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CHAPITRE VI IDIOTIE

Lidiotie est Tarrêt de développement de rintelligence lié à un vice congénital ou accidentel de Tencéphale.

L'idiotie n'est pas une forme de folie, ce n'est pas non plus une maladie : c'est une infînnilé. Ainsi que le fait observer Esquirol, c'est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais manifestées, ou n'ont pu se développer assez pour que l'idiot ait pu recevoir l'éducation des individus de son âge. L'idiotie commence avec la vie ou dans cette période de la vie qui précède l'entier développement des facultés intellectuelles et affectives. Tout décèle dans les idiots nne organisation imparfaite ou arrêtée dans son développement ; ils sont ce qu'ils doivent être pendant tout le cours de leur existence et rien ne saurait leur donner plus de raison, plus d'intelligence.

Avant Esquirol, on confondait l'idiotie avec la démence et avec la stupeur. Sous le nom d'idiotisme, en effet, Pinel décrivait un genre de folie qui englobait ces trois états si différents. Esquirol s'appliqua à en faire le diagnostic différentiel. « L'homme en démence, dit-il, est privé des biens dont il jouissait autrefois; c'est un riche devenu pauvre : lidiot a toujours été dans l'infortune et dans la misère. L'état de l'homme en démence peut varier, celui de l'idiot est toujours le même. Celui-ci a beaucoup de traits de l'enfance, celui-là conserve beaucoup de la physionomie de l'homme fait. Chez l'un et l'autre, les sensations sont nulles ou presque nulles; mais l'homme en démence montre, dans son organisation et même dans son intelligence, quelque chose de sa perfection passée ; ridiot est ce qu'il a toujours été, et il est tout ce qu'il

peut être rc4ativement à son organisation primitive (1) ». Quant au diagnostic différentiel de Tidiotie et de la stupeur, il repose non seulement sur des considérations analogues aux précédentes, mais encore sur révolution de la maladie dont la terminaison habituelle est la guérison.

§ 2. — Descripïio.x

Depuis la simple débilité intellectuelle jusqu'à l'oblitération complète de l'intelligence, il existe une infinie variété de types qu'il est difficile d'enfermer dans les cadres d'une S3'mptomatologie précise. Pour ne pas multiplier inutilement les descriptions schématiques et compliquer encore l'étude d'états si complexes par euxmêmes, nous nous contenterons de deux groupes faisant suite à la folie héréditaire : 1° les imbéciles ; 2'^ les idiots proprement dits.

Chacun de ces groupes peut à son tour se subdiviser en plusieurs catégories; nous nous bornerons à étudier deux degrés dans l'imbécillité et deux degrés dans l'idiotie.

1° Imbéciles.

Semi -imbéciles. — Les semi-imbéciles ne se reconnaissent pas toujours à première vue. Leur extérieur peut ne pas différer sensiblement de celui d'es personnes intelligentes, et ils sont en général aptes à tenir une place dans la société.

Leur développement est tardif et lent ; jeunes, ce sont des enfants arriérés, ils ne parlent que très tard, avec de la blésité, des défauts de langue qui persistent quelquefois. Tantôt ils restent grêles, délicats, plus petits que ne comporte leur âge ; tantôt au contraire ils grandissent d'une façon disproportionnée. Ils sont presque toujours porteurs de quelques stigmates physiques de la dégénérescence, ont la tête inégalement développée, des traits irréguliers et épais, du strabisme, des oreilles mal con-

ij Esquirol. Maladien mentalea, l83î<.

Clllerre. Maladies meutales. l'J

formées. L'évolution de leurs organes sexuels est tardive et parfois incomplète.

Ils ne sont pas incapables d'attention, ont de la mémoire, une certaine facilité d'imitation, peuvent apprendre à écrire leur langue d'une manière correcte et acquérir une certaine habileté pour les actes manuels ou d'agrément. Mais on remarque néanmoins, dès leur jeune âge, qu'ils ont une grande (difficulté pour apprendre et qu'ils ne parviennent à s'assimiler partiellement la matière des programmes que d'une façon mécanique, sans l'intervention delà réflexion et du raisonnement. Aussi leur éducation reste-t-elle toujours incomplète. Ils présentent parfois une certaine imagination, ont des prétentions à la littérature, à la poésie, à l'invention, mais leurs productions sont informes et enfantines. Ne pouvant penser par eux-mêmes, ils ne sont que l'écho plus ou moins fidèle de ce qu'ils ont lu ou entendu. Quelques-uns ont une mémoire partielle remarquable, et étonnent par la facilité avec laquelle ils retiennent des chiffres, des dates, des faits isolés dont ils sont incapables pourtant de comprendre les rapports et l'enchaînement logique. En un mot, ce qui caractérise surtout ces demi-imbéciles, c'est la faiblesse du jugement et l'inégal développement des facultés intellectuelles.

