CAUSES MORALES
une Miaîli'osse. Un jeune lioininc gagne à la loterie; (|uelques judis après il est frappé de folie, on répand que la joie lui a tourné la tèle ; ce n'était j)as la joie, mais la crainte d'être volé el de perdre son trésor (!)• Une jeune fille, dit Guislain, fut atteinte de manie le jour de ses fiançailles. Toute sa famille accusa un excès d'amour, tandis que j'appris que sa maladie n'avait été occasionnée que par la douleur qu'elle éprouvait do devenir la femme d'un homme pour lequel elle n'avait aucune aiïection ('2).
Les passions tristes agissent ou brusquement, comme peut le faire une émotion violente, une vive terreur, un attentat à la pudeur, la nouvelle subite de la perte d'une personne aimée; ou lentement et par suite d'une dépression morale qui se prolonge pendant des mois et des années entières. Dans les deux cas, l'action qu'elles exercent sur le système nerveux se traduit par des symptômes physifjues bien nettement appréciables. On a vu une émotion piorale violente et subite déterminer une commotion épigaslrique foudroyante avec disparition du pouls, pâleur du visage, refroidissement des extrémités : la mort immédiate a même pu être la conséquence d'un ébranlement aussi profond. Quant aux préoccupations incessantes, aux chagrins prolongés, ils amènent à la longue de l'insomnie, de la perte d'appétit, de la langueur dans les fonctions digeslives, de l'anxiété respiratoire, et un aflaiblissement général de l'économic qui tend encore à aggraver l'état d'éréthisme du système nerveux, et à accélérer la formation des premières idées délirantes. C'est ainsi qu'agissent les chagrins domestiques qu'Esquirol regardait comme une des sources les plus fécondes de folie, et qui peuvent être variés à l'infini dans leur point de départ. Ici c'est une femme maltraitée et trompée
(1) Des maladies tuenUiles,t. I, p. 59.
(2) Tome II, p. 52.
DE L.V FOLIE. j 23
par son mari, là un niaii (|iii soufiVe des désordres de sa femme; c'est un enfant dont la conduite répréhensible détruit tous les projets d'avenir formés pour lui. un père qui dissipe toute sa fortune, dps dissentiments de famille amenant des séparations douloureuses, l'absence de travail pour l'avenir, des revers de fortune, un changement imprévu dans la position, la perte de personnes aimées.
L'amour contrarié a souvent déterminé des troubles intellectuels, et l'observation démontre toute la gravité éliologique de cette passion malheureuse que tant de moralistes et de poètes ont décrite à l'envi. La jalousie qui ne laisse à sa victime ni repos ni trêve et s'accompagne si souvent d'appréciations erronées ; les blessures de l'amour-propre, de l'ambition déçue; les remords d'une faute tenue cachée aux yeux de tous; l'habitude de l'isolement, conduisent souvent aux vésanies. La misère dont on a signalé l'influence agit à la fois par les privations physiques qui l'accompagnent et jiar les préoccupations qui en sont la conséquence. Quant aux excès de travaux intellectuels que M. Parchappe a notés sept fois seulement sur plus de mille malades, presque toujours ils sont associés à d'autres causes et surtout à de mauvaises conditions hygiéniques ou à une organisation intellectuelle défectueuse.
Déjà nous avons étudié l'influence des idées religieuses envisagées d'une manière générale : certaines pratiques, certaines émotions qui s'y rattachent peuvent en outre devenir cause occasionnelle de folie. C'est ainsi qu'on a vu le délire éclater à la suite de confessions mal dirigées, de sermons sur les peines de l'enfer dans lesquels l'orateur avait cru devoir frapper l'esprit à l'aide de descriptions extravagantes et colorées à plaisir, de jeûnes et privations poussés au delà des Umites de la prudence.
2" Imitation. — A côté de ces émotions morales si variées par leur point de départ, nous devons signaler l'imitation
\'l!i CAUSKS MdliAI.KS
ôtii(Jit'0 par M. Jolly dans un travail rr'iiipli il'aperr.ns ingénieux (1). Il est inconleslahli; (juc' la vue ou le récit df névroses extraordinaires peut exercer une iniluence lâcheuse sur certains sujets impressionnables,' et je n'en citerai pour preuve que la propagation par voisinage de certaines alTeclions mentales ou convulsives qui revêtent le caractère épidémique. Sur une échelle plus restreinte, on a vu la narration des actes délirants commis par certains aliénés, frapper vivement l'imagination de quelques sujets qui, ta partir de ce moment, deviennent en proie à un délire analogue. C'est ainsi (jue, peu après le meurtre commis sur un enfant en 1825 par la tille Cornier dont le procès eut un grand retentissement et (jui agit évidemment sou? l'influence d'une impulsion maladive irrésistible, on vil se développer chez plusieurs femmes, vivement frappées de cette étrange affaire, des impulsions homicides tout à fait semblables, dont Esquirol et Marc ont rapporté des exemples. Pour mon compte, j'ai la conviction intime que les récits détaillés de suicides à l'aide desquels les journaux quotidiens alimentent la curiosité publique ne sont pas sans influence sur le nombre toujours croissant des faits de cette nature. Quant aux observations dans lesquelles on voit plusieurs personnes d'une même famille devenir simultanément aliénées par leur contact réciproque, il faut invoquer, pour les expliquer, non-seulement l'imitation, mais encore l'hérédité.
3° Empi'honnement cellulaire. — Il est une dernière cause de l'ordre moral sur laquelle l'attention a été vivement fixée pendant quelques années, je veux parler de l'isolement cellulaire appliqué aux prisonniers et du genre de vie tout spécial qu'il comporte.
Lors de l'introduclion en France du système pénitentiaire américain qui a pour base l'isolement cellulaire, les hommes
{i)Dsri'nilation considérée dans ses rapports avec la philosophie, la murale et la médeine {Mémoires de i' Académie de médecifie, Paris, l8iG, t. XII, p. 581.)
spéciaux se sont émus do l'intluence que ce mode de réclusion devait exercer sur l'état mental des détenus. On a incriminé non-seulement le système de Philadelphie qui admet l'isolement de nuit et de jour, mais encore le système d'Auburn, le plus généralement apphqué en France, où l'isolement n'a lieu que la nuit, les heures du jom' étant consacrées au travail et à des promenades en commun, mais avec silence. On a mis en avant le grand nombre de maladies mentales que la statistique constatait dans les pénitenciers de Lausanne et de Philadelphie organisés sur le i)rincipe de l'isolement cellulaire, et on a dit que ce genre d'existence favorisait le développement de la folie. Mais des recherches comparatives faites dans diverses maisons de détention amenèrent bfen vite à ce résultat que dans toutes les prisons, quel que fût leur principe d'organisation, le noml^re des aliénés était beaucoup plus considérable que dans la vie libre. M. Coindet, à Genève, sur 329 détenus, a trouvé quinze cas d'aliénation mentale. M. Lélut, dans la prison du dépôt des condamnés, a rencontré une proportion de 7 à S aliénés pour 1000 détenus ; et dans une enquête faite dans toute la France, au i" avril iSlià, il a été constaté que sur 18 845 prisonniers il existait 359 aliénés, ce qui fait à peu près 20 pour 1000. De même M. Sauze (1), sur 2/iOO prisonniers, a trouvé hli individus offrant des désordres intellectuels. Or, tous ces chiffres donnent une proportion d'aliénés infiniment supérieure à ce qu'on observe dans la population libre qui offre en moyenne 1 aliéné sur 1000 habitants.
