‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 74 sur 141 · DURÉE · texte numérisé non relu

DURÉE

d'ailleurs, coninio on serait porté à le supposer, qu'il y ait toujours une corrélation parfaite entre Tinlensité de l'agitation et l'intensité de la dépression. A un accès mélancolique, oîi la stupeur était profonde, j'ai vu correspondre une période d'excitation caractérisée uniquement par de la suractivité intellectuelle, et réciproquement il peut arriver qu'un accès de violente agitation maniaque soit remplacé par un stade mélancolique, offrant uniquement de l'inertie, de la tristesse, de l'inaptitude au travail.

§ 4. — Durée.

Rien n'est plus variable que la durée de ces périodes. Dubuisson, cité par M. Baillarger, a donné l'observation d'une dame qui, pendant trois ou quatre ans, était un jour mélancolique et un jour maniaque. M. Brandeis a rappelé une observation analogue. M. Morel parle d'une femme de Saint-Yon qui, plongée un jour dans un état de dépression mélancolique qui va jusqu'à la stupeur, incapable de répondre, en proie à une terreur indicible, le lendemain crie, vocifère, est dangereuse en ses actes, sans qu'aucun traitement ait pu modifier les phases alternatives de la maladie. Habituellement les périodes sont plus longues, elles peuvent durer trois jours, huit jours, un mois, six mois, une année même, ainsi que j'en possède des exemples : il peut arriver aussi que les périodes augmentent de longueur à mesure que la maladie devient plus ancienne, et se prolongent pendant plusieurs mois après n'avoir eu d'abord qu'une durée de quelques jours.

De même qu'une période maniaque où l'excitation est légère, correspond quelquefois à une période de stupeur profonde, de même aussi une période de manie très courte peut être suivie d'une période mélancolique très prolongée. Les cas où chaque période a une durée fixe et invariable sont de beaucoup les plus rares; et dans les observations

3^<3 DE LA Fdl.IE A DOUBLE FORME.

que j'ai lecucillics, j'ai ((iiislah" [>i('S(|ii(; toujours une assez grande irn-ynlaiilé poui' qu'il Tùl iinpussihlo de préciser d'avance le jour où la Iransforuialion s'opérerait.

i^ 5. — Itloilc di» trani»itiun.

Quelle (lu'ait été la période initiale (car la manie et la mélancolie |)euvent indinéremment (»uvrir la maiclie), la transition d'une forme à l'aulr.; s'opère tantôt brusquement, tantôt avec lenteur. Quand elle s'opère avec lenteur, on voit peu à peu les symptômes du début s'atténuer, et il arrive un moment où le malade n'étant ni agité ni déprimé, se trouve dans une sorte d'équilibre instable qui simule la guérison et persiste jusqu'au moment où l'accès se complète par l'apparition de nouveaux symptômes. Ce sont ces moments d'é<iuilibre que iM. Falret re{>arde comme des intervalles de raison existant entre ebaque période d'un accès. — Dans d'autres cas, et surtout dans les folies circulaires à courte période, la transition est plus brusque; il suffît d'un jour, et plus souvent encore d'une nuit pour l'opérer : le malade se coucbe excité, il se réveille mélancoli(|ue. J'ai vu des digestions difficiles, de l'embarras ga>liique, de la diarrhée, signaler quelquefois le passage d'une période à l'autre.

Une fois l'accès complété par l'évolution des deux périodes, on peut consulter l'existence d'un véritable intervalle lucide, dont la durée est en général proportionnelle à celle de l'accès (folie à double forme) ; mais cet intervalle lucide peut manquer, et un nouvel accès débute immédiatement (folie circulaire).

Ci 6. — Pronostic.