Au moral, ils sont tantôt dénués d'amour-propre et indifférents aux stimulants habituels de l'intelligence humaine; tantôt ils sont vaniteux, infatués d'eux-mêmes, convaincus qu'ils sont supérieurs aux autres. Ils sont égoïstes; leurs sentiments affectifs sont peu développés. Bien qu'ils aient une notion suffisante du bien et du mal, ils cèdent avec facilité aux suggestions étrangères qui ont pour but de les conduire hors du droit chemin. Ils sont sans volonté, sauf quand ils s'entêtent. Les uns n'éprouvent aucune difficulté à se conformer aux règles de la morale et des convenances ; beaucoup môme à ce dernier point de vue sont des modèles de correction. Chez les autres, on constate la présence des plus mauvais instincts, une tendance innée vers les abus alcooliques, des perversions sexuelles, l'apparition précoce de perversités dangereuses. Par ce côté, l'imbécillité du premier degré se l'attache à la folie morale étudiée précédemment»

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Imbéciles proprement dits. — Les iinbéciles proprement dits sont encore bien conformés d'une manière générale : leur organisation diffère peu de l'organisution normale. Leur taille soumise à des variations considérables est tantôt au-dessous, tantôt au-dessus de la moyenne. Leur tète présente souvent, quoique à un degré moins prononcé, toutes les anomalies observées chez les idiots. La face est irrégulière, asymétrique, trop étroite, trop large, ou prognathe; dans quelques cas exceptionnels, . elle est au contraire remarquable par l'agrément et la régularité des traits. Leur corps présente parfois des difformités, des arrêts de développement, des malformations diverses. Leur allure est tantôt timide à l'excès, tantôt caractérisée par une hardiesse et une pétulance excessives.

Ce qui établit une limite tranchée entre les imbéciles des premier et deuxième degrés, c'est que tandis que les uns prennent encore une part active à la vie sociale, les autres y sont étrangers et ne vivent dans le monde qu'en parasites. Ils vivent dans leur famille comme des étrangers ou comme de grands enfants, dit Esquirol. Ils sont incapables d'attention, leurs sensations sont faibles et fugaces, leur mémoire lente et peu sûre ; leur réflexion ne s'élève jamais jusqu'aux idées générales et abstraites. Ils ont l'usage de la parole, cependant ils présentent dans l'articulation des consonnes quelques vices de prononciation qui les trahissent aussitôt. Ils apprennent à lire et à écrire, la musique, certains arts mécaniques; ils apprennent plus difficilement à compter et sont le plus souvent incapables de combiner les nombres les plus simples; ainsi un imbécile comptera tous les objets qu'on lui présente, mais sera toujours incapable de dire combien font deux et deux.

Nuls par eux-mêmes, ils ne peuvent qu'imiter ou obéir aux impulsions étrangères : « Ils prennent aux sérieux les choses les plus plaisantes et rient des choses les plus tristes. Quelque chose les intéresse-t-il, leurs yeux sont ïixes, mais ils ne voient pas ; ils écoutent mais ne comprennent pas, quoiqu'ils affectent d'avoir vu et d'avoir compris. Ils répondent juste, mais ne leur laites pas beaucoup de questions, n'exigez pas d'eux des réponses qui

les forcent à réfléchir ou qui soient hors de leurs habitudes. Ordinairement contents d'eux, ils en parlent avec un ton de satisfaction très plaisant, ou bien ils cherchent des expressions auxquelles leur physionomie ne répond pas. Leurs gestes, leurs poses sont bizarres et rarement en harmonie avec ce qu'ils pensent ou ce qu'ils disent. Leur ajustement les trahit aussi bien que leur maintien qui est sans constance et sans but déterminé (1). »

Quand ils ont quelques aptitudes, elles sont très bornées et accaparent toute leur capacité intellectuelle. Ils apprennent un métier, mais ne savent rien faire d'autre chose; ils apprennent à lire, mais ne peuvent écrire ; ils apprennent un instrument de musique, mais sont incapables de jamais reconnaître les lettres de l'alphabet. L'habitude et l'imitation jouent un grand rôle dans leur existence et impriment à leur manière de vivre une régularité qui est toute mécanique.

