CHAPITRE
DE l'ÉPILEPSIE.
Définition et synonymie. — Étiologie : causes prédisposantes et occasionnelles ; épilepsie sympathique et syniptoraatique. — Description : prodromes, accès convulsifs, vertiges, absences. — Physiologie pathologique. — Marche et terminaisons. — De l'étal mental des épileptiques : modifications du caractère sans aliénation ; folie épileptique, liée à l'accès convulsif ; manie, impulsions dangereuses survenant dans l'intervalle des accès ; folie chronique : démence, paralysie générale. — Diagnostic. — Traitement.
§ !<*''. — Définition et syRon^niic
L'épilepsie peut être définie : une névrose convulsive caractérisée par des attaques intermittentes, en général de courte durée, très variables sous le rapport de l'intensité des convulsions, mais s'accompagnant constamment d'une perle subite et complète de connaissance, et dans la majorité des cas, de troubles intellectuels. C'est ce dernier ordre de symptômes que nous étudierons ici d'une manière plus particulière.
i">2*2 l»K l/ÉJ'ILKPSIE.
l/épilepsii! (ilJtil ilùsigiire par les aïK'iuns sous Ui iioui il<^ itnihalie <liriii<:, maladie sacrée (1), i ar l'aspocl liiiliMix des é|)ilepliquos faisait croire à quelque inlervenliun sunialurellc dans la production d'une aussi terrible afl'ection : on l'appelait encorr; nuirhas JJerciilriis^ maladie d'Hercule; morbus astra/is^ à cause de l'influence que les astres exercent sur le retour des accès; ?norf}ns cotnitialis, car leseuniices étaient dissous, par crainte de ce funeste présage, aussitôt que (|ueU|u'nn dans l'assemblée avait une attaque d'épilepsie ; auil caduc, parce que la chute en est le premier symptôme; //aaf. wîw/, parce (|ue son siège est dans la tête.
Pendant longtemps le mot épilepsie a été appliqué par les patliologisles à toutes les convulsions, et CuUen l'emploie encore dans ce sens. De nos jours, cette dénomination est plus spécialement réservée à la névrose convulsive telle que nous allons la décrire ; il ne faut pas oublier toutefois que la forme convulsive épileptique, à laquelle on a attribué comme caractère patbognomonique l'aspect grimaçant de la face, ses alternatives de pâleur et de rougeur, et l'écume sanguinolente de la bouche, appartient non-seulement à l'épilepsie névrose, mais encore à certaines affections organiques de l'encéphale et surtout à la congestion cérébrale, que cette dernière soit simple ou qu'elle soit liée à quelque lésion organique du cerveau, tumeurs, ramollissements, ou bien adhérences des méninges à la couche corticale, comme dans la paralysie générale.
§ 2. — l']tiologic.
Nous retrouvons dans l'étiologie de l'épilepsie la plupart des causes, soit prédisposantes, soit occasionnelles, que nous avons assignées à la folie, et qui sont d'ailleurs communes à la grande majorité des névroses.
(1) Hi|ipocr;ile, De In )mladie sacrée œuvres traduites par LiUrô, I. M, p. :>ôO.
ÉTIOLOGIE. 523
C'est ainsi qiio l'iiérédité se trouve encore ici en première ligne. Elle prouve une fois de plus la connexité qui unitentre elles toutes les affections nerveuses, car chez les ascendainls et chez les collatéraux des épileptiques, on rencontre nonseulement l'épilepsie, m.ais encore l'aliénation mentale , l'hystérie, la chorée, les névralgies de toute sorte.
L'épilepsie est plus commune chez la femme que chez l'homme ; rare chez les vieillards, elle est plus fréquente à l'âge mûr et surtout dans la jeunesse. Sur 307 épileptiques, M. Musset, recherchant à quel âge la maladie avait débuté, est arrivé au résultat suivant :
59 fois la maladie était de naissance.
60 fois elle s'était développée de la naissance à 10 ans. 107 de 10 à 20 ans.
33 de 20 à 30 ans.
21 de 30 à ÙO ans.
19 de 40 à 50 ans.
5 de 50 à 60 ans.
3 de 60 à 70 ans.
Parmi les causes occo^iomiflle!^, les émotions morales et surtout la frayeur, déjà signalées par Tissot et par Esquirol, tiennent le premier rang. .T. Frank assure que sur 80 cas d'épilepsie dont il a pu connaître la cause, 60 avaient été causés par la terreur. Bouchet et Gazauvielh, sur 69 malades, ont constaté 21 fois l'influence d'une frayeur, et 10 fois des chagrins prolongés. Sur 232 malades, M. Beau a pu rapporter 105 fois à une peur le point de départ de la maladie, et 16 fois à des chagrins. L'époque menstruelle, la grossesse aggravent encore la fâcheuse influence des émotions violentes, et quelques faits semblent prouver qu'une terreur éprouvée par la mère donne lieu à l'épilepsie congénitale chez l'enfant qu'elle porte dans son^sein.
Enfin, c'est encore aux impressions morales qu'il faut rapporter ce qu'on a dit de l'imitation. La vue d'un accès d'épilepsie a pu, chez des sujets prédisposés, déterminer une
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pieiiiièiv atl;i(|iie eonvnlsivo, ol même, daiis (|uehjiifs ras, celte infliioiice contaf'ieuse s'est propagée à luiiie une réunion d'individus.
li'épilepsie peut être sympathique, c'est-à-dire (pu* lire à quelque anomalie i'onclionnelle, à quebjue lésion organiipie, elle paraît et disparaît avec elle. On a vu des femnnîs devenir épilepticpies pendant une grossesse et cesser de l'être immédiatement après raccoucliement. La dentition, la présence d'un corps étranger dans le conduit auditii", de larves dan? les sinus Ironlaux, devers dans l'intestin, amènent parfois une épilepsie passagère. On a même vu des accès convulsifs se rattacher à une affection utérine et guérir avec elle. Esquirol a beaucoup insisté sur ces épilepsics, qui en réaliti' sont assez rares.