Ainsi, le nombre considérable d'aUénés qui a été trouvé dans les pénitenciers cellulaires de Lausanne, de Philadelphie et dont on a fait grand bruit, ne tient nullement au mode de réclusion mis en usage. Dès que l'attention a été éveillée sur ce point on a retrouvé une proportion d'ahénés tout aussi
(1) Sauze, Études nic'dicc-psychologiques sur la folie. Becherchcs sur la folie pénilenliaire, p. 187.
12(5 CAtJSES MORALES
considérablt' dans les autres maisons de drlcnlion, (juel (jue fùl leur système, et comme le dit M. Lélut (1), la fréquence plus i^i-andc de la folie, dans une population criminelle et condamnée, est un fait désonnais acquis à la science conmie à la loi.
Faut-il en conclure que l'emprisonnement par lui-même contribue singulièrement à développer la folie? On serait tenté de le faire après un examen superficiel dos résultats que nous venons d'indiquer, mais tous les hommes qui ont analyse avec S(tin les cas d'aliénation mentale rencontrés dans les prisons, SDUt arrivés à cette opinion formelle que les causes générales de folie pénitentiaire sont indépendantes de l'emprisonnoment et inliérenies non à la prison, mais aux prisonniers.
Et en etîel : a. parmi les détenus dont la folie est constatée dans la prison, il en est qui étaient malades au moment où ils ont été condamnés à la réclusion. Sans aucun doute celle cause de la fréquence do la folie dans les prisons diminuera à mesure que l'intervention médico-légale deviendra plus active et plus efficace, et empèciiera ces déplorables méprises, mais elle n'en est pas moins réelle et entre en ligne de compte pour une part importante.
h. Beaucoup de crimes et de délits sont commis dans la période d'incubation de la folie, période souvent longue et difficile à reconnaître même pour des yeux exercés ; la maladie ne devient évidente que plus tard, alors que l'individu subit en prison la conséquence de l'acte déraisonnable qu'il a commis.
c. Parmi les prisonniers se trouvent un grand nombre d'individus demi-imbéciles, doués d'une organisation vicieuse et d'instincts pervers, qui, livrés à toutes sortes d'excès et n'ayant qu'incomplètement conscience de leurs actes, sont par cela même éminemment prédisposés à toutes les formes d'aliénation mentale. Cette catégorie d'individus fournit le plus grand nombre des malheureux qui, lorsqu'ils appar-
(1) knn. intd.-psych,, l'ôlià, p. 73.
DE LA. FOLIÉ. 127
tiennent aux classes inférieures, passent leur vie sur les bancs de la police curreclionnelle ou dans les maisons de détention, au milieu d'incessantes récidives; qui, dans la classe aisée, mieux entourés et mieux surveillés, finissent après des péripéties sans nombre par vivre et mourir dans les asiles d'aliénés.
d. Enfin on a dit, non sans raison que chez les individus prédisposés le remords du crime commis, les émotions et les angoisses d'un jugement solennel et plus tard la vie de la prison pouvaient dans une certaine mesure contribuer au développement de la folie.
Toutes ces causes dont j'emprunte en grande parlie l'énumération à M. Baillarger (1) expliquent parfaitement ce nombre considérable d'aliénés que l'on rencontre dans les prisons. Lorsqu'on a soin d'en tenir compte, on arrive, en analysant cliaque fait en particulier, à réduire d'une manière notable le nombre des cas qui se sont réellement développés pendant la détention; je citerai pour exemple iM. Sauze (2), qui sur un total de hlx aliénés rencontrés par lui dans une population de 2/iOO détenus, n'en a trouvé que 3 qui fussent devenus malades sous l'influence de la réclusion, proportion qui se rapproche sensiblement de ce qu'on observe dans la population libre.
En résumé, on doit regarder comme à peu prés nulle l'influence de la prison cellulaire et de la prison en général sur le développement de la folie.
^ s. — Can.<ies phjsiqnes.
Abordons maintenant l'étude des causes occasionnelles de l'ordre physique.
Nous les diviserons en : 1° causes locales i 2" causes générales; 3° causes physiologiques; â" causes spécifiques.
(1) Ann. mcdico-psych , 1844, p. 74.
(2) Sauze, loc. cit.
1" Causes locales.
Les causes locales agissent : 1" lanlôldireclemcnlsur l'encéphale ; 2" tantôt à distance et syrn[)atlii(|nenH'nt.
1" Des chocs sur la tète peuvent dmenir le point de départ de la folie; il en est de même des maladies des os du crâne, des intlammations de l'oreille et surtout de l'oreille interne, qui se propagent (i\cilement aux parties plus proibndes, et ici, je ne veux pas parler du délire nerveux à forme maniaque ou île la méningite qui compliquent les plaies de tête et niénie les simples commotions cérébrales, mais des troubles intellectuels survenant après une période prodromique assez longue, chez des individus ayant fait une chute grave : pendant plusieurs mois, plusieurs années après l'accident, les sujets éprouvent de la céphalalgie, des vertiges ; leur intelligence s'affaiblit, ils ont des moments d'absence et sentent eux-mêmes quelque chose d'anormal, puis un jour la folie éclate sans qu'on puisse lui assigner une cause occasionnelle l)ien manifeste. Dans la plupart des cas de ce genre, l'aliénation mentale revêtait une forme mal définie, et offrait des alternatives irrégulières, de stupeur, d'agitation et de lucidité imparfaite, sans idées délirantes systématisées; jamais la guérison n'a été complète, plusieurs de ces malades sont arrivés progressivement à la démence. A l'autopsie, on trouve alors des hémorrhagies méningées, des abcès de l'encéphale, des exostoses, indiquant que le délire observé pendant la vie était symptomatiquc d'une lésion du cerveau lentement développée, mais souvent aussi l'examen nécroscopique ne révèle rien d'appréciable. J'ai vu deux cas de paralysie générale, dans lesquels les premiers symptômes remontaient à un violent coup porté sur la tête : la maladie suivit son cours sans oflrir aucune notable particularité ni dans sa marche, ni dans ses symptômes.