Leurs sentiments aft'ectifs sont très inégalement développés; ils s'attachent plutôt par routine que par affection véritable aux personnes qui leur donnent des soins. Cependant quelques-uns sont doués d'une sensibilité très vive et peuvent.éprouver un chagrin prolongé. Ils sont rusés, malins, menteurs, voleurs, gourmands, entêtés, querelleurs, irascibles et poltrons. La vue des personnes d'un sexe différent les impressionne et les excite. A l'époque de la puberté, l'instinct sexuel se manifeste d'une façon énergique ; les garçons commettent parfois des attentats à la pudeur, les filles déploient une coquetterie provocante et courent après les hommes; les deux sexes se livrent à la masturbation avec une ardeur effrénée.

En résumé, les imbéciles proprement dits ont quelque sensibilité, quelque intelligence, sont susceptibles d'une certaine éducation, mais abandonnés à eux-mêmes, ils sont incapables de se conduire, de régler leur existence matérielle, de se préserver des dangers de tout genre, de lutter contre leurs mauvais penchants; s'ils ne sont soumis à une tutelle intelligente, ils tombent dans une dégradation morale et physique progressive qui les conduit à une sorte d'idiotie acquise et à une mort prématurée.

' [) Ks(juirol. foc. cil.

Les imbéciles, comme les dégénérés d'un degré moins avancé, sont susceptibles d'être atteints de folie. Les formes les plus ordinaires chez eux sont la manie et \d^ mélancolie. Ces accès intercurrents n'ont dans l'espèce aucun caractère spécial; maniaques, les imbéciles manifestent surtout des impulsions instinctives, du désordre des actes, des actes de violence; mélancoliques, ils ont des accès de crainte panophobique et des tendences au suicide. Quelques-uns passent alternativement par des périodes d'excitation et de dépression. Pour peu que ces accès se répètent, l'imbécile ne tarde pas à tomber dans une démence qui semble se confondre avec l'idiotie.

2° Idiots.

Caractères communs. — Chez les idiots, les facultés intellectuelles et morales sont nulles ou presque nulles par défaut de développement, que l'arrêt de développement soit congénital, ou qu'il soit consécutif à quelque trouble survenu dans l'évolution organique, peu de temps après la naissance.

Le crâne des idiots est constamment déformé, mais aucune déformation n'appartient spécialement à cet état. Il existe quelques idiots à grosse tête, mais chez la plupart, elle est petite, rétrécie dans tous ses diamètres, avec un aplatissement considérable de la région occipitale. Les tètes les plus petites appartiennent en général aux idiots les plus dégradés.

Les fonctions de la nutrition sont quelquefois régulières, mais le plus souvent elles ne s'accomplissent qu'imparfaitement. Les idiots ont en général un teint blême, ils sont chétifs, amaigris, anémiques ; ils s'alimentent mal, mangent d'une façon gloutonne et sans mastiquer; quelques-uns sont atteints de mévycisme et ruminent à la façon des animaux (1). Chez les idiotes suffisamment développées, la menstruation est régulière.

L'idiotie offre de nombreuses variétés au point de vue intellectuel et moral. Quelques idiots ont des aptitudes

(1) Bourneville et Ségias, Du Mérycisme. (Archives de NeurolOf/ie,

rudimentaires et des penchants; un certain nombre chantent et retiennent des airs ; quelques-uns peuvent se livrer à une occupation manuelle très simple ; les autres sont réduits à une existence exclusivement végétative. Nous les diviserons en deux catégories.

Idiots incomplets. — Au degré le plus élevé, Tidiot a un langage rudimentaire et on peut juger de son degré intellectuel par l'étendue de son vocabulaire. Son langage ne dépasse jamais quelques monosyllabes, quelques mots, rarement quelques lambeaux de phrase auxquels d'ailleurs il n'attache pas toujours un sens précis. Quelquesuns se font un langage composé de gestes et de cris particuliers compris seulement de ceux qui les soignent.

Les idiots valides dépensent leurs forces en mouvements automatiques, monotones et invariables ; la plupart se livrent à un balancement perpétuel. D'autres marchent toujours à la même place avec les mêmes gestes et les mêmes mouvements. Un idiot, cité parEsquirol, marchait toujours au même endroit; parfois il animait sa marche en ployant et redressant vivement le tronc, en agitant un de ses bras et en riant aux éclats. Un autre, cité par Griesinger, passait sa vie à pousser et à tirer un tiroir de commode. D'autres se livrent incessamment au même travail mécanique, comme d'arracher l'herbe, d'entasser des pierres et entrent en fureur si on met obstacle à leur occupation habituelle.

