‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 40 sur 141 · DE I,'ORDRE · texte numérisé non relu

DE I,'ORDRE

Cannes orfaMionnellCM

DE l'ordre PHYSIQUE,

/ Idées religieuses.

f Kvénenients politiques.

/ Hérédité.

Age,

Sexe.

Climat.

État civil.

Professions.

Éducation.

[ fimotioiis, passions, chagrins.

Imitation.

! Emprisonnement cellulaire.

' ajçissant diroctcnient sur

\ l'encépliale.

/Causes locales. < , ,.

/ J agissant a distance et sym-

I f pathiqucmcnl.

Anémie, cachexie (pertes séminales, onanisme), niathcses, dartres, rhumatismes.

Fièvre typhoïde, fièvre in- \^ termillentc.

I Menstruation, grossesse, physiologiques. ( accouchement, lactation. ^ Intoxicat-ions:plomh.mer' Causes \ cure, opium, helladone, spécifiques, ) solanées vireuses, has- ; chich.

Causes générales.

Causes

.\nTICLE I.

CAUSES PREDISPOS.^NTRS.

§ i , — C'siiises protlisposantes générales.

1" Civilisation. — Parmi les causes prédisposantes générales, on a noté sin tout la civilisation, et voici sur quels arguments on s'est appuyé. En Europe, le nombre des aliénés est considérable'cl tend cliaque jour à s'accroître avec les progrès des arts et de l'industrie, à tel point qu'en France le rapport du nombre des aliénés à la population totale qui en 183(5 était

DE r.A FOLIE. ç)7

de 1 sur 302/4hal)itants, s'est Iroiivr onlBôJ de 1 sur 1070 habitanls. Au contraire, chez les nations nomades, asiatiques, et chez les sauvages de l'Amérique, la folie est extrêmement rare. Desgenelles, d'après Georgct, n'a trouvé que quatorze fous dans l'hôpital du Caire. M. Moreau a vu très peu d'ahïnés en Orient, il n'en a pas rencontré un seul dans la Nubie. M. Auhert n'a observé que deux idiots dans l'Abyssinie qu'il a parcourue dans tous les sens (1). Le docteur AVilliams qui résida en Chine pendant douze années a dit récemment (fue l'aliénation mentale y était très rare, et de Huruboklt a cherché vainement des aliénés parmi les sauvages de l'Amérique.

En Europe même, nous voyons le nombre ôes aliiMiés devenir plus considérable à mesure que les centres de population sont plus importants. A Gand , d'après Guislain (2), la statistique indique à peu près 1 aliéné s:u" 302 habitants, tandis que la population rurale de la province offre 1 aliéné sur Ihlli habitants. M. Renaudin a trouv(3 que la population totale du département de la Meurthe compte 1 aliéné sur 1^68 habitants, tandis que dans ce nombre la ville de Nancy figure pour î sur 500 habitanls.

C'est en se fondant sur des documents de cette nature qu'on a dit que l'immobilité, l'ignorance, l'absence d'idées des peuples primitifs, restreignaient le développement de la folie, tandis que l'activité fiévreuse, les désirs sans limites, l'effervescence continuelle de notre civilisation moderne accroissaient le nombre des aliénés en multipliant les causes d'excitation cérébrale; solution véritablement désolante pour les amis du progrès.

^ Posée de cette façon, la question de l'influence de la civilisation sur le développement de la folie e:^t trop vague pour pouvoir être nettement résolue. Ainsi que l'a dit avec Innl

(1) Annales d'hygiène publique, t. \KX[, XXXII.

{2) Guisiain, Lerons sur les phrénopalhics, I. [I, p. iO.

MARCÉ. — MAL. MENT

9H CAUSES PRÉDISPOSANTES GÉNÉRALES

déraison M. Parchappe (1), \e^ progrés de la civilisalion ont une inllnence complexe sur le nombre des aliém'^s qu'ils tendent à af'.cntître par certains de leurs éléments et à augnii-nler par d'antres. Si, en ellet, un regarde comme un prnduit de la civilisation la débauche, les excès alcooliques répétés, la misère, les chagrins domestiques, les travaux intellectuels excessifs, incontestablement ces causes augmentent le nondjre des aliénés; tandis (ju'au contraire raugmentalion de l'aisance, de l'instruction et de la moralité, un développement convenable du sentiment religieux, atténuent l'activité de plusieurs causes de la folie, comuie la colère, la frayeur, ramour-propro blessé, et tendent à restreindre le nombre des fous et des suicides.

