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CHAPITRE VI

Historique. — Définition. — Description : période prodromique ; période de début et. ses quatre variétés : expansive, mélancolique, paralytique et congestive ; période moyenne ; période terminale. — Durée. — Rémillences. — Marche aiguë. — Complications : congestions cérébrales, tumeurs sanguines de l'oreille. — Anatoniie pathologique. — Fréquence. — Causes prédisposantes : hérédité, âge, se.\e, climat; causes occasionnelles : travaux intellectuels, émotions morales, pellagre, syphilis, plomb, alcool. — Diagnostic. — Traitement.

§ f — Historique.

La paralysie générale des aliénés, ou folie paralytique, n'est connue et décrite comme maladie distincte que depuis une

Dli LA l'AHALYSIK (ilÎNJillALE.

quaranlaine d'années, cl cependant, sous le rapport des symptômes, de la marche el de l'analomie pathologique, c'est une des formes les mieux caractérisées de la pathologie mentale • cest également l'une des plus fréquentes, car partout les asdes sont encombrés de ces malades voués dés le début à une mcurabilité presque certaine. Aussi l'on se demanderait chaque jour avec élonnement comment une semblable allection a échappé si longtemps à l'attention des médecins SI 1 on ne savait qu'il en a été ainsi de toutes les découvertes nouvelles, près desquelles on a passé pendant des siècles jusqu'à ce qu'un observateur plus habile les ait le premier signalées.

Ilaslara, le premier, dans son livre sur la foHe et la mélancolie publié à Londres en 1798, parle de la fréquence de la folie comme cause des affections paralytiques : il remarque que ces malades ont des idées d'orgueil, qu'ils sont incurables, qu'ils tombent dans l'imbécillité et le marasme, et meurent subitement d'apoplexie.

Esquirol, dès 1805, signale l'incurabiUté de la fohe compliquée de paralysie. Dans son mémoire sur la démence (ISU) il envisage toujours la paralysie comme une complication de la folie et non comme une affection distincte. Quant à la description plus complète que l'on retrouve dans ses œuvres (1838), elle est postérieure aux travaux de Délaye, de Bayle, de M. Calmeil.

Georget conserve la même doctrine. Pour lui, la paralysie est consécutive à la folie: «le cerveau, d'abord affecté presque exclusivement comme agent intellectuel, finit par être attaqué comme agent nerveux : de là les paralysies fréquentes chez les aliénés (1), » et ailleurs : « le plus ordinairement, c'est dans la démence, lorsque la maladie fait des progrès en mal, que les muscles se paralysent (2). »

(1) De la folie, Paris, 1820, p. 213.

(2) Loc. cit., p. 131.

HISTORIQUE. /il 8

Bayle, en 1822 (1), admet le premier que le dérangement des facultés intellectuelles et la paralysie marchent d'un pas égal et proportionnel, il les attribue à l'inflammation chronique de l'arachnoïde, signale les rapports de la congestion et de la paralysie, et, d'après six observations, donne une description exacte et complète de la maladie qu'il appelle arachnitis chronique, et qu'il divise en trois périodes. • Deux ans après, M. Délaye, dans sa thèse inaugurale : Sur une espèce de parahjsie qui affecte particulièrement les aliénés {\mh), décrit cette affection comme une maladie à part et la sépare de la foHe ; il constate qu'elle n'est pas tout à fait exclusive aux ahénés; il décrit sa marche, fait voir qu'elle débute par la faiblesse et la perte de la mémoire, la regarde comme incurable et lui attribue comme cause organique le ramollissement, l'endurcissement ou l'atrophie du cerveau avec adhérence des méninges.

Bayle, dans un second travail publié en 1825 (2), et plus tard dans son Traité des maladies du cerveau et de ses membranes (1826), revient sur ses premières recherches et les complète : il étabht la connexion du déhre des grandeurs et de la paralysie générale, et admet dans la maladie les trois périodes suivantes : 1" congestion, monomanie ambitieuse avec paralysie incomplète; 2" manie, inflammation des méninges; 3" démence avec paralysie générale plus marquée due à l'exhalation séreuse, et de plus un affaiblissèment considérable des facultés intellectuelles avec mouvements convulsifs et attaques épileptiformes. L'inflammation chronique des méninges est, au point de vue anatomopathologique, le caractère essentiel de la maladie. Généralisant outre mesure cette doctrine, Bayle essaye de ratta- ':her à la méningite, non-seulement la paralysie générale, mais encore toutes les maladies mentales.

