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d'une cascade ou entendre le bruit du* tonnerre lointain. Dans les faits do cette nature, tout se passe dans l'appareil sensorial, l'intelligence ne participe en rien à la production du phénomène; aussi ces illusions, que M. Michéa appelle avec raison senaoriales (1), n'appartiennent pas à la pathologie mentale tant que le jugement les rectifie et les apprécie à leur juste valeur.
3" Illusions intellectuelles. — Ouant aux illusions proprement dites, elles supposent nécessairement l'intervention de l'intelligence qui imprime le cachet du déhre à la sensation qu'elle transforme. Tliéodoric, poursuivi par ses remords, prend pour la télé du sénateur Symmaque la fête d'un poisson servi sur sa table; un malade en proie à des idées de persécution entend deux inconnus parler dans la rue, transforme leurs paroles, et dislingue nettement leurs menaces, leurs injures et les complots qu'ils forment contre lui : voilà de véritables illusions. L'intervention de l'inlelligencc dans la production de cet ordre de faits se prouve sans peine par ce qu'on observe chez les personnes impressionnables ; pour elles les sentiments de l'àme, selon leur nature, communiquent aux objets environnants une teinte de gaieté ou de tristesse : leur esprit est-il sous l'influence de la crainte ou de la prévention? Un objet mal dessiné, une branche d'arbre, un bruit confus, peuvent surtout, au milieu de l'obscurité, réveiller l'idée d'un malfaiteur qui s'approche, qui attend au passage, qui brandit une arme menaçante. De même dans l'illusion morbide, toutes les impressions faites sur les sens reçoivent le coloris du délire, mais peut-être M. Falrel ('2) est-il ahé trop loin, en faisant une très faible. part à la sensation transformée et en admettant que l'idée délirante pouvait se substituer en entier à l'impression produite par les sens. Les malades qui ont des illusions
(1) Miclica, hc. cil., p. J25.
(2) Ouw. ciU-, p. 100-116.
racoiilLMil MViT laiil de iirllfh' ce (jirils Voient, et' (|u'ils cil- ^entlenl, ce qu'ils sentent, (jue bien coiiaincnicnl l'impression sens(tiialt% quoique rnnséeutive à la n'aclion cérébrale, joue, dans la i)roducliun de ce pbéiKiniént', un rôle qui ne man(iue pas d'importance.
Les illusions ne doivent pas être confondues avec des interprétations vicieuses altacbées à des sensations normalement perçues. Un individu poursuivi parla pour de la police entend marcber derrière lui; il se trouble, s'inquiète, croit que des agents le poursuivent, et s'enfuit pour leur échapper. C'est là ce que M. Falret appelle une illusion inentah' (1); mais en réalité c'est une véritable conception délirante survenue à la suite d'une sensation normale.
Ç 3. — Description.
Tous les sens peuvent être le point de départ d'illusions.
1° Ouie. — Non-seulement l'aliéné transforme, comme nous l'avons dit, une parole en une autre, mais un bruit inarticulé, un son confus, deviennent une parole distincte, une phrase ayant un sens bien arrêté. Esquirol se promenait un jour dans le parc de Saint-Cloud avec un malade qui se croyait trahi par sa femme et par les siens. Chaque fois que ce dernier entendait le bruit des feuilles agitées :« Entendez-vous, disait-il, comme ils répètent : Lâche î jaune? » On voit souvent les malades rendus très anxieux par le roulement des voitures, par le bruit du marteau, par le chant des oiseaux, dans lequel ils reconnaissent des injures et des personnalités ofl'ensantes. L'illusion peut porter sur la qualité et le timbre de la voix, sur sa direction; elle peut multiplier les sons, les rendre plus éclatants, et offrir, en un mot. une foule de variétés symptomatiques.
