‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 75 sur 141 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES MOXOMANIE?.

Définition. — De l'existence dos monomanies. — Division : Monomanies inlellecluelles; début par l'idée fixe, mode de développement, symptômes, marche, pronostic, diagnostic. Formes diverses : scrupules, idées de persécution, monomanie religieuse, ambitieuse, triste, erotique ; m.onomanic hypochondriaque, ses limites, ses causes, sa description. — Monomaiiie sensoriale : description. — Monomanies impulsives : définition, causes; symptomatologie. Formes diverses : monomanie, homicide et suicide, kleptomanie, pyromanie, dipsomanie, perversions instinctives, monomanie raisonnante. — Traitement.

SI'-'-.— Définition.

Le mot monomanie a été créé par Esquirol pour exprimer le caractère essentiel d'une espèce de folie dans laquelle le délire e^i partiel, gai ou triste. Le même auteur, comme nous l'avons vu, divisait la monomanie eu lypémanie ou mélancolie, caractérisée par un délire de nature triste, et aménomanie, caractérisée par un délire gai et expansif.

En créant le mot monomanie, Esquirol n'a pas introduit une idée nouvelle dans la science : Arétée, qui définissait la mélancolie : « animi angor in Hnacogitalionedefixus,nbsqii(i febre » , et Boerhaave : « mordus in quo œger délirât diù el pertinaciler. eidem fere et uni cngitntioni semper affixus »,

tb(i Î)ES MONO.NfANlBi».

insislaient déjà (lf> l;i nianière h plus nr-tte sur le caractère pai licl (lu (It'liie chez certains alii'iiés. An mot méhnirnlic^ rappelaiit celte idée lli('ori(iiie des anciens que la Itile noire introduite dans le sang obscurcissait les esprits animaux et faisait délirer, Esquirol n'a fait que substituer une dénomination plus simple, plus exacte et destinée à mettre en relief le caractère essentiel de la maladie. Mais si le mot monomanie doit rester dans la science, comme spécialement applicable aux délires de nature partielle, la signification du terme niéUnicoUc a bien changé pour nous, puisque nous l'avons attribué à un délire général de nature triste, accompagné de dépression. Quant à Yaménoninnie, elle n'existe plus : les faits qu'Esquirol désignait sous ce nom se sont rattachés, grâce aux progrès de la science et à une analyse symptomatique que nous regardons comme plus exacte et plus rigoureuse, soit à l'excitation maniaque, soit au délire de la paralysie générale ; il suffit, pour acquérir cette conviction, de jeter un coup d'œil sur les observations d'aménomanie renfermées dans le livre de ce médecin éminent.

§ 2. — De rexîsicnce Aes luonouianies.

Des discussions vives se sont élevées, dés le début, autour du mot monomanie^ dont la composition implique l'idée non-seulement d'un déhre partiel, mais encore d'un déhre portant sur une idée unique. On a dit que toutes les facultés intellectuelles et tous les sentiments étaient solidaires; qu'une idée délirante ne pouvait se développer isolément, qu'elle irradiait fatalement sur toutes les pensées, sur tous les actes, qu'elle exerçait tout autour d'elle sa puissance contagieuse, en sorte que, sous un défire prépondérant, on voyait s'établir des déhres secondaires qui en dérivaient et ne tardaient pas à envahir l'intelligence. On a dit encore que les monomaniaques présentaient tous, à côté de quel(|ues idées prédominantes, un état général très accentué : de l'exaltation de

EXISTENCE bkS MONOMANIES. â51

la sensibilité, de la confusion dans les opérations intellectuelles, une lenteur ou une rapidité anormale dans les conceptions; enfin on a nié compléteinenl l'existence de la monomanie, et à ce mot trop significatif on a substitué ceux de manie systématisée , de délire partiel (Ferrus), de polymanie^ à' oligomanie, à' aliénation partielle expajisive (Falret).

A ces objections très sérieuses, les partisans exagérés de la monomanie ont répondu : que certaines idées délirantes pouvaient exister sans entraver pour cela l'exercice régulier des facultés intellectuelles; qu'en dehors du sujet de leur délire, les monomaniaques étaient des êtres passionnés pouvant raisonner, discerner le bien du mal, agir librement, possédant par conséquent l'entière responsabilité de leurs actes, lorsque ces actes étaient étrangers à leurs préoccupations délirantes habituelles.

Comprise de cette dernière façon et dans le sens rigoureux du mot, la monomanie n'existe pas ; une telle opinion, dont nous verrons les conséquences au point de vue médicolégal, n'a pu être soutenue que par des jurisconsultes ou des savants peu familiarisés avec l'étude pratique de la pathologie mentale. Le raonomaniaque, en effet, rapporte toutes ses pensées, toutes ses actions aux fausses conceptions qui le dominent, et les actes même les plus étrangers en apparence à son délire s'y rattachent presque constamment par une série de raisonnements dont le lien, souvent caché et difficile à découvrir, peut être néanmoins retrouvé par un médecin patient et expérimenté.

Les auteurs qui croient à l'existence des monomanies n'ont jamais songé à nier cette solidarité des facultés intellectuelles chez le munomaniaque ; aucun d'eux n'admet plus la doclrine de Gall qui expliquait sans peine la po>sibililé de l'existence isolée des monomanies, en disant qu'un des organes cérébraux avait acquis une prédominance absolue sur tous les autres. Ils reconnaissent que le délire est rarement limité à un seul

^t52 DKS MONOMA.NIES.

puiiil, (ju'il rii\aliil biL'ii vile plusieurs iilées ou toute une série d'idée?, et néanmoins ils croient devoir conserver les monomanies à titre de ji:roupe distinct. Ouelle diiïérence, dit M. Daillarger, entre l'aliéné qui, parmi les innombrables idées que l'inlelligence peut enfanter, n'en offre qu'un petit nombre de lésées, conserve uneaclivilé normale, peut vaquer aux clioses ordinaires de la vie, et le maniaque ou le mélancolirjue, dont rintcUiyence entièrement bouleversée amène une activité désordonnée ou une inertie (jue rien ne peut vaincre ! Si l'on observe si rarement des délires très limités, ajoute le même auteur, si M. Foville a pu dire (1 ) qu'il n'avait observé dans sa vie que deux cas de munomanie proprement dite, c'est qu'au début, alors que le malade lutte contre son idée ou son pencbant, le médecin n'est presque jamais consulté : il ne Test (ju'au bout d'un plus ou moins grand nombre d'années, à l'occasion de quelque perturbation plus générale de l'inlelligence, et quand le délire a cliangé de forme et d'étendue.

En résumé, nous admettons l'existence des monomanies, et sous ce nom nous comprenons, non-seulement les délires limités à une seule idée délirante, délires très rares et qui ne se rencontrent qu'au début même de la maladie, mais encore tous les délires plus étendus, mais pai'ticls, qui laissent intacte l'activilé du sujet et ne s'accornpa^nient ni d'excitation ni de dépression.

Esquirol {'1) distinguait trois espèces de monomanies : 1° la monomanie intellectuelle constituée par des conceptions fausses, erronées, bizarres, des associations vicieuses, d'idées, dos illusions et des ballucinations : cbez ces malades, dit-il, le désordre inlellccluel est concentré sur un seul objet

(1) Dicliontiaire de mcdccine cl de chirurgie pralique?, art. Foi.iE.

(2) Des maladies: mciilalea, t, IF, |>. 2 et suiv.

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