(1) Thèse sur i'arachnilis.

i'^) i^'ouvelle doctrine des maladies mcnlale^^.

&n 1826, M. Calmeil (1) décrit la maladie d'une manière complète et établit que la lésion anatomique principale n'était pas l'inflammation des méninges et sa réaction sur la couche corticale, comme l'avait soutenu Bavle, mais l'inflammation de la couche corticale elle-même; que la paralysie n'était pas due à la compression exercée par l'épanchement séreux sur le cerveau, mais à la désorganisation de la couche grise elle-même. L'ouvrage de M. Calmeil marque une date importante dans l'histoire de la paralysie générale; il est à remarquer toutefois que l'auteur trouve les altérations i anatomiques insuffisantes pour expHquer la maladie, qu'il ne les regarde pas comme constantes, et qu'il admet, outre la lésion des couches corticales, une modification identique du cerveau qui doit exister, bien qu'il n'ait pu l'apprécier (2).

Enfin M. Parchappe (3) formule de la manière suivante sa doctrine sur la paralysie générale : « Il existe une espèce de foHe dans laquelle il y a lésion simultanée de l'intelligence et de la motilité; qui a une marche généralement aiguë, quoiqu'elle puisse passer à l'état chronique ; qui a une terminaison constamment fâcheuse, et avec laquelle coexistent dans l'encéphale plusieurs altérations pathologiques parmi lesquelles il en est une constante, pathognomonique, le ramollissement de la couche corticale...» Si l'on ajoute à ces caractères ceux qui peuvent être déduits de la nature des .symptômes, on obtiendra un ensemble de caractères différentiels plus que suffisants pour fonder une espèce d'aliénation mentale distincte de toutes les autres qu'on peut appeler fohe paralytique. »

Ces divers travaux ont définitivement constitué la paralysie générale comme entité morbide et lui ont donné une

(1) De la paralysie considérée chez les a^liéffés.

(2) Pages 415, 416, Conclusions.

(3) Des altérations de l'encéphale dans 'l'aUëmtion mentale, 1838, p. 16Q ©t 146.

ÎÎISTORIQUË.

place assurée dans le cadre nosologique, mais bien des points lecondaires ont été depuis, discutés et élucidés. En I8/16, M. Baillarger (1) cherche à démonti-er que chez les paralytiques ahénés, les lésions du mouvement et surtout l'embarras de la parole précèdent le plus souvent les symptômes de délire. Il regarde la maladie comme n'étant ni une complication de la fohe, ni une forme particulière d'aliénation tnentale, mais comme une maladie spéciale et indépendante, ayant pour caractère essentiel la lésion des mouvements^ pouvant se compHquer d'une aliénation mentale secondaire^, mais pouvant aussi exister seule. La même année, Requin (2) attaqua le nom de paralysie générale des aliénés et se basanf Sur la double tendance de la maladie à se généraliser et à progresser, et sur sa nature inflammatoire, il en fit une. espèce spéciale d'encéphalite chronique à laquelle il reconnaissait deux formes, l'une accompagnée d'aliénation, l'autre sans aUénation. M. Lunier, à son tour, défendant l'opinion émise par M. Baillarger et par Requin publia plusieurs observations de paralysie générale sans aliénation (3).

Nous aurons occasion de revenir plus tard sur ces points Contestés et de rappeler comment MM. J. Falret, Moreau (de Tours), Brierre de Boismont et récemment encore M. Galmeil dans un ouvrage admirable par le choix et la précision des observations (A) ont contribué à élucider les points les plus difficiles de l'histoire de la paralysie générale. Disons seulement par avance et pour donner plus de clarté à notre description, que nous regardons la paralysie générale comme une maladie une et identique, constituée par quatre éléments distincts associés entre eux : 1" des troubles de la motihté; 2" de l'affaiblissement intellectuel; 3° du

(1) Ann. méd.-psychol., 1847, p. 343.

(2) Éléments de pathologie, t. II. p. 90.

(3) Ann. méd.-psychoL, 1849.

(4) Galmeil, Traité dex maladiea inflammatoires du cerveau. Paris, 1859, 2 vol. in-80.

ilélirc qui, Jaiis la majorité des cas, osl caractérisé par de l'excitation el des idées ambitieuses, mais qui peut être aussi simplement maniaque, mélancolique ou hypochondriaque et fait très rarement défaut ; l\° une lésion organique constante, l'adhérence des méninges à la couche corticale des circonvolutions.

