S J)F. LA MANIE
du bain, de maintenir siii' l;i trie des linges ou une épon^çe imhib(''.s d'eau froide, ou menu; d'établir une irrigatiDU continue à l'aide d'un filet d'eau tombant au dehors du bain après avoir arrosé le crûne. Pendant le bain, le malade sera surveillé avec soin de peur des syncopes ou des congestions; la surveillance sera plus rigoureuse encore si, pour contenir un sujet indocile, on a été obligé de se servir d'une baignoire munie d'un de ces colliers que l'on n'a pu encore faire disparaître des salles de bains d'aliénés. Au sortir du bain, on veillera à ce que les pieds du malade soient préservés du froid; on l'essuiera rapidement pour éviter les courants d'air, et même il sera bon, si la saison est défavorable, de le mettre quelques heures au lit : aucune de ces précautions n'est inutile si l'on veut éviter toute chance d'accident.
La durée des bains peut être d'une heure, de deux heures et plus. Quelques médecins ont conseillé d'aller au delà de cette limite, et ont érigé en méthode l'emploi exclusif des bains prolongés et des irrigations dans le traitement des formes aiguës de la folie, el en particulier de la manie. Déjà Fabrice de Hilden, au dire de Guislain (!), insistait sur la durée des bains au point que les malades y passaient plusieurs l'ours et n'en sortaient que pour se livrer au sommeil; Pomme avait conçu l'idée de soumettre les femmes hystériques à l'action des bains continués pendant plusieurs heures, mais nul n'a préconisé cette méthode autant que M. Brierre de Boismont (2), Il laisse les malades au bain pendant dix ou douze heures, quelquefois même pendant quinze et dix-huit heures, en ayant soin de faire tomber sur la tête un fdet d'eau froide : à l'aide de ce seul moyen, il guérit toutes les
(1) Guislain, Leçons orales. Oand, 1851, p. 107, t. III.
(2) Brierre de Boismont, De l'emploi des bains prolongés el des irrigalionS continues dans le traitement des formes aiguës de la folie, et en particulier de la manie {Mémoires de l'Académie àe m.decine, 1847, t, XllI, p. 537).
formes aiguës de la folie, et la manie en particulier dans un espace de temps compris entre une et deux semaines ; la manie chronique elle-même a été améliorée mais non guérie.
L'efficacité de ce moyen thérapeutique est incontestable ; mais, quoi qu'on en ait dit, la méthode employée dans toute sa rigueur est loin d'être exempte de danger. En donnante des malades fort agités des bains de dix-huit heures, on détermine quelquefois un tel état de faiblesse et de prostration que de graves accidents peuvent en résulter, et que les sujets épuisés peuvent mourir sans que leur excitation se soit un seul instant calmée. A moins de circonstances exceptionnelles, je n'oserais donc pas conseiller un bain d'une journée ou d'une journée et demie ; au bout de trois ou quatre heures de durée, même dans les cas graves, un bain tiède a épuisé son action sédative, le reste est inutile ou dangereux.
. Le bain tiède peut être répété tous les jours, tous les deux jours, ou même à intervalles plus éloignés, selon les résultats obtenus et les indications du moment.
5" L'opium et les narcotiques sur lesquels on a beaucoup disserté, rendent d'incontestables services dans le traitement de la manie, mais il faut savoir choisir et le mode d'emploi et les indications. Quand l'agitation est violente, quand le sujet a le pouls fort, développé, la face congestionnée et vultueuse, l'opium ne donne aucun résultat avantageux, soit qu'on l'emploie à petite dose, soit qu'on use de doses plus élevées; je serais même porté à le regarder alors comme nuisible, car il favorise le mouvement congestif vers la tête, et augmente l'incohérence des idées et la violence de l'at^italion. Mais l'opium devient très utile au déclin de l'état maniaque, quand il reste seulement une grande mobilité nerveuse, de l'insomnie et une incohérence d'idées indépendante de toute excitation et semblant indiquer une sorte
d'alonifid(?s fondions nerveuses. Dans ces rasTopium donné à doses progressivement croissantes ramène le sommeil, régularise toutes les ronclions en donnant du ton au système nerveux et amène une rapide améliorai ion. A toutes les préparations opiacées, je prélëro le laudanum de Sydenham et surtout l'extrait théhaïque, administré en pilules ou en solution dans une potion. La dose quotidienne, (pii variera entre 5 et 20 ou 25 centigrammes sera donnée, ou le soir en une seule fois, ou dans le cours de la journée, à doses fractionnées.