2" \ue. — Les illusions de la vue sont les plus nombreuses ; elles sont relatives à la configuration, à la couleur, à la po-
(1) Falret, op. n7.. p. 107.
sition, à la grandeur et au nombre des objets. Esquirol parle d'une femme mania(jue qui prenait des nuages pour des ballons montés par l'aéronaute Garnerin. Certains malades, sous l'influence d'un empoisonnement par les narcotiques (l) ou d'un état congestif, voient tous les objets colorés en rouge : l'hostie blanche que le prêtre élève à la consécration semblait quelquefois, à sainte Catherine de Sienne, avoir la couleur du feu, de la chair ou du sang. Quelques maniaques, pendant leurs accès, voient tous les objets renversés, et, lorsqu'ils tentent de lire, les lettres voltigent et se déplacent sous leurs yeux; d'autres aperçoivent ceux qui les entourent avec des dimensions extraordinaires, soit en grandeur, soit en petitesse. Une des illusions de la vue les plus communes, mais aussi les plus tenaces chez les aliénés, est celle qui leur fait trouver dans le visage, dans les gestes de leurs interlocuteurs, soit une expression spéciale, soit des ressemblances telles qu'ils en arrivent à prendre pour un ami ou un parent tel compagnon d'infortune qu'ils n'auront jamais connu. J'ai vu une aliénée mélancolique qui, malgré les dénégations les plus réitérées de son entourage, se désolait de voir son fils avec un visage vieilli, amaigri et profondément altéré. Pour quelques malades, ce changement est tel, qu'ils refusent de reconnaître leurs proches, et, tout en admettant quelque vague ressemblance, ne peuvent croire à une identité complète.
3" Odorat et goût. — Les illusions de l'odorat et du goût sont de toutes les moins complexes : elles se présentent fréquemment au début des diverses formes de folie, et souvent sont accompagnées d'un état bilieux ou saburral de la langue qui prédispose à leur formation en aidant cà dénaturer le goiàt des mets et des boissons. Le refus d'aliments est la conséquence la plus sérieuse de ces illusions, qui cèdent souvent assez vite à l'emploi des évacuants.
(1) Michéa, Délire des sensations, p. 133.
h" Semib'ditti fjihiérnle. — Les illusions du loiirlicr fl ilo la sensibilité générale peuvent être variées et iiiiiltiples : les douleurs rluirnalistiiales, les névralgies, font cruire aux aliénés qu'on les brûle, qu'on les martyrise. Un malade observé par Esquirol, soutirant d'une violente douleur dans le genou, saisissait avec la main la partie douloureuse, et avec l'autre main fermée frappait à grands coups son genou en répétant : « Ah ! scélérat, tu ne t'en iras pas ! Ah! scélérat! » 11 croyait avoir un voleur dans le genou.
On range encore parmi les illusions du toucher certains faits qu'une analyse rigoureuse doit faire regarder comme une simple conception délirante, car leur point de départ ne diffère en rien de ce qu'on observechaque jour en dehors de la folie : ce n'est pas un trouble anormal des fonctions nerveuses, mais uniquement la paralysie ou l'exaltation de l'un de ces modes de sensibilité qu'une physiologie plus avancée a fait distinguer dans la sensibilité générale. Un aliéné, par exemple, pousse des cris au plus léger contact, s'écriant qu'on le torture, qu'on veut le tuer, qu'il est entouré d'assassins. Sans doute ce dernier trait constitue une erreur de jugement et atteste l'état maladif de l'intelligence; mais chez ce même malade, il n'y a pas toujours illusion des sens; un examen clinique attentif fait bien souvent découvrir une notable hypereslhésie cutanée devenue le point de départ de l'erreur du jugement.
