‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 91 sur 141 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

constituent çà et là des groupes ou des traînées dans les angles correspondant à l'embranchement des petits capillaires.

Ces altérations se rattachent à une vascularisation très intense et à l'extravasation d'un blastèmc, au milieu duquel des produits plastiques finissent par s'organiser : il en résulte que le parenchyme cérébral lui-même est profondément altéré; les cellules nerve\ises sont rares, déformées, leurs connexions sont rompues, leurs contours perdent de leur netteté et de leur aspect noruial, et elles finissent par se vider de leur contenu. Les tubes nerveux sont difformes, atrophiés, leur contenu s'échappe au dehors, et ils ne se présentent plus que sous forme de débris-épars sous le champ du microscope.

Ces diverses lésions varient singulièrement selon la durée de la paralysie générale : les lésions vasculaires sont prédominantes dans les cas aigus, tandis que les épanchements plastiques et les altérations des tubes et des cellules sont plus caractérisés quand la maladie a marché avec lenteur.

A côté de ces lésions essentielles de la paralysie générale, il en est d'autres secondaires, mais assez fréquentes pour mériter ici une courte description; ce sont les fausses membranes et les kystes de l'arachnoïde, qui se rattachent, dans la grande majorité des cas, aux phénomènes de congestion observés pendant la vie, et enfin les granidations dû l'arachnoïde.

Les fausses membranes ont été rencontrées par Bayle 1 fois sur 6 dans la paralysie générale , 1 fois sur 2 par M. Baillarger, 16 lois sur 80 autopsies faites à Charenton par M. Brunet (1). En général, elles s'observent chez les malades ayant offert pendant leur vie des symptômes de congestion cérébrale : adhérentes par des fibres lamineuses et

(1) r/ièse iimugurale.

'i(>/i ul: i.a r.MiAi.vsii: (.é.nkh.m.e.

(les vaisseaux avec lo rouillet pariélal de raiaclinnïïle, elles j;lissoiit libieiiK'nl par leur face iniï'rieurc, polie, hiisanle et (l'aspect s('reux, sur le feuillet viscéral (N; celle ruenihrane; parfois elles llotlent dans la cavité aracimoïdienne et n'adhèrent au feuillet pariélal (jun par une seule extrémité. On "les trouve indilléremment sur l'iiénnispliére droit, sur r hémisphère gauche ou des deux côtés à la fois : d'abord molles, ténues, plus ou moins colorées en rouge, formées d'une matière amorphe finement granuleuse qui revêt peu à peu l'aspect fibrillaire, les fausses membranes deviennent avec le temps épaisses et résistantes; quand elles sont composées de plusieurs feuillets superposés que l'on peut dédoubler, et dans l'intérieur desquels on trouve des traces d'anciennes hémorrhagies, elles sont toujours le résultat d'un kyste sanguin dont le contenu s'est résorbé et dont les parois se sont adossées.

On a singulièrement disserté sur le mode de formation de ces néo-membranes. Pendant longtemps on les a regardées comme le résultat direct de la transformation d'un caillot méningé, opinion qui maintenant ne saurait être soutenue, car, d'un c(jté, les hlastèmcs ne sont pas formés de fibrine pure, comme le voulait llunter , celle-ci étant complètement inassimilable à l'organisation, et, de l'autre, le sérum albumineux se résorbe très vite et ne peut devenir le point de départ d'un produit accidentel. L'opinion la mieux prouvée et la [)lus généralement admise consiste à regarder ces fausses membranes comme un produit de sécrétion du feuillet pariétal de l'arachnoïde. Si elles sont souvent rougeâtres et infiltrées de globules sanguins, c'est qu'il s'est produit au miUeu d'elles de petites hémorrhagies dues à la rupture de (|uelques-uns de cesvaisseauxqueles congestions habituelles de l'encéphale développent entre la dure-mère et la séreuse. Tantôt l'exsudation plastique et l'hémorrhagie se font en même temps, tantôt l'une précède l'autre.

