deuxième branche du trijumeau ; il pense de plus que bon nombre d'angines herpétiques pourraient bien n'être qu'un zona de la branche moyenne du trijumeau. Cette opinion est un peu étrange et ne peut guère s'appliquer à tous les faits ; mais enfin toutes ces observations démontrent la possibilité du zona sur toutes les différentes branches du trijumeau.

Plus rarement on a noté Térysipèle ou l'inflammation subaiguë dans les parties voisines des points douloureux, comme l'a vu Anstie. Il faut signaler encore l'atrophie de la peau, l'aspect luisant, sur lesquels nous reviendrons à propos de l'hémiatrophie faciale progressive. Cette altération se rencontre surtout dans les névralgies liées à des névrites, comme Weir Mitchell en a donné des exemples.

La névralgie du trijumeau entrahie souvent aussi des troubles importants du côté des yeux : l'herpès de la conjonctive, l'ophthalmie neuro-

' Tribune méd., 1876, uo 403, pag. 219,

2 Rev. des Se. méd., VU, 230.

3 Th Paris, 1872.

'' Ann. d'Oculist., 1873. — Rcv. des Se. méd., II, !)G1.

* Voy aussi sur le. Zona nplilhxlmiquc : Pactou ; Tli. Pans, 1878, 216.

^ Soc. de Biot., août 1871. — Gaz. méd., 1872.

paralytique, peut-être même urio If-sion plus sérieuse, comme le glaucome. Dans le cas puMié par Gillette, il \ avait un leucoma à la partie supérieure et droite de la cornée, et le clief de service, M. Craveiihier, se proposait ftclii^r Jcs deux bord:-; p;ilpébraux., imitant en r^da la pratique de Scliiff et de .Sneilen, qui cousent une oreille devant l'oeil d'un lapin auquel on a coupé les trijumeaux, pour éviter les troubles oculaires. Je ne sais si cette opération a été pratiquée et a réussi: mais en tout cas les troubles oculaires ne sont pas seulement dus ici a l'action des corps étrangers non sentis. Dans la lagophthalmie, suite de paralysie faciale complète, on peut avoir des conjonctivites aussi, mais d'un autre ordre et d'une moindre gravité*.

Les physiologistes ont beaur-oup étudié ces troubles trophiques oculaires con^iécutifs aux lésions de la cinquième paire. X'ulpian^ a vu après la section de ce nerf, au milieu d'une opacité étejjdue de la cornée, quelques points plus blancs, tout ;i. fait opaques, formés par des dépôts de carbojjate de chaux; Topulescence elle-même était due, en grande partie au moins, à la présence de fristaux calcaires dans les interstices du tissu cornée n.

PourEberth'S la kératite produite par la section du trijumeau ne se' distingue en rien de la vraie diphthérie de la cornée. Le microscope montre, en dehors d'une inliltration fellulaire abondante dans l'épithélium de la cornée et dans son tissu, ainsi que dans le tissu environnant, des micrococcus gris-jaunâtres disséminés et réunis en colonne, comme on les trouve dans la diphthérie. D'après Eberth, parla section de la cinquième paire on a permis aux organismes de l'atmosphère de se fixer solidement sur la cornée. — Cette théorie, disr-utable pour le trijumeau, nepeutévidemment pas expliquer toutes les lésions trophiques après section nerveuse, puisque ces lésions peuvent se développer profondément en dehors de tout contact de l'air et des germes extérieurs.

On a dit, pour les névralgies symptomatiques delésions intra-crâniennes, que l'existence des troubles trophiques prouve tout spécialement une lésion du ganglion de Gasser ou dans le voisinage de ce ganglion. Cette opinion ne floitplus être soutenue, aujourd'hui que M. Duval a montré qu'on peut produire des troubles trophiques en lésant la racine bulbaire du trijumeau, c'est-à-dire en agissant bien loin au-delà du ganglion-^.

Nous n'avons rien de spécial à dire, dans cette névralgie, pour les troubles psychiques , les phénomènes à distance et les symptômes généraux.

