PÉRIODE MOYENNE. A
mence faisant chaque jour des progrès, ils deviennent malpropres, remplissent leurs poches de cailloux, d'ordures de toute sorte, qu'ils manient avec plaisir et qu'ils cherchent même à manger. La notion du temps, des lieux, de l'espace, s'efface dans leur esprit, ils reconnaissent à peine leurs plus proches parents, ils oubUent qu'ils sont mariés, qu'ils ont des enfants, et ont perdu le souvenir des événements qui les touchent de plus près. Pendant les paroxysmes d'agitation maniaque, ils deviennent violents, brisent tout ce qui se présente à eux, poussent des cris et déploient une force musculaire hors de proportion avec leur état antérieur.
Au milieu de ce désordre et de cette incohérence, on voit persister des traces du déhre qui avait signalé le début delà maladie; le plus souvent ce sont des idées de richesses, de grandeur, des mots de milHons, des qualifications ambitieuses qui apparaissent au milieu de leurs phrases décousues et sans suite. Parfois des idées mélancoliques ou hypochondriaques se manifestent encore au milieu de ces divagations, mais elles sont déjà moins fréquentes rpie dans la première période, et les idées de grandeur les remplacent insensiblement. Quelles que soient les conceptions déhrantes, elles perdent chaque jour le peu qui leur restait de vigueur, et se bornent à la répétition monotone des mêmes mots et des mêmes idées.
En même temps les troubles de la motihté se prononcent davantage. L'embarras de la parole se reconnaît dès que le malade a articulé quelques syllabes; il s'accompagne, dans quelques cas, de mâchonnement, mais plus souvent encore d'un grincement de dents qui se produit tantôt d'une manière continue, tantôt d'une manière intermittente, et dont le rhythme monotone et agaçant s'entend d'un bout d'une salle à l'autre ; ce grincement est parfois tellement intense, tellement prolongé, que les dents sont usées par le frottement jusqu'à la moitié de leur hauteur. L'affaiblissement et l'irré-
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•,nil;ii ilr (1<; la conlraclililr musculaire deviennent tels (ju»» le nialatli! marche avec beaucoup de diUiculté, tombe au moindre oi)Stacle et devient incapable de monter un escalier ; il a beaucoup de j)eine à s'habiller, à porti-r les aliments à sa bouche, et il devient nécessaire d'exercer autour de lui une exacte surveillance. Ce n'est pas sans étonnement que dans les moments d'agitation, l'on voit ces paralytiipies qui se soutenaient à peine sur leurs jambes, déployer des l'orccs considérables, briser des obstacles solides et exiger la présence de plusieurs gardiens pour les maintenir.
Dans quelques cas, l'afiaiblissement musculaire est remplacé par la contracture d'un muscle ou d'un certain nombre de muscles, contracture souvent très prolongée et qui imprime à diverses parties du corps les positions les plus pénibles : c'est ainsi que j'ai vu la tête rester pendant des mois entiers fléchie sur la poitrine, ou au contraire renversée en arrière et maintenue dans cette position par les muscles du cou roides et contractures.
Les fonctions digestives, qui dans la première période de la paralysie générale se ressentaient de l'acuité du délire, de la violence de l'agitation, ou bien de la dépression mélancolique et du relus d'aliments, reprennent de la force et de la régularité pendant la deuxième période. Les malades mangent malproprement, ils prennent leurs aliments avec îos doigts, avalent avec gloutonnerie et mâchent à peine ; néanmoins la nutrition se lait bien, et on les voit prendre, lorsqu'ils sont calmes, un embonpoint qui coïncide d'ordinaire avec le passage à la troisième période. Tout en indiquant un certain relourde forces, cette énergie des fonctions assimilatrices prédispose à la congestion cérébrale en augmentant la masse du sang, et devient à son tour un danger pour les malades. Aussi Vf^'ronsnous plus loin qu'il importe beaucoup de modérer la quantité de leurs aliments, et de bien se garder de satisfaire leur insatiable voracité.