‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 102 sur 141 · NATURE ET CAUSE PROCHAINE DU CRÉTINISMF · texte numérisé non relu

NATURE ET CAUSE PROCHAINE DU CRÉTINISMF

qu'on l'a rencontré non-seulement dans certaines localités remarquables par leurs conditions cliniatériques et la composition géologique du sol , mais même dans les grands centres de population. Le docteur Behrend a décrit le crétinisme des villes, qu'il attribue à l'encombrement de la population dans les quartiers pauvres , à l'atmosphère froide, liumide, au défaut d'aération et d'insolation, à l'insuffisance de la nourriture et à la malpropreté.

§ 4. — .Xature et cause prochaine «lu crétiniMiiio.

Quant à la cause prochaine de la maladie, à sa nature intime, elles ont donné lieu à de nombreuses hypothèses, qui s'expliquent sans peine par les obscurités qui régnent encore sur plus d'un point important de cette question.

On ne saurait discuter sérieusement l'opinion des auteurs qui soutiennent que le crétinisme n'est que le plus haut degn* de la scrofule, ni celle d'Akermann qui le regarde comme le plus haut degré du rachitisme. Le rachitisme, la .scrofule, le crétinisme sont des états parfaitement distincts et n'ayant entre eux que des connexions fort éloignées.

Malacarne assigne pour cause principale au crétinisme la structure défectueuse <lu crâne, du cerveau, du cervelet, cansée à son tour par la pression qu'exerce la glande thyroïde, dont le gonflement empêche le sang de circuler librement du cou à la tête. Reprenant cette opinion et l'appuyant de son autorité, Ferrus ( 1) définit le crétinisme une hydrocéphaUe œdémateuse diffuse, et le regarde comme constitué par deux ordres de phénomènes essentiels : 1° un état constitutionnel de l'économie entière, un tempérament propre, une cachexie lymphatique et crétineuse ; 2° une compression cérébrale modérée mais permanente, due à une hydrocéphalie œdémateuse diffuse : il appela l'attention sur l'obtusion des facultés, sur l'engourdissement général de l'économie,

(1 Bulletin de V Académie de médecine, 1851, t. \VI, p. 200 etsuiv.

JlS ru- HRÉTINISME.

lo volume insolite el la vacillation continuelle dr la léle, indices d'une connprossion cérébrale, et enfin sur le résultai (le plusieurs autopsies dans lesquelles on a trouvé les ventricules latéraux distendus par de la sérosité , et cette sérosité entourant en Lirande abrtndance toute la masse cérébrale.

Le docteur Fabre (1) n'a l'ail (|U(' d/'Yi-'lopper cette théorie eu donnant encore plus de valeur au goitre envisagé comme cause et point de dépari du crélinisme : pour lui, une tumeur comprimant les vaisseaux artériels et veineux du cou ainsi que la trachée-artère, rend la respiration difficile et incomplète, congestionne le cerveau, nuit à sa nutrition, l'avorise le développeinent des épanchements séreux el devient ainsi le point de départ du trouble de ses fonctions.

On objecte avec raison à cette théorie qu'on voit des individus portant des goitres très volumineux ne présenter aucun indice de crétinisme, que le degré du crétinisme n'est pas toujours en raison directe du volume de cette tumeur, entîn, suivant la remarque de M. Cerise, (jue le goitre esl beaucoup moins fréquent et moins volumineux chez les crétins parvenus au dernier degré (jue chez ceux qui le sont à un degré moins avancé. Cette dernière objection a été confirmée par M. Baillarger, qui a fourni en outre une explication satisfaisante de la rareté du goitre chez les vrais crétins. Le développement du goitre, dit-il, est lié à l'évolution des organes génitaux ; il apparaît pour la première fois ou augmente beaucoup à l'époque de la puberté : les femmes n'en sont souvent atteintes que pendant leur première grossesse ou à l'époque de l'accouchement. Aussi l'on comprend pour- (|uoi les crétins en qui git un arrêt de développement des organes génitaux sont exempts, en général, de cette infirmité; pourquoi au contraire les idiots et les imbéciles des vallées offrent bien plus souvent une hypertrophie du corps

(I Fabre, Traiié du ffoUro et (hi rrrti'n/.vmp. p. 217.

lliyroïde : cette ditïérence résulte de l'absence de puberté chez les premiers, et de l'établissement plus ou moins complet et énergique des fonctions génitales chez les seconds.