* L'obs. cxvxni de Vulpiaa {Clin, de la fjharilé, pag. 60.3) est un bel exemple de névralgie trifaciale avec troubles trophiques intenses.

2 Soc. de DM. — Gaz. méd., 1S7.3.

■^ Rev. des Se. méd., Il, 640.

* Journ. de l'anal, et de laphysiol., nov. 1877 et janvier 1878. — Voy. aussi la Thèse d'agrég. de Ilobia, >'aris, 1880, pag. iôl.

Ici il fiiudrait placer la Marche, la Durée, les Terminaisons, le Pronostic de la névralgie trifaciale; mais un symptôme n'a rien de tout cela en propre. Tout dépend évidemment de la maladie, qui dans chaque cas douné tient la névralgie sous sa dépendance. Certains auteurs distinguent, au point de vue de la gravité, la névralgie constitutionnelle et la névralgie accidentelle. Cette distinction est juste dans certaines limites, mais rentre dans la division étiologique, sur les détails de laquelle nous n'avons pas à revenir.

Comment pourrions-nous dire quelque chose de général qui pût s'appliquer à la fois à la névralgie suite de refroidissement et à la névralgie suite d'une exostose du rocher ?

Pour le Diagnostic, les signes indiqués à la symptomatologie sont assez nets pour lever tous les doutes dans les cas ordinaires : le trajet de la douleur, ses caractères et l'existence des points douloureux, formeront évidemment les éléments principaux delà détermination.

Le rhumatisme musculaire de la face est très-rare et se distinguera surtout par la forme de la douleur. Le rhumatisme articulaire temporomaxillaire peut simuler une névralgie trifaciale réduite à un seul point; on devra rechercher dans ce cas les autres points, que souvent la pression révélera et consulter les antécédents du sujet et les phénomènes concomitants. Le clou hystérique est un point douloureux, mais c'est un point qui n'a aucun rapport avec le trajet anatomique du nerf, et qui est précédé ou accompagné d'autres phénomènes hystériques caractéristiques. L'odontalgie, quand elle n'est pas mêlée à de la névralgie, se reconnaîtra au siège et à la limitation de la douleur, et aussi à l'existence de la cause provocatrice des accidents.

Ce que nous avons dit déjà sur le Traitement des névralgies est évidemment applicahle ici de tous points, notamment pour ce qui concerne les règles générales de thérapeutique à suivre. — Nous nous contenterons de parler de quelques agents spéciaux qui paraissent avoir une action en quelque sorte élective sur la névralgie trifaciale.

Nous avons déjà cité l'opinion de Fonssagrives, qui montre dans la quinine un moyen heaucoup plus puissant contre les névralgies des nerfs crâniens que contre toutes les autres. Il préconise notamment ce moyen efficace contre cette névralgie ciliaire qui est la cause la plus ordinaire de la photopbohie dans diverses oplilLalmies, comme l'ophthahnie phlycténulaire et les kératites strumeuses. Divers auteurs, Mackensie, Quadri (de Naples), Deval, avaient déjà signalé l'utilité du sulfate de quinine contre la photophobie, mais sans en interpréter l'action comme Fonssagrives, et sans montrer comme lui le lien qui rattache les progrès des ophthalmies à la répétition des crises de névralgie ciliaire. « Nous croyons, ajoute Fonssa-

grives, que ce moyen, employé dès le début et manié avec hardiesse, est appelé à diminuer singulièrement le nombre des cécités consécutives aux ophthalmies graves... » Et plus loin : « Je dirai presque que la quinine est à l'examen de l'œil ce que le bromure de potassium est à l'examen laryugoscopique, chez les sujets à impressionnabilité réflexe excessive '. »

D'après Gubler, Vaconitine aurait une action héroïque dans la névralgie faciale, tandis que ses effets seraient nuls dans les autres névralgies. « Gubler n'a jamais observé un seul insuccès de l'aconitine dans la névralgie

de la cinquième paire, môme dans le tic douloureux L'aconitine

constituerait presque le remède tout à fait spécial de cette maladie Ses

effets sont curatifs lorsqu'il n'y a pas de lésions nerveuses, palliatifs lorsque la lésion est établie... Donc tout cas de névralgie faciale réclame l'emploi de l'aconitine. » On emploiera l'aconitine amorphe de Hottot ou l'azotate d'aconitine cristallisé de Duquesnel, en solution plutôt qu'en granules; on débutera par 1/2 milligram., et on augmentera progressivement jusqu'à 6 milligram-.