Ils sont parfois de la plus grande insensibilité physique ; on en voit se mordre, se déchirer, s'épiler, se faire des plaies à force d'irriter une partie de leur corps par les Irottements. Esquirol a vu une idiote qui, avec ses doigts et ses ongles, avait percé sa joue et avait fini par la déchirer jusqu'à la commissure labiale, sans paraître so.uffrir. La plupart même quand ils ne sont pas insensibles, n'ont aucune conscience de la cause de leur douleur et ne peuvent distinguer si elle est en eux ou hors d'euxmêmes.

Les idiots se livrent en général avec fureur à la masturbation, sans se soucier de ceux qui les entourent. Ils courent après toutes les femmes, ou se livrent sur leurs semblables à des tentatives de pédérastie. La plupart sont

DESCRIPTION olH

voleurs, gloutons, irascibles, et s'abandonnent à des actes de fureur subite contre les personnes ouïes objets qui les entourent, quelquefois contre eux-mêmes. Us ont en général une disposition spéciale pour chanter et retenir les airs. Esquirol dit n'avoir jamais vu d'idiot qui ne chantât quelque air ou quelque phrase de musique, bien que privé de la parole.

On observe chez beaucoup d'entre eux une sorte d'affec^ tien pour ceux qui les soignent et s'occupent d'eux. Ils ont une certaine aptitude à l'imitation. Cet instinct d'imi^ tation est parfois dangereux, témoin cet idiot qui ayant vu égorger un porc, égorgea de même un de ses cama' rades.

Idiots complets. — Les idiots complets ont une face hébétée, difforme, hideuse, animée de froncements, de grimaces et de tics continuels. Le front est étroit, court, fuyant, les yeux louches, inégaux ; les lèvres épaisses, la bouche large et béante, laissant couler la salive ; les dents cariées, les gencives fongueuses. Leur regard est vague, sans expression : ils regardent mais ne voient pas. Quelques-uns sont sourds, muets ou aveugles ; chez les autres les sens sont obtus et ne leur servent presqu'à rien. Ils s'abandonnent à des éclats de rire bruyants et poussent des cris rauques ou étouffés. Leurs évacuations sont involontaires, leurs mouvements incertains et sans précision; ils se roulent dans l'ordure, dévorent les choses les plus dégoûtantes, des corps étrangers, des pierres, des débris de toute nature.

Ils sont rachitiques, scrofuleux, ont des vices de conformation de toute espèce, des paralysies, des atrophies musculaires, des pieds-bots, de Tathétose, de la chorée, de répilepsie. Chez les plus dégradés, l'arrêt de développement porte non seulement sur le système nerveux, mais encore sur tout l'organisme; la croissance est arrêtée, la seconde dentition ne se fait pas, l'évolution pubère reste indéfiniment suspendue; ils ont durant toute leur vie qui ne passe guère une trentaine d'années, les apparences d'enfants de quatre ou cinq ans.

§ 3. — Etiologib

Les causes de Tidiotie sont extrêmement nombreuses ; elles agissent tantôt isolément, tantôt en se combinant pour déterminer chez le môme individu des désordres de plus en plus graves. L'idiotie étant tantôt congénitale, tantôt acquise, les causes qui la produisent peuvent se ramener à deux grandes classes : 1° les maladies ou les états anormaux des ascendants ; 2° les maladies du sujet lui-môme.

Idiotie congénitale. — Entre toutes les causes de l'idiotie congénitale, il faut signaler Vliérédité. L'action de cette dernière est des plus énergiques, quand les deux parents sont simultanément porteurs de tares psychiques ou névropathiques. Elle est à son maximum si, en outre, les parents sont consanguins. Point n'est besoin que la tare psychopathique soit des plus évidentes ; on voit des ménages en apparence corrects engendrer avec persistance des idiots : dans ces cas la correction n'est qu'apparente; le mari peut être, je suppose, un semi-imbécile et la femme une hystérique. Dans des cas semblables la consanguinité multiplie l'intensité de la prédisposition; c'est pourquoi les mariages consanguins donnent une très grande proportion d'idiots.

Les affections nerveuses des parents, le nervosisme, la folie, Vhi/siérie et surtout ïèpilepsie se rencontrent fré- (luemment dans les antécédents des idiots.

On doit incriminer dans certains cas les émotions morales de la mère pendant la gestation. Une violente émotion de cette dernière peut, en effet, en arrêtant pendant quelque instants lé développement du systèmenerveuxdu fœtus, déterminer une véritable dysgénésie. Cette cause sera d'autant plus plausible que l'idiotie où elle est invoquée se montre à titre de cas isolé et que la mère a eu, avant ou après, d'autres enfants bien constitués. Les maladies de la mère pendant la gestation peuvent jouer un rôle analogue quoique moins démontré.

