‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 90 sur 141 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

[itômes, il ne faut pas l'oiihlicr, peuvent se renouveler fréquemment et constituer moins une congestion réelle qu'un état congestif permanent qui laisse sans cesse le malade sous l'imminence d'accidents plus graves.

2" La deuxième forme ne diffère de la précédente que par le degré de l'excitation qui atteint les proportions de l'agitation maniaque. Sous l'influence de l'afflux sanguin, le malade se livre à des emportements et à des actes de violence, et les idées délirantes redoublent d'incohérence et d'intensité. La rougeur de la figure et les symptômes rationnels de la congestion coïncident avec cet état, qui disparaît bien plus facilement sous l'influence des pertes de sang modérées qu'à l'aide des bains prolongés et des calmants habituels.

3° Dans la forme comateuse, la congestion s'annonce uniquement par de la tendance à la somnolence, de la rougeur de la figure et de l'inertie physique et intellectuelle. En peu d'heures, cet état arrive jusqu'au coma. Les malades restent insensibles aux agents extérieurs, ne répondent à aucune question, et leurs muscles sont dans un état de résolution complète ; la respiration se fait d'ordinaire avec facilité comme dans le sommeil. La forme comateuse pure n'est pas extrêmement grave ; il n'est pas rare de la voir se dissiper au bout de peu d'heures sous l'influence d'un traitement a'pproprié.

h" La forme hémiplégique peut se produire d'emblée et est déjà plus sérieuse. Il n'est pas rare de voir des paralytiques au milieu de leurs repas, pendant une promenade, laisser tout à coup tomber un objet qu'ils tiennent à la main et cesser de pouvoir s'appuyer sur un des membres inférieurs. Ils restent ainsi paralysés d'un bras, d'une jambe ou de toute une moitié du corps pendant quelques heures ou quelques jours, sans qu'aucun symptôme général grave accompagne ces congestions partielles d'un des hémisphères. Les paralysies

MAUCÉ. — MAL. SIKNT. 29

iidO Dli LA r.MlALYSlt liÉNÉUALE.

(jui scpiuduisL'Hl aiiibi linissuiil pivs(iuc loujuurs |iardisj»araître, mais d'une niaiiiéic inconnilclc, cl en laibsanl a|iièb elles un notable allaiblissomenl d'une des muiliés du curpb.

5" La cun*^eslion concidsice a/joplecti/or/ne est de loules Li [•lus {^lave, cliHjuL-èlre aussi la plus riéiiuenle. Ici le débul est subit et il y a bien réellement apoplexie.jLe malade luiube comme loudruyé, sans connaissance, insensible à tous les excitants extérieurs, et s'il ne succombe pas immédialemeut, il est pris de convulsions. Ces convulsions sont tantôt générales, tantôt limitées, soit à une moitié du coips, soit à une moitié de la face, à un bras, à une jambe; elles peuvent être purement éclanipliques , sans caractère bien dclerminé, ou revêtir toutes les apparences de l'attaque convulsive épileplique, avec cri initial, alternatives de pâleur et de rougeur de la figure, écume sanguinolente et convulsions spéciales. Dans les deux cas, on les voit se reproduire sous la forme d'attaques séparées par de courts intervalles, de sorte qu'un malade peut éprouver, dans l'espace de vingt-quatre heures, un assez grand nombre d'accès cqnvulsifs séparés les uns des autres par un étal de coma plus uu moins complet. « Dans d'autres circonstances les contractions de la fibre musculaire prennent un caractère de persistance qui les rend incessantes. Dans les cas de ce genre, on voit quelquefois se reproduire pendant vingt-quatre, trente, quarante, soixante heures, et sans aucune intermittence, des espèces de tressaillements spasmodiques dans les paupières, dans les muscles des joues, dans les nmscles des lèvres, tandis que les bras, les mains, les cuisses, les jambes sont incessamment ébranlés par des espèces de secousses plus ou moins violentes (1). r>

Ces séries d'attaques convulsives, qui peuvent se reproduire jusqu'à cinq ou six fois dans une année, finissent souvent par enlever les malades, puisque sur quatre-vingt-six

(Ij Culiiitil, 7'rcii/(' dei maladies inflammaluire. du cerveau^ I. I, p. ôul.

