‹ Traité pratique des maladies mentalesChapitre 7 sur 69 · PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

oxpérioncos on question ne prouvent qu'une chose, l'absence de modification qualitative de l'intelligence des animaux privés d'im hémisphère. Des expériences pins récentes (1), ont prouvé que l'ablation de parties de plus en plus importantes d'un hémisphère détermine une modification f/uantifalive de l'intelligence proportionnelle aux pertes de substance cérébrale. De même l'absence d'im hémisphère ne saurait être indifférente chez l'homme qu'à la condition que, la destruction ayant eu lieu avant le développement complet du cerveau, Thémisphère sain ait pu apprendre à suppléer son congénère absent et se développer de manière à pouvoir suffire à lui seul à toutes les fonctions psychiques.

Bien que, d'une façon générale, on puisse dire qu'en tant qu'organe de mouvement et de sensation, le cerveau est un organe composé de deux moitiés, ces deux moitiés ne sont pas absolument comparables au point de vue fonctionnoil, car elles se développent de telle sorte que chacune d'elles n'acquiert une certaine puissance que pour certaines fonctions déterminées. Ainsi l'hémisphère gauche, dont le développement est plus lent (Parrot) jouit au point de vue f1e la motricité d'une prépondérance indiscutable, étant le siège de la fonction du langage articulé et présidant à l'activité du membre supérieur droit qui accomplit les actes les plus compliqués et les plus délicats. L'hémisydière droit semble, en revanche, avoir une part plus importante dans l'exercice delà sensibilité et des fonctions trophiqucs. Brown-Séquard a cru remarquer, en effet, que les lésions du cerveau droit sont plus graves que celles du gauche, plus fréquemment suivies de désordres de la nutrition, d'escharres, de congestions, de convulsions, etc. ; et Luys a noté chez les hémiplégiques du côté gauche (par lésions de l'hémisphère droit), une excitation anormale des facultés émotives ; une grande tendance aux larmes et aux rires.

Cette dualité psycho-sensitive et psycho-motrice du cerveau peut être invoquée dans l'explication de faits pathologiques, comme par exemple les hallucinations

(1) J. Soiiry, Lor. rit.

unilatérales, ou les hallucinations bilatérales de caractère différent.

Joue-t-elle un rôle dans le dédoublement de la personnalité, phénomène si fréquent dans les maladies mentales ? Cela est moins probable, car le dédoublement de la personnalité n'a pas lieu dans Vespace (d'un hémisphère à 1 autre), mais dans le temps ; ce sont deux attitudes successives et non contemporaines du moi (1).

Telles sont, en résumé, les principales données que nous possédons sur les attributions fonctionnelles des diverses parties de l'encéphale.

Nous dirons maintenant quelques mots du mécanisme de ces fonctions.

Selon Luys, — et cette opinion semble généralement adoptée, l'activité cérébrale est régie par les mêmes lois générales que celles qui président à l'activité des différents segments de la moelle, c'est-à-dire les lois de l'action réflexe. Par les mille anastomoses qui unissent intimement entre eux les différents centres cérébraux, il se produit un incessant échange d'actions et de réactions, véritables réflexes intra-corticaux qui ont pour résultat les diverses o})érations intellectuelles. Il y a cependant entre les actions réflexes spinales et les actions réflexes intra- cérébrales cette différence, que les premières réclament cliaque fois, pour se produire, une nouvelle excitation périphérique, tandis que les secondes, une fois développées, peuvent se répéter spontanément par suite de la propri(''té qu'ont les éléments corticaux d'emmagasiner les imi)ressions sensorielles qui les ont une fois ébianlés. Nos impressions accumulées sont selon l'expression (le l'auteur précédemment cité « des forces vives, latentes, des foyers antogéniques toujours actifs qui suscitent les opérations de l'esprit, provoquent des souvenirs anciens, les associent do mille manières aux incitations récentes, et deviennent ainsi par leur succession, leur reviviscence incessante, les agents les plus efficaces de l'aetivité (|ue nous dépensons tous les jours » (2).

(1) Tli. l;il)ol, /es Mfildilics de 1(1 /tcrsoiDiaHU' : l'aris. 188.'). (;i)l.iiys, J:'lai/cs de plii/sioloyic cl de jnillioloyie vêrùhralcs . Paris, 1874.

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Parmi ces opérations intellectuelles, les unes sont soumises an contrôle de la conscience et de la volonté ; les autres sont inconscientes et automatiques.