§2. — Définition.

Nous définirons donc la paralysie générale : une affection caractérisée anatomiquement par les adhérences des méninges et une congestion chronique de la substance corticale, et symptomaliquement par des troubles de la motilité, de la démence, et un délire variable mais souvent de nature ambitieuse.

C'est la même maladie que M. Parchappe appelle folie paralytique, que M. Calmeil désigne sous le nom de périencéphalite chronique diffuse, que Bayle appelait méningite chronique avec aliénation.

§ 3 — Description.

Nous distinguerons dans la paralysie générale une période prodromique, une période de début dont la symptomatologie est très variée, une période moyenne et une période terminale.

Période prodromique.

Plusieurs mois avant l'invasion de la paralysie générale, on voit se manifester des changements de caractère, d'habitudes, qui étonnent singulièrement et dont on recherche vainement la cause. Tantôt c'est une irritabilité qui se traduit par des violences et que réveille la cause la plus futile; tantôt, au contraire, une placidité, une apathie qui rendent impossible toute occupation sérieuse, ou bien des perversions des facultés morales of affectives qui, sans empêcher

PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSINE. Zll7

les sujets de s'acquitter de leurs fonctions, amènent des actes d'indélicatesse, d'improbité, de débauche, que nul antécédent ne faisait prévoir, et sur lesquels M. Brierre de Boismont (1) a justement appelé l'attention des médecins. Les familles s'affligent de ce changement, cherchent à réparer les scandales commis, et ne comprennent la valeur de ces modifications de l'état moral que lorsque la maladie a pris une tournure plus accentuée et est entrée dans sa première période.

Période de début.

Cette première période s'annonce d'une manière très variable, et il est vraiment digne d'intérêt de voir la paralysie générale qui, arrivée à son développement complet, olFre un appareil syraptomatique assez uniforme, se révéler à son début par les aspects les plus opposés. A l'exemple de MM. Jules Falret (2) et Linas qui ont élucidé ce point avec une grande netteté, nous admettons que la paralysie générale présente à ses débuts quatre variétés de marche bien distinctes, deux dans lesquelles prédominent les symptômes physiques, variété paralytique et variété congestive, et deux qui sont surtout caractérisées par des troubles intellectuels, variété expansive et variété mélancolique. La forme expansive avec délire ambitieux est sans doute la plus fréquente, mais elle n'est pas spécifique comme Bayle l'avait pensé (3)^ et les autres doivent être décrites avec d'autant plus de soin qu'elles ont été l'origine de la plupart des controverses qui se sont élevées sur celte maladie.

1° iNous décrivons la première, comme étant la plus commune, la variété expansive.

a. Après une période prodromique dont la durée est variable, les malades déjà violents, irritables, acquièrent peu

, (1) Acad. des sciences, 24 septembre 1860.

(2) ThèneUiaurjurale, cl Société méd.-psychol., 26 juillet 1858.

(3) liayle, ouvrage cite, p. .537.

MAnClî. — MAI,, MF.IHT. .)7

AÏS DE LA. PAILVLYSIK GÉNKRALE.

h pou une activité qui dépasse les limites de l'état normal. Ils écrivent, parlent, composent, agissent, font sans cesse de nouvcîiux projets et ne jugent rien impossible ; en même lenip'3 leur mémoire s'aiïaiblit; ils oublient ce qu'ils ont l'ail ou décidé peu d'heures auparavant. Sans avoir encore le cachet du délire ambitieux, leurs conceptions sont difficiles à réaliser, basées sur des fondements peu solides et font un contraste frappant avec les habitudes de toute leur vie. Du côté des fonctions organiques, l'excitation se traduit par des; symptômes non moins accentués: les malades ne peuvent; rester un instant en place; ils sentent le besoin de marcher,, de courir, et sont infatigables ; j'ai vu un propriétaire, à cett^ ; période du début, frotter avec ardeur, faute de pouvoir se* livrer à un autre exercice, les meubles et l'escalier de lai maison qu'il habitait. Il en est chez lesquels on observe une? excitation génésique tellement insatiable qu'ils ne respectentt rien pour la satisfaire et sont entraînés, même en public, auxs actes les plus cyniques ; chez d'autres se fait sentir un besoim excessif de boissons alcooUques qui aggrave encore leurr excitation. Il en résulte une manière de vivre irrégulière ett désordonnée, des excès de toute nature et des actes déhrantss qui attirent l'attention. Ces malades quittent leurs demeures,., s'égarent dans les rues et dans les champs, se déshabillent,, couchent en plein air, entrent dans des cafés, prennent de?s voitures qu'ils gardent des journées entières sans pouvoiir payer, ou même commettent des vols d'une nature toulee particulière, faits sans intention et comme par mégarde, b une devanture de boutique ou à l'étalage d'un marchand: C'est encore à cette période que, sous l'inlluence du besoin d'activité qui les domine, de cet entrain qu'ils mettent en toute chose et qui les rend hardis, audacieux et disposés à ne douter de rien, les sujets même les plus avares.^l les plus mesquins dans leurs habitudes, s'élancent inconsi-i dérément dans les spéculations hasardeuses et étrangères !

