‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 120 sur 172 · PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSIVE · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSIVE

m faux pas que l'on ncî pcuL saisir qu'avec une grande habitude et à l'aide d'une oreille exercée ; tantôt les syllabes $ont prononcées sans beaucoup d'hésitation, mais lentement, ^^vec effort, et elles sont comme scandées; à un degré plus avancé, il existe un véritable bégayement, qui ne fait que s'accentuer davantage quand la maladie fait des progrès, et qui possède une valeur séraiologique de premier ordre, puisqu'à lui seul et avant tout examen , lorsqu'il est nettement accusé, il permet de reconnaître la paralysie générale. L'embarras de la parole s'accompagne d'un tremblement particulier delà langue que l'on ne peut bien constater qu'en la faisant tirer fortement, et pendant quelques secondes, hors de la bouche ; on voit alors qu'elle ne peut un seul instant garder une immobilité complète, et l'on perçoit à sa surface des mouvements vermiculaires dus à la contraction irrégulière de ses muscles intrinsèques. L'examen de la langue, pratiqué de cette façon, doit être d'autant moins négligé que l'effort exercé par le malade pour maintenir la bouche ouverte rend infiniment plus sensible le tremblement des muscles des lèvres et de la face.

L'embarras de la parole devient plus marqué sous l'influence d'une vive émotion, après le repas, pendant les époques menstruelles. Chez quelques sujets il augmente pendant les moments d'agitation, chez d'autres au contraire il devient alors moins apparent; aussi est-il nécessaire, pour avoir sur ce point une appréciation exacte, de faire un examen réitéré en choisissant son moment. Il faut savoir encore que ce symptôme, insensible au début d'une conversation, peut ne devenir évident qu'au bout de plusieurs minutes, ^uand le malade éprouve un commencement de fatigue, ou lorsqu'on lui donne à lire à haute voix d'assez longs passages contenant des mots compliqués, difficiles à prononcer et débutant par des consonnes. En n'oubliant aucune de ces précautions, il est bien rare qu'on n'arrive pas à con-

DK LA PAHALYSIE GÉNÉRALK.

stater l'embarras de la parole lorsqu'il existe réellement.

Enfin dans quelques cas, au lieu de la difficulté dansl'arti- • culalion des sons, on observe certains mouvements automatiques des muscles de la bouche et de la mâchoire qui ont une égale valeur sémiologique : les malades mâchonnent incessamment, ou bien ils se livrent à de continuels mouvements de dégustation, symptôme sur lequel Strambio . avait déjà insisté en traitant de la paralysie générale chez», les pellagreux. Quant au grincement des dents qui est si i caractéristique, il se rencontre en général à une période» plus avancée.

V inégalité des pupilles âu début de la paralysie générales est une lésion de la motihté sur laquelle M. Baillarger at appelé le premier l'attention (1), et qui, dans les cas douteux, ne manque pas d'importance. Cette inégalité tient,, d'après cet auteur, à la dilatation anormale d'une des deuxi pupilles qui ne se contracte plus en présence de la lumière ■ comme à l'état physiologique, et s'explique par la prédominance des lésions organiques dans l'un des deux hémisphères. A diverses reprises, j'ai constaté que cette inégalités pouvait aussi dépendre, non de la paralysie de l'unee des deux pupilles, mais bien de la constriction exagérée dee l'autre qui reste immobile et fortement contractée, mêmee lorsqu'on la place dans l'obscurité. J'ai même rencontré chezi quelques paralytiques une constriction exagérée et permanente des deux pupilles à la fois.

Le docteur Austin a cherché à étabhr un rapport constant! entre l'état des pupilles et la nature du délire paralytique; selon lui, les altérations de la pupille gauche correspondent! à l'excitation maniaque et au délire ambitieux ; les altéra-, tions de la pupille droite indiquent un délire général mélann colique; le délire est mixte quand les deux pupilles sonti

(1) Gazelle des hôpilavx, ili mai 1850, paijc '2'25,

l'ÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ EXPANSIVE.