COMPLICATIONS. /i5f

observations, M. Parchappc a noté quarante l'ois cette cause de mort. Dans les cas où elles se terminent d'une manière heureuse, outre une aggravation dans les symptômes de la paralysie générale, qui s'expliH^iue sans peine par la désorganisation plus profonde du tissu nerveux et la formation de nouveaux produits plastiques, les congestions laissent après elles des contractures partielles, des hémiplégies plus ou moins accentuées, du grincement des dents, de l'obtusion de la sensibihté, et ce n'est en général qu'au bout d'une convalescence de durée variable que la maladie reprend sa physionomie habituelle.

Quelques-uns des accès convulsifs isolés que nous avons décrits plus haut ressemblent trait pour trait au grand accès épileptique et n'en diffèrent au premier coup d'œil que })ar la durée plus longue des accidents consécutifs et par les antécédents du sujet. Chez quelques autres malades, la congestion revêt non-seulement l'aspect de la grande attaque, mais encore les caractères du simple vertige ; c'est à peine si l'on observe alors quelques grimaces de la figure, quelques légers mouvements cbnvulsifs du cor])s et une perte de connaissance passagère. Le vertige s'associe souvent à de grands accès convulsifs, et malgré sa bénignité apparente accélère singuhèrement la marche de la paralysie générale.

11 faut bien se garder de prendre ces diverç accid'ents épileptiformes pour de véritables accès d'épilepsie venant compliquer la maladie première. La longueur du coma consécutif, qui se prolonge pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, là difficulté avec laquelle les malades reviennent à eux, la succession répétée des attaques, font voir, indépendamment de la connaissance des antécédents, qu'il s'agit ici d'accidents congestifs simulant l'épilepsie, et non de cette névrose elle-même. Il est toutefois remarquable qu'à la longue, lorsqu'ils se répètent fréquemment, les accès perdent quelquefois leur caractère primitif pour prendre momenta-

'lîrl 1)1-; LA l'.Mi.\LV>lK (JÉiNÉIlAI-i;.

iiéiiM'iil la (liin-c, lu proiioslii: el l'aspect complet ilc l'accès é|)il('j.lii|iii,' : ainsi, (lucNiues iiiiniilcs apiés rallaijiie et sans aucun Irailenienl, les malades reprennent il'eux-mèines connaissance, ils n'ont aucun souvenir de ce (jui s'est passé et su[i|forlciil ainsi vingt, trente, (juaranle crises sans paraître beaucoup en souffrir, jusqu'à ce que l'une d'elles les emporte brusquement. Celle transformation, curieuse à observer, n'infirme en rien la nature el le point de départ de la maladie (l).

6" Enfin nous ranjjerons dans une dernière catégorie les congestions à formes irrégulières qui offrent un mélange de toutes les espèces (jue nous venons de décrire. Les convulsions, l'état comateux, les paralysies partielles, l'excitation maniaciue, se succèdent alors sans ordre pour constituer un état complexe, peu susceptible d'une description uniforme. J'ai vu dans un cas de ce genre des convulsions choréiformcs passagères venir encore se surajouter à tous les symptômes habiluels.

Toutes ces diverses formes de congestion cérébrale peuvent s'observer successivement chez le même malade ; tel qui, à une première attaque, peut n'avoir eu que de l'agitation, aura des convulsions à une seconde et du coma à une troisième. On les observe à toutes les périodes de la paralysie générale, mais certaines circonstances favorisent singulièrement leur production; ainsi rembonpoint des sujets, un régime trop abondant et trop substantiel, une digestion laborieuse, des vêtements trop serrés, l'exposition à une température trop basse ou trop élevée, des émotions morales intempestives, parfois même la périodicité, telles sont les causes occasionnelles que. l'expérience permet de leur assigner. 11 ne faut d'ailleurs jamais perdre de vue que si ces congestions se présentent souvent avec de la plénitude

(P Marcé, Note sur une espèce particulière de convulsions épileptifurmes savvenant chez des paralytiques aliènes (Bulletin de l'Académie de médecine, Icvrier 1801, I, XWl, p. 250, el Discussion, p. 285 et suiv).