PÉRIODE DE DÉDUt. — VARIETE EXPANSIVE. a\'i^

lèurs allures prudentes et méticuleuses, réalisent des projets (l'embellissement pour leur intérieur, pour leurs propriétés^ ^bnt des commandes, des cadeaux, des achats de toute sorte, et arrivent ainsi en peu de jours à dépenser des sommes considérables et hors de proportion avec leurs ressources.

Une fois l'excitation cérébrale arrivée à ce degré, elle ne tarde pas à prendre les proportions d'un véritable délire maniaque et alors éclate dans toute sa f)lénitude le délire des grandeurs, si curieux, si caractéristique, si variable dans ses manifestations. Le plus souvent, les idées dominantes sontdesidées d'argentetderichesses. Les malades refusent de travailler; ils gagnent 20 francs, 100 francs, 100 000 francs par jour. Sans transition, ils passent de 100 000 francs à des sommes plus élevées, et les mots dè millions, de milliards reviennent sans cesse à leur bouche. Ils possèdent des châteaux, des terres immenses; ils parlent d'or, de diamants; ils regardent les murailles, les meubles, les objets qui les entourent comme formés de métaux précieux ; dans leur expansion que rien ne hmite, ils font des présents considérables à leurs parents, à leurs amis , et promettent des sommes fabuleuses pour le plus léger service. Aux idées dé richesses s'ajoutent les idées de gloire, d'honneur, de puissance. Ils sont présidents, rois, empereurs, selon les idées politiques dominantes et le système gouvernemental de leur époque ; ils s'affublent de rubans de toutes couleurs, de titres ie noblesse, se donnent une naissance illustre, ou même, illant plus haut, se regardent comme doués d'un génie su-^ )érieur, d'une puissance surnaturelle, ils sont Dieu luinême. Rien n'égale leurs conceptions grandioses et leurfe Drojets gigantesques ; ils vont changer la surface de la terro" Is donnent un. banquet à l'univers sur une table de mille leues de long; ils vont créer des hommes de 30 coudées ie haut; ils peuvent guérir les malades et ressusciter les . norts. Au début de la paralysie générale, quand l'intelli-

gciice conserve encore une certaine force, ce délire peut se produire avec une richesse d'imagination, avec une vivacité de couleurs qui arrive aux conceptions les plus étranges et les plus fantastiques , aboutissant toutes en général à ua état de bonheur, de richesse, de puissance, non-seulement pour les malades, mais encore pour tous ceux qui les entourent. Un paralytique me racontait qu'il venait de créer un nouvel univers parcouru par des fleuves immenses remplis de poissons monstrueux, par des vallées d'une fertilité prodigieuse; tous les hommes habiteraient des palais, auraient 100 000 francs de rente et vivraient dans un bonheur absolu. Lui-même serait Dieu et sa femme grande déesse.

Ce délire ambitieux, qui peut varier à l'infini, n'arrive pas d'emblée à son développement complet; il peut être au début fort modeste et énoncé avec une certaine réserve, etl ce n'est que progressivement que les malades montent em grade. Le pauvre ouvrier, interrogé sur sa fortune, double le? prix de ses journées et se donne quelques ressources qu'il I n'a pas; mais ses prétentions sont si peu élevées qu'il fautl des renseignements exacts pour constater qu'il exagère. Lee marchand, le fabricant attribuent à leur industrie des proportions qui sont au-dessus de la vérité, mais qui n'ont rienn encore d'irréalisable. Ce n'est que progressivement que ceat exagérations en arrivent à un degré extrême et frappentil tout d'abord par leur invraisemblance.

