PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSIVE. Ô
et font admirer la beauté de leurs formes, la vigueur de leurs muscles : pleins d'une coquetterie inaccoutumée, ils passent des heures entières devant leur glace, se peignent, se lissent, et rétablissent sans cesse la parfaite harmonie de leur toilette ; leur visage est ouvert et souriant ; ils abordent le premier venu de leur poignée de main banale, se montrent prévenants, affables, contents de tout, et font voir avec ostentation leur maison, leurs meubles, leurs vêtements et les plus minces objets qui leur appartiennent. Cette forme de délire qui se prolonge souvent pendant les périodes ultérieures de la paralysie générale, contraste de la manière la plus saisissante avec la dégradation physique et intellectuelle dont les malades sont frappés; mais en réalité ceux-là n'éprouvent aucune souffrance morale et sont les seuls fous heureux.
b. Ainsi que l'a fait remarquer avec beaucoup de justesse M. J. Falret, le délire ambitieux des paralytiques, quel qu'il soit, se complique d'emblée des caractères de la démence. Bien différents des monomanes orgueilleux, qui systématisent leur délire avec un art parfait, conforment leurs actions à leurs paroles, et soutiennent leurs convictions avec logique et vigueur, les paralytiques se font remarquer par la nature particuKère de leurs idées ambitieuses qui sont absurdes, mobiles, multiples et contradictoires. On voit bien vite que chez ces malades la mémoire, la faculté de raisonner et le sens logique sont profondément atteints , ils parlent de sauter la Seine à pieds joints, de construire une ville en or, de créer des univers. Aujourd'hui ils sont empereur, demain ils seront roi, pape, ou général ou Dieu ; ils ne montrent aucune opiniâtreté dans leurs conceptions, ils cèdent volontiers si on les contredit, passent d'une idée à une autre, s'affligent et s'attristent dans la même minute, oublient les fausses conceptions qu'ils ont eues la veille et, lorsqu'on les interroge, racontent parallèlement leur vie réelle et leur vie
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imajïinaiio, sans s'inquiéter des choquantes contradictions de leurs discours. (In ouvrier menuisier entre à BicL'tre, atteint de délire ambitieux et de paralysie j^énéiale : il raconte qu'il est àla tète d'un innnense établissement, qu'il {lagne depuis longtemps 100 000 francs par jour, et possède un hôtel, des chevaux, des voitures. Kt votre femme? lui demandai-je. - Elle fait des ménages. Si vous les poussez à bout en leur demandant comment ils ont gagné leur fortune, comment avec tant de richesses et de puissance ils se trouvent confinés dans un asile, ils répondent niaisement, divaguent et ne trouvent aucune de ces raisons dont les monomaniaques sont si prodigues. Parlent-ils d'un projet, d'un désir, ils ne montrent aucune persévérance dans sa réalisation et quelques instants après témoignent un désir contraire.
c. En même temps que l'excitation , ralïaiblisseraenl intellectuel, et le délire ambitieux qui constituent les troubles intellectuels de cette première période, on observe des désordres de la motilité et de la sensibilité, c'est-à-dire de la difficulté dans l'articulation des sons, de l'inégaUté des pupilles, de l'incertitude de la démarche et de l'anesthésie cutanée.
La difficulté dans l articulation des sons résulte du tremblement et de la contraction irrégulière et comme convulsive des muscles de la langue, des lèvres, de la face et quelquefois de la mâchoire inférieure; au moment où le malade ouvre la bouche pour parler, avant même qu'il n'ait ]>rononcé une seule parole, on constate sur le muscle orbiculaire et au niveau des releveurs de la lèvre supérieure, un tremblement fibrillaire tout à fait caractéristique, la mâchoire inférieure elle-même oscille un instant, puis après quelques secondes d'efforts et d'hésitation, la première syllabe est émise. L'embarras de la parole peut oflrir des nuances très diverses : tantôt c'est un simple temps d'arrêt,