L'automatisme joue un rôle capital dans la physiologie cérébrale. C'est ainsi que, même à l'état normal, nous ne sommes le plus souvent pas maîtres de nos émotions, de nos idées, et quelquefois de nos actes.

A l'état normal, une impression sensorielle ou sensitive détermine une réaction émotionnelle fatale, toujours la même, dont nous ne suspendons l'effet que par un effort plus ou moins considérable de la volonté, ce qui suppose une harmonie parfaite dans l'action réciproque des centres psycho-cérébraux les uns sur les autres. Que cette harmonie cesse, et l'émotivité prendra aussitôt un caractère exagéré, incoercible, pathologique.

De même l'association, l'enchaînement de nos idées est modifié à chaque instant par les impressions qui nous arrivent, et il nous faut un effort d'attention considérable pour les maintenir dans une direction déterminée. Mais il est des cas où, devant la volonté débordée, réduite à l'impuissance, les idées les plus bizarres, les plus désagréables s^échappent, reviennent, disparaissent de nouveau ou s'imposent sous forme d'obsession avec une force irrésistible. Ainsi prennent naissance les idées fixes et obsédantes, symptôme commun dans les diverses psychopathies.

Les impulsions sont un phénomène analogue. ?sées spontanément dans les centres psycho-moteurs, ou elles peuvent être arrêtées par l'effort de la volonté, ou par suite de la déséquilibration des fonctions cérébrales, elles deviennent irrésistibles et constituent un symptôme morbide.

L'automatisme psychique peut donc donner la clef d'un grand nombre de troubles intellectuels, et c'est avec raison que Baillarger a pu dire que plus on observe d'aliénés, et plus on acquiert la conviction que c'est dans l'exercice involontaire des facultés, qu'il faut chercher le point de départ de tous les délires (1).

Lu autre mode d'activité de l'organe psychique est la cérébration inconsciente dont le rêve ordinaire peut don-

(1) Baillarger, Ayin. mc'd. ps/jch., 1855-56.

ner une idée. Mais la cérébration inconsciente existe aussi à Fétat de veille. Un grand nombre de nos actes non seulement d'ordre physique, mais encore d'ordre intellectuel s'accomplissent automatiquement à l'insu de la conscience (1). Il nous arrive de provoquer nous-mêmes cette cérébration inconsciente quand nous lui confions le soin de trouver un mot qui nous échappe , on la solution d'une question embarrassante. L'état de méditation profonde n'a-t-il pas lai-même quelque chose d'inconscient et d'automatique ? C'est dans cet ordre de phénomènes qu'il nous semble indiqué de rechercher le mécanisme de certains délires mélancoliques et de la plupart des hallucinations.

Les cellules de la couche corticale du cerveau sont, avons nous dit, le siège de l'intelligence et par conséquent des maladies mentales, mais nous ne sommes pas en mesure de localiser ce siège d'une façon plus précise. Si l'irritation d'un territoire particulier de la substance corticale est, comme il est probable dans beaucoup de cas, le point de départ du processus psychopathique, cette irritation en vertu de la théorie des actions réflexes intracorticales à laquelle nous avons fait allusion, ne tarde pas à se propager dans toutes les directions, à se diffuser dans tous les réseaux cellulaires et par conséquent à affecter peu à peu toutes les fonctions psychiques. Telle est, en effet, la marche de la plupart des maladies mentales qui n'atteignent ordinairement leur complet développement que d'une façon lente et progressive.

Il est cependant une affection cérébrale qui nous fournit quelques indications précieuses sur les relations qui existent entre la lésion corticale et le trouble psychique, c'est la paralysie générale. Cette maladie qui atteint surtout

(1) L'nc preuve originale du rôle énorme que joue dans nos opérations psychiques la cérébration inconsciente est tirée de ce qu'on observe chez certains jumeaux. Ils font les mêmes remarques dans les mômes circonstances, commencent à chanter la nicme chanson au mcme moment et ainsi

de suite : ou bien l'un commence une phrase et l'autre la finit A, se

trouvant par hasard dans une ville d'Ecosse, acheta un service de verres à Champagne, (jui avait attiré son attention, i)our faire une surprise à son frcre 1'.. A la m^'uic époque, ]i' étant en Angleterre, acheta un service semblable, exactement du même mf)ilcle, pour faire une surprise à A. Galton, cité par Kibot , les Maladies de la personnalitc; Paris, 1885).

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