NO-RESTRAINT
afiîrme qu'on est toujours parvenu de cette façon à calmer les aliénés les plus redoutables, que la méthode est plus humaine, qu'elle donne des guérisons plus durables, qu'elle ne dégrade pas le malade à ses propres yeux, qu'elle est facile à apphquer, et exige seulement une proportion un peu plus considérable de gens de service.
Bien des objections se sont élevées, en Angleterre même, contre le no-restraint pratiqué d'une manière aussi absolue. On a dit que l'usage modéré et temporaire de la contrainte mécanique causait moins d'irritation à l'aliéné qu'une lutte corps à corps engagée avec lui; que dans les cas de penchant violent au suicide ou d'impulsions malfaisantes, celte contrainte, bien plus sûrement que toute surveillance, l'empêchait d'être nuisible à lui-même et aux autres ; enfin que le maniaque agité, muni d'une camisole, pouvant sans inconvénient courir en plein air et faire de l'exercice, ce mode de traitement était bien moins préjudiciable à la santé que la réclusion prolongée dans une cellule. On a ajouté que le no-restraint poussé jusque dans ses dernières limites entraînait avec lui de sérieux inconvénients; et, dans un rapport adressé au Conseil général des hospices sur les établissements d'aliénés d'Angleterre, M. Battelle a signalé, dès JSAAjles luttes violentes, les blessures, les homicides même qui lui avaient été signalés dans quelques-uns des asiles qu'il avait visités. Et d'ailleurs pour celui qui envisage la question en dehors de toute préoccupation systématique, les bras des infirmiers, les. cellules matelassées ne sontils pas de véritables moyens de contrainte analogues à ceux qui sont en usage parmi nous ?
Une vérité pratique ressort des discussions longues et animées qui ont eu lieu sur ce sujet : c'est que les moyens coercitifs doivent être employés avec une grande réserve, et qu'on ne doit y recourir qu'à la dernière extrémité. Il ne faut pas rester désarmé vis-à-vis des aliénés réellement dan-
'M(> DKS ASILKS d'aMÉNKS.
geiTiix, iiiai> il l.iiil Irouvrr dans un liailiMiirni iiK-dical api)iM|nié, dans mif organisation bien <-,(jin|jléle dn l'asile, les nicjyens de maintenii' le calme, sans recourir inconsidérément à des procédés cuntentils (|ui exaspèrent le malade l'i vont (lij'ectement contre le liid (lu'on se propose.
CHAPIÏKK VII.
Des asiles d'aliénés. — Emplacement, l'orme i^éut-rali', ilivisinns, Rménagements,
• — Organisation.
Des colonie» d'aliéné!.
oF.s ASir.F.s d'amené.'?.
^t. — Kni|tlar<>iitoii(, fi>i'iia4' ;;«'iiérnl4', (liti<«ions. aménaerinent.
La nécessité de l'isolement, les conditions particulières de surveillance, de direction morale, qui dominent toute la thérapeutique de la folie, doivent faire regarder comme indispensables les établissements spécialement et uniquement destinés aux aliénés. Depuis la réforme de Pinel et d'Esquirol, les médecins, tant en France qu'à l'étranger, ont étudié à l'envi les principes qui devaient présider à la création de ces asiles, et c'est grâce à leur impulsion que la France et l'Europe se couvrent chaque jour de maisons de traitement où se trouvent réalisées avec plus ou moins de bonheur les con ditions formulées par l'expérience médicale.
Laissant tout à lait de coté les ([ucstions d'architecture t^l) et de direction économique, qui ne sauraient trouver leui-. place dans un livre de cette nature, eontentons-nous d'indi-
(l)Voy. Parchàppe, Des principes à siùirc dons Ut foudalion et dans la <iiiistruction des asi'es iValiénès, 1 vol. in-8'.
quer les principes élémentaires qui doivent présider à leur création.
Un établissement d'aliénés doit être placé à proximité d'une ville, mais au dehors d'elle, de manière à profiter de ses ressources tout en ayant les bénéfices de l'isolement. Le pays doit être salubre, le site agréable; on évitera elles plaines trop uniformes et les positions trop élevées qui rendent l'eau peu abondante et offrent des dangers au point de vue des suicides et des évasions.
