‹ Traité pratique des maladies mentalesChapitre 20 sur 69 · AGENTS MÉCANIQUES · texte numérisé non relu

AGENTS MÉCANIQUES

toute particulière : c'est Timmobilisation des malades dans leur lit. Magnan a attribué à ce moyen contentif la plus grosse part dans la mortalité des aliénés atteints de folie aiguë et en particulier des alcooliques. Dans cette pratique, en effet, le malade est maintenu sur le dos ; grâce à la camisole, et aux liens qui la fixent aux divers côtés du lit, le thorax est immobilisé et la respiration devient diapliragmatique. Mais l'agitation du malade oblige à lui fixer les pieds par des entraves attachées à l'extrémité du lit, à lui passer des alèzes sur les genoux et sur le ventre; d'où une tension des muscles de la paroi abdominale et une gène notable dans les mouvements du diaphragme. Que dans cet état, poursuit l'auteur (1), le malade vienne à se débattre, qu'il fasse quelques efforts, la face s'injecte, les yeux deviennent brillants, les jugulaires turgescentes se désemplissent à peine, le cou gonflé s'étrangle entre le bord rigide de la camisole, sans compter les cas où le malheureux patient cherchant à se dégager, finit par glisser sur l'un des côtés du lit; le larynx, poussé alors par tout le poids du corps contre le rebord de la camisole, devient le siège de graves lésions.

Malades à idées de suicide. — Ces malades demandent une surveillance toute spéciale et ne doivent pas être abandonnés à eux-mêmes un seul instant. Le jour, ils seront placés au milieu d'autres malades sous l'œil de surveillants convenablement stylés et suffisamment pénétrés de leur mission difficile. Leur habitation sera au rezde-chaussée ; on en fera disparaître clous, crochets, cordes, bâtons, fourchettes, couteaux, instruments tranchants de tout genre. On visitera fréquemment les poches des malades, on leur retirera leurs bretelles, leur mouchoir, leur cravate, tout ce qui pourrait servir à une tentative de strangulation. Quand les tentatives sont incessantes et les accès impulsifs à leur période paroxystique, on n'hésitera pas à les priver de l'usage de leurs mains par l'application de la camisole. La nuit, on exercera un contrôle permanent sur leur attitude et leurs moindres mouvements. On a vu des malades s'étrangler dans leur

(1) Magnan. Art. Camisole, dans Dict. encyclop. des se. méd.

lit, SOUS les couvertures, en présence de leurs gardiens.

On se défiera surtout des fausses améliorations que présentent parfois ces aliénés. Grâce à la lucidité partielle dont ils jouissent pour la plupart, ils parviennent dans quelques cas à dissimuler habilement leurs impulsions et ne manquent pas de profiter du premier moment où la surveillance se relâche.

La ténacité des impulsions au suicide est telle que cer* tains malades malgré la surveillance la plus étroite finissent par réussir, on en a vu se pendre ou s'étrangler dans une cour de malades sous l'œil de leurs gardiens. Dans un asile où j'ai exercé des fonctions médicales, une malade s'est pendue à une porte pendant que sa gardienne parlait à quelqu'un, la tenant par sa robe.

Gâteux. — Il y a une catégorie d'aliénés qui exige des soins spéciaux, ce sont les gâteux, c'est-à-dire ceux qui laissent involontairement échapper l'urine et les matières fécales. Pour éviter les érythèmes, les excoriations et les escharres qui pourraient résulter du contact permanent de liquides irritants, ils doivent être tenus dans un parfait état de propreté, changés de linge et de vêtements aussi souvent qu'il est nécessaire et soumis à des lotions simples, médicamenteuses ou désinfectantes suivant les cas. L'emploi des poudres absorbantes, amidon, lycopode, quinquina, charbon, est également indiqué. Enfin, les lits qui leur sont destinés doivent être appropriés à leur infirmité.

11 existe plusieurs modèles de lits de gâteux qui tous peuvent avoir des avantages.

Un des plus répandus est un lit en fer de forme ordinaire, avec galeries latérales pour protéger les malades contre les chutes. Il porte dans son tiers moyen un fond en zinc formant cuvette, percé au centre pour l'écoulement desli({uides que reçoit un vase placé au-dessous. Il est mtmid'un sommier permettant la libre circulation de l'air et reçoit une garniture composée d'un matelas divisé en trois parties, celles des deux extrémités en laine et crin, celle du milieu en varech; ce dernier est changé aussi souvent (ju'il est nécessaire. Une paire de draps comme j)oiij' un lit ordinaire et des couvertures complètent ce lit aussi simple que pratique.

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Un autre modèle très répandu est le lit à auge dont il existe plusieurs variétés. Ce lit a la forme d'une boîte rectangulaire dont le fond est percé pour le passage de l'urine. Cette sorte de boîte est remplie de varech qu'on recouvre d'un drap. Le malade repose ainsi immédiatement sur le varech dont on doit changer tous les matins la partie souillée. On peut avantageusement remplacer ce lit de varech par la paille fraîche. 11 présente l'inconvénient d'être plus difficile à tenir propre que le précédent.

Pendant un certain temps on s'était flatté de supprimer le gâtisme en régularisant les évacuations d'une manière artificielle. En obligeant les malades à se présenter à heure fixe à la garde-robe, on peut arriver h discipliner jusqu'à un certain point Icui's fonctions intestinales, et obtenir une certaine atténuation de leur infirmité. Mais il n'y a que des inconvénients à exagérer cette pratique et nous pensons, avec Dunicsnil (1), qu'éveiller toutes les nuits un pauvre paralytique, le forcer à quitter son lit, l'exposerai! froid incomplètement vêtu jusqu'à ce qu'il ait donné des garanties suffisantes de propreté est quelque chose d'un peu inhumain, sans compter que le malade, dans ces opérations ro^pétées, peut tomber, se blesser ou se rompre les membres. Certaines circonstances rendent en outre ce zèle inutile : tantôt le malade résiste par pure malice, tantôt il a peur et se contracte, tantôt enfin le contact de l'air froid produit un resserrement des sphincters qui va à rencontre du but qu'on se propose.

(l)Dumcsnil, Un lit de gâteux [Ann., 1870).

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