2» Dans la folie dite sympathique, la cause de la maladie est toujours locale, mais elle réside dans un organe éloigné; elle agit à distance et sympathiquement. Cet ordre de faits diffère notablement de ceux que nous venons d'énoncer, et leur juxtaposition n'entraîne ici aucune analogie sous le rapport étiologique.
La sympathie morbide, point de départ de ce mode de causalité, est un rapport de souffrance existant entre des organes éloignés et sans relations fonctionnelles immédiates. Quelque controversée qu'ait été son existence, il est impossible de ne pas l'admettre comme un fait bien démontré dans la pratique de la médecine mentale. Esquirol, Prost, Daquin, Ferrus, Vogel ont rapporté des cas de folie guérie par l'expulsion de lombrics et d'ascarides. Sauvages et récemment M. Legrand du Saulle rapportent des faits d'aliénation mentale causée par la présence de larves dans les cavités nasales ou dans le conduit auditif externe, et guérie par leur expulsion. Beaucoup de maladies du tube digestif déterminent sympathiquement des troubles de l'intelligence : l'embarras gastrique et les enduits bilieux de la langue suffisent pour développer des hallucinations du goût qui conduisent les malades au refus d'aliments, et Esquirol généralisant trop vite quelques observations que le hasard avait réunies sous ses yeux, affirma que la mélancolie était due au déplacement du côlon transverse. Guislain rapporte l'histoire d'une personne qui, chaque fois qu'elle était constipée, avait des hallucinations auditives et visuelles cessant avec la constipation. La science possède un grand nombre d'observations tendant à démontrer que sous l'influence des maladies de l'utérus et de ses annexes, il se développe des troubles intellectuels purement sympathiques : durant une première grossesse, une dame est atteinte d'aliénation mentale ; dix ans après, les accidents s'étant renouvelés, on crut qu'elle était enceinte. Boyer reconnut un polype utérin dont l'enlèvcmont mit un
HAnCÉ. — MAL MKNT. ' 9
ISO CAUSES PHYSIQUES
lerme au cltîrangcmeiil ineiitul. Guislaiii a donné des soins à une jeune fille atleinle d'une degcenle de la malrice qui se U'ouvail prise d'une profonde tristesse avec propension au suicide, chaque fois que le col de l'utérus venait se présenlev à l'euliée du vagin; l'usage d'un pessaire lit disparailie tous ces accidents (1). Plus récemment, MM. Loiseau (2) et Azam (3) ont relaté des faits du plus grand intérêt qui viennent à l'appui de ceux (iiie nous venons de citer. Enfin, j'ai réuni moi-mèine dans un autre travail, des observations de folie développées pendant la grossesse et disparaissant avec elle, et des cas de délire passager lié au travail même de l'accouchcnient, à la fièvre de lait, à la menstruation.
Ces folies peuvent èlre à juste raison appelées sympathiques en ce sens que le délire et la lésion d'un organe autre que le cerveau naissent simultanément, augmentent et disparaissent ensemble : mais il est un autre ordre de faits qui, bien ditlérents des premiers par leur développement ulLél'ieur, s'en rapprochent néanmoins par leur point .de (Répart : je veux parler des cas où la maladie développée par sympathie pure, se sépare ensuite de l'affection primitive, suit son évolution naturelle malgré la disparition de la cause qui lui a donné naissance, et finit enfin par devenir incurable : c'est ce qu'on observe chez les femmes qui,ay^nl eu à chaque accouchement un accès passager d'aliénation mentale terminé parla guérison, finissent par devenir incurables à un dernier accès provoqué par la même cause, alors même que l'ul^érus est rentré dans ses conditions noroiales. Un phénomène inverse se produit chez d'autres malades; le défire se développe sympalhiquemcnt à la suite de la production d'une lésion organiiiue; au bout d'un certain temps la folie guérit, bien que la lésion organique persiste. J'ai donné
(1) Traité des plirénopathies, ]). 305.
(2) Mémoire sw la folie sympathique. Paris, 1857,
(3) Azam, De la folie f^iimpathiqw. Bordeaux, 1858.
(les soins à une dame chez laquelle un accès de mélancolie débuta en même temps que les premiers symptômes d'une métrite avec ulcération granuleuse du col; la mélancolie disparut au bout do quatre mois, tandis que trois mois après la guérison de la maladie mentale, l'affection utérine n'avait éprouvé qu'une amélioration insignifiante.
Dans tous les cas de cette espèce, la sympathie est incomplète et n'existe réellement qu'au point de vue étiologique. et pendant la période initiale de la maladie.
Il importerait au plus haut point et pour le pronostic et pour le traitement de pouvoir reconnaître d'emblée si. une affection mentale est sympathique d'une lésion organique éloignée, le pronostic et le traitement n'étant pas autres que ceux de la maladie première. La science du diagnostic est malheureusement sur ce point insuffisante, et pour remplir une semblable lacune, il n'existe pas d'autre moyen que de s'enquérir, à l'aide d'un examen clinique complet, des affections viscérales qui peuvent compliquer la folie ; si dans les antécédents du malade on retrouve des accidents nerveux ayant déjà coïncidé avec la même lésion, cette circonstance éveillera l'attention ; si le cas reste douteux, la prudence ordonne de s'adresser principalement et tout d'abord à la lésion organique, les résultats du traitement indiqueront la nature de la maladie.
Lorsque la fohe est sympathique d'une lésion viscérale éloignée, quelques auteurs ont dit qu'alors le siège de la folie siégeait dans les viscères : il est à peine utile de réfuter une semblable «rreur qui a contre elle les données physiologiques les itlus élémentaires et les résultats de l'expérience chnique. A un trouble de l'inteUigence, correspond toujours une modification maladive de l'encéphale dont l'existence est d'ailleurs surabondamment prouvée par la persistance des troubles intellectuels dans les folies sympathiques d'une lésion viscérale , alors même que la maladie première a totalement disparu.
2" Causes générales.
Les causes générales de l'ordre physique sont : 1" l'anémie, les cachexies; 2" les diathèses comme les dartres, le rhumatisme et 3" les fièvres.