TUMEURS SANGUWES DE l'oREILLE. /|5li

(lu pouls, de la rougeur de la figure, parfois aussi elles s'accompagnent d'un état quasi-syncopal, et que ces deux variétés entraînent avec elles, ainsi que nous le verrons, des différences très tranchées dans le traitement.

2° Tumeurs sanguines de l'oreille.

A côté de la congestion cérébrale signalons une autre complication remarquable non par sa gravité, mais par sa singularité : je veux parler des tumeurs sanguines de l'oreille, ou hématomes aitriculairps.

On rencontre quelquefois chez les aliénés et surtout chez les paralytiques, des tumeurs sanguines qui se développent à la face externe du pavillon de l'oreille : signalées en France dès 1838 par M. Ferrus, dans ses leçons de Bicètre, ces tumeurs ont été étudiées depuis par MM. Belhonime, Cossy, Thore, Lunier et Renaudin, par M. Merland dans sa Thèse inaugurale en 1853, et plus récemment par M. Foville qui a précisé plus que ses devanciers leur siège anatomique. En Allemagne, Bird dès 1833 avait publié sur ce sujet un bon travail, et en 18/18 le docteur Franz Fisher, médecin adjoint d'IUenau, leur avait consacré un article dans le journal de Damerow.

C'est presque exclusivement chez l'homme qu'existent ces collections hématiques, elles se rencontrent principalement dans la paralysie générale, mais quelquefois aussi dans la démence simple, la manie aiguë, la mélancolie, où elles sont en général un signe d'incurabilité; enfin on les a signalées dans les affections autres que la folie, dans l'hystérie (1), dans la fièvre typhoïde, chez les lutteurs de profession (2). chez des écoliers auxquels on avait tiré les oreilles (3).

La formation de ces tumeurs chez les aliénés a été atlri-

(1) Bastien, Thèse, 1855.

(2) Jarjavay, Anat. chirurg., t. I, p. 522.

(3) Mallez, Thèfe, 1855.

/l5/| DR LA PARALYSIE OÉNÉRALK.

buée à des causes diverses; on a accusé les violences o\t/'rieures, les rrollenienls «(u'iin malade peut exercer sur les bords d'un lauleuil, et surtout l'aillux sanguin considérable qui se fait vers l'extréniilé cépbalique. 11 existe, en ellet, un rapport Intime entre la circulation des oreilles et celle du reste de la tète ; toutes les fois qu'il y a congestion cérébrale, les oreilles deviennent rouges et turgescentes, tandis qu'elles pâlissent dans la syncope; or dans la paralysie générale où la congestion vers la tête est incessante, il est naturel d(! penser que les vaisseaux auriculaires finissent eux-mêmes i»ar se dilater, de manière à favoriser ou même à déterminer à eux seuls la formation d'un épancbement sanguin. A l'appui de cette manière de voir, soutenue par MM. Belliomme, Cossy, Renaudin, Delasiauve et récemment par M. A. Foville (1), je citerai une observation publiée par moi en 1858, et dans laquelle les paupières étaient, en même temps que le pavillon de l'oreille, le siège d'une collection sanguine, comme si tous les capillaires de la face étaient à la fois le siège d'une même turgescence.

Un peu avant l'apparition de la tumeur, on remarque que les deux oreilles ou l'une d'elles deviennent rouges, sensibles et gonflées, en même temps que le malade présente tous les signes d'une circulation cérébrale très active; parfois au contraire, la peau a sa coloration normale et le pavillon offre un peu d'œdème purement séreux. L'épanchement sanguin se produit rapidement, quelquefois en sept ou buit beures, et le plus souvent on ne s'aperçoit de son existence que lorsqu'il a acquis tout son développement.