L'établissement pourra être destiné à la fois aux hommes et aux femmes, à la condition, toutefois, que les deux sections seront rigoureusement et complètement séparées : le nombre des malades qu'il est destiné à contenir dépend uniquement des nécessités de la population et de l'organisation médicale et administrative qui lui sera affectée. Avec quatre ou cinq médecins indépendants et une direction administrative unique, un asile peut sans confusion et sans désordre contenir jusqu'à mille malades. Aussi ces grands établissements qui réalisent une économie très notable au point de vue de leur création et de leur entretien, peuvent-ils être adoptés sans inconvénient pour les très grands centres de population, tandis que des asiles de quatre cents malades ou même moins considérables encore, offrent des avantages pour les départements moins peuplés, en ce sens qu'ils ont une circonscription territoriale modérément étendue, et que les malades n'ont pas à franchir de très grandes distances pour y être transférés. Ces petits asiles peuvent être confiés à un médecin directeur qui centralise les pouvoirs administratifs et uiédicaux. Mais cette disposition, qui prévient les conflits Ht simplifie les services, devra toujours être considérée comme fâcheuse au point de vue des progrès scientifiques. Comment un médecin responsable du budget d'un asile et astreint à un travail administratif qui lui est peu familier, pourra- t-il consacrer une attention suflisante à l'histoire
'^tiS DES ASILES d'aliénés.
raédicalt' el à l'observulidii (juolidieniie des malades (|ui lui sont C()iili(''s?
L'annexion à chaqno asilo d'un i|uarlit'rde pensionnaires est une ressource précieuse au point de vue éci»nonii(iue. Le médecin ne sauraitiy voir d'inconvénients, pourvu qu'il y ait une séparation complète et rijjoureuse entre ces pensionnaires et les indigents.
Doit-on créer des asiles distincts pour les malades curables et les malades incurables? Cette séparation qui existe dans (|uelques contrées de l'Allemagne est justifiée, disent ses partisans, par l'impression pénible que les incurables produisent sur l'esprit des malades convalescents, par la nécessité de concentrer l'attention des médecins sur les cas susceptibles deguérison, enfin par l'inutilité pour ces incurables d'une installation souvent très dispendieuse des divers moyens de traitement. Ces motifs sont illusoires et ne justifient même pas la séparation des incurables et des curablec dans le même asile, séparation qui a été proposée comme mesure intermédiaire. Rien n'est pénible pour les familles et pour les malades eux-mêmes, comme ce certificat d'incurabilité qui résulte du passage dans un bôpital spécial ou dans une division désignée à l'avance. Et d'ailleurs à quel moment précis fixer l'incurabilité? Les incurables eux-mêmes ne sont-ils pas des malades ayant besoin de soins spéciaux el quotidiens, et olTranl de temps à autre des exacerbations pendant lesquelles la maladie revient momentanément à l'état aigu? Loin de nuire, comme on l'a dit, aux aliénés nouvellement admis, les incurables tranquilles leur donnent au contraire l'exemple de l'ordre, delà discipline, de la subordination, et leur présence ne saurait entraîner aucun inconvénient réel.
Ce n'est pas dans cet ordre d'idées qu'il faut chercher les éléments d'une division méthodique des malades d'un asile. L'expérience et la pratique de cluupie jour enseignent que
les manifestations extérieures des aliénés, leur état de calme ou d'excitation, leurs allures, leur manière d'être habituelle, sont des éléments de classification infiniment plus utiles et j3lus pratiques. Aussi, à l'exemple de M. H. Falret fi) nous admettons six sections pour chaque sexe : tranquilles , agités, incommodes, gâteux, épileptiqiies, infirmerie. Celte division est la plus pratique et la plus commode : nous regardons comme inutile une section de convalescents; ceux-ci, en effet, sont en trop petit nombre pour remplir un local à part qui se trouve bien vite encombré, lorsqu'il existe, par des malades de toute nature. Les idiots et les imbéciles, quand leur nombre est considérable, peuvent être réunis dans une section isolée, car il est nécessaire de les soumettre à un ensemble d'exercices physiques et intellectuels tout à lait spéciaux.
Enfin, dans un asile complet, il est bon d'avoir un quartier distinct pour les sujets qui sont sous le coup d'une aciion judiciaire, soit qu'ils aient donné en prison les premiers signes d'aliénation mentale, soit qu'un homicide ou toul autre acte s^Tave ait été commis par eux sous l'inlluence du déhre. En Angleterre, il existe môme un asile spécialement destiné aux aliénés vagabonds et aux fous dits criminels, et depuis longtemps M. Brierre de Boismont et quelques autres médecins ont réclamé pour la France la création d'établissements analogues.
