QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES
effrayante et commettre spontanément les crimes les plus monstrueux?
Les caractères des actes criminels résultant d'une impulsion instinctive, sont l'absence de but et de mobile; l'indifférence de l'inculpé en présence de son crime ; et les preuves nombreuses de perversion affective qu'il ne manque pas de donner.
En pareil cas, l'expertise médico-légale est hérissée de difficultés, et il est impossible d'établir des règles générales. Chaque cas doit être étudié individuellement.
Délire épileptique. — C'est avec le délire systématisé, l'épilepsie qui fournit le plus fort contingent de crimes et de délits pathologiques. Les caractères généraux les plus habituels des crimes commis dans le délire épileptique, sont : l'absence de motif et le manque de préméditation ; la soudaineté , la férocité dans l'exécution ; le déploiement d'une violence insolite et la multiplicité des coups.
L'épileptique ne cherche ni à dissimuler son crime, ni à se cacher après ; il reste dans une indifférence absolue, ne manifeste ni regret, ni remords, et a tout oublié ; dans quelque cas cependant, il a conservé une réminiscence confuse et partielle de ce qui s'est passé (1).
Ce que nous avons dit dans le chapitre consacré à l'épilepsie nous dispense d'entrer dans de plus longs détails ; nous devons rappeler cependant que la multiplicité des formes que revêt l'épilepsie est de nature à créer dans de nombreuses circonstances des difficultés diagnostiques presque insurmontables.
La question de l'existence ou de la non-existence de l'épilepsie larvée a notamment soulevé les plus graves dissentiments médico-légaux.
Le meurtre n'est pas le seul acte criminel des épileptiques ; ils commettent encore des attentats à la pudeur, des incendies ; ces actes ont un caractère périodique qui en décèle souvent la nature.
Enfin, il existe des rapports étroits entre l'épilepsie et l'alcoolisme, et ces deux éléments morbides se combi-
(1) Legrand du Saulle^ loc. cit.
lient souvent pour motiver des actes délictueux ou criminels. Selon Legrand du Saulle, il est possible, un acte de cette nature ayant été accompli, de découvrir si le prévenu s'est trouvé, au temps de l'action, plutôt sous la dépendance morbide de l'épilepsie que de l'alcoolisme et inversement.
Délire alcoolique. — Les jurisconsultes sont singulièrement partagés sur la question de savoir si l'ivresse simple peut réclamer le bénéfice de l'irresponsabilité. Rossi, Ortolan, Faustin Hélie, refusent de voir un coupable dans l'homme qui a commis un crime ou un délit en état d'ivresse et admettent même dans l'ivresse incomplète un élément d'atténuation de la culpabilité; d'autre part, de nombreux arrêts de cours criminelles semblent établir que l'ivresse, en aucun cas, ne supprime la responsabilité. Peut-être y aurait-il quelques distinctions à établir suivant les cas : il est évident que l'individu qui cherche dans les liqueurs fortes le courage nécessaire à l'exécution d'un crime, ne saurait être assimilé à celui qui dans une ivresse imprévue, ou un accès de délire, dû à l'ivresse, commet inconsciemment un acte tombant sous le coup des lois.
En cas d'ivresse délirante, l'expert devra étudier de près l'état mental habituel du sujet, ses antécédents héréditaires, les secousses morales qu'il a pu subir récemment, ou les affections passagères qui ont pu ébranler la stabilité de son système nerveux. C'est dans ces conditions, dit Marcé, que les boissons alcooliques et surtout l'eau-de-vie et l'absinthe, impriment à l'état intellectuel de l'ivresse un cachet de gravité tout particulier, des idées sombres, une irritabilité extrême, des idées de suicide, des projets de vengeance, de violence ou de meurtre vite réalisés.
Une des particularités les plus curieuses du délire de l'alcoolique, c'est qu'il s'accuse souvent ou qu'il accuse les autres de crimes imaginaires. Tel vient se dénoncer comme ayant incendié sa maison, ou tué ses parents les plus proches, et se fait arrêter. Tel autre vient en tremblant dénoncer certaines personnes d'avoir tenté de le tuer ou de le mutiler.