Nous verrons plus tard que dans la manie alcoolique l'opium constitue un véritable spécifique qui peut être ordonné d'emblée à des doses assez élevées.
Les autres narcotiques, comme la jusquiame, le dahira slrornonmr/i, la be/ladoîie, isolés ou associés, peuvent être considérés comme des adjuvants utiles dans le traitement de la manie. Ils calment la surexcitation nerveuse et favorisent le sommeil, mais aucun d'eux n'a sous ce rapport les énergiques propriétés de l'opium. Quant à la digitale, plus particulièrement vantée par son action directe sur le cœur, elle exerce une action sédative bien réelle et est donnée avantageusement, d'après Guislain, aux maniaques qui éprouvent de fortes angoisses et'dont le pouls est très fréquent; j'ai eu lieu de confirmer maintes fois la vérité de cette assertion.
Le camphre, la valériane, l'éther et tous les antispasraodi(|ues sont des moyens accessoires qui ne répondent qu'à des indications tout a fait passagères.
(5° La diète lac/ée, seule ou associée aux bains tièdes, aux purgatifs, aux narcoti(iues, a été préconisée par M. Baillarger dans le traitement de la manie aiguë et surtout de la manie puerpérale. C'est un moyen qui, sans être toujours elficace, mérite certainement de rester dans la pratique. En faisant prendre à un maniaque J ou '2 litres de lait chaque jour, on apaise la soif et on donne en même temps une
alimentation qui, sans avoir rien d'excitant, est suffisante pour soutenir les. forces. Ce mode de traitement peut être parfaitement toléré pendant quinze jours, un mois et même plus chez certains sujets; si le lait soulevait une grande répugnance, on pourrait le réserver pour un seul des repas de la journée. Enfin il peut survenir soit de la diarrhée, soit de la constipation ; la première de ces complications est une contre-indication presque absolue à l'emploi de la diète lactée, car il est fort rare que la tolérance s'établisse ; mais la constipation cédera sans peine à l'emploi de légers laxatifs, et n'aura jamais de conséquences sérieuses.
7° Les révulsifs comme le moxa et le cautère à la nuque, les frictions stibiées sur le cuir chevelu , ont été fréquemment employés. Ces moyens ne peuvent être rationnellement conseillés que dans les cas où la maladie tend à passera l'état chronique, quand l'agitation devient monotone, uniforme, quand les idées délirantes ont peu d'activité. Une suppuration abondante et prolongée peut alors aider à la guérison,etc'est dans des cas analogues que l'on a vu des plaies accidentelles amener une améhoration sur laquelle on ne comptait plus. Quant aux frictions stibiées pratiquées deux fois par jour surle crâne préalablement rasé, elles peuvent, si l'on n'y prend garde, ulcérer profondément le cuir chevelu et détruire les bulbes pileux; chez les jeunes sujets et surtout chez les femmes, c'est là un inconvénient sérieux dont il faut tenir compte dans l'appréciation de ce moyen de traitement.
En résumé, parmi tous les moyens que nous venons d'indiquer, aticun moyen ne peut être employé d'une manière exclusive. En suivant avec trop d'inflexibilité une ligne thérapeutique on s'expose à manquer aux indications les plus pratiques et à laisser échapper les occasions d'être utile.
Au début de l'accès, il faut insister sur l'isolement et une installation convenable, sur les bains tièdes [irolongés,
sur les {(urgalils; (juel (jue s<iit le deyré de l'excitation, il faut aliinenlcr les malades et même leur donner une nourriture sullisamment tunique, à muins que l'accélération (In pouls, la sécheresse de la langue ne consliluent une contre-indication. C'est dans ce dernier cas que la diète lactée est avantageusement employée selon les régies que nous avons tracées plus haut. Plus tard, quand l'agitation a l)erdu de son acuité, quand le délire est monotone, uniforme, quand l'insomnie persiste, l'opium, les affusions froides, les (louches seront employées avec avantage.
Les cautères et les révulsifs énergiques ne seront mis en usage que lorsque la maladie tend à passera l'état chronique et laisse craindre l'invasion prochaine de la démence.