Idiotie et imbécillité
L'idiotie donne rarement lieu à des contestations médicolégales, l'état des sujets ne permettant à première vue aucune espèce de doute. Il n'en est pas de même de l'imbécillité à un degré peu avancé : les imbéciles, avec leurs penchants pervers, avec leur propension au vol, à l'incendie, au vagabondage et à toutes sortes de mauvaises actions dont ils ne peuvent apprécier la valeur morale, sont fréquemment l'objet . de poursuites judiciaires, et il n'est pas rare de voir leur état
A l'État mental dans les aifaires civiles. 0/i9
rester méconnu après un examen trop superficiel. Un inter- TOgatoire approfondi sur leur existence, sur leur travail, sur lamaniéredontils jugent les choses de la vie, permettra d'apprécier la portée de leur intelligence, sans qu'on se laisse égarer par les instincts brillants qui masquent quelquefois l'insuffisance de leur esprit. Il faut avoir soin, dans l'examen de ces sujets, de rechercher en même temps les arrêts de développement organique qui viennent donner un appui indirect à l'existence d'une conformation défectueuse du système nerveux.
L'imbécillité se comphque souvent d'ivresse, de délire alcoolique ou d'un accès de folie surajouté, et il faut quelquefois faire la part, au point de vue médico-légal, de ces deux états pathologiques.
§ 9. — De l'appréciation de Tétat mental dans les affaires
civiles.
L'appréciation de l'état mental dans les affaires civiles est fondée sur les mêmes principes que pour les affaires criminelles, aussi nous nous bornerons ici à de simples indications.
C'est principalement à propos de donations, de testaments, de conventions commerciales, quelquefois à propos de projets de mariage que le médecin est appelé à donner son opinion sur l'état mental d'un individu.
L'art. 901 du Code civil est formel : pour faire une donation entre-vifs ou un testament, il faut être sain d'esprit.
Le rôle du médecin appelé comme expert à propos d'une donation attaquée par un tiers, est bien simple quand le donateur est encore vivant, puisqu'il se borne alors à l'examen médico-légal de la capacité intellectuelle de ce donateur. Il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'un testament; il faut alors recourir à deux ordres de preuves pour fonder une opinion motivée : 1° preuves tirées de l'enquête faite
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par les soins de la jiislice sur i'élat liabiluel du testateur ; 2" preuves tirées du document écrit, du testament lui-nième.
1" L'enquête sui' le testateur décédé, sur son {(enro de vie, sur ses anircédents héréditaiios, sur son caraclèiY*, ses pencliants, son intciligenco, sur les iiiodilicalionsqui se sont produites dans sa manière d'être depuis un temps déterminé, se fera sans peine à l'aide des documents écrits, des dépositions des témoins, des certificats médicaux : au milieu de ces pièces souvent contradictoires, il faut que l'expert sache s'appuyer sur des laits précis en éloignant tout ce ijui lui paraîtra vague et douteux. H va sans dire que la moralité des témoins, leurs connaissances plus ou moins spéciales, donneront un poids variable à leurs appréciations.
'1" L'examen du testament lui-même est d'une haute importance, et dans (juclques cas peut suffire à lui seul pour entraîner la conviction du médecin.
On peut trouver en effet dans ce document l'expression d'idées délirantes très nettement accentuées. Tel est, par exemple, ce testament cité par Marc, dans lequel l'aliéné qui termina sa vie par un suicide, en proie depuis longtemps à des idées de persécution, énumére dans son testament les complots dont il a été victime, les machinations qui se sont organisées autour de lui, puis révoque dans divers codicilles des legs destinés k des individus que plus tard il avait enveloppés dans ses soupçons ; dans ce cas et dans les cas analogues, le doute n'est pas longtemps permis.