Le volume de la tumeur est variable : elle peut être grosse comme un pois ou surpasser les dimensions d'un œuf de pigeon : elle fait alors une saillie considérable, et lorsqu'elle existe aux deux oreilles, elle donne à la pbysionomie vue de

(1) Recherches sur les tumeurs sanguines du pavillon de l'oreille chez les aliénés {Ann. mèd.-psychoL, 1859).

TUMEURS SANGUINES DE L'OREILLE. hf)b

face un aspect tout à fait singulier et caractr'Hstique. Klle s'étend à tout le pavillon, sauf le lobule, oblitère le conduit auditif et amène de la surdité. La tumeur dure, rénitente, offre quelquefois une sorte de crépitation intérieure due à l'écrasement "des caillots; dans quelques cas, elle est fluctuante au centre et indurée à son pourtour, comme dans les bosses sanguines du cuir chevelu. La peau, amincie, déplissée, est d'une coloration brune ou d'un rouge vineux, et l'hélix est contourné et bosselé. Si l'on pratique une ponction ou si la peau amincie vient à se rompre, l'ouverture donne issue à du sang ou à de la sérosité colorée par des globules sanguins non altérés, et l'introduction d'un stylet révèle en tous sens un décollement beaucoup plus considérable qu'on ne l'aurait supposé au premier coup d'œil. Pour peu que l'incision se referme, le liquide se reproduit rapidement, et en peu d'heures la tumeur reprend son volume primitif. Si l'ouverture est maintenue béante, il se produit un écoulement séro-purulent qui peut se prolonger longtemps, et se termine par la sécrétion de lymphe plastique, la formation d'adhérences et la cicatrisation. Mais il reste au niveau du pavillon une induration qui , bornée à quelques noyaux isolés quand la tumeur a été peu considérable, acquiert dans le cas contraire, l'aspect de bosselures dures, inégales et indélébiles, et laisse la partie supérieure du pavillon bizarrement ratatinée : il faut au moins six semaines pour que ces diverses périodes soient parcourues.

La tumeur, abandonnée k elle-même, diminue peu à peu de volume à mesure que s'opère la résorption sanguine, et laisse après elle les mêmes traces indélébiles.

On s'accordait généralement à regarder ces collections sanguines comme sous- cutanées, lorsque M. Achille Foville est venu révoquer en doute cette opinion et établir sur des bases irréfutables querépanchementsanguinsiégeait entre le cartilage et le périchondre. Il a rappelé que le sang se résorbait

^5G m; i..\ paualysie CKNKRAi.r.

sans que la pùau ollril les loinlfis décruissariles do l'eccliymosc comme cela arrive dans les j^ collections sous-culanées, cl (ju'iti la tumeur était séparée de la jjeau par une membrane résistante, sensible au toucher; enfin, il a démontré que le péricbondre, séparé du cartilage par réi)anclienient sanj^uin, revenait sur lui-même à mesure que répanchement se résorbait, entraînait dans son retrait les autres parties du pavillon, et exhalait à sa face interne un cartilage de nouvelle formation, cause de l'épaississement et de l'induration qui persistent après la guérison de l'hématume auriculaire.

§ 8. — Anatoniie pathologique.

C'est ici que pour la première fois nous pouvons placer un chapitre d'analomie pathologique, chapitre exceptionnel dans l'étude des vésanies, mais devenu, grâce aux progrès de la science moderne, plus complet, plus satisfaisant pour l'esprit, que dans bien d'autres branches de la pathologie médicale. Rien n'est plus capable de donner du courage et de pousser énergiquement dans la voie des recherches nécroscopiques, que cette grande découverte qui permet d'assigner une cause anatomique certaine à toute une classe de maladies mentales, et d'étudier les rapports qui existent entre la lésion et la maladie.

