ATROPHIÉS MUSCULAIRES PROGRESSIVES
ment, à l'atrophie musculaire du bras du même côté. La lésion primitive était celle des cordons postérieurs. Gomment s'était faite la propagation aux cellules antérieures?
D'après Kôlliker, les fibres des racines postérieures, une fois dans les cordons postérieurs, s'infléchiraient, monteraient ou descendraient, puis pénétreraient horizontalement d'arrière en avant, et, sans avoir de rapports avec les cornes postérieures, iraient se jeter dans les grandes cellules des cornes antérieures. Ce serait donc là une voie naturelle de propagation systématique. Cette explication nous paraît difficile à soutenir, après les recherches récentes, exposées plus haut, sur l'anatomie de la moelle.
Quoi qu'il en soit, du reste, de l'explication, le fait persiste. D'autres observations analogues ont été publiées depuis. Notre collègue Carrieu les a réunies à d'autres cas personnels dans sa Thèse de doctorat, qui est une remarquable étude des amyotrophies secondaires; la Thèse plus récente de Condoléon (1887) est entièrement consacrée aux atrophies musculaires des tabétiques.
Dans la sclérose descendante consécutive aux lésions cérébrales, on peut avoir de l'atrophie musculaire, bien distincte de la diminution de volume que le repos peut entraîner dans le membre paralysé. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, que nous avons traité plus haut avec quelque détail , au chapitre des lésions secondaires de la moelle
(pag; 479) '■
Ici la continuité nerveuse est plus facile à établir : les fibres des cordons latéraux se jettent à différentes hauteurs dans les cellules des cornes antérieures; il est, par conséquent, facile de concevoir que ces dernières présentent, à la suite des altérations du faisceau pyramidal, des modifications organiques ou fonctionnelles.
Ces exemples d'atrophie musculaire secondaire2, dans les maladies spinales que nous connaissons déjà, mettent bien en lumière : i° la constance du rapport clinique qui unit la lésion des grandes cellules motrices et l'atrophie musculaire ; 20 la nécessité de ne pas envelopper sous le nom d'atrophie musculaire progressive tous les cas dans lesquels on trouve des atrophies musculaires, et de soigneusement distinguer les amyotrophies spinales secondaires de la maladie d'Aran- Duchenne.
Les deux maladies de la moelle durant révolution desquelles l'atro-
' Voy. sur l'ensemble de la question : le Traité de Raymond, déjà cité (pag. 4o4), — l'intéressant mémoire de Joffroy et Achard (Archives de Médecine expérimentale, 1e1 novembre 1891, pag. 780), — et l'important chapitre que lui a consacré P. Marie dans son Traité des maladies de la moelle, 1892.
2 C'est dans ces cas d'amyotrophic secondaire que Landouzy a signalé l'adiposc luxuriante, qui peut masquer l'atrophie {Revue mensuelle, janvier 1878).
Grasset, 4e édit. 40
phie musculaire se montre avec le plus de fréquence et se présente avec la plupart des caractères qu'elle revêt dans le type Aran-Duchenne primitif, sont sans contredit :
i° La sclérose latérale amyotrophique.
2° La syringoniyélie.
On trouvera plus loin une description complète et détaillée de ces deux espèces morbides.
Pour le moment, il nous suffira de faire remarquer que, dans la sclérose latérale amyotrophique, l'atrophie musculaire, fréquemment limitée aux membres supérieurs, se trouve associée à une parésie spasmodique, prédominante auxmembres inférieurs, et se complique le plus souvent de troubles bulbaires ; — dans la syringomyélie, i'amyotrophie, lorsqu'elle existe , est accompagnée d'altérations spéciales de la sensibilité (dissociation syringomyélique) et de troubles trophiques divers (panaris, scoliose, arthropathies, etc.).
L'atrophie musculaire a encore été signalée dans la sclérose en plaques, la pachyméningite cervicale hypertrophique, etc.
On a également insisté, dans ces derniers temps, sur un groupe d'amyotrophies que l'on pourrait appeler réflexes. Le point de départ est dans les articulations malades ou dans une fracture, etc., et l'atrophie musculaire se développe par une sorte d'action exercée à distance sur les cellules antérieures de la moelle. C'est du moins là l'hypothèse qui a été proposée. — Nous reviendrons plus loin sur ce sujet à l'occasion du diagnostic.