‹ Traité pratique des maladies mentalesChapitre 22 sur 69 · MA ME · texte numérisé non relu

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membre de phrase. Parfois, on en voit s'arrêter dans leur agitation et s'immobiliser dans certaines attitudes, comme Textase ou la fixation du soleil.

Les hallucinations manquent souvent dans la manie. Celles de la vue se confondent avec les illusions du même sens; celles de Fouie ne font que refléter l'incohérence des malades. Les illusions sont beaucoup plus fréquentes et portent sur tous les sens, principalement celui de la vue. Certains maniaques voient les objets rapetisses, démesurément agrandis ou renversés. Les uns croient voir dans leur cellule un palais, dans la personne qui les soigne un amant ou une maîtresse, un prince, une divinité ou un ennemi ; dans le breuvage qu'on leur présente un poison ou un nectar, et ainsi de suite. Aussi ces phénomènes interviennent-ils activement dans la direction des idées et la forme du délire. Sous leur influence, tout se transforme, personnes et choses ; tout prend un aspect fantastique, un caractère agréable ou pénible, et selon les propensions habituelles ou les dispositions actuelles du malade, les illusions sont le point de départ d'idées erotiques, religieuses ou ambitieuses, de craintes d'empoisonnement, de frayeurs, etc.

La sensibilité morale est profondément modifiée. Certains maniaques sont expansifs, foncièrement bienveillants, portés à la gaieté ; d'autres ont des dispositions à la colère, aux antipathies soudaines, à la méchanceté, aux actes malfaisants. Le penchant erotique est surexcité, surtout chez les femmes. Chez tous il y a une instabilité de sentiments qui, sous la moindre cause, les fait brusquement passer de la joie au désespoir ou à la colère. C'est alors qu'apparaît la fureur maniaque, provoquée par un simple reproche, une parole de contradiction, une menace ou les mauvais traitements. Chez certains, elle apparaît spontanément, par une sorte d'impulsion irrésistible. Tout à coup, le visage du malade pâlit ou se couvre d'une vive rougeur, ses traits se contractent; des tremblements agitent ses membres, son regard lance des éclairs ; il se jette avec des cris de rage sur tout ce qui se trouve à sa portée, brise, mord, déchire, à moins que, réduit à l'impuissance parles moyens employés en pareil cas, il ne tourne sa fureur contre lui-même en se rou-

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lant à terre et en se précipitant la tcte contre les murs.

Les sens sont exaltés, surtout au début; la vue et l'ouïe deviennent très sensibles, au point que le moindre bruit lait tressaillir le malade, et que la lumière redouble son agitation.

La sensibilité générale est diminuée, abolie ou troublée. Les maniaques sont insensibles à l'action des agents extérieurs et à la douleur physique. Us n'ont souvent aucune conscience des coups et des blessures qu'ils se font; on en voit se mutiler, marcher avec des fractures de jambe. Certains, par une sorte d'hyperesthésie du sens thermique, éprouvent un bien-ctrc évident à se mettre nus, et à se rouler dans la neige.

Les fonctions digcsiives sont troublées au début. La langue est saburrale; il y a de l'embarras gastrique; les malades refusent quelquefois les aliments solides ; par contre ils acceptent volontiers certaines boissons, principalement l'eau et le vin. Plus tard les digestions se régularisent et se font normalement; l'appétit est très développé ; tantôt les malades mangent avec voracité aussi souvent qu'on leur oftVe des aliments, tantôt il les repoussent pendant un certain temps pour se jeter dessus à un autre moment et les absorber en un clin d'œil. La constipation n'est pas habituelle. Les excrétions, dans les formes légères, se font normalement ; dans les cas de manie intense, elles ont lieu involontairement par défaut d'attention.

Les sécrétions sont quelquefois troublées : tantôt, la peau est chaude, sèche, aride ; tantôt elle est humide et baignée d'une sueur abondante à odeur plus ou moins fétide .

Il n'y a pas de pouls spécial à la manie. L'agitation violente s'accompagne habituellement d'une forte accélération avec tension artérielle, ce qu'indique la faible amplitude des tracés sphygmographiques. A cette période succède une période de relâchement caractérisée par du dicrotisme. Les malades affaiblis et épuisés ont le pouls petit et lent.

La température du corps est normale dans la manie. Cependant, au début et dans les moments de recrudescence de l'agitation, alors qu'il se produit un travail mus-

CLilaire énorme, elle peut atteindre 38° centigrades ; et dépasser légèrement ce chiffre.

Le sommeil est constamment troublé. On constate pendant des mois une insomnie tenace avec persistance de l'agitation entretenue par des illusions et des hallucinations.

ha menstruation est souvent supprimée; d'autres fois, elle est irrégulière. L'époque menstruelle, qu'elle soit ou non signalée par l'hémorragie habituelle, est presque toujours le signal d'une recrudescence de l'agitation. La régularisation des règles survient parfois dans le cours de la maladie, et précède la convalescence; dans d'autres cas elle la suit.

Les fonctions sexuelles sont fréquemment exaltées, surtout chez les femmes, qui perdant toute retenue, ne peuvent supporter la présence d'un homme sans se livrer aux provocations les plus obscènes.

§ 4. — Formes de la manie

Il existe deux formes principales de manie : la manie aiguë franche, et Vexcitation maniaque. Ce sont bien deux formes cliniques distinctes et non deux degrés d'un même état morbide, car le tableau symptomatique de chacune d'elles présente des différences assez notables. La manie aiguë réunit tous les symptômes de la maladie et répond davantage à la description schématique qui précède. Elle comporte plusieurs degrés dont le plus élevé aboutit quelquefois à la complication grave que Ton décrit sous le nom de délire aigu. L'excitation maniaque est surtout caractérisée par l'exaltation des facultés intellectuelles sans désordre notable des idées, de la sensibilité et de la motilité.

Manie aiguë. — Dans une première variété, l'ensemble symptomati(iuc demeure dans une tonalité moyenne; les trouljlos intcHectuels sont modérés; les idées rapides, mais i)lutr)t mobiles qu'incohérentes ; le malade bavarde, mais sîius moitilité excessive, passant incessamment d'un sentiment h l'autre, du l'ire aux larmes, d'une joie immodérée aux signes du plus violent désespoir. Il rit, chante,

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