Les liahimdes alcooliques des ascendants sont un des

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facteurs les plus puissants de l'idiotie, ainsi que Morel Ta établi. Non seulement l'alcoolisme chronique jouit de ce triste privilège, mais encore l'intoxication passagère. Lorsqu'on peut remonter jusqu'aux circonstances mêmes dans lesquelles a eu lieu la conception, presque toujours on peut constater que le coït fécondant a eu lieu pendant l'ivresse du mari.

La disproporfion (Vâge entre les parents a été signalée comme jouant dans quelques cas un rôle important et d'ailleurs plausible.

La tuberculose, la scrofule, le rachitisme, formes de la dégénérescence, peuvent se traduire dans les descendants par l'apparition de l'idiotie. « Chacun sait, dit A. Voisin, que les scrofuleux comptent plus d'idiots que d'hommes intelligents, quoique ces derniers soient plutôt remarqués, peut-être en raison de l'anomalie qu'ils représentent. Les idiots de cette catégorie appartiennent presque tous à celle des enfants arriérés, qui végètent tant bien que mal, trouvent à s'employer comme domestiques à de gros travaux qui ne nécessitent pas d'intelligence, meurent avant le temps, d'accidents ou de privations (1). »

Idiotie acquise. — Parmi les causes qui déterminent l'arrêt de développement du cerveau après la naissance, il faut compter le manque de soins, une mauvaise hygiène, et surtout les maladies cérébrales de l'enfance. Les inflammations méningées, les hémorragies, les épanchements séreux, laissent après eux des résidus organiques qui compriment le cerveau et en entravent le libre développement. Les convulsions, l'épilepsie survenues dans le jeune âge, arrêtent souvent un développement intellectuel qui semblait s'exécuter normalement. 11 faut ajouter à ces causes les trauniatismes crâniens provenant soit de manœuvres obstétricales inconsidérées, soit de chutes, de coups sur la tête, etc. L'habitude que certaines populations ont encore d'emprisonner le crâne mou et malléable des nouveau-nés dans des bandages ou des serre-têtes de différentes formes n'est pas sans jouer un certain rôle dans quelques cas d'idiotie. Il existe à ce

(Ij A. Voisin, Leçons cliniques su)' les maladies mentales: 1883.

sujet des travaux intéressants de Fovillepère et de Lunier, pour la Normandie et les Deux-Sèvres. Sur beaucoup d'aliénées vendéennes, on sent le sillon , laissé par une ligature du même genre, donnant au crâne la forme d'une gourde. La petite extrémité correspond à la région antérieure, et la grosse forme la région occipitale.

Parmi les maladies infantiles autres que les affections cérébrales, il faut citer principalement la fièvre typhoïde, dont le rôle est assez fréquent dans l'idiotie acquise.

Certaines conditions de sol, de climat, d'alimentation et de race, sont des plus favorables à la multiplication des cas d'idiotie. En dehors de toute endémicité crétineuse, on voit dans certaines localités naître un grand nombre d'idiots sans qu'on puisse invoquer d'autre cause occasionnelle que les mauvaises conditions hygiéniques de la population, son manque de croisement, sa stagnation intellectuelle séculaire, et une sorte de sélection des dégénérescences psychiques qui favorise et porte à son maximum l'influence de l'hérédité morbide (1).

§ 4. — Anatomie pathologique

Crâne. — Le crâne des idiots a, en général, une capacité moindre que celui des individus sains. Cependant, en cas d'hydrocéphalie, il peut atteindre des dimensions invraisemblables. Chez quelques idiots présentant de l'hypertrophie de la masse cérébrale, la boîte crânienne peut également atteindre un volume considérable. Enfin dans quelques cas, principalement chez les idiots épileptiquos, on trouve le crâne assez volumineux, par suite del'épaississement de ses parois qui peut atteindre jusqu'à 12 millimètres. Il en résulte qu'avec une grosse tète, un idiot peut avoir un cerveau inférieur comme dimensions à la moyenne normale.

Selon Broca, sont demi -microcéphales tous les crânes non déformés d'Européens adultes dont la capacité est inf(''rieurc à ItlJO centimètres cubes et la cii'conférence liorizonlale moindre de 480 millimètres, si c'est un homme,

(1) A. CuUorrc. 7Ms dcgenerescenrcs paycho-Cifrébrolcs dans les milieux ruroi/.r. (,\n?}afcft. 1884.)

et 475, si c'est une femme. Mais chez les véritables microcéphales, le volume crânien descend beaucoup au-dessous de ce chiffre; on en trouve depuis 600 jusqu'tà 300 centimètres cubes. De même la circonférence horizontale peut descendre au-dessous de 3oO millimètres.