J" Anémie et cachexies. — La chlorose et l'anémie sont deux états généraux qui favorisent singulièrement le développement de la folie. On arrive très souvent à constater par l'exaiiien clinique, surtout chez les femmes, un appauvrissement du sang qui, sans aller jusqu'aux bruits de souflle du cœur et des gros vaisseaux, se traduit du moins par la pâleur des muqueuses, la petitesse du pouls et une anhélation anormale au moindre exercice, par la diminution ou même la cessation complète de la menstruation : cette anémie peut être primitive, c'est-à-dire qu'elle préexiste aux troubles intellectuels et concourt à leur production, mais, dans un grand nombre de cas elle est consécutive à la folie et est le résultat de l'insomnie, d'une alimentation incomplète, des préoccupations maladives qui entravent la force d'assimilation et influent sur toutes les fondions organiques. On la rencontre non-seul-ement chez les mélancoliques où elle est très commune, mais encore dans la manie, dans la monomanie et même dans la paralysie générale où elle peut être très prononcée.
Quel que soit le point de départ de l'anémie, son existence bien constatée devient pour le médecin la source des indications thérapeutiques les plus précieuses : dans un nombre d« faits considérable, la stupeur ou l'excitation diminue, et le délire perd de son intensité à mesure que le malade reprend des forces, que le sang retrouve sa composition normale et que toutes les fonctions organiques s'exécutent avec plus de régularité. En un mot, nous retrouvons dans la pratique de l'aliénation mentale une nouvelle confirmation de cette vérité qui ressort de l'étude
des affections nerveuses, sanguis modcrator ncrvorum.
Lespertes séminales excessives^ soit volontaires, soit involontaires, développent une cachexie spéciale qui influe sur la production des troubles de l'intelligence. N'oublions pas toutefois que les excès vénériens et l'onanisme sont pris quelquefois pour la cause de troubles intellectuels dont ils ne sont en réalité que le symptôme : dans la manie, au début de la paralysie générale, chez les déments, les idiots et les imbéciles, il n'est pas rare d'observer une excitation génitale qui se traduit, soit par des abus de coït, soit par la masturbation à laquelle les malades se livrent avec une passion et une fureur que rien ne peut modérer. Dans tous ces cas et quelle que soit la forme du délire, la masturbation devient une complication très grave qui trouble la marche naturelle de la maladie, accélère le passage à la démence et ne tarde pas à amener l'incurabilité.
Les perles séminales provoquées causent directement la folie, moins à cause de l'épuisement qui accompagne les pertes répétées de semence, que par l'ébranlement nerveux qu'elles occasionnent. La manie, l'épilepsie peuvent alors s'observer. On rencontre plus fréquemment de l'hypochondrie, de la tendance au découragement et au désespoir, de? impulsions maladives avec idées de meurtre et de suicide, symptômes auxquels on voit se joindre de la stupeur, de l'hébétude et une sorte de démence, avec affaiblissement de la mémoire, indifférence profonde et moments irréguliers de réveil et d'agitation (1). En même temps la santé physique s'altère, la peau se décolore, le visage devient terne, les yeux sont éteints, cernés, enfoncés dans l'orbite ; il y a des syncopes, des palpitations; les digestions se font mal et s'accompagnent de crampes et de douleurs abdominales, l'amaigrissement coïncide avec un affaiblissement musculaire
(1) Lislc, Acad. de médecine, 23 mars 1851 . — Claude, De la folie causée par les perles scminalcs. Thèse.
l'^/i CAUSKS l'IiVSlOlKS
général, ri les malades ne retrouvent un peu d'rnr'r<:io (jue pour se livrer à leur détestable penchant. Chacjue nouvelle perle est ordinairement suivie d'une exacerhation manifeste et pi*('S(pie instantanée dans les symptômes physiques et intellectuels.
La masturbation est au moins aussi pernicieuse chez la femme que chez l'homme; elle exerce ses ravages avec d'autant plus d'intensité que les excès ont été commis jjIus immédiatement à la période de puberté; et cependant, lorsqu'on parvient à l'aide d'une surveillance rigoureuse,- d'un traitement moral bien dirigé, à l'aire cesser complètement cette détestable habitude, lorsqu'on met en usage un traitement toni(iue et reconstituant sulfisamment prolongé, on modifie et même on guérit com()létement des états qui tout d'abord semblaient au-dessus des ressources de l'art. C'est là un caractère qui distingue l'affaiblissement intellectuel suite d'onanisme de la véritable démence, et qui dénote toute l'importance de la question d'étiologie.
2' Dialhèses : dartres, rhumatisme. — L'influence des dartres a été signalée par Esquirol dans la production de la manie, et Guislain croyait à sa réalité. Le vice dartreux, ditil, est plus souvent qu'on ne le pense la cause d'une aliénation syniplomatique : il m'est arrivé plusieurs fois de voir l'aliénation disparaître, grâce à l'apparition d'une éruption dartreuse dont le malade avait été atteint antérieurement (1). Bien que les tendances de certains dermatologistes modernes se rapprochent singulièrement sur ce point des doctrines des anciens, je ne crois que médiocrement à l'influence de la répercussion des dartres sur la production de la folie, et je pense que sur ce point il faut encore en appeler à l'expérience et à une observation rigoureuse.
Entre le rhumatisme ei la folie, quelques auteurs admettent
(!) Guislain, Leçom orales, l. II, p. 82.
(les connexions intimes. Déjà Guisiain [l) avait insisté sur ce sujet; la goutte, le rhumatisme, peuvent, dit-il, affecter
le cerveau sous forme de miHastase J'ai pu observer
qu'un déplacement d'affection rliumatismale du cuir chevelu et des muscles du hras, en se portant sur le cerveau, sur la dure-mère, peut donner lieu à l'état phrénopathique. M. iMesnet (2) a publié l'observation très curieuse d'un jeune homme qui, en proie à un rhumatisme articulaire aigu, fut pris d'un dérangement intellectuel consistant en de l'hébétude, des phrases inachevées, de la difficulté à trouver les mots, et plus tard dans un délire aigu avec violence, hallucinations de la vue et de l'ouïe, conceptions délirantes^ croyance à des complots et à des machinations. A mesure que le délire se prononçait, les douleurs rhumatismales perdaient de leur intensité, et réciproquement ces dernières devenaient plus vives lorsque les désordres intellectuels étaient moins accusés. Vers la fin de la maladie apparurent des mouvements cboréitjues qui, eux -aussi, augmentaient et diminuaient à l'inverse des désordres intellectuels. Le sujet qui finit par guérir n'offrait aucune prédisposition héréditaire (3). Les relations qui existent entre la folie et les affections rhumatismales trouvent un incontestable appui dans les travaux de MM. Hervez de Chegoin, Vigla, Hipp. Bourdon, Gubler, qui ont étudié d'une manière si complète les accidents nerveux variés qui peuvent compliquer le rhumatisme, et que l'on désigne sous le nom collectif de rhumatisme cérébral; mais ce point appelle encore bien des études pour être entièrement élucidé au point de vue spécial qui nous occupe.
