COUCHES OPTIQUES
Les expériences récentes sont venues modifier ces conclusions. Nothnagel enlève les deux couches optiques chez un lapin : pas de trouble de motilité, et l'animal vit encore assez longtemps. Ferrier électrise les couches optiques et ne produit aucune contraction musculaire1.
Charcot explique par la compression de la capsule interne les phénomènes moteurs et sensitifs consécutifs à certaines lésions de la couche optique. Il reconnaît qu'une hémorrhagie un peu abondante de cet organe peut s'accompagner d'hémiplégie et d'hémianesthésie. «Faut-il en conclure, dit-il, que, comme tant d'auteurs l'ont dit et le répètent encore aujourd'hui, la couche optique est le siège du sensorium commune*! Non, incontestablement ; il serait facile d'ailleurs de citer nombre de faits où une lésion du tractus de la partie postérieure de la couche optique, déterminée par un épanchement sanguin, après avoir, dans les premières phases delà maladie, c'est-à-dire lorsque existent les conditions de la compression, produit des troubles sensitifs et sensoriels, cesse d'être accompagnée de ces symptômes dans les phases ultérieures, c'est-à dire au moment où, par suite de la résorption de l'épanchement, la compression de la région postérieure ou lenticulo-optique de la capsule interne n'existe plus».
Ces ganglions ne seraient cependant pas sans influence sur la motilité, d'après Meynert et Nothnagel. Quand on enlève une couche optique, l'animal reste droit sur ses pattes, sans paralysie de la sensibilité ni de la motilité; toutefois, si l'on écarte avec précaution la patte antérieure opposée sans lui faire perdre l'équilibre, l'animal ne la ramène pas.
Pour Nothnagel, ni les fibres sensitives ni les fibres motrices directes ne passeraient parla couche optique; seulement, c'est là qu'arriveraient les impressions extérieures pour produire les mouvements inconscients. D'après Meynert, la couche optique recevrait des fibres centripètes, enverrait aux muscles des fibres centrifuges, et serait en même temps mise en relation avec l'écorce grise par d'autres fibres centripètes.
Une excitation partie de la périphérie va à la couche optique, s'y réfléchit et produit un mouvement inconscient; en même temps l'écorce grise est prévenue et garde des images de ces mouvements; ces images rendent ensuite possible la reproduction consciente de ces mêmes mouvements 2.
' On a également voulu attribuer à des lésions de la couche optique la production des mouvements anormaux (tremblement, hémichorée, athétose) consécutifs à l'hémiplégie. Nous ne reviendrons pas sur cette question qui a été traitée plus haut (pag. 2i5,).
Meynert et Jackson ont constaté des troubles du sens musculaire dans les maladies de la couche optique.
5 Ces mouvements inconscients sont ce que les Allemands appellent psychischreflectorisch. Nothnagel cite l'exemple suivant pour en faire comprendre la nature : Dans certaines hémiplégies faciales, la moitié atteinte de la face ne se contracte pas volontairement, mais se contracte, comme le côté sain, sous l'influence d'afiections psychiques, par exemple dans le rire, les pleurs, la douleur. Cette
A l'appui de sa manière de voir, Meynert rapporte deux faits cliniques, qui nous paraissent trop peu concluants pour être cités ici. Nous remarquerons seulement, dans un cas, une action croisée sur les fléchisseurs et directe sur les extenseurs, ce qui nous conduit aux conclusions de Lussana et Lemoigne.
D'après ces derniers expérimentateurs, l'innervation des mouvements de latéralité des membres antérieurs chez les mammifères a son siège dans les couches optiques. La lésion d'un de ces organes paralyse l'adduction du membre antérieur du côté opposé ; d'où déviation du côté correspondant à la lésion et mouvement de manège chez les quadrupèdes.
Aucun autre mouvement n'est altéré ; il n'y a pas d'hémiplégie. L'animal marche droit si on le soutient par des planchettes qui empêchent les mouvements de latéralité ou si l'on enlève les deux couches optiques.
OU et Wood Field ' ont conclu de récentes expériences que les couches optiques constitueraient un centre d'arrêt pour l'activité des sphincters (anal et vaginal), et aussi pour les mouvements péristal tiques de l'intestin.
Ces faits ont besoin de confirmation.
Nous insisterons dans un instant, en étudiant la physiologie du corps strié, sur le rôle que les noyaux gris centraux semblent exercer sur la genèse de l'hyperthermie.
g II. Corps striés. — A-t-on quelques résultats plus précis pour les corps striés?
Pour Willis, c'était le sensorium commune ; — pour Magendie, le centre d'une action rétropulsive sur la locomotion ; — pour Chaussier, le point de départ des nerfs olfactifs; — pour Saucerotte, le centre des mouvements des membres postérieurs ; — pour Tood et Carpenter, c'étaient les organes incitateurs du mouvement.
Vulpian discute toutes ces opinions et conclut, en 1866, que les lésions du corps strié produisent l'hémiplégie, sans qu'on puisse rien dire de plus.
Plus récemment, Nothnagel enlève le noyau lenticulaire : alors il y a une déviation des deux jambes vers le côté de la lésion et légère courbure latérale de la colonne vertébrale, à concavité du côté de la lésion. L'animal exécute tous les mouvements.
Il détruit les deux noyaux ; l'animal reste sur ses pattes, mais ne réagit pas; il reste là, stupide et somnolent, sans bouger, sans cherdouble manière de se comporter peut faire supposer une double source d'innervation. — Nothnagel est tenté de faire passer par la couche optique ces incitations inconscientes ou involontaires.
1 Ott et Wood Field ; Centr. f. Nerveiik., 1880, pag. 6.