Un crâne d'idiot microcéphale peut être relativement bien proportionné, mais il est plus ordinaire de le trouver déformé dans quelqu'une de ses parties. Le front est bas et fuyant, l'occiput aplati, les bosses pariétales asymétriques ; dans quelques cas, les déformations observées semblent échapper à toute description.

La microcéphalie est due tantôt à une lésion des sutures osseuses, tantôt à une maladie du tissu osseux lui-même.

L'altération des sutures a pour effet de provoquer des synostoses prématurées qui entravent la libre expansion du cerveau.

Lorsque, l'irritation morbide se généralise à toutes les sutures, la boîte crânienne se consolide en masse, devient inextensible et constitue la microcéphalie véritable. Yirchow a formulé une loi générale qui donnerait, si elle était exacte, une explication simple et facile de toutes les déformatioKs crâniennes qui deviendraient ainsi d'un classement facile. Selon lui, à la suite de la synostose d'une suture, le développement du crâne reste toujours en retard dans une direction perpendiculaire à celle de la suture soudée. En réalité, l'effort qui tend à suppléer à la compression cérébrale déterminée par l'ossification prématurée d'une suture, s'exerce dans tous les sens et surtout dans les points où elle rencontre le moins de résistance. De là les déformations si variées qu'on rencontre chez les idiots (1).

Le rachitisme des os est une cause de déformation crânienne, soit qu'elle permette une distension exagérée de la cavité crânienne et l'hydrocéphalie; soit, lorsqu'il tend à guérir, que ce travail d'ossitication soit trop rapide, trop énergique ou se fasse d'une façon irréguliere. Chez quelques idiots, comme nous l'avons dit plus haut, l'épaisseur des os crâniens acquiert des proportions considérables. Tantôt le diploë est épaissi, spongieux, aréolaire;

(1) Topinard. l'Anthropologie. 1879

tantôt les lames et le diploë forment une masse compacte d'une consistance et d'un aspect éburnés ; dans d'autres cas, à côté de points considérablement hypertrophiés, on en trouve d'autres réduits à une mince lamelle transparente.

Encéphale. — Le poids de la masse encéphalique est le plus souvent chez les idiots inférieur à la normale. Lélut estime que la moyenne du poids du cerveau est inférieure de 1 onzième à celle du cerveau des personnes saines.

Les arrêts de développement sont nombreux et variés. On a noté l'absence partielle ou totale du corps calleux, monstruosité qui, lorsqu'elle est isolée, n'est pas incompatible avec un certain degré intellectuel ; l'absence partielle de certaines circonvolutions et du centre ovale désignée sous le nom de porencéphalie, et qui consiste en une lacune creusée entre les ventricules et les espaces sousméningés ayant la forme d'une poche kystique ; l'absence partielle du cervelet réduit au vermis ou à une petite masse atrophiée. Le cerveau lui-même peut être frappé d'arrêts de développement portant soit sur l'ensemble, soit sur une région déterminée.

La morphologie des circonvolutions est le plus souvent altérée ; Luys, qui en a fait une étude spéciale, arrive aux conclusions suivantes : 1° le cerveau des imbéciles et des idiots présente constamment des lésions morphologiques; 2° Ces modifications se révèlent sous forme d'atrophies partielles portant sur tel ou tel groupe de plis corticaux qui sont amincis et amaigris, tandis que les sillons correspondants sont creusés et élargis; 3*' ce sont les circonvolutions frontales qui présentent le plus d'irrégularit(''s dans leur mode de groupement, puis viennent les marginales ; 4° l'asymétrie des deux hémisphères est très accentuée, et ils présentent le plus souvent une discordance d'organisation des plus remarquables (1). Enfin on a signalé l'absencedes circonvolutions elles-mêmes, le cerveau présentant l'aspect lisse du cerveau des animaux inférieurs (2).

(Ij Luys, Traite pral'Kiuc et clmuiuc. <U-i< mala<lirs tticnta/rs: 1881. l'i) Coniniunicalion du F)-^ I'. Bricon.

\,'' histologie des cerveaux d'idiots montre des arrêts de développement du système vasculaire de Fécorce (Luys), la rareté des éléments cellulaires, la persistance des caractères embryonnaires de la structure des circonvolutions ; et quand les idiots ont dépassé l'adolescence, une nécrobiose avancée des cellules existantes.