A côté de ce délire ambitieux si complet, il existe unei variété qui, bien que moins accentuée, possède une valeur! sémiologique tout aussi considérable ; les malades qui en sont» atteints, n'ont pas de conceptions délirantes à propremenb parler, mais ils vivent dans une béatitude, dans un conten-* tement d'eux-mêmes que rien ne peut altérer. Ils ont des prétentions à la poésie, à la littérature, à la force; ils s© sentent vigoureux, doués d'une santé de fer, jamais ils tté se sont mieux portés. Ils mettent leurs bras à nu, admirent

rÉRlODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSIVE. Û2l

et font admirer la beauté de leurs formes, la vigueur de leurs muscles : pleins d'une coquetterie inaccoutumée, ils passent des heures entières devant leur glace, se peignent, se lissent, et rétablissent sans cesse la parfaite harmonie de leur toilette ; leur visage est ouvert et souriant ; ils abordent le premier venu de leur poignée de main banale, se montrent prévenants, affables, contents de tout, et font voir avec ostentation leur maison, leurs meubles, leurs vêtements et les plus minces objets qui leur appartiennent. Cette forme de déhre qui se prolonge souvent pendant les périodes ultérieures de la paralysie générale, contraste de la manière la plus saisissante avec la dégradation physique et intellectuelle dont les malades sont frappés; mais en réalité ceux-là n'éprouvent aucune souffrance morale et sont les seuls fous heureux.

b. Ainsi que l'a fait remarquer avec beaucoup de justesse M. J. Falret, le délire ambitieux des paralytiques, quel qu'il soit, se complique d'emblée des caractères de la démence. Bien différents des raonomanes orgueilleux, qui systématisent leur délire avec un art parfait, conformentleurs actions à leurs paroles, et soutiennent leurs convictions avec logique et vigueur, les paralytiques se font remarquer par la nature particulière de leurs idées ambitieuses qui sont absurdes, mobiles, multiples et contradictoires. On voit bien vite que chez ces malades la mémoire, la faculté de raisonner et le sens logique sont profondément atteints , ils parlent de sauter la Seine à pieds joints, de construire une ville en or, de créer des univers. Aujourd'hui ils sont empereur, demain ils seront roi, pape, ou général ou Dieu; ils ne montrent aucune opiniâtreté dans leurs conceptions, ils cèdent volontiers si on les contredit, passent d'une idée à une autre, s'affligent et s'attristent dans la même minute, oublient les fausses conceptions qu'ils ont eues la veille et, lorsqu'on les interroge, racontent parallèlement leur vie réelle et leur vie

imaginaire, sans s'inquiéler dçs clio(iuantes contradictions de leurs discours. Un ouvrier menuisier entre à Bicôlre,' atteint de délire ambitieux et de paralysie générale : il raconte qu'il est à la lête d'un immense établissement, qu'il gagne depuis longtemps 100 000 francs par jour, et possède un hôtel, des chevaux, des voitures. EL votre femme? lui demandai-je. - Elle fait des ménages. Si vous les poussez à bout en leur demandant comment ils ont gagné leur fortune, comment avec tant de richesses el de puissance ils se trouvent confinés dans un asile, ils répondent niaisement, divaguent et ne trouvent aucune de ces raisons dont les monomaniaques sont si prodigues. Parlent-ils d'un projet, d'un désir, ils ne montrent aucune persévérance dans sa réali^ sation et quelques instants après témoignent un désir contraire.

j-i.-C? En même temps que l'excitation, l'affaiblissement intellectuel, et le délire ambitieux qui constituent les troubles intellectuels de cette première période, on observe des . désordres de la motilité et de la sensibilité, c'est-à-dire de la difficulté dans l'articulation des sons, de l'inégalité des . pupilles, de l'incertitude de la démarche et de l'anesthésie ■

cutanée. . ' ?

La difficulté dans l articulation des sons résulte du trem- • blement et de la contraction irrégulière et comme convul- • sive des muscles de la langue, des lèvres, de la face ait quelquefois de la mâchoire inférieure; au moment où le* malade ouvre la bouche pour parler, avant même qu'il n'ait ])rononcé une seule parole, on constate sur le muscle orbiculaire et au niveau des releveurs de la lèvre supérieure, . un tremblement fibrillaire tout à fait cai'actéristique, la i mâchoire inférieure elle-même oscille un instant, puis après quelques secondes d'efforts et d'hésitation, la première sylf • labe est émise. L'embarras de la parole peut offrir des < ^iuances très diverses : tantôt c'est un simple temps d'arrêt, .

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