Les altérations que présentent le crâne et le cuir chevelu dans la paralysie générale sont trop variables pour avoir une signification précise : quand la maladie a été longue, j'ai trouvé le crâne très épais et d'une densité anormale; le cuir chevelu est souvent très injecté quand le sujet a succombé à une congestion

La pie-mère, mise à nu, a perdu sa transparence et sa ténuité. Elle se présente sous la forme d'une membrane opaque, tomenteuse, rougeâtre, sillonnée de vaisseaux tor-

ANÂTOMIE PATHOLOGIQUE. A57

liieux, turgescents et entrelacés de mille façons. Le long des principaux troncs vasculaires se voient des traînées blanchâtres dues à des extravasations plastiques et se présentant même parfois sous forme de larges plaques que l'on rencontre surtout au niveau de la scissure de Sylvius. Le tissu cellulaire de la pie-mère, en même temps qu'il s'est épaissi et s'est infiltré d'une quantité plus ou moins grande de liquide «éreux ou séro-sanguinolent, a pris plus de consistance : au lieu de s'enlever par lamLeaux assez courts comme à l'état^ normal, cette membrane peut présenter assez de solidité pour résister à la traction des pinces et s'enlever par larges lambeaux, parfois même d'une seule pièce : ces altérations sont d'autant plus marquées que la maladie a été plus longue et s'est accompagnée d'un mouvement congestif plus «intense. Mais c'est au moment où à l'aide d'une pince on commence à soulever la pje-mère pour la détacher de la partie correspondante de la couche corticale que se révèle la lésion caractéristique de la paralysie générale, je veux parler des adhérences. Les adhérences ne se forment pas d'emblée, elles sont précédées d'un état spécial parfaitement décrit par M. Calmeil, et qui indique une altération anatomique moins avancée. « Dans les cas, dit-il (1), où le travail inflammatoire a pu se concentrer d'une manière plus particulière, la pie-mère happe pour ainsi dire, par sa face interne, à la substance nerveuse corticale, et lorsque après quelques efforts de doigt on parvient à l'enlever, on aperçoit d'une manière à peu prés constante, sur les endroits où elle happait davantage, des espèces de houppes vasculaires saignantes, formées par la réunion des capillaires congestionnés et rompus : au fond des principales anfractuosités, les capillaires se dessinent partout sous la forme de filaments tortueux. » » Mais, dans un très grand nombre de cas, tous les efforts

(1) Calmeil, Trailé des maladies inflammatoires du cerveau, t. 1", p. 262.

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quo l'on |pnl(\ toute 1m peine fine l'on se donne jiniir séparor la pie-mèie Ao, j'éli'nifint norveux sur lequel elle ne devrail tUre qu'appliquée, n'aboutissent à aucun résultat, et l'on est bientôt h même de constater qu'il s'est opéré une sorte de soudure maladive entre la trame delà pie-mère et la cotiche extérieure de l'élément nerveux cortical.

» Si l'on s'obstine néanmoins h opérer l'enlèvement des méninges, on n'en vient à bout qu'à la condition qu'on lais.sera une partie considérable de la substance nerveuse à la surface de la pie-mère, où elle adhère comme une sorte de doublure.

» Quand enfin on est parvenu à enlever à peu près les enveloppes membraneuses du cerveau et du cervelet, on se trouve avoir sous les yeux des surfaces excoriées, déchirées, rouges, saignantes, plus ou moins ramollies, quelquefois indurées et atrophiées. »

Les ulcérations qui se produisent à la surface du cerveau h la suite de l'ablation des membranes, varient beaucoup d'aspect et d'étendue ; elles peuvent consister en de simples érosions superficielles peu nombreuses, ayant à peine quelques millimètres d'étendue : parfois, au contraire, ce sont des pertes de substances profondes, irrégtilières, raboteuses, qui peuvent envahir toute la superficie des circonvolutions : l'ablation des membranes ne peut alors s'opérer qu'au prix de la décortication complète du cerveau.