également atteintes, et nul quand les deux yeux sont également et légèrement alTectés (1) : ce sont là des vues ingénieuses dont la valeur n'est pas encore bien établie.

Outre l'inégalité pupillaire qu'il a constatée dans plus de la moitié des cas, M. Moreau(2) a observé chez les deux tiers des paralytiques une convexité plus marquée du globe oculaire, dont la sclérotique est bleuâtre, et une conformation bizarre des sourcils qui, bien marqués en général et nettement séparés aux extrémités internes, ont été trouvés cinquante fois sur cent, abandonnant l'arcade vers la partie moyenne, pour se relever sur le front ou retomber sur les yeux en frisant à la manière d'une moustache ; les cils sont en général très longs à la paupière supérieure.

A ces anomalies se rattachent certains troubles fonctionnels de l'appareil oculaire qui, dans des cas peu nombreux, sont une des premières manifestations de la maladie. J'ai vu cinq ou six fois un affaiblissement progressif de la vue allant jusqu'à la cécité complète, ou bien du strabisme, de la paralysie de la paupière supérieure, que l'on prenait tout d'abord pour des maladies essentielles, résister à tous les moyens de traitement et s'accompagner, au bout d'un temps plus ou moins long, d'embarras de la parole et des autres symptôm.es de la paralysie générale.

Des altérations de la motilité s'observent, quoique peu sensibles encore à cette période, dans les membres inférieurs et dans les membres supérieurs : les malades font des courses fort longues et peuvent, en un moment donné, déployer une grande énergie musculaire, mais ils dirigent moins bien leurs jambes, marchent vite, sans pouvoir modérer leur allure, et sont comme entraînés par le poids de leur propre corps. En marchant ils écartent les jambes, se tiennent cambrés comme s'ils avaient un tour de reins, tombent pesamment

(1) Anrt. méd.-psychoL, avril 1862.

(2) Union médicale, 2 juillet 1853.

d'un pied sur l'autre cl les lèvcnl à peine :aussi trébuchentils lacilement sur un terrain inéyal. Si au milieu de leur course on les appelle pour les faire retourner brusquement, ils s'arrêtent en chancelant, et oscillent quelques secondes avant de pouvoir changer de direction.

D'après M. Hubert Rodrigues (1), la paralysie envahirait les extrémités supérieures avant que les jambes ne soient atteintes, mais rien ne prouve la vérité de cette assertion. Ce qui paraît plus probable, c'est que toutes les extrémités sont prises simultanément; si la paralysie se manifeste d'une manière plus sensible aux membres inférieurs, c'est en raison de leurs fonctions spéciales qui exigent plus d'énergie; mais, lorsque les malades appartiennent à des professions nécessitant une grande précision dans les mouvements du bras, avant même que la démarche ne soit sensiblement gênée, ils deviennent incapables de travailler. J'ai vu plusieurs fois des dessinateurs, des graveurs, présenter comme symptôme initial un tremblement des mains, une incertitude dans les mouvements, qui les forçaient à abandonner leur travail au sujet duquel ils recevaient des reproches incessants, sans qu'ils eussent conscience de l'imperfection de leurs œuvres.

Les troubles de la sensibilité, observés à cette première période, ont un peu moins d'importance; ils méritent néanmoins d'être mentionnés. Déjà nous avons parlé de l'affaiWissement de la vue que l'on observe dans quelques cas exceptionnels. En outre, M. de Crozant, dans sa thèse (2), a signalé une anesthésie générale presque complète, existant dés le début de la paralysie générale, et précédant même les troubles de la raotilité : j'ai eu l'occasion de vérifier plusieurs fois l'exactitude de ces assertions. Cette anesthésie

(1) H. R. De la paralysie générale citez les aliénés. (Extrait de la Bévue médic, t. II. 1838, p 7.)

(2) Voy, Ann. méd.-psyckoL, 1846, p. 132.

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