‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 122 sur 172 · PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE DÉBUT. — VARIÉTÉ PARALYTIQUE

avant précédé de plusieurs mois l'apparition des autres symptômes.

3" Variété paralytiqtie. — La variété paralytique est caractérisée par l'absence des conceptions délirantes et par la prédominance des troubles de la motilité. Les malades s'aperçoivent eux-mêmes que leurs mouvements perdent peu à peu en force, en régularité ; en marchant, ils trébuchent facilement et se fatiguent vite. Dès qu'il s'agit de monter un escalier, de gravir une pente, ils éprouvent de grandes dilTicultés et sont obhgés de recourir à l'appui d'un bras. Les mouvements des mains n'ayant plus leur précision habituelle, ils deviennent incapables de dessiner, de coudre, déjouer du piano, d'exercer une profession manuelle. En même temps, la parole s'embarrasse, les muscles de la langue et de la face présentent le tremblement caractéristique ; les ijupilles deviennent inégales et l'on a sous les veux les progrès lents, mais incessants d'un affaiblissement de la motilité qui envahit progressivement tout le système musculaire.

Telle est cette variété de paralysie générale dont quel-, ques auteurs ont voulu faire une espèce à part en la dési-, gnant sous le nom de paralysie générale sans aliéiiation. Selon nous, cette séparation n'est nullement fondée et s'appuie uniquement sur un examen insuffisant et incomplet des malades ainsi frappés. On les observe pendant quelques jours, pendant quelques semaines; on constate qu'ils n'ont pas d'idées fausses, qu'ils ne disent aucune extravagance, qu'ils répondent assez nettement aux questions qu'on leur adresse, et l'on affirme qu'ils n'ont aucune altération de l'intelligence ; mais les personnes qui vivent dans leur intimité et les connaissent depuis longtemps s'aperçoivent chaque jour des graves, transformations qui s'opèrent dans leur état mental; ils s'emportent sans motif, se livrent à des actes de violence, ôt quelques instants après s'émeuvent

^^^^ t)Ë iA ^AHALYSI^! OKNÉRAf,È:.

jus(iu'aux larmes pour le motif le plus futile. Ils sont craintifs, indécis, crédules, se laissent guider par tous ceux qui' les entourent ; leur mémoire, sensiblement aHaiblie, leur laisse oublier ce qu'ils ont fait la veille, tout en leur conservant presque intact le souvenir des événements anciens; leurs aptitudes intellectuelles diminuent; ils travaillent mal et difficilement, et souvent même ont conscience de l'amoindrissement de toutes leurs facultés.

Quoi qu'il en soit, ils vivent dans le monde, remplissent leurs devoirs de société, et même lorsqu'ils sont habitués depuis longtemps à certains travaux intellectuels qui exigent, non de l'imagination et de l'initiative, mais de l'ordre, de la régularité, continuent à les remplir par babitude avec une minutie scrupuleuse et une précision mécanique.

Ces phénomènes qui, au début, ne peuvent être bien appréciés qu'à l'aide d'une enquête très complète, s'accentuent plus tard assez nettement pour ne laisser aucun doute sur l'existence d'une grave lésion "inlellectuelle, d'une démence commençante. Ainsi, nous retrouvons ici les deux éléments essentiels de la paralysie générale : affaiblissement de l'intelligence, troubles de la motilité. Il n'y a pas à proprement parler de conceptions délirantes, mais celles-ci qui, dans la paralysie générale, varient depuis la conception ambitieuse la plus extravagante jusqu'à l'idée mélancolique ou hypochondriaque la plus dépressive, peuvent être envisagées comme un symptôme secondaire, et, pour ainsi dire surajouté, dont l'existence n'est nullement nécessaire pour constituer la maladie.