Les adhérences ne se rencontrent pas arvecune égale fréquence sur toutes les parties des circonvolutions : on les trouve principalement en avant et à la face inférieure des lobes antérieurs, autour de la scissure de Sylvius, à la face convexe, et sur les faces pariétales; elles sont relativement moins communes sur les lobes occipitaux; sur le cervelet, elles occupent de préférence les côtés des faces supérieure et inférieure de cet organe. La fréquence plus grande des adhérences au niveau des lobes antérieurs me paraît en

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rapport, direct avec l'ernbarras de la parole que l'on observe dès le début de la maladie ; j'ai même vu, dans un cas où cet embarras de la parole était porté jusqu'à l'impossibilité absolue d'articuler un seul mot, les adhérences exclusive» ment limitées aux lobes antérieurs.

Quel est l'état de la substance cérébrale elle-même au niveau des ulcérations? Elle présente des altérations qui portent essentiellement sur sa consistance et sur sa colorci' lion : la consistance est diminuée, il suffît de la toucber du doigt pour la réduire en une pulpe molle qui correspond quelquefois à toute l'épaisseur de la couche corticale. <( Dès l'origine de la maladie, dit M. Tarchappe (1), et cela d'une manière constante, le ramollissement se produit dans l'épaisseur de la couche corticale, principalement au niveau de sa partie moyenne, et c'est alors que la traction des membranes, la pression du doigt ou l'introduction du manche du scalpel déterminent avec la plus grande facilité, dans une étendue plus ou moins considérable, la séparation" de plaques de substance cérébrale, dont l'épaisseur égale environ la moitié de celle de la couche corticale. »

D'un autre côté la substance corticale ramollie ne présente presque jamais sa coloration normale : elle offre superficiellement des teintes qui varient depuis la couleur rosée jusqu'à la couleur he de vin, et qui sont dues au développement plus considérable du réseau vasculaire. Lorsqu'on pratique sur elle des coupes perpendiculaires à l'aide d'un instrument bien affilé, de manière à isoler des tranches très minces, on constate à l'œil nu l'existence d'une injection très prononcée et d'une coloration anormale de la couche la plus profonde de la substance grise, qui se présente alors sous la forme d'une bande sinueuse de couleur violacée, appliquée immédiatement sur la substance blanche. Ce n'est qu'à une époque

(1) Parchappe, De la folie paralytique, 1859, p. 22.

liiîO Di: I.A PARALYSIE HÉNÉRALE,

très avaiici'o de lu maladie, et lorsrjuo le malade n'a pas succombé à une congestion, (juela couche corticale ramollie a une couleur pâle, gris sale, jaunâtre.

Quant à la substance grise envisagée dans son ensemble, elle présente une notable atropliie toutes les fois que la paralysie générale a été de longue durée, et son épaisseur en certains points peut se trouver réduite à la moitié de ce qu'elle est à l'état normal. L'atrophie ne porte pas d'ailleurs uniquement sur la substance grise; elle est très appréciable lorsqu'on pèse l'ensemble du cerveau, et M. Pa.rchappe (1), dans les recherches dont nous avons parlé déjà, est arrivé à trouver en moyenne une différence de 179 grammes pour les hommes, et de 157 grammes chez les femmes, entre le poids du cerveau dans la paralysie générale, et le poids du cerveau dans La folie aiguë. L'atrophie du cerveau dans la paralysie générale, proportionnelle à la dégradation de l'intelligence, se révèle non-seulement par des pesées de l'organe, mais encore par l'aspect même des circonvolutions qui sont minces, amaigries, offrent moins de hauteur du fond de l'anfractuosité à leur bord libre, les anfractuosités elles-mêmes sont moins profondes et réduites à l'état de sillons remplis par la sérosité.

11 est évident que c'est dans la substance grise, substance éminemment vasculaire et dans laquelle les mouvements de nutrition sont les plus énergiques, que se concentrent les lésions anatomiques de la paralysie générale. Cependant la substance blanche n'est pas sans participer à ces altérations : on la trouve dans les centres ovales, dans les corps striés et la couche optique, fortement injectée et parcourue dans toute son étendue par des vaisseaux dilatés dont on retrouve les orifices béants à la surface des coupes pratiquées dans son épaisseur ; ces vaisseaux donnent naissance à un

(1) Loc. cit., p. C2.