3" Fièvres tijphoides et intermittentes. — (Juoique Esquirol ait dit (3) que les fièvres de mauvais caractère laissent après elles un délire chronique qu'il ne faut pas confondre avec
(1) Guisiain, Leçons orales, t. II, p. 83.
(2) Archives générales de médecine, juin 1850.
(3) Des maladies mentales, t. I", p. 73.
i'iQ CAUSKS rilVSKJUES
raliciialion mentale, tous les auteurs admettent et la piali(jue démontre chaque jour que la l'olio peut être consécutive à la lièvre typhoïde; et ici nous voulons parler d'un délire à l'orme variahle qui éclate au moment où la fièvre commence à tomber, et où les malades, retrouvant le sommeil, l'appétit, semblent entrer en convalescence, et non de ce délire aigu, de ces accidents nerveux sympathiques liés à l'état fébrile, apparaissant au début de la fièvre typhoïde ou pendant son cours, et constituant une de ses plus graves complications.
N'oublions pas cependant que ce dernier délire, ordinairement vague et incohérent comme tous les délires sympathiques et symptomatiques, peut, dans certains cas, se systématiser ou bien consister uniquement en des hallucinations de manière à offrir quelques analogies avec le délire des aUénés. M. Baillarger (1) a publié une observation de fièvre typhoïde avec lésions des plaques de Peyer, vérifiées à l'autopsie, dans laquelle on constata un délire mélancohque complet, avec illusions et hallucinations. La malade disait qu'elle allait mourir, qu'elle avait déshonoré sa famille, elle s'accusait d'avoir volé, etc., etc., se plaignait de ne pouvoir payer les remèdes et répétait qu'elle n'avait plus de bouche ni de langue. Quant aux hallucinations isolées, elles sont assez communes. M. Brierre de Boismont (2) cite, d'après Abercrombie, M. Rayer, M. Marotte, M. Szafkowski, des faits d'hallucinations passagères de l'ouïe et de la vue survenues soit pendant les prodromes de la fièvre typhoïde, soit pendant son cours. M. Thore (3) rapporte également quelques faits où pendant la période d'augment de la fièvre typhoïde les malades voyaient au pied de leur lit des spectres et des visions. Tous ces phénomènes disparaissent avec le mou-
(1) ^l>i)i. méd.-psijcholog., 1843, t. II, p. i!i7 ■
(2) Des hallucinations, p. 235.
(3) Ann.mrd.-psijch., t. XYI, p. 57, 1852.
veinent fébrile et l'on n'en retrouve plus trace pendant la convalescence.
Il n'en est pas de même des formes de délire dont nous devons ici plus particulièrement nous occuper. Il résulte des recherches et des observations do MM. Max Simon (1), Louis (2), Chomel (3), Sauvet(/i), Leudet (5), Thore (6), que la folie consécutive à la fièvre typhoïde éclate le plus souvent au déclin de la maladie, alors que le mouvement fébrile a perdu de son intensité, ou même plus tard encore, quand la convalescence semble assez avancée pour qu'on puisse se croire à l'abri de tout accident. L'apparition des troubles intellectuels ne suppose pas nécessairement que la fièvre typhoïde ait été très intense et se soit accompagnée d'accidents cérébraux, on les a observés même dans des cas de fièvres typhoïdes légères et de courte durée.
Quant aux formes d'aliénation mentale, elles ont été très nombreuses et ont offert quelques particularités qu'il est bon de noter.
On sait qu'à la suite des fièvres typhoïdes graves, il n'est pas rare de rencontrer un certain degré d'affaiblissement de la mémoire; les convalescents ont oublié en partie ce qu'ils savaient, leurs conceptions ont moins d'énergie, ils apprennent avec difficulté et il faut un temps assez long avant qu'ils ne retrouvent leur niveau intellectuel ; or, cette disposition peut, chez quelques sujets, se présenter avec un caractère beaucoup plus accentué et prendre tous les traits de la démence. J'ai vu une jeune fille de treize ans, pleine d'intelligence, qui, à la suite d'une fièvre typhoïde grave, était
(1) Journal des connaissances me'd.-cftirurgr., juin, Juillet, août, 1844. (2j Recherches anal., patholog., et thérap. sur la fièvre typhoïde, t. II, p, 83.
(3) Leçons de clinique médicale, p. 53.
(4) Ann. mcd.-psychol., 1845, t. VI.
(5) Ann. méd.-psycholog., iS.ôO, p. 151. H})Aiin. médico-psycho!., l. XIV, 1850, p. 595.
138 CAUSES l'll\SIQL'KS
devomio cuiiimc idiote. Elle avait la puiide liaiiiaiilt; et niaise, adressait à tout le monde en larmoyant des interpellations enfantines, avait oublié les noms de ceux (|ui l'entouraient, était devenue gâteuse, se barbouillait ;'i plaisir de matières l'écales et cberchait à en man^(>r. M. Sauvet (l) a publié une observation analogue. Dans les deux cas, quelques semaines d'un traitement tonique ont sufti pour amener la guérison.
A côté de cette forme se rencontre le délire maninque avec ou sans ballucinations, et tel (jue nous le décrirons plus tard. Il peut être continu ou intermittent et offrir au milieu du délire général quelques idées prédominantes* Quant à la mélancolie^ elle a été plus rarement notée.
Au lieu de porter sur l'ensemble des facultés intellectuelles qu'il excite ou déprime au degré pathologique, le délire consécutif à la fièvre typhoïde peut être partiel et se présenter avec tous les caractères de la monomanie. Tantôt ce sont de simples idées fixes, non systématisées, venues au hasard et n'entrainanl avec elles aucune conséquence logique, ainsi que M. Louis l'a observé deux fois. Une de ses malades était convaincue pendant sa convalescence qu'elle avait fait un voyage et que de ce voyage elle avait rapporté des louveteaux à vendre. L'autre croyait qu'elle avait perdu sa sœur, et revenait sans cesse sur cette idée (2). Toutes deux d'ailleurs guérirent promplement. Tantôt la monomanie est plus complète et plus accusée, et par une particularité bizarre, est souvent caractérisée par des idées ambitieuses. M, Leudeta rapporté l'observation curieuse d'une jeune fille qui, au déclin d'une fièvre typhoïde, se mit à déclarer qu'elle avait été adoptée par le président de la république ; elle parlait de donner des décorations et refusait de reconnaître son père
(1) Ann. méd.-psychol., t. VI, p. 222.