Les lésions que l'ont trouve dans le cerveau des idiots varient suivant les affections cérébrales dont ils ont été frappés; ce sont des méningites, des encéphalites diverses, des néoplasies de nature variée.

La plus fréquente peut-être de ces lésions est la sclérose atrophique, portant soit sur un hémisphère, soit sur un lobe, soit sur une région limitée de l'écorce, par exemple les circonvolutions frontales et marginales. Cette lésion entraîne, suivant son siège, des scléroses descendantes que l'on peut suivre dans tout l'axe cérébro-spinal. Elle consiste en une atrophie avec ratatinement et induration de la substance cérébrale.

A côté de cette forme diffuse de sclérose prend place la sclérose tubéreuse, résultat d'une forme spéciale d'encéphalite. Elle consiste en tubérosités superficielles qui, sans rien changer à la disposition générale des circonvolutions, donnent cependant un aspect tout particulier à la surface cérébrale. Ces foyers de sclérose se localisent soit à la surface des circonvolutions, soit à la surface des corps opto-striés. Le tissu scléreux deces nodules consiste en une trame névroglique excessivement dense, parsemée de noyaux et de cellules araignées. Les éléments nerv^eux y font défaut, les vaisseaux y sont rares. Il n'y a pas de démarcation tranchée entre les parties malades et les parties saines, mais les cellules nerveuses les plus voisines du centre de la petite tumeur sont atrophiées, jaunes, granuleuses et troubles. Bourneville conclut à l'existence, dans ces cas, d'une polio-encéphalite tubéreuse (1).

La sclérose hyperlrophique de la masse cérébrale est encore une lésion particulière à l'idiotie. Dans un cas publié par nous (2), ce qui frappait dans l'aspect général

(1) Bounievilie et Brissaud, Archives de Xeurologie, 1880-1881. . (-2) Cullerre. z:'/? cas d'idiotie . avec hijperlroptiie du cerveau. [Archives de Xeurologie, n» 37.)

de l'organe, c'était la simplicité vraiment shématiqiie des circonvolations et l'énorme hypertrophie de la substance nerveuse, surtout dans les lobes frontaux et sphéno-temporaux ; le cerveau présentait un aspect boursoufflé, comme déplissé; les circonvolutions semblaient tassées comme en un espace trop étroit. L'encéphale pesait 1530 grammes. Au microscope, on constatait à la fois un arrêt de développement des éléments cellulaires de la substance grise, la multiplication des noyaux de la névroglie, et une grande abondance de cellules araignées. Dans deux cas de Brunet, le poids de l'encéphale s'élevait à J635 et 1780 gr. L'hypertrophie cérébrale (1) s'accompagne parfois d'adhérences méningées, et par conséquent d'un certain degré de méningo-encéphalite. Elle se complique le plus souvent d'épilepsie, mais non constî'.mment, comme on l'a prétendu. On trouve encore chez certains idiots épileptiques, et succombant ordinairement à une série d'attaques convulsives, une méningo - encéphalite chronique généralisée, rappelant les lésions de la paralysie générale. Il y a adhérence généralisée de la pie-mère à la substance grise qui s'arrache en entier, et laisse à nu les crêtes indurées de substance blanche. A côté de ces lésions, on en trouve de plus anciennes, ou même de congénitales (2).

Absence du corps thyroïde. — On décrit depuis quelque temps une forme d'idiotie qui s'accompagne d'un état crétinoïde et de myxœdème; c'est l'idiotie compliquée de cachexie pachydermique, appelée encore crèlinisme sporadique. Les caractères somatiques de cette idiotie sont : le développement d'un tissu adipo-cutané mollasse, pseudoœdémateux, principalement à la face, au cou, au tronc et aux extrémités ; l'existence de boules graisseuses cervicales, au-dessus des clavicules ; l'évolution tardive de la puberté, et enfin surtout Vabsence complète du corps thyroïde, cause première de tous ces accidents. On sait, en effet, que le myxœdème se rattache à l'ablation chirurgicale de cette glande (3).

{i)IIypcrlrophio du ccrvcait. {Ann. méd. pstjch., 1874.)

(2) Rourncville, Archives de Ncuvoloqie.

■ (3) liourneville et Bricon, De l'idiotie avec cachexie pochydermir/ue. {AiThives de Ncuro/ogie, 1880.)