ANATO.MIE l'ATHOLOGlQLE. AOi

|iiquelé abondant dans les cas où le sujet a succombé à une congestion cérébrale. De plus, quand la paralysie générale a eu une durée assez longue, la substance blanche peut otlrir, au lieu de sa consistance normale, une induration si)éciale : elle est alors ferme, élastique, et se laisse entamer difficilement; une section pkne, pratiquée dans son épaisseur, devient légèrement concave à la manière du squirrbc par suite de la rétraction des tissus : cette même rétraction amène l'agrandissement des ventricules latéraux, et la membrane ventriculaire est parsemée de granulations fines, transparentes, visibles seulement à contre-jour, que M. Joire a signalées récemment jusque dans le quatrième ventricule.

Telles sont les altérations anatômiques visibles à l'œil nu dans la paralysie générale.

Mais il importe encore de poursuivre, à l'aide de l'examen microscopique, l'étude des altérations intimes delà substance cérébrale dont nous venons de retracer les apparences extérieures. iAf. Calmeil, le premier, est entré dans cette voie féconde avec une rare patience d'investigation. Cent fois j'ai répété ses préparations, soit seul, soit avec M. Robin, avec M. Luys, et toujours j'ai vérifié l'exactitude parfaite de ses laborieuses, recherches, dont je ne saurais trop préconiser la valeur. Il faut voir, dans ce mode d'examen, autre chose que la satisfaction d'une vaine curiosité : à l'œil nu, nous constatons des différences de coloration, de consistance, d'aspect, mais nous n'apprenons rien des lésions intimes de ce tissu cérébral si délicat et si complexe ; une foule de modifications nous échappent, et nous accusons l'impuissance de l'analomie pathologique, alors qu'elle tient uniquement à notre indifférence vis-à-vis des moyens d'investigation que la science met à notre disposition.

Examinés au microscope, les vaisseaux de la pie-mère apparaissent avec un développement considérable, et les parois des capillaires sont souvent incrustées de fines oranu-

/|(>2 liK LA l'AltAF.YSlK (.h'iNÉnAlj;.

lalioii:s : la liaiiic (ille-iiièiiie de rciUi iiiorrihrarn' uflre des cellules r;raiiuléos, des granules inoléeulairos é|»ars, et des globules sanguins exlravasés. (Juanl aux plaques o|)a(jues, elles sont formées de fibres volumineuses du tissu cellulaire au milieu desquelles ces vaisseaux sont i-ares et peu développes.

La substance grise ramollie, prise au niveau des ulcérati^tns Ibrmées par l'ablation des membranes, oll're, à un grossissement de 300 à /lOO diamètres, des arborisations vascukiires, dont on n'apprécie bien le développement anormal que lorsqu'on examine comparativement, et avec le même grossissement, un fragment de substance grise saine. Là où, à l'état normal, on trouve, sous le cbamp du microscope, un ou deux vaisseaux, à l'état pathologique on en rencontre huit ou dix qui se divisent et se subdivisent, et forment, par leur croisement, des sortes de plexus. Parmi ces vaisseaux, les })lus volumineux sont vides, les autres sont souvent^ distendus par des globules, de sang empilés qui rendent toute circulation impossible. Les parois des capillaires sont presque toujours incrnsfées extérieurement de granules moléculaires très lins qui en rétrécissent le calibre; d'autres sont comme parsemées de petites cellules agminées qui abondent dans les bifurcations des troncs vasculaires.

Outre ce développement anormal et cette altération des capillaires que l'on retrouve jusque dans la substanceblanche, la sulistance grise présenta une infiltration qui devient sensible lorsqu'on la comprime légèrement entre deux plaques de verre ; on voit alors s'échapper de tous côtés des courants de sérosité, puis, au milieu du parenchyme, se trouvent des amas de globules sanguins exlravasés et plus ou moins déformés, des granules moléculaires plastiques et une foule de petites sphères ou disques finement ponctués, que M. Calmcil considère comme se formant au sein de la substance grise imbibée d'un plasma peu abondant, Ces mêmes disques

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