(2) Oui', cilc, t. H, p. 83. -
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et sa mère qui veiiaienl la visiter. M. Sauvet (1) a raconté un l'ail semblable, mais devenu incurable chez une domestique qui répétait qu'elle était riche, qu'elle avait de puissantes protections à la cour. Elle j)rcnait les médecins pour des princes russes ou du moins les croyait spécialement envoyés par le roi pour la soigner. Elle ne délirait d'ailleurs sur aucun autre point. M. Max Simon cite deux faits de même nature; il s'agit dans le premier d'un convalescent de lièvre typhoïde qui vantait à tout propos la magnificence de son écurie et les qualités de ses chevaux, tandis que la réalité était bien loin de ces éloges; dans le second, d'un enfant de quinze ans qui, étant en pleine convalescence, se levait soudainement de table en disant que sa voiture à quatre chevaux l'attendait dans la rue; il demandait son manteau royal doublé d'hermine et prétendait avoir reçu des invitations pour assister à des soirées chez les person» nages les plus importants de la ville.
Il y a vraiment quelque chose de spécial et de digne d'attention dans l'apparition d'idées ambitieuses chez les sujets devenus momentanément monomaniaques à la suite de fièvre typhoïde. L'étude que nous ferons plus tard de la paralysie générale nous fera mieux comprendre toute la valeur de ce symptôme.
A côté de la monomanie purement intellectuelle, signalons certaiiies formes de délire partiel remarquables par la prédominance de troubles sensoriaux, c'est-à-dire d'hallucinations. M. Thore (1) cite des observations de fièvre typhoïde dans lesquelles des hallucinations se sont développées pendant la convalescence, alors que les malades commençaient à se lever et à manger. Une malade voyait des diables qui la menaçaient du geste et du regard, ou des chats qui se pro-
(1) Loc. cit.
(2) Afin, méd.-psychol , t. \V1, 1852, p. 59.
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menaient dans la chambre et rempêchaii.'nt de dormir par leur miaulement. Un petit garçon de (juinze ans, après un mois de maladie, a des hallucinations de la vue et de l'ouïe; il entend des individus qui le menacent, s'agite beaucoup, prétend qu'il n'a plus de jambes et demande à chaque instant qu'on les remplace par des jambes de bois. Pendant vingt jours ce délire persista. Abercrombie rapporte le cas d'un de ses amis qui, convalescent d'une fièvre typhoïde, s'imagina que son corps avait dix pieds de haut. Son lit lui semblait à six ou sept pieds du sol, de sorte qu'il éprouvait une très vive frayeur pour en sortir. L'ouverture de la cheminée était aussi grande que l'arche d'un pont. Par une bizarrerie assez singulière les personnes qui l'entouraient avaient leur grandeur naturelle.
La plupart des cas de folie développée consécutivement à la fièvre typhoïde guérissent assez rapidement sousl'influence d'mie bonne hygiène et d'un régime tonique et réparateur, cependant le pronostic devient beaucoup plus grave dès que la maladie se prolonge quelque temps sans s'améliorer. Les formes simples et réguHères du début ne lardent pas à se transformer d'une manière fâcheuse ; quelle qu'ait été la forme primitive, les malades offrent des alternatives irrégulières d'excitation et de dépression, l'incohérence d'idées se complique d'impulsions maladives, d'instincts pervers, bientôt même de tous les symptômes de la démence, et tous les efforts de la médecine restent impuissants contre un semblable état.
Sydenham le premier a noté les fièvres intermittentes comme pouvant devenir cause de folie. Il constate que la folie survient pendant la convalescence de la lièvre et surtout de la fièvre quarte chez des sujets épuisés par la longueur de la maladie, parle grand nombre des accès et par des évacuations réitérées (1) ; c'est, dit-il, une sorte particulière de
(1) Mciecinc pralique de Sydenliam ; Irad. de Jaull, page 55.
manie qui dégénère en stupidité (1) : elle ne cède pas à la méthode ordinaire. Si on s'obstine à la combattre par des purgatifs réitérés et par la saignée, on pourra bien diminuer sa violence, mais le malade tombera certainement dans une folie incurable. . . , tandis que la guérison s'obtient à l'aide de la Ihériaque, des eaux cordiales et d'une nourriture succulente (2).
Le docteur Nepple, dans son Traité des fièvres intermittentes; MM. Aubanel et Thore dans leur statistique de Bicêtre, le docteur Griesinger dans son Traité des maladies mentales^ le docteur Sébastian (3) dans un mémoire spécial, et enfin M. Baillarger \h) ont rapporté un assez grand nombre de cas de folie développée à la suite de fièvres intermittentes, et leurs observations ont confirmé avec quelques développements l'opinion émise par Sydenham. Chez ces malades la folie éclate le plus souvent pendant la convalescence de la fièvre intermittente, quelquefois cependant la fièvre intermittente se transforme en accès réguliers de manie ou de mélancolie, qui finissent par perdre le caractère intermittent pour devenir continus. Ue toutes les formes observées la stupité est la plus fréquente, et on semble disposé à en trouver la cause anatomique dans un œdème cérébral analogue aux infiltrations séreuses qui accompagnent la cachexie paludéenne.
Disons enfin un mot du choléra, dont M. Delasiauve (5) a signalé l'influence sur la production de la folie. Pendant la convalescence de l'afTection épidémique il a vu survenir
(1) Page 629.
(2) Page Ih.
(3) Journal d'Hufeland, année i82d. Remarques sur la manie et la me7ancoUe, comme conséquences des fièvres intermittentes.
(i) Baillargftr, Note sur la folie à la suite de fièvres intermittentes. Lue à la Société (le médecine.
(5) Note lue à la Société de médecine en 1SÙ9 {Ann. mckL-psycItolog., 1849, P 3:M).
des cas tli; manitiaigu»', de délire parlit'l avec idi'îe de pereécution et niême des cas de inonoiiianie amhilieuse ofl'ranl plus d'une analogie avec ceux qui se déveluppeiil consécutiv(Mneiit à la lièvie typlioïde ; hieii que chez ces derniers malades la présence du délire ambitieux éveille souvent des soupçons de paralysie générale, il est remanjuable que la majorité des cas observés jusqu'ici se sont terminés par la guérison. Il en est de même, à plus l'orle raison des autres formes de délire qui cèdent en général aux toniques et aux reconstituants.
3" Causes physiologiques.
La menstruation, 1 âge critique, la grossesse, l'accouchement, la lactation, sont des états physiulogiques qui, même dans les conditions normales de santé, réagissent sur les fonctions intellectuelles. Aussi l'on comprend sans peine que chez les individus prédisposés cette réaction dépasse les limites habituelles et arrive à un véritable état pathologique qui emprunte à son point de départ des particularités intéressantes.