Lorsque la maladie existe depuis (juelque temps, et que les accès ont adopté une marche régulière et bien déterminée, son pronostic devient très grave, et c'est là un point sur lequel M. Falret avait insisté. « Chose remarquable, dit-

il, CCS deux variétés de la manie et de la mélancolie, qui» prises isolément, sont plus curables que les autres, présentent la gravité la plus grande lorsqu'elles se réunissent pour former la folie circulaire. Jusqu'ici nous n'avons vu que des rémissions plus ou moins marquées dans le cours de cette affection, jamais nous n'avons observé ni de guérison complète, ni même d'amélioration durable. » Le même pronostic ne saurait s'appliquer aux cas où la maladie est récente, car il peut arriver que les sujets guérissent après un seul accès. Dans ces cas heureux, où l'alternance régulière ne s'établit pas, la seconde période de l'accès peut, jusqu'à un certain point, être considérée comme la réaction naturelle, mais exagérée de la première période; car on voit souvent dans la convalescence de la manie, de la tristesse, de l'abattement, de la courbature, et au contraire, chez les mélancoliques qui vont guérir, il est assez commun de rencontrer un entrain exagéré qui ne disparaît qu'à la longue et lorsque la guérison est parfaite.

§ 9. — Diagnostic.

Au début, le diagnostic de la folie à double forme est impossible. La période initiale ressemble tellement, soit à un accès de manie, soit à un accès de mélancolie, que l'on s'arrête à ce dernier diagnostic, et que l'on n'hésite pas à porter un pronostic favorable bientôt démenti par l'événement : la succession des périodes et des accès peut seule révéler la nature de la maladie et en indiquer la gravité.

§ 8. — Terminaisons.

Gomme toutes les autres maladies mentales, la folie à double forme, lorsqu'elle ne guérit pas, peut à la longue se terminer par la démence, qui se dessine derrière l'excitation, derrière la dépression, et surtout pendant l'intervalle lucide.

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par ^essvmiilùmcsaccoiilmm's. Ouflciuclois, avant d'arriver àladi'inuncf', elle se translurnic eu lulie siiiiiticiiienl inlermiltcnte. J'ai vu une malade chez laquelle des émissions sanguines firent disparaître la période maniaque : la maladie se réduisit à des accès intermittents de mélancolie profonde survenant à intervalles à peu près réguliers, mais resta malgré tout incurable.

§ it. — Trailemont

Le traitement de la folie à double forme doit répondre à deux indications : combattre les accidents de chaque péiiode, prévenir le retour des accès.

1" Les moyens destinés à modérer l'excitation, à combattre la dépression, ne sont pas autres que ceux (jue nous avons exposés à propos du traitement de la manie et de la mélancolie : ils seront proportionnés à l'intensité des symptômes et appropriés aux conditions spéciales que présente chaque sujet. On peut essayer, en les employant avec persévérance, de ramener chaque période à un niveau plus normal, de manière à rétablir l'équilibre des fonctions intellectuelles.

2" Contre le retour de l'accès, on a préconisé, à litre de remèdes perturbateurs, les émissions sanguines, les vomitifs, les drastiques, la douche et les affusions froides, en ayant soin de les employer au moment où l'on suppose que la transition d'une période à l'autre va s'effectuer. J'ai bien des fois tenté ces divers moyens dans des cas rebelles sans en retirer le moindre avantage ; parfois l'accès se trouvait retardé, ou il était moins intense à son début, mais invariablement il Unissait par reparaître avec ses caractères habituels. Quant au sulfate de quinine, qui semble naturellement indiqué, administré à haute dose et pendant plusieurs jours de suite, au moment du passage d'une période à l'autre, il a donné dans quelques cas récents des succès très remarquables; mais quand la maladie est ancienne, quand la périodicité est

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bien établie, il échoue comme tous les autres remèdes; la marche la plus pratique à suivre dans ces cas rebelles consiste à rechercher si dans l'économie il n'existe pas quelque fonction, la menstruation par exemple, dont les malaises périodiques ramènent avec eux le retour des accès. On dirigera de ce côté tous ses moyens d'action, on aura alors au point de vue du traitement tous les avantages que comporte une affection mentale d'origine sympathique.

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