Seguin^ a fait récemment de nouvelles expériences avec l'aconitine. La tolérance individuelle est extrêmement variable ; une quantité très-petite (0,000324) ne peut être supportée par certaines personnes, tandis que d'autres en prennent toutes les trois heures sans inconvénients 0,0008. Après avoir expérimenté ce médicament dans un assez grand nombre de cas, le comité présidé par Seguin conclut que la dose qui produit le meilleur résultat est 0,000648 trois fois par jour. Dans six névralgies faciales, dont une au moins était consécutive à une carie dentaire, on n'obtint absolument rien. Au contraire, trois névralgies à caractère épileptiforme furent améliorées temporairement. Deux cas, dont l'un datait de sept ans, furent guéris.

Le nitrite d'amyle'^ a été découvert en 1844 ; c'est le résultat de l'action de l'acide nitrique sur l'alcool amylique. C'est un corps liquide, volatil, à odeur prononcée de pomme reinette. Guthrie, en 1859, s'aperçut, en maniant ce corps, que son visage devenait rouge et qu'il sentait de violents battements de cœur. L'action de ce médicament est rapide et fugace ; on l'emploie en inhalations, en versant quelques gouttes sur un mouchoir ; il produit rapidement la dilatation des vaisseaux de la face. — Rabuteau^ a

1 f'onssagrives ; Du caractère névralgique de la photophobie qui complique certaines ophthalmies, nalamment l'ophlhalmie phlycténu taire, et de son traitement par le sulfate de quinine {Bull. Thérap., 1865, LXVIII, pag. 69); et Traité de Thérap., I, pag. 122.

2 Gubler; Soc. de Thérap., 24 janvier 1877. — Journ. Thérap., IV, 140. ^ The Lance!:, avril 1879. Anal, in Paris méd.

* Journ. Thérap., 1874, I, 816.

^ Soc. de bioL, janvier 1875.

formulé contre cet agent des critiques très-vives : en tout cas, c'est un corps fort difficile à manier.

Manzi (de Crémone) a employé le nitrite d'amyle chez une dame qui souffrait depuis deux ans d'une névralgie de la cinquième paire atrocement douloureuse, ayant résisté à tous les moyens employés (vésicatoire, morphine, sangsues, électricité) ; elle fut guérie définitivement après huit ou dix séances d'iûhalation ; on commença par trois gouttes et on augmenta à chaque séance, pour arriver à huit et dix gouttes. A chaque séance, la face devenait rouge, les memhres étaient pris de tremblements, mais le pouls restait normal ; il n'y avait ni évanouissement ni perte de connaissance ; au bout de très-peu de temps, l'état convulsif cessait, mais la malade restait anéantie*.

Baldassare a guéri de la même manière, et en dix jours, une névralgie faciale qui résistait depuis deux ans à tous les moyens imaginables*. On a même cité des cas de guérison encore plus rapide^. Malgré tout cela, c'est un moyen sur lequel la lumière n'est pas encore complètement faite, et qui a quelquefois occasionné de graves accidents.

Hœnigschmied'' a insisté sur la nécessité de savoir si le nitrite d'amyle ne contient pas d'acide cyanhydrique, ce qui peut arriver et le rend fortement toxique. Cela fait, il introduit dans les narines un tampon de ouate imbibé de 2 à 5 gouttes de nitrite d'amyle, et fait respirer. Après 2 ou 3 inspirations, les effets physiologiques apparaissent, et la douleur a disparu.