1" Mejistriiation. — La menstruation est une époque dangereuse qui rend la femme plus nerveuse et plus accessible à toutes les émotions l'I). On a cité des faits oy des femmes d'ailleurs bien portantes étaient prises au moment des régies non-seulement d'une impressionnabilité excessive, mais encore d'un trouble momentané des facultés intellectuelles disparaissant avec l'écoulement péri(jdique. Tantôt la folie éclate sous l'influence de la première menstruation, ainsi qu'on en a cité plusieurs exemples, tantôt l'époque menstruelle, jusqu'alors normale et réguhère, est le signal d'une explosion qui, préparée par une période prodromique plus ou moins longue, attendait un instant favorable pour se mani-
(1) F. Voisin, Des causes morales cl physk/ues des maladies mentales. Paris, 1826.
fesler. L'âge critique à son tour, avec la pléthore ou l'anémie qui l'accompagnent, avec les réactions nerveuses si variées qu'il déteriuine, est une période de transition dangereuse dont tous ont signalé Tiniportance. Enfin nous avons vu qu'une l'ois la folie développée, l'époque menstruelle est constamment le signal ou d'une exacerbation, ou bien plus rarement d'une détente dans les symptômes observés, et que la régularité de cette fonction, son absence ou son insufiîsance sont des circonstances qui agissent puissamment sur la marche de la maladie et dont il faut toujours s'enquérir avec soin.
Mais au point de vue pratique, il faut bien se garder de cette appréciation erronée qui fait envisager l'aménorrhée et la dysménorrhée comme des causes directes de la folie : derrière ces troubles des fpnctions menstruelles il y a presque constamment un état général auijuel il faut savoir remonter et vers lequel doivent être dirigés tous les efforts thérapeutiques qui s'épuiseraient en vain autour d'un symptôme. C'est ainsi qu'on voit la folie guérir alors même que les règles ne sont pas complètement rétablies, ces dernières ne revenant alors qu'au milieu de la convalescence, quand l'équiUbre s'est rétabli p.eu à peu dans tout l'organisme par suite du retour du système nerveux à son état normal.
2» Grossesse, accouchement, lactation. — On désigne sous le nom collectif de folie puerpérale celle qui se développe chez les femmes enceintes, les nouvelles accouchées et les nourrices.
La folie puerpérale est relativement peu fréquente; il résulte, pour nous, d'un grand nombre de statistiques, qu'on rencontre en moyenne un cas de ce genre sur douze ou treize aliénés. Parmi les cas de fohe puerpérale, cens qui se développent après l'accouchement sont de beaucoup les plus nombreux. La folie des nourrices est moitié moins fréquente (|ue celle qui survient après la délivrance, mais le
\llll CAUSES PHYSIQUES
nombre des nourrices étant inoins considérable que celui des nouvelles accouchées, cette proportion ne saurait être prise dans un sens absolu. Enfin, les cas de folie survenant pendant la grossesse égalent tout au plus le tiers de ceux qui se développent pendant la lactation.
Les nouvelles accouchées offrent principalement la forme maniaque : chez elles, la folie se développe à deux époques distinctes, tantôt dans les huit ou dix premiers jours qui suivent la délivrance, et alors son origine peut être légitimement rapportée à la fièvre de lait et à l'ébranlement nerveux qui accompagne l'accouchement ; tantôt vers la cinquième ou sixième semaine, c'est-à-dire au moment de la première époque menstruelle ; chezles nourrices, la mélancolie est aussi fréquente que la manie : Esquirol, qui renconirait un plus Qrand nombre de cas de folie à la suite de la lactation chez les femmes de la classe pauvre que chez les femmes aisées, l'attribuait à l'insuffisance de leur alimentation, et les faits que nous avons observés viennent presque tous à l'appui de cette opinion : la plupart de nos malades présentaient de l'anémie, de l'amaigrissement, des vertiges et divers accidents nerveux ayant précédé l'invasion des troubles intellectuels. Quant au sevrage, son influence sur la production de la folie est incontestable, mais plus diflîcile à expliquer, puisqu'il met fin à une sécrétion dont l'abondance épuisait les malades. Cependant il n'est pas rare de voir l'organisme épuisé s'habituer pendant quelque temps sans secousse et sans malaise à des pertes qui l'énervent d'une manière quotidienne et régulière ; mais que ces flux se suppriment brusquement, il peut arriver, comme chez les hémorrhoïdaires ou chez des sujets habituésàune longue suppuration, qu'il se produise dans l'économie une réaction d'autant plus vive et plus dangereuse que le sujet est plus enchn aux accidents nerveux.
L'état i^uerpéral n'exerce pas chez tous les sujels une
DE LA FOLIK. 1A5
égale influence au point de vue de la production des troubles intellectuels ; dans l'appréciation des causes de la folie puerpérale, il l'aut toujours tenir le plus grand compte, nonseulement de la prédisposition et surtout de l'hérédité, sur laquelle nous n'avons pas à revenir, mais encore de certaines conditions d'un ordre secondaire dont l'action est bien démontrée. Ainsi :
n. L'âge des nouvelles accouchées : plus les femmes s'éloignent de celte période de la vie dans laquelle les fonctions génératrices jouissent de toute leur énergie, plus elles se trouvent exposées à la folie lorsqu'elles deviennent enceintes. J'ai prouvé ce fait autre part à l'aide de statistiques irrécusables.
h. Le nombre des grossesses augmente la prédisposition à la folie, à cause de la profonde débililation amenée par des parturitions nombreuses et très rapprochées. Cette cause et la précédente s'enchaînent l'une l'autre et se trouvent naturellement juxtaposées; on les retrouve non-seulement pour la folie des nouvelles accouchées, mais encore pour la fohe des femmes enceintes.
c. Un accès antérieur d'aliénation mentale prédispose à . la fohe puerpérale, il en est de même d'un état mental fâcheux pendant la durée de la grossesse.
d. Le sexe de l'enfant que la femme a porté ou allaité devient quelquefois cause de folie. On a vu des malades devenir aliénées après avoir mis au monde un enfant mâle, et rester exemptes d'accidents après l'accouchement d'une (ille. Ces faits au premier abord semblent inexplicables : on comprend cependant qu'un enfant mâle, fort, développé, et plus tard, lorsqu'on l'allaite, exerçant des efforts de succion énergiques, arrive à épuiser plus promptement sa mère et à déterminer des accidents que la gestation et l'allaitement d'une fille auraient pu éviter.
SIARCÉ. MAI.. MENT. 10
c. L'Iifiiiuiiiiagie pentluiiL uii après l'accoucliemenl li.ilf le développcnienl des accidents nerveux.
