‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 87 sur 141 · PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ CONGESTFVÉ · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ CONGESTFVÉ

temps, quelquefois même pendant plusieurs années, en augmentant très lentement d'intensité. Mais ordinairement au bout de quelques mois, le délire devient de plus en plus manifesie ; alors tout à coup, parfois même dans l'espace d'une nuit, éclate chez ces malades un délire maniaque intense, avec prédominance d'idées de grandeur multiples et gigantesques qui force à les conduire dans une maison d'aliénés et leur donne tous les caractères habituels des autres paralyti(jues observés dans les asiles. Dans d'autres cas enfin, le délire devient de plus en plus intense, mais, au Heu de faire brusquement explosion sous la forme maniaque, il revêt petit à petit les caractères de la démence accompagnée de satisfaction générale, avec prédominance de quelques idées de bonheur et de fortune moins gigantesques, plus tard enfin avec paroxysmes d'agitation plus ou moins intenses. »

!i° Dans la variété co)i(/esiive, le début apparent de la maladie est une congestion cérébrale survenant au milieu d'accidents prodromiques encore mal dessinés. Cette congestion que nous étudierons plus tard avec détail, car elle complique toutes les variétés de paralysie générale, se présente sous la forme comateuse, sous la forme convulsive, ou sous la forme hémiplégique. Au premier abord, elle n'offre rien qui la distingue des congestions cérébrales ordinaires, mais lorsque, au bout de quelques heures ou de quelques jours, les accidents aigus apoplectiformes se sont dissipés, on les voit remplacés par de l'excitation maniaque avec idées ambitieuses; plus souvent encore la congestion semble faire place à un retour complet à la raison, mais la parole reste légèrement embarrassée, la mémoire est affaibhe, l'intelligence a perdu de sa netteté et de sa vigueur. A mesure que l'on s'éloigne de la congestion initiale, ces symptômes tendent, en général, à diminuer, on voit même les facultés revenir presque à leur état normal, jusqu'à ce qu'une congestion

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nouvelle iimriic une nouvelle aggravation : la maladie progross(; ainsi par saccades, car l'amélioration qui se produit entre deux congestions va toujours en s'atténuanl et conduit peu à peu à la seconde période de la maladie. Ces paralytiques ont une physionomie particulière : chez eux, le réseau caiiillaire de la ligure est dilaté et comme variqueux, ils ont habituellement les pommettes rouges, la face vultueuse, la nuque, le cou, les oreilles et le cuir chevelu très injectés, bien qu'il n'existe aucune élévation de température de la peau. C'est là, pour ainsi dire, une congestion passive de toute l'exlrémilé céphali(iue.

En étudiant successivement les diverses variétés de début de la paralysie générale, nous avons décrit à la fois et les troubles de l'inlelligencc et les troubles de la molilité ; mais il est un point fort controversé que nous ne pouvons passer sous silence. De ces deux ordres de phénomènes quel est celui qui se développe le premier? les troubles de Fintelligence précèdent-ils le développement des troubles de la molilité? La proposition inverse est-elle vraie? ou bien ce développement est-il simultané?

Sur 86 faits observés avec le plus grand soin, M. Parchappe (1) en a noté 51 dans lesquels il y avait développement collatéral du délire et de la paralysie. Dans 27 cas, la paralysie s'est développée consécutivement à la folie, enfin 8 fois le développement relatif est resté indéterminé.

Pour M. Baillarger (2), les phénomènes de paralysie précèdent ceux de la folie, ou tout au moins apparaissent en même temps qu'eux. D'après cet auteur, la paralysie générale existe toujours d'emblée, et dès le début on constate du côté des pupilles, de la langue ou des organes de la locomotion, quelque trouble appréciable.

(l) T rade théorique el pnil'ique delà folie, \>. Iù8. (•2) Ann. mcd -p^ychoL, t. \VM, y. 1()8, ISô:?.

PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ CONGESTIVE. ll^%

Enfin en 1858, M. Parchappe (1) a résumé sa pensée sur ce sujet dans les lignes suivantes : l'altération de l'intelligence est constante dès le début, au moins sous la formé d'affaiblissement de la mémoire et du jugement, et très fréquemment sous la forme du délire maniaque et mélancolique. L'affaissement des facultés intellectuelles va toujours croissant jusqu'à leur abolition. L'altération delà motilité n'apparaît très sensiblement qu'après l'altération de l'intelligence. Elle peut manquer absolument au début de la maladie, comme l'atteste le doute dans lequel les aliénistes les plus expérimentés sont quelquefois forcés de se maintenir pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines sur la vraie nature de l'état morbide, en raison de l'absence de tout symptôme de paralysie.

Pour nous, tout en admettant, dans la grande majorité des cas, le développement collatéral des troubles de l'intelligence et de la motilité, nous avons observé des faits où bien évidemment l'embarras de la parole ne s'était développé que consécutivement aux troubles intellectuels, quels (ju'ils fussent, manie, mélancolie, délire partiel, délire ambitieux ou démence simple. Mais entre ces deux ordres de phénomènes, ainsi que l'a dit M. J. I-'alret, il existe des connexions si intimes qu'en peu de jours, en peu de semaines, l'un appelle nécessairement l'autre, et que la maladie n'est réellement constituée que lorsqu'ils existent simultanément.

La paralysie générale peut-elle se développer sur un état d'aliénation mentale préexistant depuis plusieurs années déjà? Telle était, comme on le sait, l'opinion d'Esquirolqui envisageait la paralysie comme une véritable complication pouvant survenir à toutes les périodes de la folie, comme étant, en un mol, une de ses terminaisons. Lorsque la pani- Ivsie générale a été mieux connue et mieux étudiée, on n'a

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pas eu lie peiiK; à iléiiioiilrer cuiiilji(;n celte upinioii élail erroïK'o, mais un est allé trop loin en niant d'une manière absolut' (ju'un cas de folie simple puisse jauiais se transformer l'H une paralysie générale; ces l'tiils sont 1res rares, mais il tu t xislt; ijui sont incontestables : j'ai vu moi-même une paralysie générale se développer cliez deux monomaiiiai|ues, cliez l'un au bout de deux ans et demi, cbez l'autre au bout de six ans, sans qu'au début de la folie, rien, dans la nature du délire, dans l'examen de la motiiilé, ait pu faire soupçonner un seul instant l'existence de celte afl"e('lit)n. Dans tous ces faits il ne faut pas voir autre chose que deux étals morbides distincts dont l'un se substitue à l'auUe. Pourquoi un sujet, par cela seul qu'il serait aliéné, se trouverait-il nécessairement à l'abri de la paralysie générale?

Période moyenne.

Quel qu'ail été le début, la limite exacte de la période moyenne est diflicile à préciser; c'est à elle (jue viennent aboutir, mais non sans conserver des traces affaiblies de leur aspect primitif, les diverses variétés que nous venons de décrire. A celle période, les troubles de la molilité et les symptômes de l'allaiblissement intellectuel sont assez caractérisés pour ne plus laisser l'ombre d'un doute dans l'esprit de l'observateur le moins expérimenté : les malades vivent dans un élat habituel de légère excitation alternant avec des paroxysmes irréguliers d'agitation plus violente; leur excitation est automatique, l'Ile n'a ni but ni direction, ils vont et viennent, entrenl et sortent, remuent leurs meubles, parlent seuls, dé- .chircnl leurs vêtements, arrachent leurs boutons, étions leurs actes se ressentent du profond désordre de leur esprit. Entrent-ils dans une chambre, ils se déshabillent et se couchent dans le premier ht venu; cherchent-ils à s'habiller, ils mettront leur bas en guise de cravate, et confondront toutes les parties île leurs vêtements. Dionlôl même la dé-

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