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(Jiiant aux bjstes arachnoïdiens, leiir l'ace intérieure, séreuse, glisse librement sur les circonvolutions (|ui se Irouvent nnarquées à leur niveau d'une dépression plus ou moins profonde et d'une teinte jaunâtre ; leur iace supérieure présente avec le feuillet pariétal de l'arachnoïde des adhérences celluleuses plus ou moins solides. Lorsqu'ils sont de date récente, ils contiennent des caillots sanguins l)lus ou moins altérés, plus tard de la sérosité transparente, incolore ou citrine, parfois une matière caséiforme, ou bien une bouillie rougeâtre ou jaunâtre, dans laquelle le microscope permet de découvrir des cristaux d'hématine ou bien des globules sanguins à divers degrés d'altération.

Ces kystes ont une origine variable : tantôt ils sont formés par un épanchement sanguin qui, s'étant produit dans la cavité arachnoïdienne, détermine une inflammation de la séreuse au niveau des points avec lesquels il est en contact ; la lymphe plastique s'organise autour du caillot et lui forme son enveloppe kystique qui peut acquérir ta la longue de la consistance et de l'épaisseur. Tantôt, au contraire, le sang, en s'épanchant, décolle une néo-membrane appliquée sur le feuillet pariétal de l'arachnoïde, une nouvelle lame membraneuse se forme à la partie supérieure de l'épanchement sanguin et complète l'enveloppe.

Rappelons enfin que le contenu des kystes arachnoïdiens peut se résorber complètement, que les parois de la poche s'accolent alors dans toute leur étendue, et donnent au premier coup d'œil l'idée d'une fausse membrane ; mais par une dissection attentive, on arrive toujours à détruire l'adossement des deux feuillets séreux, parfois même à retrouver des traces d'un épanchement ancien, qui ne laissent subsister aucun doute sur le point de départ de cette production pathologique.

Les (/ranulatioiis de l'arachnoïde , déjà signalées par Bayle, sont produites par des exsudats albumineux plastiques

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/|<iu Di: LA l'AIiAL\Sll. (.KM'IiAI.i;.

(|iii se (l(''|iusi,iil à la Miilace liltit- de la séreuse sous lunnc de pclilcs aspérités sphériques ; la meinhiane esl alors connue chagrinée cl donne au loucher une sensation légèrement lupueusc. A la surface convexe dos hémisphères, ces granulations sont hlanchàlres, opaques, et coïncident presque toujours avec répaississemenl et l'injection de la pie-mére sous-jacente. Dans les cavités ventriculaires, elles sont plus petites, transparentes, et ne peuvent bien s'apercevoir qu'en examinant obliquement la surface ventriculaire ; on les rencontre non-seulement dans la membrane qui tapisse les ventricules latéraux, mais encore dans le quatrième ventricule, sur sa paroi antérieure, où elles ont été de nouveau signalées par M. Joire dans un récent travail.

Les granulations arachnoïdicnnes s'observent principalement dans la paralysie générale ; mais de temps à autre on les rencontre dans la manie chronique, dans l'épilepsie, dans la démence, etc. En somme, c'est une lésion qui n'offre par elle-même rien de pathognomonique et qui s'accompagne toujours d'altérations cérébrales plus graves.

On a dit que les lésions anatomo-pathologiques n'étaient pas constantes dans la paralysie générale. M. Lélut, le premier, a rapporté deux observations de démence avec paralysie générale sans altérations du cerveau et de ses membranes (1)» MiM. Aubanel et ïhore, ainsi que plusieurs autres alicnistes distingués, ont signalé des faits semblables. Ouelle (|ue soit la valeur de ces observateurs, je n'hésite pas à dire que la plupart des faits qu'ils ont mis en avant ne doivent pas être admis Seitls contrôle : ou le diagnostic de la paralysie générale laisse quelque doute dans l'esprit, ou l'examen anatomique a été fait d'une manière incomplète et sans le concours du microscope ; en sorte que des lésions

(1) .1)111. méd.-piychol., t. I", p. 170.

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