/. La lolie peut survenir chez les nouvelles accouchées, à la suite de convulsions écianipliipies. Tanlùl elle succède in^médiatement au coma qui accompagne les convulsions; tantôt elle n'éclate ijue plusieurs heures ou plusieurs jours avant la Un complète de l'état convulsil', alors que l'on semblait pouvoir compter sur la cessation de tous les accidents cérébraux.
g. La première menstruation qui suit l'accouchement exerce sur le développement de la folie puerpérale une intluence que M. Baillarger a signalée le premier, et que nos propres observations confirment d'une manière non douteuse : sur hh malades atteintes de Folie après l'accouchement et qui n'avaient pas allaité, j'en ai trouvé Jl qui sont tombées malades vers la sixième semaine, c'est-à-dire précisément au moment du retour des régies. Quelquelois le délire précède de cin(| à six jours l'apparition des règles, mais dans le plus grand nombre des cas, la folie débute avec l'écoulement menstruel ou pendant sa durée. Enfin, j'ai vu la menstruation l'aire complètement défaut et le délire éclater précisément au moment où les règles devaient apparaître. Chez les nourrices, l'invasion du délire a lieu fréquemmeni de la quatrième à la sixième semaine qui suit l'accouchement; et chez les femmes qui, ayant allaité pendant un certain nombre de mois, deviennent malades après le sevrage, le délire éclate très souvent au moment même où les règles reparaissent après une longue interruption.
II. Dans quelques cas, les dilllîcultés de la parlurilion, un phlegmon du sein passé à suppuration, un refroidissement, paraissent être devenus le point de départ d'un accès de folie chez des feiunies prédisposées. Je ne citerai que pour mémoire les inhalations de chloroforme signalées comme
UE l.A FOLIE. ikl
lâcheuses par le docteur Webster (1) cl que je serais porté à regarder avec Simpson comme plulôt utiles que nuisibles, car en enlevant les douleurs si vives du travail de l'accouchement, elles font disparaître une cause d'ébranlement du système nerveux.
■i. A côté de toutes ces causes de l'ordre physique, signalons enlin les émotions morales que je n'ai rencontrées que neuf fois sur soixante malades, proportion peu considérable, et qui semble indiquer, contrairement à ce que nous avons trouvé pour la folie en dehors de l'état puerpéral, la prédominance des causes physiques sur les causes morales.
'i" Causes spécifiques.
Parmi les causes spécifiques nous rangeons les virus, comme le virus syphilitique, et certaines substances toxiques, comme la jusquiame, ro]iium, la belladone, et tant d'autres qui directement ou indirectement agissent sur le système nerveux et déterminent des troubles de l'intelligence.
1° Des faits cliniques soigneusement observés permettent d'affirmer que la syphilis est quelquefois cause de folie. Toutefois, en parcourant les observations contenues dans les ouvrages de MM. Gros et Lancereaux (2) et de M. Zambaco (3), on voit bien vite que les troubles intellectuels doivent être alors attribués, soit à des dégénérescences organiques ou à des produits accidentels du parenchyme cérébral ou des os du crâne, soit enfin à la cachexie et à l'anémie profonde qui accompagnent souvent les accidents tertiaires delà syphilis : ainsi, la syphilis n'agit pas directement sur la production de la folie, à la manière d'un agent toxique ; elle agit uniquement par l'intermédiaire des modifications organiques
(1) Journal o/' psyc/jo/ogy, 1850. — Archives de médecine, oclobre 1860. — Revue médicale, 1853, t. l'\ p. .ô69.
(2) Des affections nerveuses syphilitirjnes, 1861, p. I'2S.
(3) Des afferlinns nervevsex syphilitiques, 1862.
làS CAUSKS PliVSKjLES
(in't'llt' fait subie ;'i rrcnnomiL' ; tMicore inriiif l'aul-il tenir coniplo des circoiislances accessoires, telles (jiie les excès vénéiieiis, les abus alcooliques, (jui ont eu souvent leur part d'influence dans la production de la maladie mentale. Knfin, il est indispensable, poui- (|ue cf.-tte étiologie puisse être admise avec quelque certitude, (|ue la folie ait s^uéri sous l'inlluence d'un traitement antisypbiliticiue; t(»ute observation (jui ne présentera pas cette contre-épreuve thérapeutiiiue pourra toujours être discutée et envisag^ée comme le résul« lat d'une coïncidence.
Nous aurons à revenir siu' ce sujet à propos de la paralysie générale, dont l'origine directement sypbilitique me semb'e dans quelques cas beaucoup phis probable.
2" Certaines substances toxiques ont la propriété de déterminer des délires qui, curables et |)assagers dans la grande majorité des cas, passent quelquefois à l'état cbronique et constituent de véritables aliénations mentales. Tantôt ces intoxications se produisent rapidement sous l'influence d'une dose élevée de poison prise en un court espace de temps; tantôt, au contraire, l'organisme s'altère lentement par l'ingestion répi'tée d'une (piantité moins ronsidérabl-e de la substance toxique, et les troubles intellectuels qui en résultent sont plus profonds et plus graves au point de vue de la curabilité. C'est ainsi ([ue l'alcool et les boissons alcooliques déterminent toutes les formes d'aliénation menlale, depuis la manie et la mélancolie jusqu'à la démence et à la paralysie générale. L'opium piis à tlose élevée produit un violent délire avec conslriction des pupilles, illusions et ballucinations; son emploi prolongé amène, cbez les fumeurs d'opium par exemple, de la stupeur, de l'bébétude et un affaiblissement incurable de rintelligencc. L'ivresse du bachiscli s'accompagne d'illusions, d'ballucinations et d'un véritable délire maniaque qui cesse à mesure que l'action du poison commence à s'alîaiblir. Le délire de la belladone, de la inandra-
IJK LA rilLlL;. j/jD
Lictiv, du daluia ^-liaiiionium et do la jjliipaiL des sulanées vireuses offre comme symptôme caracléristiriue, outre l'exritation cérébrale, la prédominance des hallucinations de la vue et la dilatation des pupilles. Quant au tabac, qui a été si souvent attaqué et défendu, on le consomme maintenant dans une proportion tellement exorbitante, que, sans admettre comme certains médecins qu'il est la cause unique de l'augmentation de fréquence de la paralysie générale, il m'est impossible de le regaider comme entièrement inoffensif.
L'intoxication saturnine se traduit, comme chacun sait, par des accidents cérébraux à forme variable, vertiges, épilepsie, délire maniaque, démence, qui aboutissent plus d'une fois à la paralysie générale.
.l'ai vu un vérital)le accès de manie chez im ouvrier en caoutchouc qui manipulait du sulfiii"e de carbone. Des faits analogui's ont été cités pour l'iode.
Quant à l'action du mercure sur la production de la folie, elle est notée par un grand nombre d'auteurs; sans nier la réalité de cette cause, je crois qu'elle aurait besoin de s'aj»puyer sur des observations plus rigoureuses quj celles qui ont été données jusqu'ici. On trouve, en effet, dans la plupart d'entre elles, à côté de l'usage des préparations mercurielles, des causes infiniment plus actives et plus sérieuses dont il faut savoir faire la part.
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