§ 3. — Diagnostic et Pronostic

Ce n'est, le plus souvent, que quelques mois après la naissance que l'on peut diagnostiquer Tidiotie. A ce moment on commence à constater les déformations du crâne, ses irrégularités, son exigiiité ou son volume exagéré lorsqu'il est distendu par du liquide. Les enfants sont somnolents, indifférents à ce qui les entoure, insensibles aux caresses de leur nourrice; ils prennent difficilement le sein, ne se fortifient pas, ne peuvent tenir leur tête droite et manifestent leur prédilection pour la position couchée. A mesure qu'ils avancent en âge, on remarque qu'ils ne jouent ni ne rient jamais, qu'ils ont du strabisme, qu'ils n'apprennent ni à parler, ni à marcher et que leur développement physique reste stationnaire. Ils tombent dans une hébétude permanente dont les excitations ne réussissent que rarement à les faire sortir.

En s'aidant des circonstances étiologiques probables, de la constatation des difformités concomitantes et de la mensuration méthodique du crâne, on arrive en général facilement à établir dès le début un diagnostic raisonné.

Le pronostic de l'idiotie, même dans ses formes légères, est toujours grave, car on ne sait jamais où s'arrêtera le trouble nutritif qui a enrayé le développement du cerveau et si une fois arrêté, il ne reprendra pas plus tard son cours. Il est en outre certaines circonstances qui viennent encore assombrir le pronostic : tels sont les accidents cérébraux, les convulsions, l'épilepsie, l'hydrocéphalie.

§ 6. — Traitement

Le traitement des idiots doit être à la fois médical, hygiénique et pédagogique.

Le traitement médical et hygiénique doit se proposer d'améliorer la constitution de ces infirmes, le plus souvent défectueuse, et entachée de lymphatisme et de scrofule. Une habitation saine et aérée, une nourriture fortifiante mais exactement dosée, des vêtements simples et commodes, une propreté rigoureusement entretenue par des

bains fréquents et des lotions quotidiennes sont parmi les besoins les plus essentiels des idiots. I/hydrothérapie, le massage, la gymnastique, un exercice régulier et soutenu entretiendront chez eux une certaine vigueur, Tactivité musculaire , assureront leur sommeil et préviendront dans une certaine mesure les habitudes d'onanisme auxquelles ils ne sont que trop enclins. Enfin les différents agents de la médication tonique viendront au secours des agents purement hygiéniques, lorsque des indications spéciales se produiront.

Nous ne pouvons avoir la prétention d'indiquer dans leurs détails les moyens pédagogiques que l'expérience a montrés utiles dans l'éducation des idiots; ils varient d'ailleurs selon le degré de Tinfirmité et suivant les formes si nombreuse qu'elle affecte ; nous nous contenterons donc d'indications très générales.

Avant tout, l'idiot doit être soumis à une certaine discipline, et les éducateurs les plus compétents sont d'avis d'apporter à la fois de la fermeté, de l'énergie et de la vigilance dans l'endiguement de ses caprices et de ses impulsions, sans toutefois heurter de front ses tendances, et tout en s'efiforçant de gagner sa confiance et, s'il est possible, son affection.

Le premier but qui s'impose est ensuite de cultiver ses sens, d'éveiller et de tixer son attention : les dessins, les images, les objets brillants sont successivement utilisés. Puis vient l'enseignement de la parole, de la lecture, de l'écriture, du calcul. Enfin les sentiments moraux doivent être éveillés dans la mesure du possible. On s'efforcera de lui faire comprendre ce qui est bien et ce qui est mal, on tâchera de le rendre sociable, de lui inculquer la bienveillance, des sentiments affectifs, des sentiments de pudeur, la crainte du danger.

Par des exercices variés, on cherchera à développer les liabitudes manuelles; on lui apprendra à mai cher, à courir, à porter différents objets, à manger, à se peigner, à ajuster ses vêtements.

Cette orthopédie est d'ailleurs tout une science qui est cultivée avec succès par certaines personnes qui se vouent spécialement à l'éducation de ces êtres disgraciés de la nature. On a peut-être un peu exagéré, dans certains cas,

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la valeur des résultats obtenus, mais s'il n'est pas permis d'espérer donner aux idiots l'intelligence qu'ils n'ont jamais eue, on peut tout au moins en niodilier favorablement un certain nombre, et môme dans le cas où aucun perfectionnement appréciable n'est obtenu, on arrive toujours à ce résultat, qui n'est pas à dédaigner, de les arrêter sur la pente de la dégradation progressive, où ils ne manquent pas de glisser rapidement lorsqu'ils sont abandonnés h eux-mêmes et que leurs facultés rudimentaires ne sont l'objet d'aucun essai de culture raisonnée et perse véninte.

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