Une aliénée très affaiblie par une couche et par des évacuations sanguines, raconte Esquirol, se disposait un jour à prendre un lavement; or, sitôt qu'elle eut la seringue entre ses mains, elle la rejeta avec horreur : le même fait se renouvela plusieurs fois. Cette dame lui assura depuis qu'elle l'avait crue remplie de mercure, et s'était persuadé qu'on voulait faire de son corps un baromètre : voilà un fait que Ton peut envisager comme ayant pour point de départ l'exaltation de ce sens d'activité musculaire entrevu par
Darwin, et décrit depuis par MM. Belfied-Lefévre, Bellion, Landry, Dachcnne (1); ce n'est pas en réalité une perversion, une illusion de la sensibilité générale. J'ai cité ailleurs (2) l'observation analogue d'une dame non aliénée qui trouvait qu'un gobelet d'étain ne lui pesait pas plus qu'une plume; mais chez cette dernière le trouble de la sensibilité existait seul, tandis que cliez la malade d'Esquirol, le jugement était son complice et venait ajouter une explication délirante, qui seule en réalité est du domaine de la folie.
illusions internes. — A côté de ces illusions, il en est d'autres qu'on appelle plus particulièrement illusions internes^ et qui se développent à la suite de douleurs réelles siégeant dans les cavités splanchniques.
Une femme qui ressentait une grande pesanteur et une grande gêne dans les parties génitales s'imagina qu'elle avait un loup dans son corps ; l'examen fit constater un prolapsus utérin, et un pessaire soigneusement appliqué fit disparaître cette illusion, bien que la malade n'ait pas guéri complètement. Esquirol a fait, à la Salpêtrière, l'ouverture du corps d'une femme lypémaniaque, laquelle avait cru, pendant plusieurs années, qu'elle avait un animal dans l'estomac; elle avait un cancer de cet orcane. J'ai recueilli l'observation d'une aliénée qui, arrivée au cinquième mois de sa grossesse , prenait l'enfant dont elle sentait les mouvements pour un serpent qui s'était développé dans son ventre, et qui devait, an moment de l'accoucliement, s'élancer sur les assistants pour les dévorer. Enfin, la science renferme un certain nombre de faits analogues dans lesquels des lésions viscérales bu des phénomènes purement physiologiques sont devenus l'origine d'illusions de toute sorte. Chez les hypochondriaques, le moindre malaise gastrique ou intestinal, les digestions pénibles, les borborygraes sont autant de p.hé-
(1) De l'éleclrisation localisée, 2'' édition. Pari?, 1861.
(2) Voy. Des a'.lérathns de la S'usibi'ité, thèso iragrégalion, p. !i(i.
MARCé. — MAL, MrST. IS
27/j TRAITt.MEM DES lIALLlCmATlONS
nomèncs cjui se Iranslormunl el s'accommodent aux idées d(''liraiil(S du malade; c'osl un lombric, une gieiiuuilic, une vipère (Ktnt ils sentent les muuvemenls el les morsures, qui se trans|)oi te tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ne leur laisse ni paix ni trêve et absorbe toute leur activité intellectuelle.
Lorsque le point de départ de l'illusion est une affection douloureuse accessible aux moyens tliérapeuti(iues, il y a là une indication à remplir, car il peut arriver que la cause première une fois enlevée, l'aflection sympatbique disparaisse à son tour; mais il ne faut jamais oublier que les douleurs da hypochondriaques sont bien souvent de véritables hallucinations survenant en dehors de tout malaise réel.
§ 4. — 'l'raitcnicnt des hallucinations et des illunionH.
Le traitement des hallucinations et des illusions n'est pas autre que celui de la maladie mentale à laquelle elles se trouvent surajoutées; aussi nous nous bornerons à dire un motdescasoùrhallucinalion,se dégageant de tous les autres symptômes, constitue le phénomène le plus saillant de la folie et nécessite des moyens thérapeutiques spéciaux.
On a vu (juclquefois un repos moral absolu, la fréquentation de la société, des distractions capables de détourner et d'absorber l'attention des malades, diminuer ou même faire disparaitro des hallucinations très fatigantes. Il en est de même du changement de milieu, de la position dans un lieu éclairé, parfois même du raisonnement, lorsque le malade est assez calme pour bien saisir la portée des explications (jui lui sont données sur la nature des sensations qu'il éprouve; en cherchant à faire rectifier par un sens l'erreur d'un autre sens, on peut jeter des doutes dans l'esprit d'un halluciné et le préparer à la guérison.