L'épilepsie est quelquefois sijmptomatiqiie d'une altération organique du cerveau ou de ses membranes : à l'autopsie on a constaté, chez des épileptiques, des ramollissements, des cancers, des tubercules, des kystes hémorrhagiques du cerveau et de ses membranes, des plaques osseuses ou cartilagineuses de la pie-mère, des exostoses intra-cràniennes d'origine syphilitique, des abcès, des kyste hydatiques, des indurations ou des dégénérescences des corps striés, des couches optiques, de la corne d'Ammon ou des circonvolutions. Quant aux anomahes cérébrales qui accompagnent l'idiotie, elles sont également une cause fréquente d'épilepsie : sur 8 ou :10 idiots, Georget en a trouvé 1 au moins qui était épileptique.
Enfin l'épilepsie peut être consécutive à une intoxication: l'épilepsie saturnine et surtout l'épilepsie alcooUque rentrent ilans cette catégorie,
§ 3. — Ucsrriplion.
Prodromes. — Parmi les épileptiques, il en est qui sont frappés subitement, sans prodromes d'aucune sorte ; d'autres, au contraire, éprouvent des symptômes avant-coureurs qui
leurpernieltent de prévoir l'accès quelques jours, quelques heures, quelques secondes avant son apparition.
1" Ces prodromes sont très variables, mais ils se présentent chez le même malade avec une constante uniformité : tantôt c'est de la tristesse, de la pesanteur de tête, de l'inaptitude au travail, de la céphalalgie; tantôt, au contraire, il s'agit d'une douleur locale, d'un phénomène sensifif, ou même d'une convulsion musculaire isolée qui, partant de la périphérie, arrive peu à peu vers le centre et amène alors l'explosion de l'accès convulsif : c'est là ce qu'on a désigné sous le nom à.' mira.
L'aura peut être sensitive ou tmisculaire.
L'aura sensitive consiste, le plus souvent, en une douleur, en une sensation de froid, d'engourdissement, de chatouillement qui, s'élevant du sein, de la nuque, de l'épigastrc, s'élève jusqu'à la tête : une compression énergique exercée sur son passage a pu maintes fois l'arrêter et prévenir l'accès. Tissot rapporte l'exemple d'un homme qui le faisait avorter en appliquant au bras un tourniquet qu'il serrait dès qu'il sentait le mal à la main gauche, et la science possède plus <rnn lait de cette nature. Quelquefois l'aura consiste en une hallucination : on voit des épileptiques chez lesquels l'accès s'annonce par la perception d'odeurs fétides, tandis que d'autres ont des visions : tel était ce malade qui, avant chaque accès, voyait devant lui une roue dentée, au milieu de laquelle se trouvait une figure effrayante.
Quant à l'aura musculaire, elle consiste en une contraction qui, débutant par un muscle de la périphérie, envahit peu à peu les muscles voisins, arrive jusqu'au tronc, et alors seulement se généralise : chez un jeune homme, dit HoUier cité par Esquirol, l'accès commençait par l'épaule, le bras était saisi de tremblement, les mâchoires se serraient, l'accès éclatait; chez un autre, l'engourdissement de la main droite était le premier symptôme; les trois premiers doigts se
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tordaient lurlomcnl, le liras so lonlail aussi, l<; CKip» se courbait, cl U; inalade luinbail. Maisunneuvf; a connu un homme chez lei|ucl l'accès débutait par des convulsions du bras el des paupières du côté droit. Si au début de ces convulsions on lirait l'orteuienl le bras, l'accès était prévenu; il en était du môme si le malade se mettait à courir. Enlin, chez quelques épileptiques, l'aura consiste non pas en une convulsion partielle et isolée, mais en des mouvements précipites, iiiNolonlaires el comme imijulsil's :.i'en ai vu (pii, un instant avant l'accès, se niellaient à courir dans l'espace de trente à quarante pas; d'autres tcjurnent d'eux-mêmes en- Irainés par un mouvement (ju'ils ne peuvent dominer.
Crand accès.
Qu'il ait été ou non précédé tle prodromes, l'accès d'épilepsie débute ordinairement par un cri rauque, semblable à une bruyante inspiration, éveillant l'idée d'une douleur violente et inattendue, et qui manque rarement, surtout quand la maladie (;st bien établie. Le malade, un peu pâle, tombe comme loudroyé, tantôt sur le dos, tantôt sur le côté; tous ses membres S(Mit pris d'une loideur tétanique, la té le fixée dans la rotation l'orcée, les yeux ouverts el divergents, les pupilles dilatées, le regard féroce ; la l'ace s'injecte progressivement et devient livide; les muscles du cou se roidissent, les jugulaires se gonflent, la respiration se suspend, le pouls devient petit el concentré, et toute sensibilité est abolie.
Telle est la première période do l'accès, jièriode tonique (beau), tétanique, ou période à'us/fhyxie.
Au bout de vingt à trente secondes, à l'étal tétanique succèdent les convulsions : les muscles de la l'ace produisenldes grimaces hideuses, grimaces (pii se reproduisent cinq à six fois sans interruption, el qui résultent de contractions nmsculaires subites alternant av<'c un relàcliement non moin>