Cette manière de diviser la question peut seule jeter quelque clarté sur un sujet qui a été le texte de bien des développements déclamatoires. Les faits que nous avons cités et que l'on a mis en avant relativement au peu de fréquence des aliénés en Orient, perdent toute leur valeur lorsqu'on songe à l'absence totale de documents statistiques dans les pays peu civilisés, aux aliénés vagabonds dont personne ne prend souci et dont il est impossible d'apprécier le nombre, surtout pour des étrangers et des voyageurs. Si la proporlion des aliénés s'accroît à mesure qu'une nation devient plus civilisée, cet accroissement tient à ce qu'ils sont plus connus, plus secourus, grâce au développement et au perfectionnement de l'assistance publique. C'est là, comme le dit M. Parcliappe, « un résultat, mais un résultat glorieux de la civibsation (2), » et ce qui le prouve, -c'est que depuis quelques années, les asiles s'étant multipliés dans toutes les parties du pays, la proportion d'accroissement dans le nombre des alié-

(1) Recherches stalistiques sur les causes de l'oUénaLion mentale^ 1839 {Àm.méd.-psych., 1853, p. 319).

(2) .4"»». mcd.-psych., t. XVII, p. 3Zi, sôance du 29 novembre 1832 de la Société médico-psycliologique.

■ r)E LA FOLIK. ■-."/.'î VÇr

nés tend à se restreindre ; c'est enfin que, d'après lâ stalislique générale de France, il y a toujours dans une localité un rapf; port inverse entre le nombre des aliénés soignés à domicile et le nombre de ceux (jui, confiés à des asiles, figurent seuls habituellement dans les relevés officiels, .l'ai la conviction qu'un jour viendra où les secours étant partout également répandus, l'équilibre sera rétabli etle nombre des aliénés ne croîtra plus que dans des proportions insignifiantes.

Il reste incontestable que le nombre proportionnel des aliénés est plus considérable dans les grands centres de population que dans les petites villes et dans les campagnes ; mais la cause de cette augmentation est bien complexe encore : dans les grandes villes, les excès sensuels sont plus communs et plus laciles, et je ne voudrais pas nier d'une manière absolue leur influence, mais qui ne sait qu'un aliéné inoffensif, un imbécile, qui peuvent, cà la rigueur, vivre longtemps dans une campagne avant (ju'un accident grave ne vienne attirer sur eux l'attention, sont bien vite signalés dans une grande ville et viennent grossir le cliiflre de ceux qui sont renfermés? Combien de vieillards en démence, combien de faibles d'esprit sont amenés à Paris et abandonnés par leurs familles aux soins de la charilé publique ! Enfin, il nù faut pas oublier que les grands centres de population, les capitales où réside une autorité, un souverain, oflrentpour tous les afiénés une attraction particulière; les hallucinés, les monomaniaques, les paralytiques se jnettent en loute des points les plus reculés de la France et viennent uniformément s'adresser au guichet des Tuileries pour quelque grave communication. De là, ils arrivent à Bicêlre ou à la Salpçtriére et contribuent bien à tort à grossir les statistiques des. aliénations mentales développées au milieu des villes/

Telles sont les considérations dont il faut tenir compte lorsqu'on veut se faire une idée exacte de cette question cuutro versée.

100 CAUSES rnÉDlSPOSANTES GÉNÉRALES

Pour moi, jo n'In'silo pas à admettre que l'aupimentation du nombre des aliénés avec les progrès de la civilisation est pres(|ue enlièrement arlificiello, qu'elle tient surtout aux progrès réalisés par l'assistance |)ul)lique, et je ne doute pas, à l'exemple de M. Parcliappe, que le résultat détinitil" d'une amélioration considérable de l'état social ne soit en définitive une diminution dans le nombre réel des aliénés.