Enfin une émotion violente de joie ou de terreur a pu mettre fin brusquement à des hallucinations datant déjà
d'une époque éloignée ; mais c'est là un moyen dangereux dont il est impossible de calculer toute la portée.
A côlé de ces agents moraux de traitement, il faut signaler quelques agents physiques qui, bien choisis, et bien adaptés à certaines indications, rendent d'incontestables services.
Chez les sujets pléthoriques, dont les hallucinations sont la conséquence d'un état congestif du cerveau, des émissions sanguines, pratiquées avec mesure, amènent une amélioration très rapide. Tel était le cas si connu de l'académicien Nicoiaï, qui, sujet à des congestions sanguines et ayant négligé de se faire saigner, se vit assailli de fantômes de toute esitéce. Une émission sanguine lui rendit le repos. Parfois, au contraire, ainsi que nous l'avons établi plus haut, les hallucinations dépendent d'un état anémique et disparaissent sous, l'iniluence d'un traitement tonique et ferrugineux, tant il est vrai que le traitement de la folie repose avant tout sur la considération de l'état général des sujets.
Dans les cas où les hallucinations ne se lient à aucune maladie générale et résistent aux agenis moraux, on a essayé d'agir directement sur l'encéphale et sur les appareils sensoriaux. C'est ainsi qu'en fermant les yeux du malade on a pu quehiuefois faire disparaître des hallucinations de la vue. En bouchant les oreilles, en introduisant dans le conduit auditif certains narcotiques, comme le laudanum (1), l'huile de jusquiame, j'ai pu atténuer momentanément des hallucinations de l'ouïe ; de même, un vomitif, un purgatif, chez les aliénés offrant de l'embarras gastrique, font cesser des illusions et des hallucinations du goût qui les portaient à refuser tout aliment; maisce que nous savons de la physiologie des hallucinations et de leur point de départ purement cérébral, fait pressentir combien une semblable application thérapeutique est limitée.
(1) Toville, Dict. deméd.et de chir . iiraliquc^ , art. Hallucination.
Les courants électriques, et surtout le courant voltaïque continu (1), permanent, agissent non-seulement sur l'appareil sensorial, mais encore sur la masse encéplialique ellemême. On a fait récemment, à l'aiJe de cet agent thérapeutique, des expériences trop peu nombreuses encore pour être concluantes.
M. Moreau, se fondant sur l'action spéciale exercée sur le système nerveux par les solanées vireuses, et notamment par le datura slramonium, pensa que celte substance pouvait agir chez des hallucinés par une véritable action substitutive; il l'a employée chez eux à l'état d'extrait, tantôt à dose modérée et successivement croissante, en commençant par 10 centigrammes malin et soir et augmentant chaque jour la dose de 5 centigrammes, tantôt à dose plus élevée (25 centigrammes par jour en une seule dose), tantôt enfin à dose très forte ou perturbatrice (50 centigrammes en un seul jour). Celte médication détermine un redoublement dans l'agitation, ou même de véritables symptômes d'intoxication, dilatation des pupilles, sécheresse et constriction à la gorge, élourdissements, troubles de la vue, état demicomateux; mais bientôt ces phénomènes se dissipent et laissent après eux un calme inaccoutumé. Sur dix hallucinés traités de cette façon, sept ont guéri dans un espace de temps qui a varié entre un et quatre mois; les trois autres n'ont éprouvé qu'une améUoralion passagère. En somme, cette médication paraît réellement utile, dans les cas surtout où les hallucinations sont primitives et constituent le fait le plus saillant du délire (2).
(1) Baillarger, Archives cliniques des maladies mentales et nerveuses^ février 1861, p. 90.
(2) Mémoire sur le traitement des hallucinations par le datura stramonium. Paris, 1841.