Et d'ailleurs, en suivant longtemps les malades, il est bien rare qu'en un moment donné, ne fût-ce que pendant quelques jours, on n'arrive pas à constater des nuances de délire ambitieux. Ainsi que l'a parfaitement indiqué M. J. Falret, « l'état physique et moral des paralytiques atteints de démence sans aliénation peut se perpétuer pendant long-

PÉRIODE DE DÉBtJT. — VARIÉTÉ CONGESTIVE. llM.

temps, quelquefois même pendant plusieurs années, en augmentant très lentement d'intensité. Mais ordinairement au bout de quelciues mois, le délire devient de plus en plus manifeste ; alors tout à coup, parfois même dans l'espace d'une nuit, éclate chez ces malades un délire maniaque intense, avec prédominance d'idées de grandeur multiples et gigantesques qui force à les conduire dans une maison d'aliénés et leur donne tous les caractères habituels des autres paralytiques observés dans les asiles. Dans d'autres cas enfin, le déhre devient de plus en plus intense, mais, au lieu de faire brusquement explosion sous la forme maniaque, il revêt petit à petit les caractères de la démence accompagnée de satisfaction générale, avec prédominance de quelques idées de bonheur et de fortune moins gigantesques, plus tard enfin avec paroxysmes d'agitation plus ou moins intenses. »

h° Dans la variété congestive, le début apparent de la maladie est une congestion cérébrale survenant au milieu d'accidents prodromiques encore mal dessinés. Cette congestion que nous étudierons plus tard avec détail, car elle complique toutes les variétés de paralysie générale, se présente sous la forme comateuse, sous la forme convulsive, ou sous la forme hémiplégique. Au premier abord, elle n'offre rien qui la distingue des congestions cérébrales ordinaires, mais lorsque, au bout de quelques heures ou de quelques jours, les accidents aigus apoplectiformes se sont dissipés, on les voit remplacés par de l'excitation maniaque avec idées ambitieuses; plus souvent encore la congestion semble faire place à un retour complet à la raison, mais la pacole reste légèrement embarrassée, la mémoire est afl'aiblie, l'intelligence a perdu de sa netteté et de sa vigueur. A mesure que l'on s'éloigne de la congestion initiale, ces symptômes tendent, en général, à diminuer, on voi t même les facultés revenir presque à leur état normal, jusqu'à ce qu'une congestion

^•3- DK LA PARALYSIE GÉNÉRALH.

nouvelle amène une nouvelle aggravalioii : la maladie progresse ainsi par saccades, car l'amélioration qui se produit entre deux congestions va toujours en s'atténuant et conduit peu à peu à la seconde période de la maladie. Ces paralytiques ont une physionomie particulière : chez eux, le réseau capillaire de la figure est dilaté et comme variqueux, ils ont habituellement les pommettes rouges, la face vultueuse, la nuque, le cou, les oreilles et le cuir chevelu très injectés, bien qu'il n'existe aucune élévation de température de la peau. C'est là, pour ainsi dire, une congestion passive de toute l'extrémité céphahque.

En étudiant successivement les diverses variétés de début de la paralysie générale, nous avons décrit à la fois et les troubles de l'intelligence et les troubles de la molilité ; mais il est un point fort controversé que nous ne pouvons passer sous silence. De ces deux ordres de phénomènes quel est celui qui se développe le premier? les troubles de l'intelligence précèdent-ils le développement des troubles de la motihté? La proposition inverse est-elle vraie? ou bien ce développement est-il simultané?

Sur 86 faits observés avec le plus grand soin, M. Parchappe (1) en a noté 51 dans lesquels il y avait développement collatéral du déhre et de la paralysie. Dans 27 cas, la paralysie s'est développée consécutivement à la folie, enfin 8 fois le développement relatif est resté indéterminé.

Pour M. Baillarger (2), les phénomènes de paralysie précèdent ceux de la fohe, ou tout au moins apparaissent en même tomps qu'eux. D'après cet auteur, la paralysie générale existe toujours d'emblée, et dès le début on constate du côté des pupilles, de la langue ou des organes de la locomotion, quelque trouble appréciable.

(1) Traité théorique et pratique delà folie, p. l/i8.

(2) Ann. méd -psycho!., t. XVII, p. I()H,18ô:l

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