Non-seulement il faut tenir compte des fausses conceptions exprimées dans un testament, mais encore il est nécessaire d'examiner minutieusement le corps de l'écriture, de le comparer à l'écriture normale du sujet, de tenir compte de la direction et de la régularité des lignes, du style, de l'orthographe, de l'intégrité des mots; toutes ces précautions sont d'autant plus importantes que la jilupart des testaments dans lesquels il y a eu captation, sont rédigés par des malades
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en état de démence paralytique. Or, dans la paralysie générale, à mesure que les troubles intellectuels et les troubles musculaires font des progrès, l'écriture s'altère visiblement. Elle perd sa précision et sa régularité, et prend le caractère enfantin : les lignes deviennent divergentes, irréguliéres, les linéaments sont tremblés surtout aux jambages, les lettres sont mal dessinées, et leur ensemble offre à peine quelques traits lointains de ressemblance avec l'écriture du sujet avant qu'il ne tombât malade. En même temps les pbrases sont mal construites, irrégulières, la ponctuation manque, on trouve des mots passés, des syllabes omises, des fautes d'orthographe inusitées, des erreurs de date grossières : alors même qu'on ne rencontre renonciation d'aucune idée délirante, l'aspect de l'écriture d'un paralytique comparée à l'écriture du même individu en état de santé, est véritablement frappant, et suffît à lui seul pour établir l'état du sujet au moment où le document a été écrit.
Chez les monomaniaques, l'examen de l'écriture elle-même fournit des documents moins précis et moins concluants; toutefois il est certaines particularités qui peuvent venir en aide au médecin dans les cas douteux : les monomaniaques dans leurs écrits soulignent un grand nombre de mots, ils leur donnent, d'après des idées systématiques, une accentuation et une ponctuation à part, ils inventent des dénominations nouvelles, et, lorsqu'ils sont polyglottes, accolent souvent l'un à l'autre des mots appartenant à diverses langues ; il leur arrive enlin d'intercaler au milieu de leurs phrases des signes auxquels ils attachent une valeur spéciale en raison même de leurs préoccupations déhrantes.
§ s. — De la valeur de rintervalle lucide.
Quelle peut être la valeur d'un acte, quel qu'il soit, contracté pendant un intervalle lucide? Ici, comme pour les actes qui appartiennent à la justice criminelle, la lucidité plus
().")'2 AI'I'LICAIIO.VS .MKDlCu-LÉfiALKS.
OU moin? coinplplc du contractant est le [)oin! que le iiicdocin doit claMir, et pour cela nous devons renvoyer à ce qui a été dit précédenunentdes intermittences dans les maladies mentales. La monomanie compoite des momenis de calme, de rémission, mais jamais elle n'ollVo d'inlermiltence à f>roprement parler jusqu'au jour de la guérison ; l'idée délirante ou la série d'idées délirantes persiste au fond de l'intelligence, et peut influer en tout temps et en tout lieu sur les déterminations de l'aliéné. La manie, la mélancolie et quelquefois la folie à double forme peuvent seules faire admettre la possibilité d'un intervalle lucide complet, maison comprend de combien de renseignements le médecin s'entourera avant de se prononcer d'une manière afïirmative. Il devra savoir si la lucidité est relative ou si elle est complète, si l'intervalle lucide a été sutTisammenl long, si l'acte a été contracté un certain temps avant la rechute ou après la disparition (les troubles intellectuels, toutes circonstances qui doivent être prises en grande considération.
§ it. — l>o la valeur du témoignage d'un aliéné.
Quant au témoignage d'un aliéné dans l'instruction d'une affaire judiciaire, jamais, d'une manière générale, il ne pourra être accepté sous la foi du serment et comme valable de tous points : sous ce rapport, l'aliéné se trouve assimilé avec raison au mineur chez lequel on suppose, en raison de son jeune âge, le manque de discernement : la forme et le degré de la maladie mentale, la nature des idées délirantes, influent singuHèrement sur l'exactitude des faits énoncés par l'aliéné et sur le degré de confiance qu'on doit leur accorder. Si l'idiot et le malade en démence ne peuvent jamais fournir que des renseignements fort confus et fort suspects, il n'en est pas de même du monomaniaque dont les éclaircissements méritent souvent beaucoup d'attention et peuvent mettre sur la trace des faits les plus importants; mais, je le répète, ce