‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 78 sur 141 · Moiiomanie Bcnsoriale · texte numérisé non relu

Moiiomanie Bcnsoriale

En faisant plus haut l'hisluire des Iiallucinalions, nous ^onsdéjà tracé en grande partie la description delà monomanie sensbriale ; aussi nous nous contenterons d'en rappeler ici les traits principaux.

Les hallucinations se rattachent à la monomanie de deux manières distinctes : tantôt elles appai;aissent dans le cours de la maladie, et tout en étant un effet du délire, contribuent à l'enlrelenir et à l'accroître en lui apportant un nouvel aliment; tantôt, au contraire, elles surviennent d'emblée ou après une période prodromique très courte, et servent de point de départ à tous les actes du malade, à toutes ses fausses conceptions. Ces deux variétés finissent par se confondre dans la même symptomatologie, mais à leur origine elles sont bien distinctes.

Au début de la monomanie sensoriale les malades éprouvent en général quelques doutes sur la nature de leurs sensations maladives; mais dès qu'ils croient à la réalité de leurs hallucinations, ils cherchent, par une conséquence logique, à trouver autour d'eux la cause de ce qu'ils éprouvent : les voix qui frappent leurs oreilles, les douleurs qu'ils ressentent, les odeurs qui aftectent désagréablement leur odorat, ils les attribuent à des personnages cachés qui cherchent à leur nuire et à les tourmenter, et pénètrent chez eux à l'aide de doubles clefs on par des voies secrètes. On les voit chercher dans leur chambre, dans leurs meubles, dans les rideaux, dans les appartements voisins, ces ennemis mystérieux et insaisissables : ils regardent sous les lits, se barricadent chez eux et s'arment de toutes pièces, combattant le sommeil alin de surveiller de plus près leurs adversaires. Ils causent à haute voix, regardent en l'air, répon-

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dent à un interlocuteur imaginaire et prennent mille précautions, changeant d'appartements, de villes, de pays pour échapper à leurs persécuteurs; après quelques jours de répit causés par le changement de lieux et la vue de nouveaux objets, ils éprouvent bientôt les mêmes phénomènes morbides qu'ils traînent avec eux dans leur vie vagabonde. Leurs act€s déHrants varient d'ailleurs à l'infini, selon la nature même des hallucinations. Entraîné par des idées de haine contre ceux qu'il accuse de le tourmenter à l'aide de la physique et de secousses électriques, l'halluciné peut commettre les actes de violence les plus graves. J'en ai vu un démohr à coups de barres de fer le plafond de sa chambre pour découvrir et punir rudement ceux (jui le poursuivaient de leurs injures. Quelques-uns tuent ou se donnent la mort, parce qu'ils entendent une voix qui leur en donne l'ordre. Parfois les idées de meurtre ou de suicide se rattachent à des hallucinations d'un autre ordre. Un commerçant aperçoit en plein jour des assassins qui mutilent son épouse ; dans son désespoir il s'empare d'un couteau et se fait une plaie qui intéresse le pharynx. Cet homme est séquestré à Charenton; sa blessure se cicatrise; un matin, il croit voir sa femme prodiguer à un surveillant les dernières faveurs; le soir, il se précipite en furieux sur son rival que les secours les plus prompts mettent difficilement à l'abri de sa vengeance (Calmeil). J'ai donné des soins à un halluciné qui, la nuit, pour se débarrasser de ses ennemis cachés autour de lui, mit le feu à la maison et fttillit périr dans l'incendie. — Chez d'autres, les actes, tout étant moins graves, étonnent par leur bizarrerie : celui-ci reste immobile sans qu'on puisse le décider à exécuter un mouvement; une fois guéri, il raconte qu'une voix lui disait : « Si tu bouges, tu es mort. » Celui-là refuse obstinément de prendre des aliments qui lui sont offerts parce que l'odeur et la saveur lui indiquent qu'ils sont empoisonnés. Les habitudes singulières, inexpli-

•>t>'> DES WONUMAMKS.

cables, (juc l'on ohsuivc chez certains aliénés et (iiii paraissent exorbitantes, eu égaiil à leur .'lai mental, n*.- se rencontrent guère que chez des monomaniaques hallucinés. Une clame lialliicinée, mais vivant encore dans le monde, causant bien de toute chose, se laissait constanmienl aller à ses besoins naturels au milieu de- sa chambre, de son salon ; * elle finit par avouer que dans tous l^es lieux d'aisances on avait organisé im système de lorgnettes et d'ap|)areils électri(|ues qui lui occasionnaient des sensations étranges, et (|ue pour rien au monde elle ne voulait s'y exposer de nouveau.

Le chapitre des hallucinations contient tout ce qui a Irait au pronostic, au diagnostic et au traitement de la monomanie sensoriale : à l'état aigu elle est curable ; à l'étal chronique, quel qu'ait été son mode de développement, elle doit être considérée comme une des foinies les plus graves du délire partiel, autant par elle-même que par les actes dangereux auxcjuels peuvent se livrer d'un instant à l'autre les sujets en apparence les plus inoflensifs. Quand celte forme de monomanie passe à l'état chronique, (|uand la démence arrive, on voit habituellement les troubles sensoriaux devenir plus rares, perdre peu à peu leur précision et leur netteté, et les idées délirantes restent seules confuses, affaiblies, ainsi que le comporte l'affaiblissement croissant de l'intelligence.

m. — Monumanics impulsives.

1" Définition. — On désigne sous le nom de monomanies impulsives ou instinctives celles qui sont constituées, non par une conception fausse ou une hallucination, mais par un instinct aveugle, un mouvement irrésistible qui entraînent les malades à commettre un acte de violence, un homicide, un suicide, à voler (kleptomanie), à allumer un incendie (pyromanie), à boire des liqueurs alcooHques (dipsomanie).

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