Bien que le goitre doive être considéré comme une des premières et principales manifestations de la cachexie crétineuse, il n'est donc pas la cause du crétinisme, puisque les crétins ne sont pas toujours goitreux et que les goitreux ne sont pas toujours entachés de crétinisme.

En résumé, sans contester d'une manière absolue la valeur des faits sur lesquels s'appuient toutes ces théories, le crétinisme peut être envisagé comme une cachexie spéciale, exerçant son influence sur toute l'économie, mais principalement sur le système neigeux central dont elle arrête le développement.

§ 5. — Traitement.

Le traitement du crétinisme est prophylactique et curatif.

Ce que nous avons dit des causes du crétinisme, indique suftîsamment les améliorations réclamées par une saine hvgiène en faveur des populations ravagées par cette endémie. Les maisons seront bâties à mi-côte, bien exposées au soleil, et dégagées d'une végétation trop touffue. Elles seront élevées au-dessus du sol, spacieuses et pourvues de larges ouvertures; on établira des citernes d'eau pluviale, toujours préférable à l'eau calcaire des sources ou à l'eau peu aérée qui provient de la fonte des neiges, et on ajoutera aux aliments une certaine quantité d'un sel ioduré.

La création de nombreuses voies de communication, en développant l'industrie et la richesse publique, en augmentant le bien-être des masses, en faisant sortir chaque village, chaque bourgade d'un isolement funeste, est encore le moven le plus sûr d'améliorer la nourriture, les vêtements, l'habitation et tout ce qui répond aux premiers besoins de la vie. C'est ainsi que le crétinisme a beaucoup diminué et même

Ô'iO m CUKTINISMK.

a compléleiueul disparu ilaiis ctTlainns localilrs de la Tarontaisf cl (le la Mauriciiiit', depuis (juc des routes ont l'h- (Hablies dans le pays. La Hoberlsau, aux portes de Slrasbouri:, qui jadis était iiirectée de crétins, les a vus disparaître grâce aux travaux d'assainissement et aux améliorations hygiéniques qui ont été réalisés.

A côté de ces moyens hygiéniques généraux, des mesures sérieuses devraient être prises pour défendre ces unions mal assorties dont les produits, en raison même de l'état des parents, semblent fatalement voués à la dégénérescence. A ce point de vue les crétins complets et souvent même les demi-crétins sont peu redoutables en raison du peu de développement de leurs organes génitaux et de la stérilité qui les frappe; mais le mariage devrait être interdit aux crétineux et aux demi-crétins qui sont capables de reproduire l'espèce, et dont la triste fécondité infecte toute une population ; sans aucun doute on ne pourrait accuser le législateur de violer la liberté individuelle s'il prenait à cet égard une vigoureuse initiative. Quant aux goitreux et aux sujets qui olTrent à peine les premières nuances de la cachexie, il faut iju'ils choisissent une compagne saine et robuste dans une localité non infectée, en évitant avec le plus grand soin la consanguinéilé.

Le traitement curatif n'est pas autre que celui de l'idiotie, et doit s'adresser à la fois et au corps et à l'intelligence. Dès 18/i/i, le docteur Guggenbiibl, mû par une généreuse idée philanthropique, a fondé pour le traitement des crétins un établissement spécial , la maison de l'Abendberg, placé dans rOberland, à 3000 pieds au-dessus du niveau de la mer, bien exposé au soleil, pourvu d'eaux potables excellentes; là on donne aux crétins des préparations iodées, une nourriture tonique, une bonne direction et un ensemble de conditions hygiéniques tout à fait favorables : l'expérience a prouvé que les crétincux et même les demi-crétins s'y amé-

DE l'ÉPILEPSIE. — DÉFINITION ET SYNONYMIE. 521

lioraient sensiblement sous le rapport de la santé physique, que les scrofules et le rachitisme y guérissaient, que l'intelligence elle-même se développait sous l'influence d'une bonne éducation pédagogique, mais que ce développement était toujours restreint dans des limites assez étroites. Il en est des crétins comme des idiots et des imbéciles : on peut fortifier leur corps, leur donner des habitudes d'ordre et de propreté, les dresser aux usages du monde, leur inculquer quelques notions élémentaires, mais on ne peut créer chez eux l'intelligence et l'initiative, et si les résultats obtenus sont sensibles chez les crétineux, ils sont nuls chez les individus atteints plus profondément.

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