PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ MÉLANCOLIQUE. A
n'existe que d'une manière passagère et disparaît dès que les troubles de la motilité sont plus accentués, pour reparaître plus tard à la dernière période de la maladie.
2" Variété mélancolique. — A côté de la forme expansive du début de la paralysie générale, signalons la variété mélancolique qui fait avec la précédente un contraste si frappant (^). M. Calmeil et plusieurs auteurs avaient déjà remarqué qu'en explorant avec soin les antécédents des paralytiques observés dans les asiles , on constatait chez eux l'existence d'un stade mélancolique quelquefois assez court, parfois aussi très prolongé. Les malades se croient ruinés, perdus, déshonorés ; on les a volés ; ils ont commis des crimes ; ils sont destinés à la prison et à la guillotine, el des idées de suicide, suivies quelquefois de tentatives d'exécution, se développent dans leur esprit; ils offrent, en un mot, cet ensemble de conceptions et d'actes délirants qui constituent le déhre mélancolique. Souvent, et ce fait m'a vivement frappé, au milieu même des idées fausses les plus dépressives, on voit se glisser des idées de grandeur et de richesses qui ne se manifestent qu'à intervalles irréguliers et d'une manière passagère, que les malades oublient un instant après les avoir énoncées, et qui contrastent singulièrement avec leur attitude et leurs lamentations. Chez ces sujets, la dépression mélancolique peut aller jusqu'à la stupeur ; ils restent incapables d'agir, muets, immobiles, refusant tout aliment, se laissant tomber dès qu'on les soulève et qu'on essaye de les faire marcher, et ayant jusqu'à un certain point conscience de leur anéantissement physique et moral.
Le délire mélancolique peut s'associer à des idées hypochondriaques qui lui communiquent alors une physionomie particulière. Non-seulement les malades sont tristes, abattus, mais encore ils ressèment en eux un malaise vague et
(l) Uklioiinairc 30 vol., l,. WUl, p. l/iO.
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i;-6néral qui se Iraduit par la crainte de mourir, par des préoccupations bizarres sur la manière dont leurs fonctions organiques s'exécutent. Ils répètent qu'ils ne peuvent ni avaler, ni uriner, ni aller à la selle; que leurs intestins et tous leurs conduits naturels sont bouchés; qu'ils n'ont plus de gorge, plus d'estomac, plus de ventre. Cette fortne dé délire, sur laquelle M. Baillarger a récemment insisté, est loin d'être spéciale à la paralysie générale et n'a de valeur, au point de vue du diagnostic, que lorsqu'elle est associée à des troubles de la motilité.
Le délire mélancolique ou liypochondriaque, ainsi que la stupeur etle penchant au suicide, peuvent se prolonger pendant des mois entiers; je les ai même vus persister jusqu'à une période avancée de la paralysie générale et ne faire place que très tardivement aux idées ambitieuses ou à un état anormal de satisfaction et de bien-être. L'expérience prouve d'ailleurs que cette variété de début est fort grave et qu'elle accélère souvent la marche fatale de la maladie. La dépression mélancolique, le refus d'aliments, venant s'ajouter aux autres symptômes de la paralysie générale, il en résulte des troubles profonds de la nutrition, de l'amaigrissement, de la tendance aux eschares et un état adynamique promptemenl mortel.
Disons tout de suite que, dans tous les cas de cette nature, les conceptions délirantes, mélancoliques ou hypochondriaques, sont tellement accentuées qu'au début elles masquent tous les autres symptômes, et apportent dans le diagnostic de la paralysie générale des difficultés très sérieuses que nous chercherons plus tard à lever. En tout cas, il ne faut pas oublier que l'embarras de k parole, l'inégalité des pupilles et tous les troubles de la locomotion existent ici comme dans tous les autres cas, mais avec des nuances variables, et qu'en remontant assez haut dans les antécédents du malade, on retrouve presque toujours un affaiblissement de la mémoire