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FORMES DE LA MANIE

siffle, pleure et sanglote tour à tour. Sa personnalité est passagèrement exaltée ; il prend une attitude fière et manifeste des idées de satisfaction, de richesses ou d'orgueil. Les illusions qu'il éprouve lui laissent encore une certaine conscience du monde extérieur et son attention peut être fixée sans trop de peine. Du côté des mouvements, le trouble est peut-être plus accentué :1a mimique est extravagante, la tenue d'une incorrection qui semble cherchée et voulue, les actes désordonnés. Dans quelques cas la loquacité fait presque complètement défaut et on se trouve en présence des seuls troubles de la motilité.

Quand la maladie évolue tout entière dans les limites de cet état- habituellement désigné sous le nom d'agitation maniaque, on a affaire à la forme légère de la manie franche.

Mais l'agitation maniaque n'est souvent qu'une phase transitoire d'une forme plus sévère, et en constitue soit la période initiale, soit une période de rémittence, soit la période de déclin.

Dans la manie aiguë à développement complet, à ce premier stade d'agitation maniaque en succède un autre constituant la période d'état de la maladie et où l'agitation phj^sique et mentale s'élève à un degré beaucoup plus élevé. La loquacité redouble, Tincohérence s'accentue ; aux paroles sans suite succèdent des séries d'assonnances, enfin des cris. Les désordres de la motilité aboutissent, de leur côté, par une exagération progressive, à des mouvernents forcenés d'ordre exclusivement convulsif.

Diverses conditions, qu'il convient de signaler avant d'aller plus loin, altèrent la pureté de forme de la manie aiguë et lui imposent certains caractères particuliers.

Par exemple, les dispositions psychiques habituelles du malade, comme la défiance, le mysticisme, Torgueil, la chasteté impatiemment supportée, influent sur le cours de ses idées délirantes et contribuent à leur donner un tour spécial.

Les hallucinations ont un effet analogue. Quand les hallucinations d'un caractère pénible prédominent, elles font naitre des idées de persécution persistantes avec tendance à la systématisation. Quand elles sont d'ordre religieux, elles engendrent un délire démonomaniaque ou mys-

tique. Tantôt les malades environnés de démons se livrent contre eux à des luttes furieuses, voient l'enfer et ont de l'agitation panophobique. Tantôt ils voient Dieu, la Vierge, les anges ; se proclament eux-mêmes d'essence divine, chantent des cantiques, veulent convertir, sauver le monde, etc.

Certaines circonstances étiologiques ont une action non moins incontestable. La manie aiguë, suite de couches, s'accompagne toujours de délire obscène et d'hallucinations génitales. Les manies de l'épilepsie, de Thystérie, de Talcoolisme ont des caractères spéciaux que nous étudierons plus loin. La manie ambitieuse d'emblée ne se développe que sur le terrain de la dégénérescence héréditaire. Néanmoins, ces particularités, bien qu'importantes au point de vue clinique, ne sont pas suftisantes pour créer des espèces nosologiques distinctes, et il n'y a aucun signe pathognomonique qui distingue, par exemple, une manie puerpérale d'une manie causée par un violent chagrin.

La manie ambitieuse simple dont nous venons de signaler la fréquence chez les héréditaires, éclate brusquement, le sentiment de la personnalité subitement exagéré arrive en un temps très court aux limites extrêmes de l'exaltation ; les malades sont tranchants, impérieux, irritables; ils prononcent des paroles incohérentes au milieu desquelles percent des idées ambitieuses; ils sont investis d'une grande puissance, vont réformer le monde, faire les plus grandes découvertes; accomplir des actes gigantesques. Leur délire revêt souvent une couleur mystique : ils ont des rapports avec le ciel, sont inspirés, sont chargés d'une mission divine. Leurs actes sont désordonnés, impulsifs, parfois violents et nuisibles. La marche de cette forme de manie est très iri-égulière ; elle est sujette à de nombreuses rechutes et se termine souvent parle passage à l'état chronique. Elle diffère de la paralysie générale au début par l'absence des troubles musculaires, de l'cupliorio et des symptômes de démence particuliers à cette dernière maladie.

Délire aigu. — Le plus haut degré de la manie, la manie smaii/uë de certains auteurs, aboutit parfois au délire aigu. On désigne ainsi un ensemble symptomatique

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