2" Idées religieuses . — Les idées religieuses exagérées, coïncidant avec l'ignorance et la superstition, ont exercé de tout temps une notable influence sur le développement de la folie, et ont imprimé au délire un cacliet particulier. A toutes les époques et dans toutes les religions celle influence a été constatée : les pénitences absurdes des Hindous qui n'bésitent pas à se briàler vifs, à se tenir debout dans la même position jusqu'à ce que la mort arrive par inanition, à se couvrir entièrement de bouse de vacbe, à la laisser sécher et à se brûler avec elle, ces pénitences, dis-je, peuvent être comparées sans peine aux extravagances des Jeckers, des Barkers el de lanl d'autres sectes du protestantisme. Le délire et les convulsions des sibylles et des pytlionisses, les danses convulsives et l'agitation maniaque des prêtres de Cybèle, s'éloignent peu des épidémies choréiques du moyen âge et de toutes les extravagances des démonomaniaques, des mystiques et des illuminés. L'idée religieuse, quels que soient sa forme et son point de départ, peut donc aider au développement de la folie, et on le comprend sans peine en songeant combien les moyens d'action qu'elle met en jeu peuvent remuer profondément les intelligences, surtout lorsqu'il s'agit d'individus prédisposés. Bien que de nos jours le zèle religieux soit plus éclairé, cet élément éliologique possède encore une importance qui étonne. Sans tenir compte des faits isolés de délire religieux qu'on rencontre en grand nombre, dans certaines contrées, il se passe à peine une année sans qu'on ne voie survenir, tantôt en Suède, tantôt en Bretagne, tantôt

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eu Savoie, quelque fulio religieuse épidémique rappelant des fails d'un autre siècle par ses allures étranges et mystiques. Il n'est pas sans intérêt de savoir laquelle des deux grandes divisions du christianisme qui se partagent le monde civilisé, (lu catholicisme ou du protestantisme, prédispose le plus à l'aliénation mentale. D'après Ellis (l), il y aurait parmi les catholiques moins d'aliénés par suite de préoccupations religieuses. Et en effet, la doctrine catholique n'admet point de discussions : elle est donnée aux croyants qui l'acceptent sans examen et sans que l'esprit ait à méditer sur des sujets souvent abstraits, douteux et insaisissables. En Angleterre, au contraire, en Amérique et dans toutes les contrées protestantes, les dogmes religieux sont un sujet de libre examen et de discussions incessantes; les sectes se multiplient, la liberté de la controverse excite les passions et entraîne toutes les forces de l'esprit dans une voie souvent périlleuse.

Quoi (ju'il en soit de cette opinion d'Ellis, la science manque de documents positifs pour la solution de cette question : un seul fait d'observation pratique doit être regardé comme acquis, c'est que chez les proteslanls, les préoccupations religieuses portent en général sur des questions de controverse théologique, tandis que chez les cathuliques la crainte d'une confession incomplète , le remords d'une mauvaise communion et des scrupules de conscience sont les idées qui prédominent au milieu du délire religieux.

3" Evénements politiques. — On a attribué aux événements politiques une grande influence sur le développement de la folie; on a dit que chaque révolution, chaque bouleversement social, étaient signalés par un accroissement sensible dans le nombre desahénés. Kien ne justifie ce préjugé pourtant si répandu. Les moments de révolution n'exaltent et ne conduisent à la folie que les individus déjà prédisposés et quiprobable-

(1) Loc. cil., p. 99.

-102 r.ALSLS rUÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES

ment seraient devenus aliénés à propos de toute autre cause ; la couleur du délire peut ennprunter beaucoup aux idées politiques du jour, et c'est là sans doute ce (jui a influé sur •l'esprit des observateurs superficiels, mais en somme le "nombre des aliénés n'augmente pas sensiblement pendant les périodes révolutionnaires. Pour le prouver, il suffît de jeter un coup d'œil sur le tableau suivant, emprunté à la 'statistique générale des établissements d'aliénés, et qui ré- •STime l'état de la population des asiles de France de 1PZi7 à 485Zi.

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