Le crotoii-chloral R été découvert par Liebreich en 1871. C'est un liquide oléagineux, qui dérive de l'aldéhyde de l'acide crotonique comme le chloral dérive de l'aldéhyde de l'acide acétique, par la substitution de trois de chlore à trois d'hydrogène. Jul. Althaus^ l'a étudié avec soin et lui a trouvé une spécialité d'action remarquable sur la cinquième paire ; il fait perdre la sensibilité à toute la face en laissant intactes, à ce point de vue, les autres parties du corps^. Benson-Backer l'a donné à la dose de 0s'",05 dans plusieurs cas de névralgie de la face ; il soulage rapidement la douleur et produit le sommeil sans mal de tête ni embarras gastrique''. Dans des circonstances analogues, Worms n'a obtenu de cet agent aucun bon effeL^. Markham Skerrit a, au contraire, obtenu d'excellents résultats par l'emploi de ce médicament dans les névralgies de la cinquième paire'.

1 Jour7i. Thérap., 1375, II. 450.

2 Ibid., 1877. IV, 34.

3 Ibid., 1877, IV, 237.

•'• Med. chirurg., Cenlralbl., XXIX, 364, el Paris méd.

5 Journ. Thérap., 1874, I, 296.

6 Ce fait a été contesté par Ghouppe et surtout Laborde (Soc. Thérap., mai 187G)

7 Journ. Thérap., 1874, 1, 111.

8 Ibid., 1874, 639.

0 Ibid., 1877, IV, 319.

g06 MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.

Bader a vu le croton-chloral (0s^30 à 0g^60) dissiper très-vite la photo phobie dans un cas d'ophthalmie syphilitique portant sur l'iris et la cornée*. C'est un fait à rapprocher des observations de Fonssagrives sur l'efficacité de la quinine contre ce symptôme considéré comme une névralgie ciliaire. Trayer vante aussi le croton-chloral contre les névralgies, surtout quand elles ont un caractère de périodicité.

En somme, ce médicament, comme le précédent, est encore à l'étude, et il serait prématuré de formuler des conclusions.

Féréol 2 a récemment signalé les heureux effets obtenus a.yec le sulfate de cuivre ammoniacal (0 e% 10 et O^S 15 par jour dans une potion) dans quatre cas de névralgie trifaciale ayant résisté à une série de traitements très- variés.

Pour l'application particulière de V électricité au traitement de la névralgie trifaciale, voici les conseils que donne Onimus : Le pôle négatif est placé au point de sortie du tronc du nerf et le pôle positif à la partie périphérique du rameau douloureux ; on fait passer un courant continu de dix à douze éléments que l'on maintient pendant six à huit minutes. Dans le tic douloureux de la face, le pôle positif est placé sur les troncs nerveux à leur sortie à la face, et le pôle négatif sur le ganglion cervical : on- applique un courant de douze éléments sans interruptions, pendant sept à huit minutes. Si les mouvements de mastication sont très-douloureux, le pôle négatif est placé pendant deux ou trois minutes au niveau du masséter. Quand la ffuérison doit avoir lieu, on constate de l'amélioration dès les premières séances , on remarque notamment que le sommeil, jusque-là impossible ou troublé, redevient normal.

Les opérations chirurgicales sont possibles sur beaucoup de points du trijumeau, qui sont assez facilement accessibles. On peut intervenir de cette manière dans certains cas graves et rebelles. Savary a même trépané le maxillaire inférieur pour réséquer le nerf dentaire mis à nu, et Steller a pénétré dans le même canal, à la fois par la bouche et par l'extérieur, pour réséquer 6 centim. du nerf ^.

Wourn. Thérap., 1875,11,534.

2 Acacl. de Méd., i^" avril 1879.

■-» Tillaux a réséqué le nerf sous-orbitaire à son entrée dans le canal de ce nom, et a guéri ainsi une névralgie sous-orbitaire rebelle. (Soc. deChir.,ium 1877.) — Voye'z aussi sur le traitement de la névralgie du maxillaire supérieur par la résection, les travaux de Lasalle (Th. Paris, 1878. Bnllet. de Thérap., 1878), Losseu {c'entralbl. f. Chir., 1878. 5) et Braun (même Recueil, 1878, 10).

Parla cautérisation du bord douloureux de la langue. Vulpian {Clin, de la Charité, pag. 607) a obtenu une guérisoa, au moins momentanée, dans un cas de névralgie du dentaire inférieur.

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