C'est à l'architecte qu'il appartient de réaliser ces divisions en appropriant chacune d'elles à sa destination spéciale. Toutes doivent être parfaitement isolées, en se reliant cependant par des moyens de communication faciles à l'ensemble de l'établissement. Les quartiers d'agités seront toujours relégués sur les points les plus excentriques : seuls ils devront contenir des cellules convenablement isolées, ayant autant que possible une cour spéciale, de telle sorte qu'un malade
(1) Thèse 1852.
220 Di:s ASILES d'aliénés.
ilanf^ennix (mi hriiyaiil ne devienne pas pom- les autres un sujet fie liouhie ou d'excitation. Ouanl à l'élondue |)rop(»rlionnelli' (pi'il l'aiil altiihner à ces diverses sections, il est admis ^('ncralenieiil (jue les aj^ités, les épileptiqucs, les malades de rinfirinerie et les cas aigus en traitement représentent chacun 10 i)our 100 de la popiilalioii d'un asile. Les six autres dixièmes sont constitués par les chroniques et les incurables, les convalescents, les enfants, les malades détenus judiciairement ou ayant besoin d'une surveillance plus rigoureuse.
La fontip générale à donner aux établissements d'aliénés présente de nombreuses variétés.
La disposition en carré des bâtiments pci'mel une séparation exacte des sexes, facilite les divisions et permet aux services généraux d'être à proximité de toutes les parties de la maison. Mais la ventilation est insuffisante, la perspective si' trouve souvent sacrifiée, et il devient difïicile d'isoler complètement les malades agités ou dangereux. Il faut dire, toutefois, que ce type primitif peut être heureusement modifié, et alors il fournit des combinaisons très heureuses. Au lieu d'un carré central on peut avoir différents carrés formant des cours ou des bâtiments rattachésà une ligne droite, ou bien encore un carré long segmenté par des divisions reclanaulaires formant des cours et des jardins.
La forme cruciale, que l'on retrouve dans beaucoup d'établissements anglais, présente dans son modèle le plus él»'mentaire, quatre cours séparées entre elles par une ligne cruciale. Ce type peut être plus compliqué : c'est ainsi que la forme générale de l'établissemeni peut consister en deux croix confondues par leurs bras et laissant entre elles des iulervalies destinés aux cours et aux promenoirs.
La l'orme rayonnée, empruntée à la disposition des pi-isons cellulaires, est mauvaise sous tous les rapports, et ne donne qu'une sécurité illusoire sous le rapport de la sui'vcil-
lance. Avec la forme rayonnée on a des cours bizarres et irréguliéres, des bâtiments disposés de telle sorte qu'ils s'interceptent réciproquement et l'air et le soleil ; leur aspect est triste et sombre et ne répond à aucun des besoins médicaux d'un asile. Ce système a été bien vite rejeté après (juelques essais malheureux.
En disposant tous les bâtiments sur une seule ligne droite, on satisfait parfaitement à toutes les conditions d'aération et d'isolement, mais les constructions se développent alors sur une telle étendue, que les services généraux deviennent très difficiles, et que ce prave inconvénient a dû faire abandonner cette disposition pour les nouveaux asiles.
La forme (jui, en France du moins, semble réunir le plus de suffrages, consiste en deux séries de corps de bâtiments disposées parallèlement (H reliées entre elles par un bâtiment central destiné à l'administration et aux services généraux. Ce bâtiment central pourra être placé au centre même de l'établissement, comme à Quatremares et à Auxerre, ou bien il pourra être remplacé par des galeries latérales dans lesquelles ces services généraux seront installés. Celte dernière disposition semble même préférable au point de vue des lignes architecturales.
Quant aux jardins et aux cours plantées dont la superficie totale doit toujours dépasser l'étendue des constructions, ils seront ornés de fleurs et d'arbres sufTisammenl éloignés des murs de peur des évasions, et devront être dessinés de telle sorte que chaque division ait son jardin distinct. Lorsque les bâtiments sont disposés en carré, lorsqu'ils sont placés sur une seule ligne presque toujours les cours se trouvent bordées, de deux côtés au moins, par des constructions qui limitent la vue et interceptent en partie le soleil et la lumière : c'est là un inconvénient sérieux ; aussi est-ce avec raison que le système anglo-américain reporte les préaux ta l'extérieur de l'enceinte des constructions, heureuse disposition