‹ Traité pratique des maladies mentalesChapitre 28 sur 69 · FORME DE LA MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

FORME DE LA MÉLANCOLIE

Plongé dans une sorte de rcve, au milieu d'un monde imaginaire, le stupide est assailli d'illusions et d'hallucinations intenses : ce sont des précipices qui s'ouvrent sous ses pas; les objets qui l'entourent lui sont inconnus; c'est l'enfer, une contrée désolée; les personnes qui l'approchent sont des ennemis ou des bourreaux; il se voit entouré d'incendies, de flammes, de diables, de scènes de meurtre et de carnage. Quand la guérison vient mettre un terme à cet état affreux, il lui semble sortir d'un horrible cauchemar. Indifférents à tout, les stupides se laissent conduire et faire ; d'autres, frappés d'impuissance, et dominés par une force inconnue , sont en quelque sorte pétrifiés, frappés d'immobilité. Il en est qui refusent obstinément la nourriture, convaincus que c'est du sang et de la chair humaine qu'on leur présente.

Fig. 3. — Homme, 40 ans. Stupeur mélancolique délirante.

Fig. 4.— Femme, 30 ans. Stupeur apathique. Faibles contractions cardiaques.

Chez quelques malades, le délire est moins actif, l'idéation est plus rare, plus confuse. Il ne se produit chez eux ni hallucinations, ni trouble très accentué des fonctions cérébrales, mais un sentiment de tristesse vague, d'appréhension, qui exerce une sorte d'inhibition intellectuelle. Si l'état des premiers peut être comparé au rêve, l'état des seconds peut être comparé à une sorte de demi-sommeil. L'un est la forme active et l'autre la forme passive de la stupeur mélancolique.

La stupeur n'est pas toujours continue ; elle peut être entrecoupée d'accès d'agitation maniaque tantôt intenses et bruyants, tantôt limités à quelques manifestations fugitives, telles que pleurs ou rires sans motifs, suractivité

physique inaccoutumée. On peut aussi constater le retour de l'état anxieux et des impulsions au suicide dont il faut toujours se défier.

B. — Au point de vue du délire, il convient de distinguer à côté de la mélancolie type que nous avons décrite précédemment, quelques formes secondaires de moindre importance, et où d'ailleurs l'élément héréditaire joue un rôle prépondérant; c'est la mélancolie religieuse, la mélancolie avec idées de persécution, la mélancolie hypocondriaque.

Mélancolie religieuse. — Cette forme de mélancolie se développe principalement aux âges critiques, à la puberté, surtout à la ménopause, véritable moment psychologique de la mélancolie. A ce point culminant de la vie, les causes morales de nature dépressive ont leur maximum d'action, et le délire, qu'elles engendrent, reflète parfois admirablement les préoccupations, les idées, les penchants ordinaires à cette âge. Ce sont des scrupules, des remords qui naissent en foule; le regret des fautes commises, la peur de ne pas faire son salut. La ferveur religieuse redouble; on multiplie les pratiques de dévotion ; on ne quitte plus les églises, on change de confesseur chaque jour. Puis surviennent les hallucinations terrifiantes, les visions démoniaques, la crainte de l'enfer et les accès panophobiques ; quelquefois des périodes d'extase et d'exaltation mystique à forme ambitieuse.

Mélancolie avec idées de persécution. — Cette forme ne diffère de la mélancolie ordinaire que par la nature des hallucinations et Vohjeclivation des idées délirantes. Les malades s'entendent accuser de fautes qu'ils n'ont pas commises, menacer de supplices qu'ils n'ont pas mérités ; s'ils sont coupables, ils sont prêts à se repentir, à faire amende honorable, etc. Ces conceptions délirantes sont mobiles et n'ont pas de tendance à se systématiser comme dans le véritable délire de persécution.

Mélancolie hypocondriaque. — Elle se développe habituelh'mciil (lie/ (les personnes d'un tempérament névropallii(|U(', soit i»ai- suite d'une tension exagérée de l'esprit

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